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Marin Mersenne, animateur de communautés et médiateur scientifique

par Olivier Le Deuff,
[janvier 2017]

Mots clés : culture scientifique et technique, mediation

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Marin Mersenne - Gravure de Claude Duflos, 1… gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8422568j

Marin Mersenne est un religieux français qui appartient à l'ordre des Minimes [1]. Né à Oize dans le Maine (actuelle Sarthe) le 3 septembre 1588, il meurt à Paris le premier septembre 1648. Il est également mathématicien et philosophe. Peu connu de nos contemporains, il fut un personnage important de la science au XVIIe siècle. Il a réalisé un grand nombre de travaux de recherche qui ont influencé de nombreuses disciplines. Il est parfois appelé Marinus Mersenius puisque la pratique de son époque était de latiniser son nom.

À noter

Ce portrait est disponible dans les formats pdf, epub et mobi.

Il fait ses études au collège de la Flèche dirigé par les Jésuites dans la Sarthe où Descartes a également été élève. Malgré tout, leur amitié s'est construite plus tard, car Mersenne avait sept ans de plus. Il suit ensuite les cours à la Sorbonne avant d'entrer dans les ordres des Minimes. Il devient enfin professeur dans cet ordre à Meaux puis à Paris.

On va s'attacher ici principalement à son rôle en tant qu'animateur de communautés et notamment comme personnage clef de la République des Lettres, expression floue qui décrit les échanges entre les différents savants notamment européens au début de la Renaissance et jusqu'au XVIIIe siècle :

La République des Lettres est formée des hommes de lettres et des savants de tous pays. Notez que les savants y jouent un rôle plus important que les poètes et que République des Savants, comme on dit en Allemagne, serait un terme plus exact. C'est un État fort démocratique : la naissance n'y joue aucun rôle ; seul le savoir place chaque citoyen à son rang. Les différences de nationalité s'effacent aussi bien que les différences de religion… La République des Lettres a une langue, internationale comme elle, le latin, et plus tard le français. Le premier devoir de chaque citoyen est de servir les « ?lettres? », et le moyen d'y parvenir, c'est le système des échanges. Cela se fait par une vaste correspondance dont le réseau s'étend sur l'Europe entière, et qui forme le lien réel entre les citoyens de cette République idéale… On fait aussi des échanges de livres et de manuscrits précieux.(Barnes, 1938,p.13-14)

Un médiateur

Ce rôle de médiateur est resté célèbre dans l'histoire même si au final on ne dispose que d'un millier de lettres à étudier pour comprendre l'ampleur du travail du minime.

Cette action est parfaitement décrite par Adrien Baillet, dont nous avons fait le portrait précédemment et que montre que Mersenne « ?s'etoit rendu comme le centre de tous les gens de lettres par le commerce continuel qu'il entretenoit avec tous, et tous avec luy. C'etoit a luy qu'ils envoyoient leurs doutes et leurs difficultez pour etre proposees par son moyen a ceux dont on attendoit les solutions ; et lorsqu'il les avoit recues, il les leur renvoyoit faisant a peu pres dans le corps de toute la republique des Lettres la fonction que fait le cœur dans le corps humain a l'egard du sang. […] Les Italiens le regardoient aussi bien que nous comme le grand negociant des Lettres, qui fournissoit les provisions aux autres, et qui scavoit exiger d'eux ce qu'ils etoient capables de produire.? » (Baillet, 1691)

Academia Parisiensis ou l'académie de papiers

Durant sa vie parisienne, Mersenne formalise un réseau en 1635, quelques années avant que Colbert ne forme l'académie des sciences. Il s'agit d'une académie non officielle, en dehors de toute forme d'autorité, mais qui préfigure un lieu de discussions et de débats. Il s'agit effectivement davantage d'une « ?académie de papiers? » (Armogathe, 1992) que d'un lieu physique bien établi. Cette académie quelque peu virtuelle finalement est autant un lieu qui lui permet de faire avancer la science que de cultiver des amitiés. Il décrit ainsi cette académie qui se réunit d'abord chez lui :

L'on m'a asseuré que nous aurions icy Mr Gassendi au commencement de juin dont je me resjouis. Il verra la plus noble academie du monde qui se fait depuis peu en ceste ville, dont il sera sans doute, car elle est toute mathématique

À sa mort, l'académie est transférée chez le protecteur de Gassendi, Habert de Montmort.

