VINCENT DELÉTANG : Avec Nathalie, avant d'entamer les dix séances d'une heure qu'on avait ensemble, on s'est rencontrés une première fois pour échanger sur nos perceptions de La Défense de Rodin. Nos pistes, les intérêts qu'on avait et puis ce qu'on pouvait développer avec les élèves. De là, on a commencé à tirer des axes. Après, il y a ce qu'il se passe dans les séances avec les élèves. Là aussi il y a une collaboration qui s'amorce parce qu'ils réagissent, ils interagissent avec la sculpture et tout d'un coup, il y a des idées qui émergent, des spontanéités qui arrivent sur lesquelles je rebondis pour pouvoir alimenter les séances. On va réveiller nos mains. Et on va réveiller le bout de nos doigts. Frottez, réveillez le bout de vos doigts. On frotte. Frotte, frotte, frotte tout le bras. On presse. Et on vient poser nos mains sur le ventre. On va inspirer, on fait gonfler le ventre. Une nouvelle fois ensemble. Inspire. Gonfle le ventre. On se met tous dans la position de l'homme qui marche ? Montrez moi comment serait l'homme qui marche ? Alors avec la musique, vous allez chacun prendre votre propre chemin, vous allez regarder toutes les sculptures et quand la musique s'arrête vous vous mettez dans la même position que votre sculpture. Hop, la musique s'arrête ! On se met dans la même position que sa sculpture. Regardez bien les œuvres, regardez bien les sculptures. La musique s'arrête ! La musique s'est arrêtée ?! la même position que sa sculpture. Cette sculpture vous la connaissez bien, on l'a déjà rencontrée plusieurs fois. Qu'est-ce qu'on peut se dire sur cette culture ? Qui sont les personnages de cette sculpture ? UN ÉLÈVE : La Victoire VINCENT DELÉTANG : La Victoire c'est qui le perso.... UN ÉLÈVE : Le soldat VINCENT DELÉTANG : La Victoire et le soldat. Ce qui m'a particulièrement interpellé dans La Défense de Rodin c'est son côté ambivalent. Ce côté ambivalent de ces deux personnages qui sont dans des tonus complètement différents. On a la Victoire qui est vraiment déployée dans un tonus musculaire très haut, très fort, alors qu'on a le soldat qui, lui, est complètement en train de se laisser tomber, chuter. Donc on a déjà cette opposition gravitaire. Comment elle est la Victoire ? UN ÉLÈVE : Elle s'étire. VINCENT DELÉTANG : Oui elle s'étire. On va essayer de s'expliquer comment est la Victoire avec des mots et pas avec le corps. Tu disais, Hugo : "Elle s'étire." OK. Qu'est-ce qu'elle a d'autre de particulier ? UN ÉLÈVE : Elle a la bouche grande ouverte. UN ÉLÈVE : Elle crie. VINCENT DELÉTANG : Elle a la bouche grande ouverte comme un cri. UN ÉLÈVE : Et les yeux sont grands ouverts. VINCENT DELÉTANG : Tu dis ? UN ÉLÈVE : Les yeux sont grands ouverts. VINCENT DELÉTANG : Et les yeux aussi sont grands ouverts. UN ÉLÈVE : Les bras sont grands ouverts. VINCENT DELÉTANG : Les bras aussi. Tout est ouvert dans son corps. Elle est vraiment déployée. Et est-ce qu'il y a un autre personnage ? UN ÉLÈVE : Le soldat ! VINCENT DELÉTANG : Le soldat ! Madison, que veux-tu dire sur le soldat ? UN ÉLÈVE : C'est comme s'étirer comme la Victoire mais c'est par terre. VINCENT DELÉTANG : Le soldat est par terre alors que la Victoire est ... ? UN ÉLÈVE : Debout ! VINCENT DELÉTANG : Je vais vous proposer, tous les enfants, de vous mettre debout dans la même position que la Victoire. Les mains, les bras, la bouche, les yeux. Comme la Victoire. Cette fois-ci vous allez ouvrir mais d'une autre façon. À votre façon à vous. Plus comme la Victoire. On y va ? On ferme... On grandit, on ouvre d'une autre façon. Comment on peut déployer le corps d'une autre façon ? Sur le côté. Super. Et danse... danse... danse... Ferme ! et grandis... grandis... grandis... Et danse... danse... danse... Ferme ! On a vraiment travaillé à partir des deux personnages et puis leur relation. La Victoire nous a emmenés dans une danse d'étirements, une danse dans laquelle on peut se déployer, ouvrir. Et plutôt une danse aérienne. Allez dans les endroits où il n'y a personne. Ne vous collez pas. Le soldat nous a inspiré une danse d'appui. Une danse proche du sol. Et ça nous a permis de travailler sur des oppositions : au-dessus, en dessous. Tu peux commencer. On reste au sol par contre. On se souvient : la danse du soldat, c'est au sol. Super. Les enfants, on va repartir dans l'autre sens, une autre traversée sauf que cette fois-ci, dans votre danse du soldat vous n'avez jamais le droit de poser les pieds par terre. Vous devez trouver d'autres appuis, inventer d'autres choses que les pieds. Jamais les pieds par terre ! UN ÉLÈVE : C'est trop dur ça ! VINCENT DELÉTANG : C'est vous qui allez inventer. Comment on peut faire sans poser les pieds par terre ? Regardez les solutions des copains. Peut-être qu'ils vont vous donner des idées. Jamais les pieds par terre. On est comme le soldat, on est proche du sol, sauf que cette fois-ci, on n'a jamais les pieds par terre. Il va y avoir un premier groupe qui va aller se mettre en position du soldat, et le deuxième groupe viendra créer un contact... comme la Victoire, pour être au-dessus. On peut commencer. Prenez tout l'espace. Et on s'arrêtera dans une statue. Prenez l'espace. Vite vite vite ! Les soldats, ne vous collez pas les uns aux autres, prenez les endroits qui sont libres. Et les Victoires, on va se mettre debout. Quand vous voulez. Les Victoires, trouvez un partenaire pour faire le contact. Et maintenant qu'ils sont arrêtés vous pouvez aller les rejoindre pour faire un contact. Danser à partir d'une sculpture, d'une œuvre, ce qui change, c'est le rapport à la matière, le rapport au volume, à l'espace. C'est autant de choses qui sont inspirantes, qui permettent de tirer des pistes pour alimenter la danse. Et puis aussi le fait d'être dans un espace, celui du musée. Un espace d'exposition dans lequel on peut, quand le partenariat le permet, danser différemment, en proximité directe avec les œuvres. Et vous allez vous arrêter dans la position de votre choix. Et vous allez revenir de ce côté-là. UN ÉLÈVE : Eux, ils ont bien compris. VINCENT DELÉTANG : Ce qui est très enrichissant et très gratifiant, aussi, pour moi, c'est de voir comment ils possèdent un vocabulaire gestuel individuel une façon de s'exprimer de façon singulière et individuelle.