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Les mots de l'actualité

Pêche

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Découvrez les sens propres et les sens figurés des activités les plus anciennes de l’homme.

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L’augmentation vive du prix des carburants est fortement préjudiciable à certaines catégories professionnelles, parmi lesquelles, les pêcheurs. Alors, on parle de pêche, qui est un nom sur lequel on peut s’attarder. D’abord on peut noter que le nom supplante la plupart du temps le verbe. On peut dire « je vais pêcher », bien sûr, mais bien plus souvent, on dira « je vais à la pêche ». Et cette expression a plusieurs échos figurés. Ou bien on va essayer de prendre du poisson – ça, c’est le sens littéral – ou bien on va essayer de prendre… ce qui se présente. C’est le sens fréquent de l’expression, qu’on trouve dans des environnements très divers. Par exemple, si je dis que je vais à la pêche à l’information, cela signifie que je vais chercher de l’information, mais un peu au hasard, au petit bonheur, ne sachant pas exactement ni ce que je cherche ni ce que je trouverai. Pour cela, l’image de la pêche est idéale : en effet, on jette sa ligne sous l’eau, sans savoir ce que cette eau cache. L’idée qui domine est donc celle de l’incertitude, liée à celle de chance. En effet, même si certains pêcheurs sont plus expérimentés que d’autres, la chance est essentielle dans cette activité et dans l’image qu’elle porte. Et si la prise est exceptionnelle, on parle parfois de pêche miraculeuse. En cela, l’image de la pêche est radicalement opposée à celle de la chasse. Le chasseur est actif, lui : il repère son gibier, se lance à sa poursuite, le traque ou lui court derrière. Il l’atteindra ou pas, mais en tout cas il n’attend pas que la perdrix tombe toute rôtie dans sa gibecière. Alors que le pêcheur attend. Et sa patience, une certaine passivité et un certain fatalisme font partie de ses qualités. On retrouve tout cela dans l’expression « ça mord ? » qui indique bien que si le poisson mord à l’hameçon, c’est justement que le pêcheur a su l’attendre sans vouloir forcer sa chance. Et si l’on dit « bonne pêche », cela équivaut à peu près à « bonne pioche ». Là encore, l’idée du hasard et de la bonne fortune est présente. Alors, l’expression peut parfois se moduler : « pêcher en eau trouble » signifie évoluer dans des milieux louches, et même avoir des activités suspectes, liées à des gens peu recommandables. L’adjectif « trouble » joue ici sur ses deux registres : un milieu qui n’est pas transparent (donc qui cache des mystères et peut-être des dangers) et un milieu qui est suspect. Aller à la pêche est en général un plaisir et un loisir. On dit rarement du pêcheur professionnel qu’il a été à la pêche : lui va pêcher. Mais aller à la pêche c’est s’accorder un plaisir particulier, qui demande du temps, de la tranquillité, et un certain goût de la solitude ; ce n’est pas forcément un loisir du partage. Ce qui explique peut-être l’un des sens figurés les plus pittoresques de l’expression : quand il y a des élections, on parle des votants, et de ceux qui se sont abstenus de voter, les abstentionnistes, ceux qui ont été à la pêche, au lieu de se rendre au bureau de vote. « Aller à la pêche » est donc une manière humoristique de dire qu’on n’a pas rempli son devoir de citoyen, et qu’on lui a préféré un plaisir plus solitaire. Yvan Amar Article publié le 23/05/2008 Site langue française de RadioFranceInternationale - « Les mots de l'actualité »

Cette chronique est issue de l'émission Les mots de l'actualité produite par Yvan Amar et diffusée sur RFI - Plus de Mots de l'actualité sur RFI

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