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L'Open data : entretien avec Simon Chignard

Par Paméla Carles, Jean-Paul Thomas (CRDP de Rennes), Maud Rousselot,
[juin 2012]

Mots clés : données ouvertes

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Simon Chignard, 2012
Simon Chignard, 2012

Entretien avec Simon Chignard.

Chignard, Simon. Données ouvertes. In : wordpress [en ligne]. 2012. Disponible à l'adresse suivante : http://donneesouvertes.info/  (Consulté le 10 avril 2012).

Résumé : Blog de l'auteur, conférencier, Simon Chignard sur l'open data. On y trouve toute l'actualité et les conférences relatives à l'open data.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

J'ai des fonctions associatives à Rennes :
Président de l'association BUG, qui intervient depuis 1996 dans le champ de l'innovation sociale et numérique et qui fait partie des fondateurs de l'association Cantine Numérique Rennaise, dont je suis vice-président.
Avant tout, dans mon parcours professionnel comme associatif j'ai toujours travaillé autour des questions du numérique, son impact, ce qu'il change du point de vue économique, sociétal, et technologique.
Ce livre est mon premier. C'est la première fois que je me lance dans cette aventure d'écriture.
Mais ce n'est toutefois pas un sujet pris par hasard, car tout d'abord Rennes métropole est un des territoires pionniers en France dans la création d'un espace comme la Cantine numérique et ensuite c'est le lieu où il y a eu beaucoup de rencontres autour l'Open Data.

Pouvez-vous présenter la Cantine numérique en deux mots ?

C'est un lieu basé aux Champs Libres de Rennes, avec deux fonctions :

  • Accueillir les personnes qui travaillent de manière temporaire, ce que l'on appelle le coworking. Les personnes se posent ici quelques heures, quelques jours, quelques semaines, et viennent partager un espace de travail.
  • Animer un espace « débat-atelier-conférence », dont je m'occupe davantage : gérer toute la programmation avec l'équipe Cantine, soit à peu près un événement par jour, sur des choses très techniques, économiques ou culturelles, avec par exemple le concours Twit'haïku.

Il faut prendre conscience que le numérique est en train d'interpeller tout un tas de champs de la société, de l'économie ou autre, et la Cantine est un lieu autour de ces « cultures du numérique ».
C'est un dispositif qui existe à Rennes depuis novembre 2010, qui existait à Paris deux ans avant, et qui maintenant est reproduit à Nantes, Toulouse et Toulon.
On est tous indépendants juridiquement mais on appartient à un même réseau.

Qu'est-ce qui vous a amené à vous intéresser aux données ouvertes ?

J'ai voulu écrire ce livre pour deux choses :
A la fois, je participais à la démarche d'ouverture de Rennes en faisant rencontrer des gens qui avaient des données à ouvrir, les collectivités, l'opérateur des transports Keolis Rennes, et des personnes qui avaient envie de les réutiliser. J'avais donc accès à ces échanges.
Et peu à peu j'ai observé un décalage entre ces échanges et le discours global sur l'Open Data.
J'ai donc eu envie d'écrire en m'interrogeant sur le pourquoi de ce décalage entre des échanges qui fonctionnent bien et le discours un peu global sur la transparence, la participation.
Donc l'idée était de relier les deux, car c'est un sujet sur lequel il se passe beaucoup de choses mais où il y a aussi beaucoup d'incompréhension et de malentendus.
Avec mon éditeur (NB : Fyp Editions) nous avons vraiment eu envie de faire un ouvrage à la fois pratique « si je veux agir, comment je fais » mêlé à une dimension en amont, sur d'où vient l'Open data ? Qu'est ce que cela représente ? C'est le principe « Un je comprends, deux je peux agir. », indispensable dans le cadre de l'open data ; on ne peut agir si on ne sait pas d'où ca vient.

Pouvez-vous définir en quelques lignes la notion de données ouvertes (ou de données publiques) ?