Le secrétaire de l'Europe savante

Ce qualificatif montre bien son rôle décisif d'organisateur plutôt que de producteur, d'incitateur et d'animateur de communautés plutôt que leader. Toutefois, Mersenne savait se montrer persuasif ce que dit Adrien Baillet, où il prétend que Mersenne savait convaincre et inciter ses correspondants à publier leurs travaux.

Aurélien Ruellet note d'ailleurs le besoin de mieux étudier et comprendre ce rôle décisif au-delà de la seule question de l'histoire des idées :

Le réseau de Mersenne comptait pourtant plus de 200 correspondants, dont un grand nombre de modestes amateurs qui ne sont pas connus par ailleurs. Au travers de tels échanges, on peut pourtant saisir le fonctionnement de la République des Lettres, au-delà des discours normatifs qui en font un espace égalitaire et interconfessionnel dédié à l'avancement du savoir. Aussi la correspondance de Mersenne est-elle précieuse pour contribuer à une histoire sociale du monde érudit. (Ruellet, 2013, p.278)

Néanmoins, il faut reconnaître d'une difficulté méthodologique qui est celle de travailler des corpus croisés puisqu'il faudrait dans l'idéal reconstituer les échanges de lettres entre plusieurs savants en espérant qu'ils aient procédé à la conservation de leurs échanges. Si on dispose des lettres reçues par Mersenne, on ne dispose pas en totalité de celles qu'il a envoyées. Or dans la correspondance avec Descartes, nous sommes en possession de 150 lettres de Descartes, mais nous n'en avons pratiquement aucune dans le sens inverse alors que Mersenne lui en envoyait bien plus. Toutefois, grâce à des travaux, il a été possible de reconstituer une partie de cette correspondance qui a été dispersée, vendue parfois séparément à des collectionneurs. Une grande partie du travail a été effectué par de Waard (de Waard, 1948) et la correspondance a été publiée en 17 volumes par le CNRS. L'étude de cette correspondance correspond à « ?une encyclopédie de la recherche scientifique au dix-septième siècle? » comme le décrit fort bien Auguste Dies (Dies, 1939).

La construction du réseau de Mersenne s'effectue progressivement au fur et à mesure de l'évolution de sa carrière et de sa renommée. Son réseau épistolaire débute par le biais des relations de son réseau local initial lié notamment à sa formation en commençant par son professeur au collège de la Flèche, Jacques de Saint-Rémi ainsi que ses collègues de Nevers où il a enseigné. Aurélien Ruellet montre que par la suite, ce réseau va s'étendre à l'international :

« ?De 1625 à 1637, le réseau s'internationalise dans plusieurs directions : les villes universitaires des Provinces-Unies, Bruxelles, Londres, Rome. Le réseau du sud-est de la France s'étoffe également, autour d'Aix-en-Provence (Peiresc). Le réseau épistolaire s'autonomise en partie : Mersenne écrit a des correspondants des Provinces-Unies qu'il n'a jamais rencontrés. Les périodes suivantes prolongent les mêmes tendances, avec le réseau provincial qui se développe et l'internationalisation qui se poursuit. Le profil religieux des correspondants connaît lui aussi une importante évolution. Si le groupe des catholiques est largement dominant sur l'ensemble de la période, le groupe des protestants connaît une importance croissante à partir de 1630 jusqu'à représenter numériquement la moitié des catholiques.? »

Cette montée en puissance se remarque aussi par l'âge des correspondants de Mersenne qui va décroître au fur et à mesure de sa renommée, ce qui explique alors que de jeunes savants prennent contact avec lui et parfois fort jeune. Le mathématicien et physicien néerlandais Christian Huygens n'a par exemple que dix-sept ans lorsqu'il cherche à rentrer en contact avec Mersenne.

Plusieurs acteurs vont avoir une importance dans le réseau de correspondance de Mersenne, notamment le théologien protestant André Rivet parti aux Pays-Bas.

Mersenne anime un réseau qui concerne bien des disciplines fort différentes notamment la théologie, la philosophie, l'astronomie, la physique ainsi que la musique. Le but est de se tenir au maximum au courant de ce qui se fait dans ces domaines en échangeant tous types d'expériences, mais également en se tenant au courant de ce qui est régulièrement publié.

