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2.1. Les élèves et Internet : sont-ils vraiment des digital natives?

Comme nous l'avons expliqué précédemment, Internet est un lieu public et ouvert à tous pour lequel il est fortement recommandé de prendre un minimum de précautions. Il est en effet tout à fait possible de protéger certaines données, de ne partager nos fichiers qu'avec certaines personnes, de verrouiller l'accès à certaines informations nous concernant...

Lors de séances de travail avec des adolescents autour de l'utilisation qu'ils font d'Internet et de leurs habitudes, nous constatons qu'ils ont tendance à croire que derrière leurs écrans, ils deviennent quelqu'un d'autre, qu'ils ne risquent rien. De ce fait, ils s'exposent sans gêne, publient des textes, des photos d'eux ou de leurs amis, des vidéos dans lesquelles ils se mettent en scène dans des situations souvent dévalorisantes ou pouvant porter à préjudice, sans présumer des conséquences de leurs actes.
Les élèves sont persuadés qu'il leur suffit de supprimer une publication (texte, photo ou vidéo) pour que l'affaire soit enterrée et qu'on n'en parle plus. Ils commettent là une grave erreur puisque non seulement toutes les publications sont conservées sur les serveurs, mais en plus, il est tout à fait possible et facile pour n'importe quel internaute d'enregistrer sur son disque dur un fichier trouvé sur Internet, de faire des captures d'écran...
Les propos des élèves, leur image peuvent alors être utilisés à leur insu, publiés sur d'autres sites Internet, envoyés par mail à d'autres internautes... indéfiniment. Comme le dit Cory Doctorow : “les données personnelles sont comme des déchets nucléaires. On devrait traiter les données personnelles avec la même attention et le même respect que le plutonium : elles sont dangereuses, durables et une fois qu’elles ont fui, il n’y a pas moyen d’en obtenir le remboursement” [8].

Il paraît donc primordial de mettre en garde nos élèves à ce propos en leur enseignant qu'il est préférable d'éviter de mettre en ligne des vidéos de soirées entre amis bien arrosées, des photos suggestives qui pourraient ternir leur image, de tenir des propos injurieux et/ou diffamatoires qui pourraient leur causer de sérieux problèmes...

2.2. Comment ruiner son identité numérique ?

Il suffit de naviguer sur des sites tels que Youtube ou Dailymotion pour trouver rapidement et très facilement des vidéos dans lesquelles les adolescents se retrouvent dans des situations ridicules, humiliantes et préjudiciables.

Nous constatons depuis quelques temps un phénomène nouveau : alors qu'auparavant, les jeunes se retrouvaient dans

une vidéo sur Internet contre leur gré, il semble désormais qu'ils le fassent d'eux-mêmes, se filmant à l'aide de leur webcam par exemple ; le but d'un tel comportement étant de « faire le buzz » c'est-à-dire obtenir un maximum de visites, de commentaires, faire en sorte qu'on parle d'eux, même si c'est en mal. Ils deviennent alors « populaires » et il semblerait que ce soit leur seule préoccupation.

Les chiffres montrent qu'un jeune sur cinq a déjà posté une vidéo de lui sur Internet. En voici quelques exemples édifiants :

Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtreDamien du 64
Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtreComment boire un ricard

La même chose peut être constatée sur des sites comme Facebook ou sur des blogs à  propos de photos:

Exemples de photos :

Photo tirée d’un blog en Avril 2010, floutée par nous et mise en ligne sur un blog fermé depuis...
Photo tirée d’un blog en Avril 2010, floutée par nous et mise en ligne sur un blog fermé depuis...
Photo floutée par nous et tirée d’un blog en Avril 2010. Toujours en ligne...
Photo floutée par nous et tirée d’un blog en Avril 2010. Toujours en ligne...

2.3. Le phénomène Facebook

Définition de Facebook d'après L'oeil Critique :

Facebook : Enfermement social par la tyrannie de l’ego mis en scène, cerné par des amis dont le nombre doit être affiché et la croissance assurée. Cri d’exaltation : « J’ai plus de 160 amis sur Facebook » [9].