« Donnée ouverte » est une traduction de l'open data.
C'est à l'image des poupées russes : les données ouvertes sont principalement des données publiques, qui sont avant tout des données « brutes ».
Une donnée est à distinguer de l'information. Ce serait par exemple « il fait 21°C », alors qu'une information serait « Il fait plutôt bon pour la saison ». L'open data s'intéresse à la donnée brute, pas à l'interprétation.
On ne parle donc pas de document, de rapport, mais bien de donnée.
La Loi de 1978 définit, dans le cadre de la CADA, la Commission d'Accès aux Documents Administratifs, la notion de « donnée publique », qui est donc produite, collectée, stockée, traitée, utilisée, dans le cadre d'une mission de service public.
Elle reconnaît à tous les citoyens français un droit d'accès et de réutilisation de ces données ainsi que l'obligation légale pour les collectivités de posséder un répertoire, un catalogue, avec les données traitées.
Mais la loi définit uniquement la donnée publique, et non pas la donnée ouverte :
Par exemple si l'on veut voir à qui la mairie à permis d'occuper un espace, je peux en faire la requête et dans ce cas, elle sera dans l'obligation de me montrer les données publiques demandées, sans pour autant les diffuser d'elle-même sur Internet, ou les mettre en libre accès, sous des formats ouverts. Cela reste une pratique, un plus.
On a l'obligation légale de montrer la donnée mais pas de « l'offrir ».

D'où vient ce mouvement ?

Le terme « donnée ouverte » apparaît en 1995, dans un rapport scientifique d'une agence gouvernementale américaine travaillant sur le climat.
Les climatologues possédaient des données qui devaient être partagées et donc donner lieu à des publications scientifiques, souvent très chères avec des délais importants, ne permettant pas un partage efficace sur le plan international.
Considérant le fait que le changement climatique ne s'arrête pas aux frontières et plutôt que de rester dans le modèle où chaque pays doit mener ses propres recherches et subir les enjeux de la publication scientifique pour partager leurs résultats, ils ont eu l'envie de faire progresser la connaissance globale.
C'est un peu l'idée du « pot commun », le partage de données.
Puis l'open data entre dans le champ politique plus de dix ans plus tard, dans le monde anglo-saxon. On a souvent l'image du président Obama lors de la prise de ses fonctions, le 21 janvier 2009, où il signe trois mandats forts, dont deux sur la transparence, la participation et l'open data. Il le conçoit comme un moyen de gouverner autrement. C'est considéré comme « l'an zéro de l'open data politique».
Puis le mouvement apparaît en Angleterre, dans les pays d'Europe du Nord.
C'est donc une idée extrêmement jeune mais dont on parle de plus en plus.
La France est plutôt en avance grâce à l'effort assez important des collectivités, du gouvernement, avec la mission Etalab, des propositions de licences...
L'open data reste quand même le fruit d'une culture politique anglo-saxonne fortement marquée.

Quels sont les objectifs de ce mouvement ?

On considère deux types d'objectifs à l'ouverture de ces données, deux promesses :

  • Promesse économique : l'ouverture des données pour permettre leur mise à disposition auprès d'autres utilisateurs, et leur réutilisation dans le but de développer des activités, de créer des services, comme avec les données émises par le site gouvernemental Qualité transports, reprises sous différentes formes sur des sites de transports, avec par exemple un indice de qualité des compagnies sur un site d'achat de billets d'avion.
    On fait part, ici, d'une « volonté d'aider les entreprises », mais on peut également voir le cas d'une veille au bon développement des communes, avec une idée de qualité des transports, en coordination avec les nouveaux espaces créés «je veux une piscine, comment puis je bien y accéder. »
    On est là dans le champ de l'innovation.
  • Promesse politique avec deux types de démarche : la transparence pour répondre à la défiance vis-à-vis des acteurs publics, travailler à comptes ouverts. Et la participation, la mise à disposition des données pour que les citoyens puissent se les approprier et se sentir libres d'être acteurs de la vie publique.

