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Dis-moi dix mots dans tous les sens

Crescendo

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Découvrez comment un mot appartenant au vocabulaire musical est aujourd’hui employé dans le langage de tous les jours…

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La tension va « crescendo » au Sri Lanka entre le pouvoir et l’opposition. C’est ainsi qu’une partie de la presse a rendu compte il y a quelque temps d’une situation qui se crispait de jour en jour, notamment depuis que le Parlement avait été dissous. Alors l’expression est assez courante en français, malgré son origine étrangère, et d’ailleurs ce mot de « crescendo » fait partie des dix qui ont été sélectionnés pour être cette année des exemples de la vivacité de notre langue. C’est un mot qui est emprunté à l’italien, qui lui-même l’avait pris au latin sans presque rien changer, même si la finale en « o » sonne à nos oreilles francophones vraiment comme une marque italienne. Et puis en français, cette dernière origine se sent encore dans la prononciation : « *crechenndo » ; on entend bien qu’on n’est pas dans une citation latine, c’est de l’italien ! On ne dit pas « *crescendo ». Le sens est compris de tout le monde, ça veut dire « en augmentant, en s’accroissant ». C’est une expression qui dérive d’une forme latine particulière, le gérondif, qui évoque souvent l’idée d’une action en cours, en train de se faire, en train de se développer. Comme le verbe latin « crescere » veut dire « croître » ou « augmenter », le sens de « crescendo » se devine sans peine. Ca veut dire « de plus en plus fort ». C’est un mot qui s’emploie la plupart du temps dans une tournure particulière : dans une langue courante, même si c’est une langue un peu surveillée, on dit « aller crescendo, la tension va crescendo ». Et parfois on peut également user du mot comme d’un nom : « un crescendo », qui est un peu l’équivalent d’une « montée »– on dit aujourd’hui une « montée en puissance », dans un langage un peu officiel, qui se monte un peu du col. Mais « crescendo » a aussi un sens particulier, et technique, en musique : il fait partie de ce qu’on appelle les nuances et c’est un signe de solfège qui indique qu’il faut jouer de plus en plus fort, il faut augmenter l’intensité. Et cela correspond de loin aux indications scéniques d’un texte théâtral, c’est ce qu’on appelle de façon un peu savante les « didascalies ». Et comme tous les signes du solfège, il a une notation particulière qui ressemble au signe mathématique qui signifie « plus petit que », comme un V couché dont les jambages vont s’écarter. Il est donc de plus en plus grand, de même que son inverse, le V couché dans l’autre sens, s’amenuise et tend vers zéro. Alors le lexique de la musique lui donne non pas un contraire, mais deux mots de sens contraire, on trouve « decrescendo », on trouve aussi « diminuendo », pour indiquer qu’il faut jouer de moins en moins fort. Mais on reste toujours dans cette série d’emprunts à l’italien, on part du « pianissimo », on va au « piano, mezzo forte, forte, fortissimo ». Tous ces termes, à part peut-être le « mezzo forte » qui a une position médiane, tous ces termes sortent facilement de leur usage technique et musical pour servir d’images au français ordinaire : on va dire « piano piano, vas-y doucement » !

Cette chronique est issue de l'émission Les mots de l'actualité produite par Yvan Amar et diffusée sur RFI - Plus de Mots de l'actualité sur RFI

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