Un apprentissage de la tolérance ?

Mersenne débute sa carrière par des écrits très nettement ancrés dans la défense de la région catholique face au protestantisme et libertinisme. Il se montre parfois dur contre ceux qu'il considère comme des ennemis de la foi. Cependant, dans sa défense des écritures, il évolue et se place dans une vision qui est celle d'une « ?grande cité chrétienne réunie? ». (Bots, Leroy, 2016) Il faut probablement relativiser la vision que donne Wikipédia d'un catholique qui souhaite le bûcher aux adversaires de l'Église… d'autant que ceux dont il fait la critique comme Giordano Bruno sont ceux qu'il traduit et cite. Pour bien réaliser la critique d'une œuvre, il faut bien la connaître et donc pouvoir accéder aux ouvrages dont certains sont interdits ou sur le point de l'être. Toutefois, il se produit indéniablement une conversion entre ses premiers écrits dédiés à des puissants et dans lesquels il voue les hérétiques au bûcher et une pensée plus ouverte et plus conforme à la République des lettres après que son ami Gassendi l'ait sermonné en la matière. Il n'est donc pas si évident d'avoir une vision figée et définitive de la pensée de Mersenne qui oscille vraisemblablement au gré de ses rencontres et lectures. Par contre, il apparaît qu'il souhaite se départir du courant ésotérique, de la question des rose-croix et notamment de Robert Fludd ainsi que des nouveaux écrits kabbalistiques. On a l'impression que Mersenne joue consciemment ou non avec des formes d'attraction-répulsion et que son idéal se situe sur les possibilités de faire avancer la science sans que ça ne vienne trop nettement gêner au final la religion. Sa position qui est aussi parfois une prise de risque sera critiquée par des personnages comme Paul Pineau, un neveu de son ami Rivet, qui l'ont décrit au final comme un faible pratiquant alors qu'il vient de mourir :

Le premier de ce mois, et son commencement, fut la fin de la vie du Moine huguenot qui étoit votre admirateur et ami, à savoir le Père Mersenne […] Vous sçavés qu'il ne croyoit pas toute sa Religion jusques au baptesme des cloches. Aussi était-il de ceux de sa robe qui aiment bien besongne d'Église faite et il n'osoit dire souvent son bréviaire de peur de gâter son bon latin. Requiescat in pace…

Au final, Mersenne fait souvent œuvre de diffuseur même s'il peut critiquer les œuvres qu'il souhaite diffuser, ce qui peut participer d'un paradoxe, mais qui semble correspondre à une visée scientifique et une logique qui est celle du dialogue et de la réconciliation, tout en se montrant comme un intercesseur qui gagne à être connu par les autorités et les dévots dans ce dialogue. Les écrits de Mersenne oscillent donc entre une croyance affirmée notamment dans sa jeunesse et un opportunisme mâtinée de sagesse. Antonella Del Prete résume bien cette position complexe :

« ?Mersenne, lui, n'a pas seulement à l'esprit le combat contre l'hétérodoxie. On remarquera qu'il n'a jamais rédigé un ouvrage de controverse confessionnelle, quoiqu'il n'hésite pas à rattacher le déisme du calvinisme. Son but principal est d'empêcher que la science moderne naissante se dirige vers une direction a-religieuse, sinon ouvertement antireligieuse. Il veut donc en premier lieu démontrer que la théologie catholique sait s'éloigner d'Aristote, si la vérité l'impose ; il se propose ensuite de séparer les théories physiques et astronomiques de toute philosophie contraire aux dogmes de la foi, notamment des doctrines dangereuses élaborées par la Renaissance, engendrées par la crise de la physique péripatéticienne4. Ces tâches étant accomplies et la crise des années 20 étant achevée, il sait enfin manifester dans la recherche de la vérité une certaine indépendance de jugement qui lui permet en 1634 de traduire à la fois la sentence de condamnation de Galilée et ses Méchaniques – qui ne verront le jour en italien que quelque siècle plus tard5 –, ainsi que de garder le contact avec toute l'Europe savante sans se sentir obligé d'embrasser les doctrines philosophiques ou théologiques de ses correspondants, même celles des plus inébranlables dans leurs opinions, comme Descartes.? » (Del Prete, 2000)