Dans cette logique, la ville de Rennes à donc ouvert des données pratiques mais aussi son budget et la liste des subventions aux associations pour permettre à chacun d'aller les consulter et permettre la transparence ainsi que la participation.
Rennes Métropole, sur son portail dédié aux données ouvertes, a été la première ville à faire un concours afin de démontrer la dynamique autour de ce sujet et permettre à la collectivité de traiter, comprendre l'intérêt et les motivations des personnes à la réutilisation des données.
On a constaté que 2/3 des participants étaient des individuels contrairement à ce que l'on imaginait et au discours général qui tend à dire que l'open data est dédié aux entreprises.
D'où le double intérêt pour les collectivités et institutions de mener une politique forte, de diffuser mais aussi d'animer, de mettre en avant ces données publiques.

Concrètement, quels types de données peuvent-elles être mises à disposition ?

On peut reprendre la typologie du livre avec ses neufs thématiques de données que l'on retrouve à l'heure d'aujourd'hui:
« - Vie démocratique : résultats électoraux, subventions accordées, les budgets et les finances publiques…

  • Démographie : l'Etat civil, les listes des prénoms les plus populaires…
  • Economie: revenues fiscaux, inscriptions des demandeurs d'emplois…
  • Environnement : qualité de l'air et de l'eau, inventaires botaniques, listes des parcs et jardins…
  • L'Art, la Culture et le Patrimoine : listes des équipements culturels (musées, bibliothèques…) leurs fréquentations et tarifs, le patrimoine, l'histoire du territoire
  • L'urbanisme et l'habitat : volumes bâtis, arrêtés d'insalubrité
  • Transports et déplacements : modes de transport, la localisation des parkings, l'accessibilité handicapé…
  • Equipements et services d'intérêt public : piscines, toilettes publiques…
  • Informations géographiques : nomenclatures, photographies aériennes… »

Informations tirées de « L'Open Data : Comprendre l'ouverture des données publiques » de S. CHIGNARD.

En France, pour des questions culturelles, on ne publie pas de statistiques locales de criminalité, ces données ne sont pas ouvertes, contrairement aux USA.
De plus, dans le cadre général de l'open data, on mettra de coté les données qui relèvent et mettent en jeu la sécurité ainsi que les données nominatives, susceptibles de porter atteinte à la vie privée. C'est un domaine qui, en France, est important et dont la frontière est bien étanche.

En quoi l'open data est-il une source d'innovation ?

Ce n'est pas forcément l'open data en lui-même qui est source d'innovation mais le phénomène de la « donnée » qui génère des développements technologiques.
On distingue big data et open data. Ce sont deux choses différentes.
Là, on est dans le fait de dire qu'on à plein de données, qu'il faut apprendre à les trier, savoir ce qu'elles peuvent nous apprendre.
Et nous en sommes aujourd'hui qu'au tout début.

La mise à disposition de données ouvertes est-elle une démarche lourde pour une institution ?

Cela dépend ce que l'on veut en faire.
Rennes, Nantes, Bordeaux, Paris, ont fait un portail dédié, tandis que la ville du Mans a simplement ouvert des données sous forme de fichiers à télécharger.
En soit, ce n'est pas quelque chose de compliqué.
Cependant, la réalité est que si l'on se contente de faire une page web, sans animation, ca ne prendra pas.
Les gens n'attendent pas désespérément ces données.
Il faut prendre en compte l'idée d'animation, de médiation, de sensibilisation autour des données, pourquoi sont-elles calculées, que nous disent-elles, comment…
Faire des concours, des rencontres.
Il existe une communauté Open Data Rennes, qui se retrouve à la Cantine Numérique, et qui organise des rencontres thématiques. Le mois dernier le thème était « Open data et culture », avec 5 ou 6 acteurs culturels, le centre d'art de la Criée, des musées, des bibliothèques...
La prochaine rencontre, « Que faire avec les données électorales », sera tournée vers les données des élections présidentielles avec des questions autour de ce que l'on peut faire avec.
J'avais animé un séminaire pour Science Po Rennes, autour des données de mobilité, où l'objectif était d'arriver à parler des données open data sans ouvrir l'ordinateur, et où les étudiants repéraient dans le quartier, grâce à des gommettes, toutes les données publiques, les places handicapées, l'accessibilité, les horaires de bus…
Il est important de sensibiliser les gens et faire comprendre que les données sont partout et font fonctionner nos villes.