L'utilisation des réseaux sociaux comme Facebook est en constante augmentation. Une récente étude sur les usages d'Internet par les jeunes montre que 9 lycéens sur 10 possèdent un compte Facebook [10]. Le problème auquel on se trouve confronté avec les adolescents est de savoir quelle utilisation ils font de cet outil.
A l'origine, un réseau social tel que Facebook sert à entrer en contact avec des personnes plus ou moins proches de notre entourage: amis, famille, collègues de travail mais aussi anciens camarades de classe, personnes que l'on a perdues de vue, etc.

Or, lorsque l'on discute avec les adolescents, on se rend compte que pour beaucoup d'entre eux, l'important est d'avoir un maximum « d'amis ». Il est ainsi tout à fait fréquent de trouver des profils d'élèves qui comptent plus de 500 « amis » alors que d'après l'anthropologue britannique Robin Dunbar « le nombre d'amis avec lesquels une personne peut entretenir une relation stable à un moment donné de sa vie (…) est estimée à 148 personnes. » 

En outre, accepter des « demandes d'ajout à la liste d'amis » uniquement pour augmenter son nombre de connaissances peut s'avérer néfaste, voire dangereux. En effet, si le compte Facebook n'est pas paramétré correctement, en prenant un minimum de précautions, on s'expose aux yeux du monde par le biais du phénomène que l'on appelle « FOAF » (Friend of a friend) : on permet aux amis des amis de nos amis d'avoir accès à nos informations, photos, vidéos... Les choses peuvent alors facilement nous échapper. Enseigner à nos élèves comment paramétrer correctement leur compte Facebook peut faire l'objet d'un séance de travail.

De plus, il semble impératif d'apprendre à nos élèves à respecter la loi lorsqu'ils sont sur Facebook, ce réseau social n'étant pas une zone de non-droit. de là, tout ce qui leur a été enseigné concernant le droit à l'image, le droit d'auteur mais aussi l'interdiction de tenir des propos injurieux, diffamatoires ou à caractère raciste peut également être repris plus spécifiquement lors d'un travail autour de l'utilisation de Facebook.
Les élèves doivent absolument garder à l'esprit qu'il est toujours possible de retrouver des traces et que les choses peuvent alors aller très loin.

2.4. La mémoire d'Internet...

Aujourd'hui, il semble impossible de dire ce que deviennent nos traces, nos données sur Internet, même après que nous avons supprimé notre « profil » ou notre compte, quel que soit le site Internet concerné (Facebook, MySpace, blogs, forums...) En lisant attentivement les «conditions d'utilisation» de Facebook par exemple, on constate qu'il est précisé que les données personnelles sont conservées sur les serveurs même si nous demandons la suppression de notre compte :

« Désactivation ou résiliation de votre compte. Si vous ne souhaitez plus utiliser votre compte, vous pouvez le désactiver ou le supprimer. Quand vous désactivez un compte, il ne pourra plus être consulté par aucun utilisateur, mais il ne sera pas supprimé. Nous conservons les informations de votre profil (connexions, photos, etc.) au cas où vous décideriez de réactiver votre compte ultérieurement.
De nombreux utilisateurs désactivent leur compte temporairement et nous demandent par conséquent de conserver leurs informations jusqu’à leur retour sur Facebook. Vous pouvez à tout moment réactiver votre compte et restaurer votre profil dans sa totalité. Lorsque vous résiliez un compte, il est supprimé de façon permanente de Facebook. Vous devez résilier votre compte uniquement si vous êtes certain de ne plus vouloir le réactiver. Vous pouvez désactiver votre compte sur la page Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtreParamètres du compte ou le supprimer sur cette page d’aide.

