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Les douze mots du son

Ouïe

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L’ouïe, on sait bien ce que c’est : le mot désigne l’un des cinq sens, les cinq fenêtres de perception de l’être humain, les cinq façons de faire l’expérience de la réalité qui nous entoure. Donc on a l’ouïe, la vue, l’odorat, le toucher, le goût. Seulement ce mot « ouïe » est certainement plus rare que les quatre autres, parce qu’il a bien moins d’emplois figurés et il garde un sens précis et pointu. Il représente essentiellement cette faculté qu’on a de percevoir les fréquences sonores.  Attention ! Il a un redoutable concurrent avec le mot « oreille ». L’organe, même l’ensemble de l’appareil qui met en œuvre ces perceptions, est très souvent utilisé pour désigner la fonction de l’écoute : on peut dire de quelqu’un « il a l’ouïe fine », mais plus souvent on va dire « il a une bonne oreille », « il a l’oreille fine ». Alors attention ! Quand on emploie ces dernières expressions, « il a l’oreille fine », « il a de l’oreille », on peut évoquer l’acuité auditive, de la même façon qu’on parle d’acuité visuelle. Seulement la plupart du temps, on pense à la faculté de distinguer les sons les uns des autres. C’est beaucoup plus musical, c’est la possibilité de reconnaître le timbre d’un instrument dans un orchestre, c’est ça avoir de l’oreille. C’est la possibilité de différencier deux notes dont l’une est légèrement plus haute que l’autre. Et d’ailleurs on parle d’oreille absolue, mais jamais d’ouïe absolue – et l’on sait ce qu’on appelle l’oreille absolue, c’est cette faculté de reconnaître la hauteur d’un son, sans la comparer à un autre : du premier coup on peut dire ça, c’est un la, ça c’est un do et ça c’est un si bémol… Revenons au mot ouïe, qui n’est pas très fréquent, mais il est encore vivant, surtout parce qu’on le trouve dans des expressions toutes faites, des expressions figées. On dit « je suis toute ouïe », c’est-à-dire j’écoute avec attention, je bois les paroles de celui qui me parle. Et on a aussi le nom ouï-dire, qui correspond un petit peu à rumeur, information indirecte, transmise par un tiers : je sais par ouï-dire que mon voisin a trouvé un trésor. Le nom « ouïe » correspond bien sûr au verbe ouïr. Lui aussi est peu courant, il fait ancien ! Pourquoi ? Parce qu’il a été remplacé par un autre : dans la langue courante, on utilise le verbe entendre, qui au départ signifiait simplement comprendre : c’était une activité de l’esprit. Mais le sens du verbe entendre s’est déplacé, il s’agit d’être conscient qu’on vous parle, qu’on comprenne ou pas, d’une certaine façon. Le verbe ouïr a été presque totalement évincé par son concurrent ! Mais, même désuets le verbe ouïr et le nom ouïe ont encore une place à part dans la langue française, ne serait-ce que par leur construction phonétique. Parce que dans « ouïe » il n’y a pas de consonne, il y a deux voyelles qui se suivent, à moins qu’on considère la première comme une semi-consonne, le « oue ». Mais il n’empêche, « ouïe », voilà un mot qui se glisse dans notre oreille comme un poisson dans l’eau.

Matériel pédagogique produit par le SCÉRÉN [CNDP-CRDP] dans le cadre de la Semaine du son 2012.

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