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Les mots de l'actualité

Tirer les rois

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C’est le 6 janvier : vous tirez les rois ?

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C’est aujourd’hui qu’on les tire, c’est aujourd’hui le 6 janvier, jour de l’épiphanie. Rituel chrétien qui commémore la légende des Rois mages, venus faire des présents à Jésus. Mais le rituel est familial, lié au repas et à la galette. Un peu d’explication est nécessaire : dans la galette qu’on mange traditionnellement ce jour-là, on a caché une fève. On coupe la galette en parts ; le plus jeune va sous la table, dit à qui ira cette part, celle-ci, celle-là encore. La fève échoit donc par hasard à quelqu’un qu’on couronne roi, avec une couronne de carton. En toute logique, on devrait donc dire qu’on tire le roi. Or on tire les rois. Croisement de cette pratique avec la légende des trois rois ci-dessus rapportée. L’expression est à cheval sur deux imageries, pleine de charme et d’illogisme. Une chose est sûre : il s’agit d’un tirage. C’est d’ailleurs le nom qu’on emploie pour toutes ces cérémonies auxquelles le sort préside : tirage du loto, de la loterie nationale, de la tombola de la fête votive de Saint Cucufa… Et tirer est le verbe qu’on emploie quand il s’agit d’un processus de désignation par le sort : on tire « au sort », c’est-à-dire au hasard, le sort évoquant à la fois un hasard «pur» et un destin, une volonté divine ou mystérieuse. C’est depuis le 16e siècle qu’on utilise ce verbe dans ce sens, avec en particulier l’expression tirer un numéro. Et dans des circonstances très diverses on pouvait prendre au hasard, sans regarder, dans une boîte ou un chapeau… De là la locution tirer un bon numéro, ou un mauvais numéro, qui renvoie à la conscription : on décidait par la voie du sort qui ferait son service militaire. (On voit ça au 18e déjà, dans Jacques le Fataliste.) Et les riches pouvaient « se payer un homme », et envoyer à leur place un genre de mercenaire. Le verbe tirer est donc tout à fait concret. Tirer une carte par exemple c’est bien la retirer du paquet. Mais il l’est moins dans les locutions tirer à pile ou face (jadis, à croix ou pile…) : on attendrait plutôt lancer à pile ou face… Et tirer les cartes a un sens un peu différent, en tout cas plus large. C’est faire de la divination à partir des cartes. Et on dit également se faire tirer les cartes. De même on dit tirer à la courte paille (pour savoir qui sera mangé…) et bien sûr, tirer les rois. Chez les enfants, on fait la plouf. Une autre façon de mélanger rythme, jeu, langue et hasard… Avec des couplets pleins de non sens qui s’arrêtent brusquement et désignent un participant à la ronde… Il sort… On recommence… Quand il n’y a plus qu’un veinard qui reste… il a gagné ! Yvan Amar Article publié le 06/01/2006 Site langue française de RadioFranceInternationale - Les mots de l'actualité

Cette chronique est issue de l'émission Les mots de l'actualité produite par Yvan Amar et diffusée sur RFI - Plus de Mots de l'actualité sur RFI

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