Langues étrangères : pourquoi utiliser les TICE

L'enseignement des langues étrangères passe par un renouvellement des pratiques, aussi bien en France qu'à l'étranger. La communication entre élèves et le développement des valeurs culturelles et linguistiques sont au rendez-vous. Trois exemples montrent comment utiliser les TICE pour enseigner les langues : une aide à la mémorisation des mots, la motivation des élèves, des progrès dans la maîtrise de la langue. Il est recommandé que les enseignants et élèves aient la maîtrise technique des outils avant de mettre en oeuvre les projets.

Enseignants en langues connaissez-vous votre leitmotiv ? Selon le Conseil américain de l’enseignement des langues étrangères, il se décline en "cinq C" :

  • Communication : "communiquer dans des langues autres que la langue native "
  • Cultures : "acquérir des connaissances et une compréhension d'autres cultures"
  • Connexions : "établir des connexions avec d'autres disciplines et acquérir des informations"
  • Comparaisons : "se familiariser avec la nature du langage et de la culture"
  • Communautés : "participer à des communautés multilingues chez soi et à travers le monde"

En France, où un plan de rénovation de l'enseignement de langues est en cours : ces dimensions apparaissent également dans la notion de "compétence de communication". La compétence de communication, définie par le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL), comporte trois composantes : linguistique (savoirs et savoir-faire relatifs au lexique, à la syntaxe et à la phonologie), socio-linguistique (proche de la compétence socio-culturelle, relatif à l'usage de la langue), et pragmatique (choix de stratégies discursives pour atteindre un but précis, lien entre le locuteur et la situation). L'acquisition de la compétence de communication doit passer, selon le CECRL, par des activités de :

  • réception (écouter, lire)
  • production (s'exprimer oralement en continu, écrire)
  • interaction (prendre part à une conversation)
  • médiation (traduction et interprétation).

Pour cultiver les "cinq C" et développer une nouvelle approche des langues étrangères, les ressources et les outils disponibles sur le Web offrent d’excellentes opportunités.Les trois exemples qui vont suivre, pourraient donner quelques idées à celles et ceux qui peineraient encore à envisager le côté pragmatique et/ou socio-linguistique de la grande toile…

Raconte-moi une histoire…

Si vous avez déjà testé la formule « Je vais vous raconter une histoire… », vous reconnaîtrez aisément que celle-ci fait presque office de formule magique… Aussitôt le silence se fait et les oreilles se dressent sur ces chères têtes brunes et blondes. À vous un public attentif aux sons de la langue et conquis par les descriptions attrayantes, répétitions de phrases et de mots uniques qui caractérisent souvent la structure des histoires que l’on raconte aux enfants.Pourtant tous les enseignants ne sont pas adeptes des histoires récitées. D’après un sondage taiwanais mené auprès de 180 enseignants de langues étrangères en école élémentaire, seul un sur quatre dit utiliser les histoires dans son enseignement. Pour remédier à cette situation, les chercheurs Wenli Tsou, Weichung Wang et Yenjun Tzeng ont développé un site web de création d’histoires qui permet aux enseignants de :

  • composer des histoires en ligne, de manière rapide et intuitive en choisissant les lieux, personnages et actions
  • partager ces histoires avec d’autres écoles et d’accéder aux leurs
  • proposer des exercices aux enfants, avec la possibilité de réécouter l’histoire enregistrée à loisir.

Tsou, Wang et Tzeng ont proposé à un professeur de langues étrangères de tester ce site. Durant 10 semaines cet enseignant a raconté les mêmes histoires à ses deux classes de langues de 35 élèves chacune. La seule différence est qu’il a raconté les histoires de manière traditionnelle à l’une des classes (i.e., il lit l’histoire et montre les images présentées dans le livre pour illustrer ses propos), tandis qu’avec l’autre classe, il a travaillé avec le site web (i.e., il lit l’histoire et montre le scénario construit à l’aide du site web pour illustrer ses propos). Un test préliminaire a attesté que le niveau initial des deux classes était équivalent. Le test réalisé après 10 semaines montre que :

  • les répercussions de l’enseignement via le site web se mesurent au niveau des compétences langagières développées par les enfants. Le groupe utilisant le site web a retenu plus de mots et de phrases et appréhendé plus facilement les phrases complexes.
  • il n’y a pas de différence entre les deux classes quant aux capacités de compréhension de l’histoire.

L’enseignant pour sa part dit :

  • avoir eu plus de facilité à intégrer des éléments culturels dans ses histoires grâce aux sons, chansons et images qu’il pouvait ajouter au site web,
  • avoir trouvé les élèves du groupe ayant le site web plus engagés dans l’apprentissage notamment au niveau de l’exercice de restitution (les élèves pouvaient reconstruire l’histoire grâce à des images animées aux couleurs attrayantes).

