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Mentor

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De Mentor à mentor… découvrez comment un nom propre peut devenir un nom commun et être utilisé dans le langage de tous les jours…

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On vient de fêter un anniversaire : il y a vingt ans, Nelson Mandela était libéré. Le « mentor » de l’Afrique du Sud était enfin libre de ses mouvements : il allait rassembler le peuple et prendre la direction du pays qui enfin s’affranchissait de l’apartheid, qui était une politique infâme de ségrégation. Apartheid voulant dire « développement séparé ». Mais on l’appelle « mentor » très souvent Nelson Mandela. Est-ce que ça convient ? C’est un mot que j’ai entendu assez souvent et bien que Mandela soit à l’évidence un chef politique, bien qu’il ait été au premier rang des combats, il a toujours bénéficié d’une sorte de prestige qui le présente comme en recul par rapport à l’actualité et à l’histoire immédiate : cette figure s’accorde assez bien avec le mot de « mentor ». « Mentor » c’est un mot ancien qui vient du latin. C’est un genre de tuteur, un guide pour quelqu’un de nettement plus jeune. Et il n’a pas n’a pas exactement un rôle de protecteur, pas uniquement un rôle de professeur, mais il sert d’exemple, il donne de bons conseils. Il y a une relation particulière entre le « mentor » et son élève, confiance et affection mutuelles. Est-ce qu’on peut parler aussi bien de maître à penser ? On peut très bien ne pas connaître personnellement son « maître à penser », on peut très bien ne connaître que ses livres ou ses opinions ou ses idées. Alors que le « mentor » se situe dans une relation beaucoup plus directe. À l’origine « Mentor », c’est un nom propre : c’est un personnage de l’Odyssée. Lorsque Ulysse quitte son île d’Ithaque pour faire la guerre aux Troyens, il confie à « Mentor » le soin de s’occuper de son fils Télémaque. Et puis au 18ème siècle, un auteur français, Fénelon, reprend les personnages pour poursuivre l’histoire et « Mentor » joue un rôle extrêmement important. Il faut se souvenir d’ailleurs qu’à l’époque Fénelon était précepteur du Duc de Bourgogne, le petit-fils de Louis XIV qu’on pouvait croire destiné au trône et d’une certaine façon, « Mentor », c’est le double de l’auteur, de Fénelon… Grâce au succès de l’ouvrage, « mentor » est passé en français dans une langue un petit peu savante mais on l’a pas mal utilisé, un petit peu oublié et le mot est revenu à la mode parce qu’on l’emploie beaucoup aux États-Unis. Mais très étonnamment, « mentor » en français peut aussi servir à éviter un autre mot qui est en faveur en Amérique, très anglais celui-là : le « coach ». Qu’est-ce que c’est qu’un « coach » ? Un expert qui vous guide dans des domaines très variés : comment maigrir, comment parler en public, comment soigner son image, etc. On trouve des « coachs » pour toutes les circonstances de la vie. Alors leur perspective est en général moins noble que celle du « mentor » mais qu’importe ! À la place de « coach » on peut utiliser ce mot de « mentor ». Il a presque un côté à l’américaine « mentor » aujourd’hui, à cause de cette vogue. Mais quand même, il a une phonologie, il a une prononciation qui évoque moins l’anglo-américain.

Cette chronique est issue de l'émission Les mots de l'actualité produite par Yvan Amar et diffusée sur RFI - Plus de Mots de l'actualité sur RFI

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