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Laila Boukharta est Lalou, l'animatrice auteur du blog Expressionite Aiguë : Des livres, des choses, des moments de la vie.

Elle répond à Carméla Rigout qui l'intéroge pour Savoirs CDI.

Lalou dans votre très bon article écrit en 2011 vous parlez d'une « nouvelle tendance ». Un an après, peut- on encore parler de nouvelle tendance ? Vous qui êtes une lectrice acharnée comment avez-vous vu évoluer ce phénomène ?

Laila Boukharta : Non en effet à l'heure actuelle la tendance n'est plus vraiment « nouvelle », mais elle est toujours très développée parmi la littérature pour adolescents, et ils sont de plus en plus nombreux à succomber à l'appel de ce genre en pleine effervescence.
Le phénomène évolue peu, dans le sens où malheureusement une fois que les éditeurs ont flairé le bon filon, il est facile de faire du « copier/coller ». Pourquoi changer une formule qui marche ? Les thématiques restent plutôt semblables et les histoires tendent à se répéter. Pourtant le phénomène prend de l'ampleur et plusieurs projets sont en passe de traverser la frontière livre / Cinéma, comme « Hunger Games » qui fait d'ores et déjà un tabac sur grand écrans.

Vous parliez de romans anglo-saxons qui, en 2011, étaient en cours de traduction pouvez vous nous en citer ?

Laila Boukharta : La suite de la série « Matched » (« Promise »), dont le second tome vient de paraître.
Le troisième tome de « Hunger Games ».
« Divergent » ou encore « Starters », mais aussi « Sentiment 26 » de Gemma Malley.
« Éphémère » de Lauren DeStefano
« Les Ecriveurs » de Frederic Mars

Pourquoi ce type de roman est-il surtout anglo-saxon ? Connaissez-vous des auteurs français qui pratiquent ce genre ?

Laila Boukharta : Un grand auteur français fait de la dystopie exceptionnelle, c'est Jean-Claude Mourlevat. Dans ses romans « Le combat d'hiver » ou « Terrienne » il fait preuve d'une plume magnifique et touche merveilleusement le cœur des adolescents.

Vous parlez dans votre article, à juste titre, d'une littérature qui ne serait pas si récente que ça et dont l'origine remonterait à la fin du  19è siècle. Vous mentionnez « 1984 » de Georges Orwell et « Le meilleur des mondes » de Barjavel. Vous faites cependant une différence : « Si au 19e siècle, la crainte était de voir la technologie régner sur le monde pour aboutir à la destruction de l'Humanité, le 20e siècle a été marqué par la peur des totalitarismes qui sévissaient en divers endroits de la planète. Au 21e siècle, si les angoisses de nos prédécesseurs ne sont pas obsolètes, nous y ajoutons nos propres cauchemars qui sont la pollution, la surconsommation ou la surpopulation ». Croyez-vous que la passion de ces lectures soit, au fond, motivée par une société de plus en plus craintive pour son futur ? Qu'en pensent les adolescents ? Quelles sont les raisons qui leur font plébisciter ce genre de livres ?

Laila Boukharta : Les adolescents sont effectivement de plus en plus inquiets face au monde actuel. Il faut dire que les réseaux sociaux et la surinformation à laquelle ils sont confrontés au quotidien n'aident pas à voir l'avenir sereinement.
Mais il ne faut pas oublier que, dans la plupart de ces romans, la dystopie est prétexte soit à une aventure hors norme, soit à une histoire d'amour, soit aux deux. Les adolescents sont traditionnellement friands de ces différents thèmes.

Comment les adolescents à qui vous conseillez ces lectures réagissent-ils ? Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?

Laila Boukharta : Le premier tome de « Promise » d'Ally Condie marche très bien auprès des adolescentes. Elles m'ont dit imaginer que notre monde pourrait devenir tel que celui décrit dans le roman, surtout à cause de leur « catégorisation » dans l'enseignement. Elles m'ont parlé de « destins tout tracés » à l'heure actuelle, du fait qu'on essaye de mettre tout le monde dans des cases. Elles retrouvent donc les dérives de ce type dans les romans comme celui-ci.
En général, les lectrices recherchent également les belles aventures et histoires d'amour dans ces textes. J'ai donc souvent orienté leur lecture vers « Delirium » de Lauren Oliver. Mais ce roman n'a pas le même impact « sociétal » sur les jeunes auxquelles j'ai fait lire ce roman. En effet, dans ce cas-ci, les ados se souviennent plutôt de l'histoire d'amour.
Pas mal de garçons plébiscitent la série « Hunger Games » pour le côté « danger ». Ils reconnaissent souvent les méfaits de la téléréalité dans ce roman, en tout cas c'est un thème qui revient souvent au fil des conversations qu'ils peuvent avoir avec moi.

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