Indéniablement, il y a une évolution chez Mersenne entre ses premières œuvres et le fait de devenir l'homme de réseau et d'une forme d'intelligence collective qui contraste avec ses premières opinions :

« ?Pourtant, Mersenne a aussi écrit d'autres livres, tous publiés dans les années 1620, c'est-à-dire avant qu'il ne réunisse les savants dans sa cellule du couvent des Minimes, à côté de la place Royale, l'actuelle place des Vosges à Paris. Ces textes sont le plus souvent maniés comme avec des pincettes par les chercheurs, dans la mesure où ils semblent par certains aspects s'opposer à la figure lumineuse (quoique souvent colérique et bougonne) que l'on découvre dans les vingt dernières années de sa vie, comme infatigable curieux de toutes les recherches scientifiques, comme acteur de toutes les rencontres et de tous les rapprochements entre tous les doctes de l'Europe, comme stimulateur de toutes recherches et donc comme chaînon important dans le développement de la science moderne et dans l'élaboration de ce qui deviendra l'Académie des sciences, sous les auspices de Louis XIV, quelques décennies plus tard, en 1666.? » (Tauzig,)

Si Mersenne va surtout chercher à organiser le débat scientifique quitte à minimiser les apports trop modernes de certains penseurs comme Galilée, c'est que le prêtre cherche surtout à organiser les conditions de diffusion de la nouvelle science en évitant au savant de rester trop isolé et donc sous la menace des institutions. S'il condamne officiellement l'héliocentrisme de Galilée, il organise de façon stratégique le système qui va permettre l'acceptation des découvertes scientifiques les plus audacieuses.

L'art de la controverse

Cet esprit de défense s'exprimer également au travers de ses lettres qui passent parfois de mains en mains pour atteindre la personne critiquée… qui peut alors prendre l'initiative de lui répondre directement, ce qu'apprécie hautement Mersenne en général. C'est notamment le cas dans l'affaire qui l'oppose à Sixten Amama, professeur réputé à Leyde qui conseillait d'apprendre l'hébreu pour mieux comprendre les écritures. C'est André Rivet qui lui transmet alors ses critiques, si bien que se noue dès lors une correspondance basée sur le respect :

« ?Je suis tres éloigné de dire ou escrire rien contre vous ou contre Msr Amama, car je ne fais pas amitie a demy avec ceux qui m'honorent de la leur. Et si jamais il arrive que je touche quelque chose du sujet que vous aurez traite l'un ou l'autre, je contrediray avec tant de modestie qu'elle multipliera l'amitie selon la progression geometrique avec l'ayde de Dieu? »

Mersenne semble donc se comporter selon les règles de la République des Lettres qui repose sur une forme de bienséance et une grande ouverture d'esprit. Difficile cependant de savoir s'il s'agit d'une véritable ouverture à la tolérance, ou bien s'il s'agit surtout d'une stratégie de construction de réseau. L'inscription dans le réseau de correspondances génère critiques et discussions qui font partie finalement de la logique scientifique. Évidemment, cela produit parfois des inimitiés ou des brouilles passagères, voire des admirations refoulées comme dans sa relation avec Campanella que Mersenne critique souvent, mais qu'il n'hésite à citer voire à plagier parfois en traduisant des passages du calabrais (d'un livre inédit en France) ou en reprenant bon nombre de ses concepts (Paganini, 2007)

Cet art de la controverse s'exprime également par ses talents de médiateur notamment entre Hobbes et Descartes qui sont deux de ses amis. Si un échange direct entre les deux philosophes semble bien difficile, l'intercession de Mersenne permet d'alimenter le débat.

Un échange de questions et de défis

Le principe du réseau épistolaire est de faire circuler des questions et des interrogations dans différentes disciplines par le biais de l'échange, ce qui permet de mobiliser l'ensemble du réseau parfois. Mersenne ne va donc pas poser la même question à tous les membres de son réseau nécessairement, mais à quelques-uns de façon à ce que par extension, d'autres savants soient intéressés par le défi. La communication savante repose donc sur des logiques sociales évidentes et Mersenne cherche également par ce biais à pouvoir atteindre les savants qu'il admire comme Galilée par exemple dont il a traduit certains travaux, même si Galilée ne semble jamais avoir répondu à Mersenne. La pratique des défis et des questions constitue un bon moyen pour animer la vie de la communauté scientifique avec des questions sur des sujets forts variés comme le vide ou les tangentes. Parmi ces nombreux défis ou questions posées, on peut évoquer la cycloide ou encore le boulet de Mersenne.