Y-a-t-il des contraintes et si oui lesquelles ?

La pratique donne trois critères essentiels à l'Open data : technique, juridique et économique

  • Technique : La donnée ouverte doit être accessible le plus largement possible, sous des formats libres, comme CSV.
    L'exemple typique est celui du Ministère de la Santé, qui publie sur son site les données d'évaluation de qualité des établissements de santé au format PDF. Ce n'est donc pas une donnée ouverte puisque l'on va devoir les reprendre à la main si on veut pouvoir les réutiliser. C'est une donnée publique publiée mais pas ouverte. On peut la consulter mais pas la réutiliser.
  • Juridique : Avec des licences d'utilisation les plus larges possibles. Tout en respectant le droit de paternité, l'obligation de citer l'origine, on peut réutiliser la donnée, voir en faire un service payant.
  • Economique : Le mouvement essaie de promouvoir la gratuité des données ouvertes.

Pouvez-vous donner des exemples concrets de services issus de ce mouvement ? Comment s'en emparent les acteurs (citoyens, entreprises privées…) ?

L'open data aujourd'hui peut être comparé à un iceberg : c'est plus large que ce que l'on voit.
Actuellement la face visible concerne presque uniquement les applications mobiles.
J'avais défini quatre classes de réutilisation :

  • La consultation : dans le but de prendre une décision, « Quelle compagnie aérienne est la plus fiable ? », ou par simple curiosité, avec par exemple, pour répondre à la question « Combien de petits Nathan nés à Rennes en 2008 ? », la consultation du site Les p'tits Rennais, présentant les listes de prénoms de Rennes, Nantes et Paris, des graphiques, des classements.
  • La médiation : des données, souvent trop complexes, nécessitent une visualisation pour une meilleure compréhension et diffusion de l'information. On propose donc un service de médiation par le biais de données visuelles, de graphiques…dans le but de « faire parler les données ».
    Un exemple concret est celui de la carte représentative « De quel bord est mon quartier ? », élaborée par Mounir & Simon, permettant la visualisation, par des punaises et l'application Google Maps, des tendances politiques des différents quartiers de Paris à partir des résultats électoraux ; données émises par la ville de Paris dans le cadre de l'Open Data.
    Elle démontre un clivage est-ouest de Paris fantastique. C'est visuel et très vite compréhensible.
  • Les applications : bien connues du grand public, et fortement développées sur les téléphones portables et tablettes numériques.
    Avec l'exemple, toujours dans le domaine du transport, fortement demandé, des horaires de bus suivant les villes, les quartiers…
  • Les réutilisations spécialisées : Ce sont des données qui ne sont pas nécessairement destinées au grand public, mais servent plutôt à des usages bien spécifiques, dans un cadre personnel ou pour des organisations.
    Prenons la nomenclature des voies et adresses d'une ville, elle n'est pas réellement utile aux particuliers mais elle est pertinente dans le cadre d'une entreprise de livraison, ou plus spécifiquement d'un professeur de tennis qui voudrait s'installer plus prêt de ses clients.

Il y a donc nécessité de comprendre les différents types de participation afin de mieux les développer.

