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Les douze mots du son

Grain

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Contrairement au timbre, le mot grain ne fait pas partie d’un vocabulaire spécialisé de l’acoustique. On n’est pas du tout dans un discours de savoir, on est peut-être plus dans un discours de saveur, en tout cas dans une perspective subjective et souvent esthétique. Le timbre résulte d’un mélange de fréquences acoustiques alors que le grain évoque souvent l’ajout d’un élément extérieur. C’est comme l’addition d’un bruit et d’un son. Pour avoir du grain, il faudrait donc accueillir un parasite, mais un parasite salutaire, qui va pimenter notre son de départ. Et là, on a beaucoup d’anecdotes, on peut penser à l’enregistrement de la musique du film Ascenseur pour l’échafaud, le film de Louis Malle. C’est Miles Davis qui a enregistré et dirigé cette musique. Il avait un petit problème à la lèvre et il avait une peau morte qui vibrait de temps en temps devant l’embouchure de la trompette. Et bien ça donne un tremblé, ça donne un grain absolument inimitable. Alors cette idée de grain fait intervenir une influence extérieure, qui peut être liée au corps du musicien, à la matérialité même de l’instrument, à l’environnement ; c’est comme une impureté légère. On parle de grain, on peut presque parler de grain de sable, si jamais on imagine qu’il y a une petite perturbation qui vient gêner le déroulement mécanique de la machine. Donc quand on parle de grain, on se place du côté de l’expérience, que ça soit d’un point de vue acoustique ou pas. Le grain d’une peau ne se révèle que si on le touche ; celui d’une voix que si on l’entend. Mais bizarrement, ce n’est pas ce mot grain qu’on va employer spontanément pour qualifier une couleur d’orchestre : on parle plus volontiers de pâte orchestrale, dont le poids, dont l’onctuosité varie d’une formation à l’autre, et même d’un chef à l’autre. Et puis l’expression « le grain de la voix » doit beaucoup à Roland Barthes, puisque ce sémiologue, ce philosophe, ce linguiste et cet écrivain en même temps, a donné ce titre, Le Grain de la voix, à une série de textes. Et ce grain, il le définit comme un mixte de timbre et de langage. Et il parle avec admiration des chanteurs qui privilégient la prononciation à l’articulation, et qui jouent en même temps sur la diction de la langue et celle de la musique.

Matériel pédagogique produit par le SCÉRÉN [CNDP-CRDP] dans le cadre de la Semaine du son 2012.

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