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Escagasser

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Découvrez le verbe «escagasser» et prononcez-le avec l’accent du sud de la France…

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Il est un mot qui figure dans la liste des dix de l’année 2010 et qui porte encore fièrement son origine, peut-être même son identité régionale. Et ce mot c’est « escagasser ». Est-ce qu’on peut vraiment le qualifier de régional ? C’est bien de cette façon qu’il est présenté par les dictionnaires « Robert » et « Larousse ». Et ce qualificatif régional n’a rien de péjoratif. On peut en effet entendre « escagasser » un peu partout en France, mais probablement plus dans le Midi, entre Nice et Perpignan. Alors le mot en français a un passé qui n’est pas si long : sa première attestation connue remonte à 1904. Certainement il était déjà apparu auparavant, mais presque officieusement et à l’oral. À l’écrit probablement pas tellement. Première trace donc 1904, ce qui veut dire qu’il est encore jeune, un peu plus de 100 ans ce n’est pas beaucoup pour un mot en français. Et son sens général c’est celui d’abîmer. Mais même quand on l’emploie en français, et pas forcément dans le Midi, il a encore comme un accent : son origine s’entend. Pourquoi ? Probablement à cause de son apparence sonore et de sa première syllabe es- qui est un point d’appui qui évoque les langues latines. Alors il ne faut pas exagérer, cette syllabe initiale, ce n’est pas une marque de fabrique des langues romanes du sud de l’Europe. Pas toutes ! En tout cas on dit « escadre » en français alors qu’on dit « squadra » en italien. On dit « Scala » à Milan (c’est un célèbre opéra) alors qu’on parle en français d’« escalier », avec un mot de la même famille. Mais quand même, on peut se souvenir d’« escalade », d’« escapade », d’« escarcelle », trois mots qui viennent du provençal et on a là une séquence qui appelle l’accent. On peut ajouter « Escartefigue », un nom pittoresque d’un personnage de Pagnol et on a avec celui-là un cliché marseillais qui est tout prêt, même si c’est un peu un stéréotype à l’ancienne. Alors « escagasser » c’est un mot d’origine populaire qui a une étymologie un peu vulgaire, ça vient de « cagar », mais dont l’image n’est plus sensible à l’écoute du mot. Et son sens se prête tout à fait à ce qu’on l’exprime à l’aide de mots familiers : ce qui est abîmé est évoqué presque par une langue « abîmée » elle-même, un vocabulaire qui échappe en tout cas au corset du lexique convenable : la dégradation de la chose se fait comprendre grâce à une certaine dégradation du mot qui l’exprime, il y a d’ailleurs beaucoup de synonymes d’ « escagasser » qui sont très familiers. On « escagasse » sa voiture, on peut la « bousiller », la « déglinguer », la « détraquer ». Mais dans une langue beaucoup moins familière on peut « l’endommager », la « dégrader », la « détériorer », la « casser »… Il y a une richesse étonnante de ces mots expressifs ! Jusqu’à « esquinter », un autre mot d’origine provençale, qui à l’origine évoque un objet coupé en cinq. Alors le sens d’« escagasser » est assez souple : on l’utilise souvent à la forme réflexive, c'est-à-dire pronominale, on « s’escagasser » pour dire qu’on se fait mal. Et parfois aussi, la signification glisse vers l’idée d’ennuyer, d’assommer : « tu m’escagasses », c’est à dire « tu me fatigues, tu me casses les oreilles ! »

Cette chronique est issue de l'émission Les mots de l'actualité produite par Yvan Amar et diffusée sur RFI - Plus de Mots de l'actualité sur RFI

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