Un bibliothécaire au cœur d'un réseau de professionnel de l'édition et du livre.

Marin Mersenne va exercer également la profession de bibliothécaire au couvent de la place royale. Il va se lier avec d'autres bibliothécaires comme Gabriel Naudé, Lucas Holstenius, bibliothécaire de la Vaticane, mais également les frères Dupuy, chargés de la Bibliothèque Royale et qui forment le « ?cabinet Dupuy? », lieu de réunion et de travail. Il y a côtoyé Ismael Boulliau, prêtre érudit et astronome, bibliothécaire à l'hôtel de Thou, parfois qualifié de libertin, alors qu'il est davantage libéral et porté par la séparation de la foi et de la science.

Il profite par conséquent de son réseau bibliothéconomique pour réaliser une forme de veille bibliographique dont il fait bénéficier à son réseau.

À l'instar d'autres bibliothécaires et d'autres acteurs du livre, les dons font partie de l'entretien du réseau et de la diffusion des idées. Il échange ainsi des ouvrages avec Gabriel Naudé en lui offrant sa traduction des Nouvelles pensées de Galilée parue en 1639, tandis que Naude lui offre sa Quaestio iatrophilologica de 1632.

Les bibliothèques ont un rôle important dans les réseaux de savants en étant souvent à l'interface des besoins des savants et du marché du livre avec le rôle des éditeurs et des libraires.

Mersenne possède une bonne connaissance de l'édition à la fois en tant qu'auteur et bibliothécaire, mais aussi de par le rôle qu'il joue dans la publication du discours de la méthode

La bibliothèque du couvent des Minimes est une riche bibliothèque qui a compté jusqu'à 18 000 ouvrages d'après un recensement révolutionnaire. Elle comporte un fonds musical important, fonds essentiellement constitué et géré par Marin Mersenne lui-même puisque les acquisitions dans le domaine musical s'achèvent après son décès. Mersenne s'intéresse aux travaux sur la musique ainsi qu'aux dispositifs mécaniques. Il écrit ainsi un prototype de clavecin mécanique d'origine allemande qu'il a pu voir dans son traité d'harmonie universelle. Il apparaît comme un théoricien et les lois de Mersenne figurent parmi les premières lois de l'acoustique. Toutefois, il n'est pas certain qu'il ait été un grand praticien (Guillo, 2015)

Un voyageur

Son statut de scientifique de premier plan lui permet d'être quelque peu exempté des règles strictes de son ordre, ce qui lui permet plus aisément d'étudier et de voyager.

Il effectue quatre grands voyages : Pays-Bas (1629-1630), période pendant laquelle il en profite pour prendre des bains pour se soigner, mais surtout pour rencontrer e nombreux savants, notamment Hortensius) et le père Malapert. Ces rencontres lui furent reprochées notamment à son retour où à Anvers il fut envisagé de l'emprisonner ce qui le perturba grandement. Il est probable que le voyage accélère le passage d'une logique quasi inquisitoriale dans la dénonciation de ce qu'il considère des erreurs, à une volonté de recherche de la vérité.

Par la suite, il va dans l'est de la France (1639), puis Provence et Italie (1644-1645) où il va rencontrer Torricelli notamment. Puis, il visite les provinces de l'Ouest et du Sud-Ouest (1646-1647) où il rencontre la mathématicienne Pierre de Fermat.

Le GIMPS ou Mersenne et les nombres premiers

Marin Mersenne va travailler sur les nombres premiers et en publier une liste. Des passionnés ont monté un site web qui se réfère à ce travail pionnier et qui intéresse désormais les cryptographes.

Mersenne meurt avec le soutien de son ami Gassendi et envisage sur son lit de mort que son corps soit disséqué pour aider la science à mieux comprendre le mal qui lui donne mal à la poitrine, cette terrible pleurésie.

