Aller directement au contenu de la page
Aller au plan du site
Aller au menu bas de page

Voyage avec les motsVoyage avec les mots

Explorez l'univers des mots et maîtrisez la langue française

Dis-moi dix mots qui nous relient

Réseauter

Regarder le film animé

écouter la chronique

Par Yvan Amar.

Lire le script
Réseauter ! Un mot assez nouveau, qui fait encore figure de néologisme, de mot bricolé, qu’on comprend, qu’on emploie, mais presque avec des guillemets, comme si sa place en français n’était pas encore absolument assurée. Le sens est simple, réseauter, c’est se faire un réseau, se le constituer, faire du réseautage comme on le dit parfois. Mais comment comprend-on ce mot de réseau dans cet emploi ? Il s’agit d’un ensemble de gens qu’on connaît, bien ou mal, et avec lesquels des échanges seront possibles : d’informations, de renseignements, ou même de services. Il s’agit donc d’établir une liste, un réservoir de personnes à qui on peut être utiles, et qui peuvent nous être utiles. Et à partir du moment où ces gens font partie de notre réseau, ils pourront peut-être même communiquer entre eux et s’entraider : c’est bien cela la logique qui est à l’œuvre. Depuis une vingtaine d’années, on a beaucoup parlé de ces connaissances, qui souvent commencent dans l’enfance, avec les amis des parents, ou bien pendant les études, quand on se familiarise avec des gens encore totalement inconnus et sans pouvoir, mais qui peut-être, plus tard, occuperont des fonctions importantes. C’est ainsi qu’on se crée son réseau. L’intention est un peu cynique : je rends service à ton copain, tu rends service au mien ; tu prends mon fils en stage, je trouve une place pour ta nièce. Mais le mot est intéressant en ce qu’il est tout neuf ; il apparait dans les dictionnaires, et le petit Robert le date de 1997 : même si cette datation est un peu incertaine, cela donne une idée de la jeunesse du terme ; il est à la mode, et il est né de ces nouveaux modes de communication, et de ces nouvelles façons d’en parler. On parle même parfois d’activer ses réseaux : on se met en contact avec tel ou tel, pour le mettre au courant d’un problème, d’une demande. Le verbe est parfois péjoratif, mais pas toujours : il fait partie des pratiques sociales admises. Et plus on parle de réseau, moins on parle de relations. C’est pourtant un mot qui a été très à la mode dans les années 60, dans un usage particulier : il fallait se faire des relations, on avait des relations, des relations mondaines, disait-on parfois. C'est-à-dire qu’il fallait, pour réussir, ou simplement pour soigner son style, connaître des gens influents, des gens connus, des gens brillants. Non seulement il fallait les connaître, mais il valait encore mieux être connus d’eux, et être reconnus. Mais avoir des relations est aujourd’hui vieillot. Avoir un réseau est autrement plus actuel, même si les sens sont voisins. Et s’il est à la mode, c’est bien sûr parce qu’il repose sur une image qui l’est aussi : celle du filet, d’une toile tissée où se multiplient les connexions, les recoupements, le partage des connaissances et informations : l’un des mots qui traduit réseau en anglais, c’est net. On voit l’usage qu’on en a fait.

Cette chronique est issue de l'émission Les mots de l'actualité produite par Yvan Amar et diffusée sur RFI - Plus de Mots de l'actualité sur RFI

Découvrir dans la même série