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Roger Cousinet
Roger Cousinet

« L'élève n'est pas un enseigné, mais un apprenant »

Dates principales

1904 licence es lettres
1905-1910 instituteur, entre à la Société libre pour l'étude psychologique de l'enfant (SLEPE) dirigée par Alfred Binet
1910 devient Inspecteur en province
1913 directeur de la revue de la SLEPE « Éducateur Moderne »
À partir de 1920, en tant qu'inspecteur, il instaure la méthode active dans sa région
1921 fonde avec Madeleine Guéritte l'association pédagogique la « Nouvelle Éducation » qu'il anime jusqu'à l'interruption par la guerre en 1939
De 1922 à 1929, il publie une revue composée de textes d'enfants, L'oiseau bleu
1945 (jusqu'en 1958) Titulaire de la chaire de pédagogie de la Sorbonne
1946, il fonde avec François Chatelain l'association « l'École nouvelle française » qui sera à l'origine de la création de l'école expérimentale de la Source
1964, il fonde avec Louis Raillon, la revue Éducation et développement

Biographie

Roger Cousinet naît en 1881 dans une famille bourgeoise, qui met en avant l'éducation artistique et culturelle. Interne au lycée Michelet à Paris, studieux et grand lecteur, il passe son bac philo à 17 ans. « Khâgneux », il prépare durant 3 ans le concours d'entrée à l'école normale supérieure sans toutefois satisfaire aux exigences du concours. Il s'inscrit alors à la Sorbonne où il obtient une licence ès lettres. Le conseil de révision de l'armée française, jugeant sa vue trop basse, l'exempte de service militaire.

En 1902, il avait obtenu le brevet élémentaire requis pour enseigner, faute d'effectuer son service militaire, il devient instituteur en 1905 avec en tête l'idée de se destiner à l'inspection primaire. Pour ce faire, il doit enseigner au moins cinq années. Il est nommé instituteur à Malakoff, dans la banlieue parisienne avec un CP de 75 élèves.
Il se focalise sur la psychologie des enfants, observe leurs réactions en classe, mais aussi dans la cour de récréation. Il s'intéresse à « l'enfant libre » et dans « la société enfantine » étudie les jeux, les interactions sociales, les conversations et surtout les apprentissages qui découlent de tout cela. Cousinet souhaite étudier scientifiquement la psychologie de l'enfant et en particulier la psychologie sociale. Il cherche à tirer de ses observations et connaissances une pédagogie expérimentale.

Durant cette période, il s'inscrit à la Société libre pour l'étude psychologique de l'enfant (SLEPE). Fondée en 1899 par Ferdinand Buisson, cette société est dirigée depuis 1902 par Alfred Binet qui est en train de formaliser son échelle métrique de l'intelligence, qui comme on le sait, sert à mesurer le développement de l'intelligence des enfants en fonction de l'âge. En 1906, il devient le rapporteur des séances mensuelles de la SLEPE. Au sein de la société, les docteurs Jean Philippe et Georges Paul-Boncour fondent la revue « Éducateur moderne » qui aborde des questions d'éducation, de psychologie et de pédagogie. Pour les questions d'éducation ils font appel à Cousinet. Afin d'assumer au mieux sa mission, Cousinet prend connaissance des publications pédagogiques de par le monde et s'attache à les diffuser. Tout jeune instituteur, il fait alors rapidement la connaissance de ses pairs et cela lui ouvre des perspectives. Dès 1907, Théodule Ribot publie dans sa prestigieuse Revue philosophique un de ses premiers articles sur « le rôle de l'analogie dans les représentations du monde extérieur chez les enfants » où il s'interroge sur la transmission des connaissances entre maîtres et élèves et les difficultés qu'éprouvent adultes et enfants à concevoir la réalité sous le même angle ; ses analyses l'amènent à penser que les enfants gagneraient à travailler entre eux. L'année suivante, il publie un autre article « La solidarité enfantine » dans lequel il évoque la réaction des enfants contre la toute-puissance des adultes. Cousinet devient vite le secrétaire de rédaction de la revue « Éducateur moderne », puis son directeur à la mort de G. Compayre en 1913. C'est l'occasion pour lui de rencontrer et publier Decroly. Il fait connaître Claparède, Ferrière, il rend compte des travaux de Maria Montessori, publie en français des résumés des travaux de John Dewey et de Stanley Hall.