Pour aller plus loin

Bibliographie

Ouvrages consultables sur Gallica

Mersenne, Marin. La Vérité des sciences contre les septiques. Paris : T. Du Bray, 1625. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8704603v 

Les Préludes de l'harmonie universelle, ou Questions curieuses utiles aux prédicateurs, aux théologiens, aux astrologues, aux médecins et aux philosophes, composées par le L. P. M. M. [Marin Mersenne]. Paris : H. Guénon, 1634. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8620758q.

Harmonie universelle, contenant la théorie et la pratique de la musique. 1/… Par F. Marin Mersenne,… Paris : S. Cramoisy, 1636. http ://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k5471093v.

Pour en savoir plus

Armogathe, Jean-Robert. Le groupe de Mersenne et la vie académique parisienne, XVIIe siècle, t. 44, 1992, p. 138

Barnes, Annie, Jean Le Clerc (1657-1736) et la République des Lettres, Paris, 1938, p. 13-14.

Baillet, Adrien. La Vie de Monsieur Descartes,1691. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75559n

Bœuf, Estelle. Une bibliothèque d'érudit au XVIIe siècle : les livres de Gabriel Naudé conservés à la Mazarine, Mémoire d'études, Enssib, 1988 http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/61576-bibliotheque-d-erudit-au-xviie-siecle-les-livres-de-gabriel-naude-conserves-a-la-mazarine-une.pdf

Bots, Hans, and Pierre Leroy. « De l'acceptation de la foi au refus des dogmes. » Dix-septième siècle, no. 229 (October 1, 2007) : 731–45.

Coste, Hilarion de (1595-1661) Auteur du texte. La vie du R. P. Marin Mersenne theologien, philosophe et mathematicien de l'ordre des Peres minimes. Par F. H. D. C. religieux du mesme ordre. À Paris, chez Sebastien Cramoisy, imprimeur ordin. du Roy, & de la Reyne regente, et Gabriel Cramoisy. Ruë S. Jacques aux Cicognes. M. DC. XLIX. Avec approbation., 1649. gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k96018255 

De Waard C. À la recherche de la correspondance de Mersenne. In : Revue d'histoire des sciences et de leurs applications, tome 2, n° 1, 1948. pp. 13-28? ; doi : 10.3406/rhs.1948.2727 http://www.persee.fr/doc/rhs_0048-7996_1948_num_2_1_2727

Del Prete, Antonella. « Réfuter et Traduire : Marin Mersenne et La Cosmologie de Giordano Bruno. » In Révolution Scientifique et Libertinage, 48 (NS 11) : 49–83. De Diversis Artibus, 48 (NS 11). Brepols Publishers, 2000. http://www.brepolsonline.net/doi/abs/10.1484/M.DDA-EB.4.00484.

Diès Auguste. La Correspondance de Mersenne. In : Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n° 62, janvier 1939. pp. 39-44 ; doi : 10.3406/bude.1939.6221 http://www.persee.fr/doc/bude_0004-5527_1939_num_62_1_6221

Guillo, Laurent « Sous la main du père Mersenne : la bibliothèque de musique des Minimes de la place Royale (Paris, XVIe-XVIIe siècles) », in Collectionner la musique, 3 : érudits collectionneurs, ed. D. Herlin, C. Massip et V. de Wispelaere (Turnhout : Brepols, 2015), p. 28-80

Paganini, Gianni. « Mersenne plagiaire ? Les doutes de Campanella dans la Vérité des sciences » Dix-septième siècle, no. 229 (October 1, 2007) : 747–67.

Ruellet, Aurélien. « “Le Grand Négociant Des Lettres” : Contours, Évolution, et Usages Du Réseau Épistolaire de Mersenne*. » In Saint François de Paule et Les Minimes En France de La Fin Du XVe Au XVIIIe Siècle, edited by André Vauchez and Pierre Benoist, 277–89. Perspectives Historiques. Tours : Presses universitaires François-Rabelais, 2013. http://books.openedition.org/pufr/2684.

Tauzig, Sylvie, Marin Mersenne, moine mathématicien et philosophe http://www.bibnum.education.fr/sites/default/files/mersenne-analyse-53.pdf

Notes de bas de page

[1] L'Ordre des Minimes, en latin Ordo Minimorum, c’est-à-dire « les tout petits », est un institut religieux d'ermites mendiants et pénitents fondé en 1436 par saint François de Paule (1416-1507), et approuvé en 1474 par les autorités ecclésiastiques.

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