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Florence Barrau est éditrice en charge de la fiction chez Les éditions des grandes personnes. Elle répond aux question que Carmela Rigout lui pose pour Savoirs CDI.

Je me souviens qu'il y a deux années vous aviez présenté Jenna Fox aux comités de sélection des Incorruptibles et cela m'avait donné envie de lire au plus vite ce livre. C'est par Jenna Fox que j'ai commencé cette année-là la lecture des romans participant au concours des Incorruptibles et je n'ai pas été déçue. Pouvez-vous nous rappeler comment est née l'idée de cette maison d'édition ?

Florence Barrau : Les éditions des Grandes Personnes sont une maison d'édition indépendante créée en novembre 2009 avec l'aide de Gallimard. Nous sortons en rythme de croisière une trentaine de titres par an, dont 10-12 romans. Pour le calendrier de sortie, nous avons un fonctionnement classique de maison d'édition jeunesse avec des sorties tout au long de l'année et une production plus forte sur septembre et octobre.
La chose qui nous a poussées à développer cette nouvelle maison était une volonté très forte de continuer le travail commencé tout d'abord au Seuil, puis chez Panama, avec mes deux collègues, Brigitte Morel, directrice des Grandes Personnes, et Sabine Louali, en charge des coéditions. On retrouvera donc les mêmes auteurs (et de nouveaux bien sûr) pour les livres illustrés et je m'efforce de développer la partie roman qui était restée très discrète chez Panama (puisque je m'y occupais du roman étranger adultes).

Vos livres traitent de sujets différents, se situent dans des époques différentes, pourtant il y a une certaine douceur, une poésie qui se dégage de ces romans et qui semble tous les caractériser, pouvez vous nous dire comment choisissez vous vos livres ? Bannissez-vous une certaine forme de langage « cru » qui est souvent à l'affiche des romans qui s'adressent aux jeunes ?

Florence Barrau : Jusqu'à présent, notre catalogue de romans a intégré à la fois des rééditions de titres publiés chez Panama, et des inédits en traductions et en romans français. S'il est vrai qu'il y a une majorité d'auteurs étrangers, ma volonté est aussi d'accueillir à l'avenir de nouveaux auteurs français... Le pari est avant tout, quelle que soit la langue d'écriture, de publier des voix singulières dans le domaine du roman jeunesse et adolescent, sans aucune contrainte de genre. D'échapper aux poncifs de la littérature miroir, de la fantasy qu'on a vu mille fois ou de la chicklit idiote. Après cela, je ne donne aucun thème à éviter, aucun genre à bannir ou à privilégier. J'ai envie d'être surprise, de découvrir des mondes, de nouvelles façons de les raconter, de les envisager. Précisons cependant que la composante étrangère de ce catalogue de romans demeure essentielle, avec des auteurs peu connus voire inconnus que nous espérons imposer sur les tables des librairies, il suffit pour cela d'être patients et exigeants sur la durée. Citons là des auteurs important tel que Sonya Hartnett, australienne et ayant reçu en 2008 le prix Astrid Lingren, Mary Hooper, Silvana Gandolfi, Janne Teller, et bien d'autres à venir...
Le problème est sans doute le temps, dont plus personne de dispose. Un auteur se construit, je crois, sur plusieurs livres, et il faut pour cela qu'on lui donne à un moment donné sa chance. il faut que ses textes soient lus, ce qui est en soi un véritable challenge vu la production de romans jeunesse et ados aujourd'hui en France, puis qu'il soit défendu par des libraires, des prescripteurs, des enseignants... pour prétendre pouvoir exister.
Je souhaite de mon côté essayer de publier à l'avenir des textes pour un public un peu plus jeune (8-12 ans), même s'il y aura toujours beaucoup de texte ados, qui sont chers à mon cœur, dans notre catalogue. Quant au texte utilisant un langage cru, une fois encore je n'ai rien contre, et je crois au contraire que j'aimerais trouver un auteur dont la langue serait plus "contemporaine". Mais cela ne se fera que si cette langue sert un texte, une œuvre, une histoire, qu'elle en fait partie intégrante...

Etes-vous conscients du fait que vos romans peuvent s'adresser à un très large public et rentrent sans doute dans ce qu'on appelle la catégorie des romans passerelles ? Etes- vous d'accord avec cette affirmation ? Cela a été un choix de votre part ?

Florence Barrau : J'en suis tout à fait consciente, et c'est d'ailleurs ce qui m'a toujours beaucoup intéressée dans ce travail d'éditrice. Donner à lire à des ados des textes non formatés, des textes d'auteurs, dont les imaginaires, les langues ont chacun une singularité. Il y a bien sûr dans le catalogue des Grandes Personnes des textes typiquement jeunesse, et d'autres à la portée plus vaste, de par leur complexité, leur exigence. Ce sont malheureusement souvent les plus difficiles à vendre, à imposer sur les tables des librairies et auprès de la presse, car ils ne rentrent malheureusement pas dans les cases préétablies, pour les raisons que j'évoque dans ma réponse suivante.

Savez-vous si vos livres sont empruntés ou achetés par des adultes ?

Florence Barrau : C'est dur à dire. En tout cas par des prescripteurs, des enseignants, des libraires. Mais pour ce qui est du "grand public", je doute que beaucoup d'adultes aillent acheter des textes publiés dans des collections jeunesse. Ces textes sont malheureusement toujours perçus par pas mal de gens comme appartenant à une sous-littérature, de piètre qualité, à tort à mon avis.

Comment est née l'idée de ce format si original qui caractérise vos livres ?

Florence Barrau : Nous voulions nous distinguer, surtout pour ne pas être noyé dans la masse... C'est Patrick Couratin, qui a géré la direction artistique de nos premiers romans (il est mort début 2011, malheureusement), qui nous a proposé cette idée des coins ronds...

Dans les illustrations aussi il y a une certaine unité. J'ai beaucoup aimé la première de couverture de l'enfant du jeudi. Qui sont vos illustrateurs ?

Florence Barrau : Nous travaillons pour l'instant avec quelques illustrateurs de façon régulière pour nos couvertures : Henri Galeron, Gérard Dubois, Pierre Mornet, Jean-François-Martin, François Roca... mais nous souhaiterions bien sûr les faire évoluer et faire appel à d'autres artistes. Signalons surtout que c'est Patrick Couratin qui a mis au point le principe graphique des couvertures de la maison. Depuis la mort de Patrick, c'est Jean-François Martin qui assure la direction artistique de ces couvertures.

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