Envisagez-vous des usages pédagogiques de ces données par les enseignants et/ou les élèves, étudiants ?

Oui, et pour moi il y a deux intérêts.
Le mouvement de l'open data représente des sources d'informations diverses. Un exemple en Bretagne : le portail GéoBretagne, qui est une vraie mine d'or, cela fait partie des ressources disponibles.
Après il y a pour moi un enjeu majeur dans l'enseignement :
L'open data peut fonctionner uniquement si il y a une appropriation par tous.
Car si il n'y a pas cette appropriation, il y en aura une « par quelque uns ».
Ce mouvement à clairement une vraie capacité à renforcer les plus forts. En Inde, par une numérisation des registres fonciers et leur ouverture en Open data, un grand nombre de propriétaires terriens ont chassé des paysans, qui n'étaient pas propriétaires, mais qui occupaient les terrains depuis des années.
On a là un véritable enjeu : Que veut dire la donnée ?
Il faut former les gens à cela. Cela va de pair avec le fait que l'on va offrir de plus en plus de données aux personnes sans être clair sur ce que l'on peut en faire et comment les réutiliser.
On exerce de plus en plus des jeux de données.
Je donne un exemple qui m'avait beaucoup amusé : le site GapMinder, vraiment très intéressant, qui permet de visualiser des statistiques, notamment venant de la banque mondiale, de l'OMS… J'y avais déposé un graphique représentatif du pourcentage de fumeur dans la population par rapport à l'espérance de vie, et où l'on constatait que les pays où l'on fume le plus, sont également ceux où l'on meurt le plus tard. L'étape d'après serait donc de dire que fumer est bon pour la santé.
Or il faut faire la différence entre corrélation et causalité : ce n'est pas parce que les personnes fument qu'elles vivent plus longtemps, il faut aussi prendre en compte la richesse du pays. Dans les pays riches, la consommation de tabac est forte mais l'espérance de vie et les moyens médicaux, sont également importants.
Là est l'enjeu : éduquer la population sur l'analyse des données. Qu'est ce qu'une donnée, comment la fabrique-t-on, quelle est sa source, que nous dit-elle et que ne nous dit elle pas.
Etre capable d'avoir un regard critique sur ces données, comme on peut l'avoir sur l'information.
On travaille beaucoup sur ce sujet à la Cantine, on essaie de faire des séminaires, plutôt grand public : amener les gens à voir ce qu'est une donnée, ce que l'on peut en faire.
Mais une donnée n'est sûrement pas « brute », c'est un mythe.
Il faut se poser des questions et être un citoyen éclairé.

Peut-on trouver des limites ou des dangers à cette logique de transparence ?

Oui, mais cela n'est pas propre à l'open data.
Les données faussées et mal interprétées se retrouvent actuellement partout, particulièrement dans les domaines politique et économique.
Au journal, on peut entendre l'idée que les Allemands travaillent plus que les Français. Il faut attendre un peu avant que l'on sache que les statistiques n'étaient pas prises sur la même base de données, avec des calculs allemands faits à partir du nombre de travailleurs à temps complet, tandis que la part des travailleurs français était bien plus large.
Ce calcul avait été donné par un institut particulier…
Le journal, The Guardian met en ligne les sources attachées à leurs articles, des liens vers les données brutes pour permettre aux lecteurs de continuer de « creuser ».
On peut prendre en compte le calcul, ses données, mais aussi la source, sa pertinence.

