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Publié le 02/05/2016

Comprendre les énoncés et les consignes : interview de Jean-Michel Zakhartchouk

Jean-Michel Zakhartchouk revient ici sur son récent ouvrage, Comprendre les énoncés et les consignes, autour de l’importance de la construction des consignes pour l’apprentissage des élèves.

À qui s’adresse plus particulièrement cet ouvrage ?
Il s’adresse vraiment à tous les enseignants, débutants ou expérimentés, de toutes disciplines, car la question de la compréhension par les élèves de ce qui leur est demandé est essentielle à tous les moments de la scolarité. On n’en a jamais fini avec les consignes ! Les activités proposées sont adaptées aux différents niveaux, ou chacun peut les adapter selon ses élèves. De plus, comme l’indique le sous-titre,  cette question est au cœur du Socle commun qui doit guider au moins toute la scolarité obligatoire, comme composante forte du domaine 2 : « Outils et méthodes pour apprendre ».

Les parcours universitaires en ESPE prennent-ils en compte aujourd’hui cette problématique des consignes ?
Quand j’ai commencé à travailler sur les consignes, au cours des années 1980, peu de chose existait alors sur le sujet dans la littérature pédagogique ou dans les manuels. De par mon expérience des IUFM, je crois que si la réflexion a avancé sur les consignes ces dernières années, on est encore loin de la traiter comme une question centrale, qui ne peut se réduire à de la simple technique et se travaille sur le long terme. Mon ouvrage peut être utile pour suggérer des activités de formation : inventer des consignes ensemble puis les analyser, observer les élèves devant des consignes…

Dans votre ouvrage, vous faites mention d’« élèves stratèges ». Pouvez-vous nous expliquer cette notion ?
Si on veut rendre les élèves plus autonomes, il faut d’abord créer de « bonnes consignes », d’une difficulté raisonnable, sans guidage excessif. Il faut alors les former à être des stratèges, c’est-à-dire qui savent s’y prendre avec méthode, à travers l’acquisition des « bons gestes » du compreneur de consignes : reformuler pour soi la consigne, mobiliser les bonnes ressources, anticiper sur le résultat final en décodant la vraie demande, derrière l’apparence, bien souvent. En cela, le travail sur les consignes participe de cette « pédagogie explicite » qui n’a de sens qui si elle met les élèves face à des situations d’activité intellectuelle et non face à des activités mécaniques.

Pouvez-vous nous exposer une activité pratique que vous développez dans votre ouvrage ?
J’en citerai deux, car l’une entraîne à réaliser l’autre. Retrouver une consigne à partir d’un résultat d’exercice permet de travailler à rebours afin de mieux comprendre l’intention du donneur de consignes. Cette étape permet ensuite d’inventer des consignes (qui peuvent prendre la forme de questions) pour d’autres. Car écrire des consignes est une des meilleures façons d’apprendre à les lire. On peut citer comme exemple la célèbre « figure géométrique téléphonée » – mal nommée d’ailleurs, puisqu’il n’y a pas d’échanges oraux entre l’élève qui, à partir d’une figure géométrique donnée, élabore un programme de construction et celui qui doit ensuite tracer la figure en exécutant le programme. Il y a là aussi un côté ludique qui est stimulant et motivant pour les élèves.