Restrictions relatives à la suppressionMême après avoir supprimé des informations de votre profil ou avoir résilié votre compte, des copies de vos informations peuvent rester visibles dans la mesure où elles ont été partagées avec d’autres utilisateurs, diffusées conformément à vos paramètres de confidentialité ou encore copiées ou enregistrées par d’autres utilisateurs. Toutefois, votre nom ne sera plus associé à cette information sur Facebook. (Par exemple, si vous publiez quelque chose sur le profil d’un autre utilisateur et que vous supprimez votre compte, cette publication est conservée, mais elle sera attribuée à un « utilisateur Facebook anonyme ».) De plus, nous pouvons être amenés à conserver certaines informations pour prévenir l’usurpation d’identité ou toute autre mauvaise conduite, même si une résiliation a été demandée. Si vous avez autorisé des applications ou des sites web à accéder à vos informations, ils pourront conserver vos informations conformément à leurs conditions d’utilisation et à leur politique de respect de la vie privée. Cependant, ils ne pourront plus accéder à vos informations par notre plate-forme après votre déconnexion de ces applications ou sites web. »[11]

Nous ne pouvons pas avoir la certitude que certains propos, certaines photos ne referont pas surface même après plusieurs années... Comme nous l'avons dit plus haut, il est facile et possible d'enregistrer des photos trouvées sur des profils Facebook par exemple directement sur son disque dur et de s'en servir ultérieurement à des fins pas forcément honnêtes. Il en est de même pour les captures d'écran. Ainsi, une photo qui peut nous faire rire aujourd'hui pourra porter préjudice dans 10 ans, des films ou photos “d’ex-” pourront circuler sur Internet au risque même de se retrouver sur des sites à caractères pornographiques... (Cf. activité “Tout ce que vous publierez pourra être retenu contre vous")

Certains sites Internet ou moteur de recherche de personne comme Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtre123People.com  permettent de retrouver des informations sur n'importe qui, à condition de connaître son nom et son prénom. Si l'internaute ne protège pas correctement ses données, s'il ne prend pas garde à ce qu'il publie, énormément de choses peuvent être retrouvées et il devient alors possible de dresser un portrait assez précis de la personne sur laquelle ont porté les recherches.

On peut citer en exemple l'article paru dans le journal en ligne « Le Tigre » qui retrace une bonne partie de la vie de Marc L., internaute lambda, qui avait pour habitude de publier énormément de photos sur les sites de partage, de donner énormément d'informations le concernant. Il a été facile pour les journalistes d'établir un résumé de la vie de Marc L., tant au niveau professionnel que personnel.

Extrait:
« Bon anniversaire, Marc. Le 5 décembre 2008, tu fêteras tes vingt-neuf ans. Tu permets qu’on se tutoie, Marc ? Tu ne me connais pas, c’est vrai. Mais moi, je te connais très bien. C’est sur toi qu’est tombée la (mal)chance d’être le premier portrait Google du Tigre. Une rubrique toute simple : on prend un anonyme et on raconte sa vie grâce à toutes les traces qu’il a laissées, volontairement ou non sur Internet. Comment ça, un message se cache derrière l’idée de cette rubrique ? Évidemment : l’idée qu’on ne fait pas vraiment attention aux informations privées disponibles sur Internet, et que, une fois synthétisées, elles prennent soudain un relief inquiétant. Mais sache que j’ai plongé dans ta vie sans arrière-pensée : j’adore rencontrer des inconnus. Je préfère te prévenir : ce sera violemment impudique, à l’opposé de tout ce qu’on défend dans Le Tigre. Mais c’est pour la bonne cause ; et puis, après tout, c’est de ta faute : tu n’avais qu’à faire attention. » [12]

Nous entendons de plus en plus souvent parler des recruteurs qui vérifient la respectabilité d'un éventuel futur employé, futur élève via Internet... Une étude récente montre que 75% des français sont inquiets de l’utilisation qui pourrait être faite de leurs données personnelles disponibles sur Internet [13]. Il nous appartient donc de rappeler à nos élèves que leur avenir peut être compromis bêtement alors qu'il est tout à fait possible de prendre un minimum de risques.

