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Publié le 15/12/2016

Interview au Munaé : les projections lumineuses comme outil d'enseignement

Margaux Schaeffer, assistante d'exposition au Munaé de Rouen, répond à nos questions sur l'exposition « Lumineuses projections ! », ouverte jusqu'au 31 janvier 2017.

Il reste encore quelques jours pour visiter l'exposition « Lumineuses projections ! » –  actuellement au Munaé à Rouen jusqu'au 31 janvier 2017 – qui a déjà attiré plus de 10 000 visiteurs. Cette exposition retrace l'évolution des techniques et des usages de la projection lumineuse et s'intéresse plus particulièrement à son utilisation comme outil d'enseignement. Margaux Schaeffer, assistante d'exposition au Munaé, revient avec nous sur cette thématique.

Quels ont été les premiers dispositifs de projection présents dans les écoles ? À quelle période ont-ils été introduits ? 
Margaux Schaeffer : L’utilisation pédagogique de la projection fixe s’affirme dans la seconde moitié du XIXe siècle. Dans un premier temps, les projections lumineuses ne sont pas destinées prioritairement aux scolaires mais à des publics qui n’ont pas ou peu fréquenté l’école qui s’arrête alors à 13 ans.
L’invention de la photographie, puis du tirage positif sur verre, permet de développer des plaques photographiques sur verre destinées à la projection. La lanterne de projection, appareil austère en tôle noire permettant de projeter les vues sur verre, se développe à partir de 1870 et sera le premier appareil utilisé dans la projection d’enseignement. Dix ans plus tard, une conférence avec projections donnée à la Sorbonne ouvre véritablement la voie de la projection dans l’enseignement.
Inventé en 1895, l’usage pédagogique du cinéma s’affirme à partir des années 1910 sans pour autant supplanter la vue sur verre. Largement démocratisées à partir des années 1950, les vues fixes sur support souple, films fixes puis diapositives, remplacent peu à peu les fragiles vues photographiques sur verre et s’implantent dans les classes de tous niveaux.

Quelles étaient alors les thématiques abordées ? Comment celles-ci ont-elles évolué au fil des décennies ?
M. S. : Avec le développement des projections lumineuses, les vues sur verre destinées à l’enseignement se multiplient et offrent alors aux instituteurs un large répertoire iconographique (histoire naturelle, hygiène, agriculture, industrie, géographie, histoire, beaux-arts, etc.) Ces vues donnent à voir des sujets jusqu’alors inédits.
Les thématiques abordées sont en lien avec les programmes scolaires, la société environnante et évoluent en fonction de celle-ci et des besoins de l’enseignement (séries créées pendant la guerre : le tremblement de terre de Messine de 1908, la 1re Guerre mondiale)
L’invention de la pellicule souple ne modifie pas fondamentalement les thématiques abordées mais plutôt la façon de les aborder. Le cinéma est capable de figurer le mouvement et le film fixe – dans la cadre d’une société en plein essor économique et sous couvert de contenus pédagogiques – devient aussi le vecteur d’un discours publicitaire auprès des jeunes enfants (exemple : Banania et le film pédagogique sur les muscles dont la conclusion insiste sur l’importance du petit déjeuner et les vertus de sa boisson cacaotée).

1. Lanterne de projection à pétrole2. Lampascope boule

1- Lanterne de projection à pétrole, avec cheminée. Vers 1880. 2- Lampascope boule : lanterne magique ronde avec cheminée, du fabricant Lapierre, pour projection de verres fixes.

Quels changements ont apporté ces nouveaux formats aux méthodes d'apprentissage ? À l'organisation de l'enseignant ?
M. S. : Dans la seconde moitié du XIXe siècle, se développe la « pédagogie par les yeux ». L’image contribue à l’éducation des sens et apprend à l’élève à observer et à comprendre.
Nous ne disposons pas aujourd’hui d’assez de données pour savoir si les projections lumineuses, avec lanterne de projection, ont constitué une méthode pédagogique à part entière mais nous pouvons dire que la projection d’images favorise notamment l’interaction et la participation de l’élève, retient son attention et apporte une connaissance sur le monde qui l’entoure.
De son côté, avant l’âge d’or de la projection fixe dans les années 1950, l’enseignant doit maîtriser les systèmes d’éclairages, se procurer un appareil de projection, des vues sur verre ou films, parfois même trouver une salle adaptée et en même temps maîtriser le propos des images qu’il présente. Afin de palier son manque de connaissance, l’instituteur pouvait trouver pour les vues sur verre mais aussi pour les films et les films fixes des notices explicatives lui permettant de préparer son cours. 

À votre avis, les dispositifs de projection d’autrefois influent-ils sur les méthodes d’apprentissage d’aujourd’hui ?
M. S. : Peut-on vraiment parler d’influence ? Depuis le XIXe siècle, les méthodes d’apprentissage d’aujourd’hui ont bien entendu évolué mais elles ne sont pas fondamentalement différentes de ce qui se pratiquait à l’époque. La pédagogie par l’image, la participation et l’interaction avec l’élève sont des méthodes d’apprentissage encore utilisées aujourd’hui ; les outils ou dispositifs de projection sont simplement différents.
Si les projections n’avaient pas existé utiliserions-nous ces méthodes aujourd’hui ? Il me semble que oui car la « pédagogie par les yeux » était déjà présente grâce aux livres, les estampes, les gravures, etc. Les projections ont été un moyen de montrer d’autres images : agrandies et d’un réalisme nouveau mais aussi mouvantes.

Pour aller plus loin

Lumineuses projections : explorez l'histoire et les usages pédagogiques de la projection lumineuse à travers ce recueil d'articles de spécialistes richement illustré.