Écrire avec le traitement de texte : quels avantages et pour qui ?

La qualité de l’écriture des élèves peut être améliorée en les faisant travailler avec le traitement de texte. Pour cela, il est nécessaire de prendre en compte plusieurs paramètres comme le niveau initial en écriture des élèves et la situation d’enseignement dans laquelle ils sont engagés. Cet article présente les conditions permettant de rendre efficace un entraînement à la production écrite par l’usage du traitement de texte.

De nombreuses recherches se sont efforcées d’analyser les conditions permettant de favoriser l’entrée dans l’écrit. Deux spécialistes de cette question, Steve Graham (université Vanderbilt) et Dolores Perin (université de Columbia), ont recensé ces différentes conditions à partir des résultats de 131 études ayant mesuré l’effet du traitement de texte et d’autres éléments sur la qualité de la production écrite des élèves. Il en ressort que l’utilisation du traitement de texte est l’un des 11 éléments clés ayant un effet positif sur les performances des élèves.

Le traitement de texte permet d’obtenir une écriture claire et lisible. Il facilite l’insertion, l’effacement et le déplacement de morceaux de texte, et il offre des options de correction orthographique. Ces fonctionnalités s’avèrent utiles pour les élèves, notamment ceux en difficulté. Le traitement de texte est donc un support intéressant dans le cadre des activités d’écriture proposées aux élèves, à condition d'être utilisé sciemment.

Cependant, les effets positifs du traitement de texte varient en fonction :

  • de l’âge des élèves,
  • de leur niveau initial en écriture,
  • de la situation d’enseignement (travail individuel, collectif…).

L’âge des élèves

Les études passées en revue par les chercheurs concernent les élèves de 9 à 17 ans, c’est-à-dire entre le CM1 et la terminale. Les auteurs ont choisi cette tranche d’âge, car elle concentre un grand nombre d’études et diagnostics sur l’acquisition de l’écrit. Pour évaluer l’effet du traitement de texte, les études ont comparé la production écrite des élèves lorsqu’ils utilisent cet outil avec leur production lorsqu’ils utilisent l’écriture cursive.

Le niveau initial en écriture

Ce sont les élèves ayant de faibles compétences initiales en écriture qui bénéficient le plus de l’utilisation du traitement de texte. Concrètement, la « taille de l’effet » (un indice utilisé par les chercheurs) du traitement de texte pour l’ensemble des élèves est de 0,51, ce qui est considéré comme un effet modéré. En revanche, pour les élèves les plus faibles, elle s’élève à 0,70, ce qui est beaucoup plus important, avec des conséquences pratiques pour l’enseignement.

Le contexte d’enseignement

C’est dans la situation d’écriture collaborative que l’on observe les effets les plus positifs de l’utilisation du traitement de texte pour les élèves les plus faibles en écriture.

Un exemple d’activité collaborative efficace est le travail à deux, dans lequel un élève plus fort est désigné comme tuteur d’un élève plus faible qui écrit. Ils reçoivent des consignes pour travailler ensemble sur une activité de production écrite. Le « tuteur » aide « l’écrivain » à organiser les idées du texte, à créer un brouillon, à corriger la ponctuation et l’orthographe… jusqu’à l’appréciation de la copie finale. Pendant le travail, le rôle de l’enseignant est de surveiller et d’encourager les élèves, et de répondre à leurs interrogations.

Autres éléments clés

Le traitement de texte est l’un parmi d’autres éléments utiles dans l’amélioration des compétences écrites des élèves. Dix autres éléments sont identifiés par Steve Graham et Dolores Perin :

  1. les stratégies d’écriture (planification, révision, réécriture) ;
  2. la production de résumés ;
  3. l’écriture collaborative ;
  4. la production pour répondre à un objectif précis ;
  5. la combinaison de phrases simples pour apprendre à construire des phrases plus complexes ;
  6. la pré-écriture (élaboration mentale de ce qui va être écrit) ;
  7. les activités d’investigation sur les données à traiter ;
  8. l’approche de l’écriture comme un processus (conditions de l’écriture, prise en compte de l’interlocuteur, etc.)
  9. l’étude des modèles (analyse d’un texte bien écrit)
  10. l’écriture comme stratégie pour apprendre un contenu (ex : exercice d’écriture dans le cadre d’un enseignement en biologie).

Parmi eux, c’est l’enseignement de stratégies d’écriture qui tient le rôle le plus important pour améliorer la qualité des textes des élèves. Le traitement de texte se situe en cinquième position dans le classement des auteurs.

Conclusions

Il est donc possible d’améliorer la qualité de l’écriture des élèves entre 9 et 17 ans en les faisant travailler sur des compositions réalisées par l’intermédiaire d’un traitement de textes. En revanche, il est nécessaire d’adopter une approche basée sur l’utilisation de plusieurs éléments clés comme le stipulent Graham et Perin. En effet, l’entraînement par traitement de textes n’a des effets que lorsqu’il est groupé avec d’autres éléments d’enseignement.

Emmanuel Sylvestre - titulaire d’un doctorat de sciences de l’éducation, chercheur au Laboratoire des sciences de l’éducation de l’université de Grenoble.

date de publication : 22/06/2009

Recommandations

  • Différencier l’enseignement de l’écriture en fonction du niveau initial des élèves.
  • Identifier des activités spécifiques pouvant bénéficier notamment aux élèves initialement faibles en écriture.
  • Faire travailler la composition écrite de manière collaborative.

Références bibliographiques

  • Graham, S., & Perin, D. (2007). Writing next: Effective strategies to improve writing of adolescents in middle and high schools – A report to Carnegie Corporation of New York. Washington, DC: Alliance for Excellent Education.