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Les douze mots du son

Acouphène

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« J’ai des acouphènes ! » Voilà une phrase qu’on entend de plus en plus souvent. Est-ce que c’est une maladie du monde moderne ? Est-ce que c’est une pathologie qui se répand ? Ce n’est pas sûr… mais le mot savant « acouphène » qui désigne cette sensation est bien plus répandu aujourd’hui que jadis : ça a été un mot de médecin – il apparaît dans la littérature médicale autour dans les années cinquante – et aujourd’hui ça commence à devenir un mot de malades, tout le monde parle de ses acouphènes. Seulement, qu’est-ce que ça veut dire et d’où est-ce que ça vient ? Il est assez éclairant de recourir à l’étymologie et de démonter le mot : la première partie du mot est bien sûr de la même famille qu’acoustique. Et en grec, akouein veut dire entendre. Quant à la seconde, phainein, elle vient d’une racine grecque également qui signifie sembler, paraître. Donc l’acouphène évoque un bruit sans qu’on sache quelle en est la cause, et sans même peut-être que cette cause en soit compréhensible. On n’est pas loin de l’illusion ! Et pourtant cet acouphène on l’entend bien ! Il s’agit d’une vibration qu’on a dans l’oreille alors même qu’apparemment il n’y a aucun bruit extérieur pour la susciter. Donc une sensation parasite, gênante, intrusive, sentie comme douloureuse parce qu’elle dure, ou qu’elle arrive sans prévenir ! Ces acouphènes peuvent donc prendre plusieurs formes, permanents ou intermittents, perçus d’un seul côté ou bien des deux, d’intensité très variable et supportés de bien des manières selon les patients. Et cette présence acoustique prend les formes les plus variées aussi : sifflement, bourdonnement, tintement… On vient de le dire, le mot acouphène est assez récent, on peut se demander comment on en parlait jadis. On avait recours à une langue bien plus ordinaire et on disait : « j’ai les oreilles qui sifflent », « j’ai mes bourdonnements qui me reprennent »… Et en fait la chose était tellement courante et tellement peu explicable qu’elle était entrée dans les mentalités populaires, entre expressions familières, ironie et superstition. On disait, on dit encore d’ailleurs : « oh, celui-là, il doit avoir les oreilles qui sifflent ». Dans quel cas est-ce qu’on emploie cette expression ? Quand on parle de quelqu’un en son absence, en général pour en dire du mal. On se dit que d’une certaine façon il l’entendra et que ça lui fera siffler les oreilles. Le mot savant « acouphène » bien entendu s’accommode mal de cette fausse sagesse populaire. Mais si ceux qui en sont atteints prennent leur mal plus au sérieux, si les médecins se penchent de plus en plus sur le problème, c’est qu’il est symptomatique d’un mode de vie contemporain où les pollutions sonores sont de plus en plus nocives et répandues, comme si la fréquence des acouphènes était en train de s’accroître.

Matériel pédagogique produit par le SCÉRÉN [CNDP-CRDP] dans le cadre de la Semaine du son 2012.

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