Il est quand même important de rappeler qu’il existe en France le principe du droit à l’oubli (Loi Informatique et Libertés, 1978) selon lequel “une information identifiante ne peut être conservée ad vitam aeternam [14]. Une durée de conservation précise doit toujours être définie, à l’issue de laquelle l’information est détruite” [15]. C’est pourquoi des sénateurs ont déposé une proposition de loi visant à “mieux garantir le droit à la vie privée à l'heure du numérique” [16].

2.5. La e-réputation, un nouveau business

Hormis le fait que les traces que nous laissons sur Internet seront revendues à des fins commerciales, il est donc désormais possible de trouver toute sorte d'informations d'ordre privé potentiellement préjudiciables. De ce fait, une nouvelle activité commerciale a vu le jour depuis peu : il s'agit d'une part de surveiller la e-reputation d'une personne ou d'une entreprise, sorte de veille,  pour savoir ce qui est dit sur Internet à propos de quelqu'un ou à propos d'une marque, un produit, une entreprise... On obtient ainsi une sorte de baromètre de l'opinion publique. Une marque peut trouver sur les forums de discussions par exemple, somme de remarques, de critiques concernant un produit particulier qui sera mis au banc d'essai par les internautes. Les marques ont ainsi une étude tout à fait précise des points positifs et/ou négatifs d'un de leur produit, étude qui plus est gratuite !

Il s'agit d'autre part de proposer aux internautes (à titre privé mais également à titre professionnel) de rechercher aussi loin que possible les traces qu'on aurait laissées sur Internet. Selon les informations trouvées, on peut décider soit de les supprimer définitivement, soit au contraire de les mettre en avant. Voici quelques exemples :

Il est bon de souligner également l'arrivée d'une nouvelle tendance dans la gestion de l'identité numérique. Désormais, il ne s'agit plus seulement de faire attention, de respecter la loi afin de ne pas ternir son identité traditionnelle, il est aujourd'hui question de construire et contrôler son identité numérique, d'utiliser Internet comme une vitrine, un supplément d'information à un CV par exemple, puisque de plus en plus de recruteurs passent par Internet pour trouver des renseignements sur leurs futurs collaborateurs. On trouve dès lors des sites qui vont nous donner tous les « trucs & astuces » pour se créer une identité numérique parfaite : Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://web-reputation.org. Et des sites par lesquels les recruteurs trouveront tout ce dont ils ont besoin : Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.cvgadget.com/, Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.123people.fr/

2.6. L'identité numérique de demain

La question de l’identité numérique et de comment nous allons faire pour la gérer au mieux dans l’avenir devient donc un problème crucial que nous ne pouvons plus ignorer puisqu’elle fait désormais  partie intégrante de la société dans laquelle nous vivons. Actuellement, le cadre juridique reste incomplet et inadapté, même si des efforts pour protéger chacun d’entre nous sont faits.

“ Chaque individu dispose d’un capital de vie privée.
Comme le capital environnemental de l’humanité, le capital de vie privée n’est pas indéfiniment renouvelable et il appartient à chacun de l’utiliser avec prudence 
” [17].

[8] Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.guardian.co.uk/technology/2008/jan15/data.security
[9] Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.oeil-critique.org/spip.php?article281
[10] Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.frequence-ecoles.org/ressources/view/id/cd7d44adab3b6610e9fb3221344738b9 
[11] Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.facebook.com/home.php?ref=home#!/policy.php 
[12] Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.le-tigre.net/Marc-L.html 
[13] Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.tns-sofres.com/_assets/files/2010.05.27-enjeuxnumeriques.pdf
[14] Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.educnet.education.fr/veille-education-numerique/avril-2010/identite-numerique-e-reputation-droit-a-l-oubli
[15] Desgens, Guillaume, Freyssinet, Eric.  L'identité à l'ère numérique, Dalloz, 2009, p.122.
[16] Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.senat.fr/leg/ppl09-093.html
[17] Desgens, Guillaume, Freyssinet, Eric. L'identité à l'ère numérique. Dalloz, 2009, p.160

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