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Les mots de l'actualité

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Vous allez découvrir tout ce qui peut être « migrateur » : les mots, les oiseaux…

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La semaine de la langue française est d’actualité : comme tous les ans, on s’intéresse à cette langue un peu plus qu’à l’accoutumée, avec cette année, un thème particulier, « les mots migrateurs ». Le thème est certainement à la mode, comme l’a été depuis quelques années tout ce qui concerne le métissage, l’échange et les fécondations mutuelles… Mais on peut être attentif au mot employé : on nous parle des mots migrateurs, non des mots migrants, immigrants, émigrants. Pourtant on voit bien que tous ces mots appartiennent à la même famille. Mais l’image est précise pour les mots migrateurs : ils se placent en symétrie avec les oiseaux migrateurs. Une image donc très positive et très légère qui fait référence à des oiseaux qui passent une partie de l’année à un certain endroit, et instinctivement, conformément à une histoire mystérieuse, quittent ces lieux pour aller passer le reste de l’année ailleurs, bien loin, là où le climat leur est plus clément. Bien sûr ils se déplacent par la voie des airs, se jouent des frontières, des histoires des hommes, des douanes et des barrières, et font la preuve de leur liberté. En tout cas, leur migration est souvent pour les humains un symbole de liberté, même si elle est conditionnée par autre chose que notre histoire. Mais cet écho positif repose sur le fait qu’on pense surtout aux oiseaux lorsqu’on songe aux animaux migrateurs. Et pourtant, il y en a bien d’autres : des poissons, des mammifères marins, quelques grands mammifères terrestres (gnous ou caribous), jusqu’à certains papillons, qui, paraît-il, ont cette habitude de migrer. Les mots sont-ils migrateurs ? Pas de la même façon : il ne s’agit pas de migration saisonnière. Mais parler des mots migrateurs, c’est montrer qu’ils voyagent parfois très loin, que les mots d’une langue peuvent s’installer dans une autre, faire des petits, changer d’accent en gardant leur sens, changer de sens en gardant leur accent – façon de montrer que les langues échappent à ceux qui les parlent, échappent plus encore aux polices de la pensée. Pourtant la famille du verbe « migrer » est le plus souvent mise à contribution lorsqu’il s’agit d’hommes et de femmes. C’est au XVIe siècle qu’on commence à l’employer en français. Bien sûr de très importantes migrations avaient eu lieu auparavant, mais on n’en parlait pas en ces termes, et peu en français. Mais ces mots commencent à prendre vie après la découverte du Nouveau Monde. Des Français en quête d’aventures quittent leur pays pour tenter leur chance sur des terres inexplorées par les Européens : aux Antilles, en Guyane, en Louisiane notamment. L’infâme traite des Noirs vers l’Amérique a-t-elle eu droit à ce mot-là aussi ? Oui : la migration ne concerne pas uniquement les mouvements de populations délibérés et volontaires. Mais on emploie ce mot lorsqu’il s’agit de mouvements massifs. La famille de mots comporte d’assez nombreux membres, et en particulier, on utilise beaucoup les préfixes : on a parlé de « transmigration », pour désigner les mouvements de population d’un pays à l’autre, mais ce terme n’est plus réellement en usage. On parle d’« immigration » pour désigner le mouvement qui vient de l’étranger vers un pays donné, d’« émigration » pour désigner le mouvement inverse. Yvan Amar Article publié le 13/03/2007 Site langue française de RadioFranceInternationale - « Les mots de l'actualité »

Cette chronique est issue de l'émission Les mots de l'actualité produite par Yvan Amar et diffusée sur RFI - Plus de Mots de l'actualité sur RFI

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