Dans la culture française on peut être amené à penser que ces données peuvent être reformatées par des institutions, des entreprises… :

Il ya une vrai tension entre les deux promesses politiques que sont la transparence et la participation. Ce n'est pas du tout la même chose
La transparence n'est jamais anodine. Les données partagées en open data, sont celles que l'on veut bien partager. Open data n'est pas WikiLeaks.
Dans le livre je parle des trois familles de l'open Data :

  • La famille Libérale : comme le laboratoire d'idée, la fondation Ifrap, très positionnée sur ces questions et qui fait la liste de tout ce qu'ils aimeraient voir ouvrir : le coût de la couverture maladie universelle, le nombre de journées de grèves dans les trois fonctions publiques, le taux d'absentéisme des enseignants, la rémunération des hauts fonctionnaires… C'est clairement la logique « donnez moi les données que je puisse dénoncer la bureaucratie »
  • La famille libérale-libertaire : Ni Dieu, ni Etat, ni marché
  • La famille participative : Pour eux, l'open data c'est la possibilité de transformer une obligation légale, diffuser des données, en une opportunité de participation citoyenne.
    Typiquement, c'est l'exemple de la création, en 2009, du portail Brest en biens communs, avec la mise à disposition de données géographiques pour que les personnes se réapproprient leurs quartiers.

Ils sont pourtant tous d'accord sur les objectifs mais pas pour les mêmes raisons.

Peut-on alors dire qu'il y a un hiatus sur le mouvement de l'open data, l'idée de transparence, et les applications commerciales ?

C'est une bonne question. Mais il y a un hiatus pour nous Français, pas dans la culture anglo-saxonne.
C'est un vrai problème, ça fait partie du malentendu que l'on peut avoir en France sur le sujet.
La Commissaire Européen, Nelly Kroes, parle du « public sector information » comme une mine d'or. Cela veut dire qu'il y a quelque chose à découvrir et que l'or appartient à celui qui a pris la peine d'aller creuser.
Elle ne dit pas ça uniquement par dogmatisme libéral, mais par persuasion que ce qui est bon pour le marché est bon pour la société. C'est lié.
Il n'y a pas de hiatus pour la culture anglo-saxonne, fondatrice du mouvement.
…Cela n'empêche pas les tensions.

Open data
Open data

Présentation de votre ouvrage

Chignard, Simon. L'open data : Comprendre l'ouverture des données publiques. FYP Editions : Limoges, 2012. Coll. « Entreprendre », 192p. ISBN : 978-2916571706

La donnée est au cœur du fonctionnement des institutions publiques, de l'Etat aux collectivités. Elle permet d'aider à la décision, d'évaluer les politiques mises en œuvre ou de faire vivre les services urbains de notre vie quotidienne (transports, vie culturelle, économie, politique sociale, …).
L'open data consiste à mettre à disposition toutes les données publiques numériques non nominatives, ne relevant pas de la vie privée ni de la sécurité. Tout autant une philosophie de l'action publique qu'une pratique concrète, l'ouverture des données publiques a vu le jour dans les pays anglo-saxons. Déjà en France certains territoires et le gouvernement se lancent dans l'ouverture de leurs données publiques, transformant ainsi une contrainte légale (permettre l'accès à tous des documents administratifs) en une opportunité pour innover et favoriser la transparence.
Ce livre montre comme l'open data peut être source d'innovation tant pour les institutions que pour ceux qui réutilisent les données publiques, dans les domaines économiques, culturels et sociaux :

  • comment concrètement initier et animer une démarche d'ouverture de données publiques ?
  • comment utiliser ces données pour construire de nouveaux services, pour réinventer la relation entre citoyens et administrations, pour développer l'économie d'un territoire ?

Proposant à la fois des repères pour replacer l'open data dans le contexte français et une boîte à outils pour agir, l'auteur nous éclaire aussi sur les enjeux et les limites de l'ouverture des données publiques. L'open data peut-il vraiment permettre à chacun de participer aux affaires publiques « chaque jour et pas seulement le jour de l'élection » ?

