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Dis-moi dix mots dans tous les sens

Zapper

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Découvrez le verbe «zapper» créé à partir de l’onomatopée Zap.

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On connaît maintenant les dix mots qui représentent le français en 2010, comme chaque année. Eh bien, tous n’ont pas une carte d’identité bien ancienne, tous n’ont pas pour ancêtres des Gaulois, ni même des Romains. Et heureusement d’ailleurs si on veut donner une image de la langue telle qu’elle est, telle qu’elle bouge. Alors parmi ces dix mots on trouve le verbe zapper. Zapper, c’est français ça zapper ? En tout cas on peut s’apercevoir que le mot figure dans les principaux dictionnaires, par exemple le Robert et le Larousse. Alors d’où sort-il ? On peut lui assigner une double origine : phonologique et puis disons géolinguistique. Alors d’abord la phonologie. C'est-à-dire que d’un point de vue sonore le mot vient d’une sorte d’onomatopée : zap. Zap ça évoque un glissement, un bruit rapide, un peu furtif, qui file vite, entre sa naissance et sa disparition. Alors c’est un mot qui bien sûr est emprunté à l’anglais, il a dans cette langue plusieurs significations qui toutes tournent autour de cette idée d’effacement, mais qui peuvent aller jusqu’à l’idée de détruire ou même de tuer. Alors ce n’est pas avec des idées meurtrières que le zapping ou que le verbe zapper sont arrivés en français. Le mot suit simplement le développement de la télévision. En France pendant longtemps on n’a eu qu’une chaîne, puis deux, puis trois, puis dans les années 80, l’offre télévisuelle a explosé et en même temps se répand l’usage d’un nouveau système, la télécommande ! Une révolution ! Et voilà, le zapping est né puisque le premier sens de zapper en français, disons en franglais, désignera le fait de passer d’une chaîne à l’autre, en faisant d’abord référence à cette manipulation qui semble presque magique à son apparition. Alors le français de France ne semble pas trouver d’équivalent à ce verbe mais au Québec on se dépêche de préconiser le verbe pitonner plutôt que zapper. Un piton c’est un bouton. Pitonner parfois c’est l’équivalent de pianoter en français du Québec, c'est-à-dire taper sur un clavier, et pitonner s’impose si on veut éviter zapper ! Alors zapper c’est un mot qui s’accroche au vocabulaire français, à tel point qu’il va accueillir des sens assez nombreux. D’abord, cette idée de glisser d’un programme vers l’autre va se concentrer sur ce qu’on quitte plutôt que sur ce qu’on trouve : on zappe, ça veut dire qu’on abandonne un programme pour un autre. On efface, peut-être en souvenir de l’anglais, on efface ce qu’on était en train de regarder. Et à force de zapper d’une chaîne à l’autre, on va pouvoir zapper quelque chose : ça s’évanouit, ça s’évapore, ça vous échappe, par inadvertance, ou bien exprès, par volonté délibérée. Il peut donc s’agir d’une information, d’un message qu’on jette à la poubelle, comme quand on lit les messages qu’on a reçu dans son courrier électronique, on en saute certains et bien on les zappe, on s’en débarrasse pour ainsi dire ! L’usage du mot à fait de tels progrès qu’aujourd’hui familièrement on peut même dire « J’avais tant de travail que j’ai zappé le déjeuner ». Autant dire, je l’ai sauté !

Cette chronique est issue de l'émission Les mots de l'actualité produite par Yvan Amar et diffusée sur RFI - Plus de Mots de l'actualité sur RFI

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