Construction d’un espace personnel

Pour les élèves de collège et lycée, une recherche de S. Young de la National Tsing Hua University (Taiwan) vous encourage à tenter la formule « nous allons construire une page personnelle »…

M. Young a testé un programme d'enseignement avec pour objectifs :

  • de voir quels allaient être les effets de l’introduction d’Internet dans la classe de langues étrangères et, plus précisément, si cet outil pouvait améliorer les compétences linguistiques générales, notamment les capacités grammaticales
  • d’évaluer les perceptions des enseignants et des apprenants concernant cette nouvelle méthode d’enseignement de la langue.

Le programme proposé à un lycée d’enseignement professionnel se composait :

  • d’heures de cours durant lesquelles était dispensé un enseignement théorique (en langue étrangère, ici l’anglais pour ces élèves taiwanais) sur le fonctionnement d’Internet et,
  • d’heures de travaux pratiques dont l’objectif était la création d’une page web pour la classe comportant une rubrique « je me présente » où chaque élève se présentait en anglais et, une rubrique « nos liens » où les élèves devaient recommander leurs sites préférés en expliquant (en anglais) pourquoi ils aimaient se rendre sur ces pages. Durant ces heures, il était recommandé aux élèves d’aller sur des forums de discussion pour résoudre leurs éventuels problèmes de logistique et de communiquer entre eux via les messageries pour commenter les différents apports sur la page.

Les résultats de S. Young montrent que :

  • ce type d’enseignement a un effet très bénéfique sur la motivation. De plus, l’anonymat et l’absence de pression liée au jugement des autres favorisent fortement les échanges écrits.
  • en revanche, les performances grammaticales des élèves ne se sont pas améliorées durant cette année. Un enseignement explicite de la grammaire serait donc incontournable.
  • le plus grand bémol relatif à cette expérience vient du professeur de langues qui déplore le temps de préparation et de suivi que suscite ce type de cours.

« Ici Brest, les Français parlent aux Anglais !! »

Pour ce dernier exemple, une fois n’est pas coutume, nous ne présenterons pas une étude scientifique mais une expérience si originale et réussie que les chaînes nationales s’en sont emparées en France et que l’agence britannique Becta lui a consacré une étude de cas.

Il s’agit de la mise en place de séances de vidéoconférences quotidiennes entre correspondants anglais et français (école Sanquer de Brest). Par groupe de deux, dans chacune des écoles, les élèves entretiennent des échanges quotidiens de 20 minutes durant la pause de midi. Les sujets de discussion sont libres et les conversations se font tantôt en français, tantôt en anglais ; l’alternance de langues se faisant naturellement en fonction des compétences des enfants.

Après quelques mois d’échanges quotidiens, les enseignants ne peuvent que témoigner de l’enthousiasme des enfants, de l’augmentation de la confiance en soi et de l’indéniable amélioration de leur niveau en langues.

Par ailleurs, en plus de ces échanges quotidiens, des expériences plus ponctuelles ont été entreprises avec des effets toujours positifs.

  • La visite virtuelle des écoles : filmée par les élèves, et transmise par vidéoconférence, elle a suscité un vif intérêt et de nombreuses discussions autour de la thématique de la vie scolaire.
  • Le karaoké : chanter ensemble une chanson française puis anglaise a eu des répercussions rapides et positives sur l’apprentissage de nouveaux mots et leur prononciation.
  • La classe commune : à deux reprises, les élèves anglais ont assisté par vidéoconférence à un cours d’anglais de leurs correspondants français et les élèves français ont assisté à un cours de français de leurs camarades anglais. L’intérêt étant ici surtout du côté de l’enseignant qui pouvait ainsi observer les méthodes d’enseignement de son collègue ; les témoignages des enfants tournant surtout autour de la prise de conscience de l’égalité des uns et des autres devant l’apprentissage d’une langue étrangère.

Nathalie Pross - titulaire d'un doctorat en psychologie, chercheuse en neuropsychologie à la société de recherche en neurosciences FORENAP.

date de publication : 24/01/2007

Recommandations

Pour jongler parfaitement avec vos « cinq C », c'est-à-dire, optimiser la Communication avec d’autres Communautés dans le but de Comparer les différentes Cultures, il faut intervenir au niveau de quelques Connexions… Il est indispensable qu’en tant qu’enseignant vous vous soyez au préalable familiarisé avec le matériel. Le matériel doit quant à lui être adapté au type de tâche (connexion Internet suffisamment rapide et fiable, et écran suffisamment grand pour les vidéoconférences par exemple). Enfin, il est aussi préférable que les élèves soient déjà initiés au maniement des outils TICE (souris, clavier, entre autres).

Références bibliographiques

  • Ferguson, T., Meyer, J. & Le Bian P. Video Conferencing in the classroom: Link with Britany.
  • Tsou, W., Wang, W. & Tzeng, Y. (2006). Applying a multimedia storytelling website in foreign language learning. Computers & Education, 47, 17-28.
  • Young, S. S. C. (2003). Integrating ICT into second language education in a vocational high school. Journal of Computer Assisted Learning, 19, 447-461.