Le multimédia : une aide à la compréhension
Des études montrent que le multimédia (association de texte et d'images) est effectivement utile à la compréhension, mais sous certaines conditions. Quelques règles à suivre : utiliser des images pertinentes par rapport au texte ; placer les images près du texte qui leur correspond ; utiliser un style informel dans le texte. Les bienfaits du multimédia sont expliqués en termes de traitement des informations dans notre mémoire de travail.
Le "multimédia" est la combinaison d'informations verbales (textes) et picturales (images). Il est commun d'entendre qu'une image vaut mille mots, mais est-ce vraiment mieux pour la compréhension d'utiliser du multimédia plutôt qu'un texte seul ? A l'heure actuelle, la réponse à cette question est oui, mais pas dans n'importe quelles conditions. Un document multimédia aide à la compréhension, à condition que les images soient pertinentes par rapport au texte. Donc, pas d'image "décorative".
Richard Mayer et ses collaborateurs ont réalisé plusieurs expériences autour d'un document multimédia pour l'apprentissage du phénomène de formation des orages (voir figure). Ils ont comparé plusieurs versions du document : texte seul, texte+images-pertinentes (rapprochées et éloignées), texte+images-décoratives. Les étudiants utilisant les versions multimédia répondent mieux à des questions de compréhension que leurs collègues avec le texte seul (les mêmes informations étaient présentes dans toutes les versions). De plus, ceux qui voient le texte proche de l'image qu'il représente (voir figure, en haut) ont des meilleurs résultats de compréhension que ceux qui voient le texte loin de l'image (voir figure, en bas). Les principaux résultats de M Mayer et ses collaborateurs ont été confirmés avec différents supports du document (papier ou écran d'ordinateur). En revanche, une version "embellie" du document, avec des phrases ou illustrations attrayantes mais non essentielles à la compréhension, entraîne de moins bons résultats de compréhension.
En haut, le texte est rapproché de l'image (mieux) ; en bas, le texte est éloigné de l'image (moins bien). Source: Moreno, R. et Mayer, R.E. Cognitive principles of multimedia learning: The role of modality and continuity. Journal of Educational Psychology, 91, 358-368, 1999, APA, reproduit avec autorisation.
Pourquoi les images aident-elles à comprendre
Il y a actuellement un consensus pour dire que les effets du multimédia sur la compréhension sont liés au traitement des informations dans la mémoire humaine. Lorsque l'on lit un document, on fait appel à notre mémoire à court terme (aussi appelée "mémoire de travail") pour stocker des informations lues. Or, la mémoire à court terme a une capacité de stockage limitée et elle est vite surchargée. Cependant, les informations verbales et visuelles sont traitées par deux "canaux" différents dans notre mémoire. Le fait d'utiliser du texte+images "répartit" le traitement de l'information entre les canaux, "allège" la tâche de traitement, et diminue la charge cognitive. Il est moins "coûteux" de traiter un document où texte et image se complémententque de traiter un texte seul contenant au total les mêmes informations.
Par exemple, au lieu d'expliquer par écrit les mouvements à effectuer pour faire marcher une pompe à vélo, mieux vaut illustrer ces mouvements avec des flèches sur un schéma et garder dans le texte l'explication du fonctionnement de l'outil. C'est le principe même des modes d'emploi que l'on trouve sur la plupart des produits vendus sur le marché actuellement ! Ce principe est aussi utile quand il s'agit de faire apprendre à des élèves des nouveaux concepts.
Mais la charge cognitive n'est pas un élément que l'on manipule comme on veut, simplement en utilisant du multimédia à la place d'un texte seul. Il y a des contenus qui sont complexes à appréhender, même s'ils sont présentés sous la forme d'un document multimédia. L'apprentissage de tous les nouveaux contenus, sur lesquels les élèves n'ont pas de connaissances préalables, implique une charge cognitive. Cette charge est dite "intrinsèque" car elle est propre au sujet traité et à l'apprenant qui manque de connaissances sur le domaine. Cependant, il y a un type de charge qui vient de la manière dont le document est conçu. Elle s'appelle charge "extrinsèque" et relève de la manière de présenter le contenu. C'est elle qu'on essaye de réduire pour avoir des documents plus faciles à comprendre.
Il n'est pas toujours facile de séparer la charge intrinsèque de la charge extrinsèque car elles ne sont pas complètement indépendantes. De plus, la charge extrinsèque n'est pas toujours inutile à l'apprentissage. Les chercheurs travaillent en ce moment sur cette question pour essayer de déterminer dans quels cas et comment est-il possible de réduire la charge cognitive inutile. Il existe tout de même des recommandations pour la conception de documents pédagogiques. Eric Jamet et ses collègues du Laboratoire de psychologie expérimentale (Université de Rennes 2) ont écrit une revue de la littérature sur cette question qui est disponible en ligne.
Mônica Macedo-Rouet - titulaire d'un doctorat en sciences de l'information et de la communication, ex-secrétaire de rédaction de la revue en ligne ComCiencia.
date de publication : 16/10/2006
Recommandations
Les recommandations extraites de la recherche de Richard Mayer et ses collaborateurs sont :
- présenter texte+image plutôt que texte seul ;
- utiliser des images pertinentes par rapport au texte ;
- placer les images près du texte qui leur correspond ;
- utiliser un style informel dans le texte.
Références bibliographiques
- Jamet, E., Le Bohec, O., Hidrio, C. Comment présenter l'information dans les documents numériques éducatifs ? Document Numérique, 2003, 7(1), p. 1-14.
- Mayer, R. E. The promise of multimedia learning : using the same instructional design methods across different media. Learning and Instruction, 2003, 13, p. 125-139.
- Mayer, R., Moreno, R. Aids to computer-based multimedia learning. Learning and Instruction, 2002, 12, p. 107-119.
- Schnotz, W., Bannert, M. Construction and interference in learning from multiple representation. Learning and Instruction, 2003, 13, p. 141-156.