Pour aller plus loin

Sites incontournables sur les données ouvertes 

  • Data.Gouv. Etalab, 2011-, mis à jour le 30.04.2012 [consulté le : 09.05.2012]. Disponible sur : http://www.data.gouv.fr/
    La plateforme d'échanges de data.gouv.fr a pour objet d'être « un espace d'échange consacré à l'accès et à la réutilisation des données publiques, l'actualité de l'Open Data, ses acteurs, ses perspectives, ainsi que les jeux de données et les fonctionnalités de la plateforme data.gouv.fr ».
  • Portail édité par Etalab, mission du gouvernement.
    Etalab. 2001-, mis à jour le 16.02.2012, [consulté le : 09.05.2012]. Disponible sur : http://www.etalab.gouv.fr/
    Mission du gouvernement, « sous l'autorité du Premier ministre, chargée de l'ouverture des données publiques et du développement de la plateforme française Open Data. »
    Descriptifs de la mission, de la licence et lien vers Data.Gouv
  • Open Knowledge Foundation. 2004-, [Consulté le: 08.05.2012]. Disponible sur : http://okfn.org/ 
    Open Knowledge Foundation est une association créée en 2004 dans le but de mettre en œuvre l'Open Data. Explications, projets, outils, tout est mis en place pour faire comprendre et introduire l'Open Data dans le monde. Possibilité de proposer son projet.
    Un blog de l'association est perpétuellement mis à jour avec les nombreuses actualités sur l'Open Data, les évènements, les nouveautés…
    Site en anglais.
  •  RegardsCitoyens. 2009-, mis à jour le 06.05.20012 [Consulté le 09.05.2012]. Open data en France. Disponible sur : http://www.regardscitoyens.org/open-data-en-france/
    Regards citoyens, propose ici une veille sur le développement de l'Open data, avec différents articles dédiés à ce sujet, les actualités, les principaux acteurs et sites de référence.
  • LiberTIC. Wordpress : 2010-, mis à jour le 03.05.2012 [Consulté le : 15.05.2012]. Disponible sur : http://libertic.wordpress.com/
    Site de l'association Nantaise LiberTIC, accompagnant le territoire au développement de l'ouverture des données publiques et proposant une veille et des réflexions autour du mouvement de l'open data
  • Nos données. RegardsCitoyens, 2011-, mis à jour le 05.2012 [Consulté le 09.05.2012]. Disponible sur : http://www.nosdonnees.fr/
    Site proposant des jeux de données et une plateforme collaborative, sous forme de wiki, de chasses aux données.
  • The Data Hub. Open Knowledge Foundation, 2012-. Disponible sur : http://thedatahub.org/
    « Catalogue communautaire de jeux de données », The data Hub est un catalogue de données ouvertes mondiales, s'appuyant sur l'outil de catalogage de données open-source CKAN.
  • Abbiateci, Jean. Data-Projet. [Consulté le : 14.05.2012]. Disponible sur : http://www.data-projet.com/
  • Abbiateci, Jean. Papier brouillon. Posterous : 2010-, mis à jour le : 29.03.2012 [Consulté le : 14.05.2012] Disponible sur : http://papierbrouillon.posterous.com/formation-une-semaine-de-datajournalisme-pour-63539
    Les sites dédiés au « journalisme de donnée » d'Abbiateci Jean, journaliste. Site mettant à disposition des données data sous formes de graphiques ou cartes ainsi qu'un article de blog revenant sur la formation au data-journalisme donnée.
  • Lacroix, Léa. Auregann. 2011- ; mis à jour en mai 2012 [Consulté le : 14.05.2012]. Disponible sur : http://www.auregann.fr/.
    Différentes présentations d'utilisations des données Open Data et des projets autour de ce mouvement, notamment le site Les p'tits Rennais.
  • A2Bproduction. L'Open data à la louppe. Youtube : 2011 [Consulté le 29.05.2012]. Disponible sur : http://www.youtube.com/watch?v=aHxv_2BMJfw&feature=youtu.be
    « Spot de présentation de la démarche d'ouverture des données numériques publiques, initié par LiberTIC, soutenu par Nantes Métropole et réalisé par A2B Production en licence Art Libre. »
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