Dans le même temps, il prépare, sous la direction d'Émile Durkheim dont il suit les cours de science de l'éducation à la faculté des Lettres de l'université de Paris, une thèse de doctorat sur la vie sociale des enfants. Il décide d'aborder la question de « l'autorité du maître dans sa classe », ce qui l'amène à souligner les limites d'une discipline imposée et non consentie. Ses travaux s'articulent, nous l'avons vu, autour de cette double culture scientifique de la psychologie et de la sociologie de l'enfant. Sa thèse sera interrompue par la Première Guerre mondiale et le décès de Durkheim en 1917.

Il est reçu au certificat d'aptitude de l'inspection des écoles primaires le 18 décembre 1909. À trente ans, il devient l'un des plus jeunes inspecteurs de France. Il est nommé inspecteur de l'enseignement primaire avec la charge de veiller sur une centaine d'écoles publiques dans l'Aube. Mobilisé en 1914 et blessé à Neuilly St Vaast, il est classé auxiliaire et démobilisé en 1917. Il reprend ses travaux en 1920, met au point la méthode de travail libre par groupes (voir infra) et l'expérimente avec quelques instituteurs.

En 1921 il fonde avec Madeleine Guéritte le mouvement pédagogique Nouvelle Éducation qui publiera la première édition d'une brochure sur le travail libre par groupe et de 1922 à 1936 des cahiers mensuels. En 1939, la guerre met fin au mouvement. Louis Raillon remarque : « Au début des années 20, quand il a commencé à expérimenter sa méthode, l'Inspecteur Cousinet a été pris pour un fou. Le préfet de l'Aube a demandé son exclusion du département et le Ministère l'a nommé dans les Ardennes. Il a continué son travail de défricheur et si on l'a laissé faire, c'est sans doute parce que sa renommée, au sein de la Ligue internationale pour l'Éducation nouvelle, était devenue considérable. Sa méthode sera d'ailleurs mieux connue à l'étranger qu'en France. Nul n'est prophète en son pays. » [1]

De 1922 à 1929 à l'instar de Tolstoï, il publie, l'Oiseau bleu, une revue de textes littéraires écrits par les enfants au cours des activités libres, ce qui n'est pas du goût du ministère de l'Instruction publique. Ses méthodes contestées, en tant qu'inspecteur il est donc nommé en 1924 dans les Ardennes. Il participe aux congrès de la Ligue internationale pour l'Éducation nouvelle, édite plusieurs livres écrits par des enfants, organise chaque année des congrès auxquels participent tous les novateurs en éducation.

Après avoir expérimenté dans ses classes, dans les classes d'un groupe d'instituteurs, sa méthode de travail libre par groupes, il l'expose en 1925 dans une seconde édition augmentée Méthode de travail libre par groupes. De 1920 à1942, elle sera expérimentée dans plus de 40 classes.

Le 18 avril 1944, un bombardement allié sur Juvisy lui laisse la vie sauve, mais détruit la somme de documents accumulée au cours d'une longue vie de recherche.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale ayant terminé sa carrière d'Inspecteur, il assure, à partir de 1945, à la Sorbonne, un cours complémentaire de pédagogie pratique, ce jusqu'en 1959. Il fonde, avec François Chatelain, l'association L'École nouvelle française, ouvre l'école expérimentale de la Source (qui existe encore aujourd'hui) et rédige ses ouvrages où il condense sa riche expérience.

En 1964, il fonde, avec Louis Raillon, sa quatrième revue, Éducation et Développement, dans laquelle, devenu aveugle, il ne cesse d'écrire que peu de temps avant sa mort le 5 avril 1973.

L'Éducation nouvelle selon Roger Cousinet

© MNE, 1937
© MNE, 1937

« L'éducation nouvelle n'est pas conditionnée par une plus juste connaissance de la psychologie de l'enfant et des travaux des psychologues, ni par le compte que la pédagogie doit tenir de ces travaux. Elle consiste vraiment en une attitude nouvelle vis-à-vis de l'enfant. Attitude faite de compréhension, d'amour (comme aussi bien fut celle d'un Pestalozzi), mais surtout attitude de respect. Attitude d'attente, de patience, attitude de la main délicate qui n'ose ni ouvrir un bouton de fleur ni déranger le bébé au cours de ses premières expériences, ni aussi bien l'écolier au cours de ses premiers travaux. Attitude d'acceptation de l'enfance en tant que telle, reconnaissance de la valeur de l'enfance comme une période nécessaire dans le développement de l'homme. Indulgence, plus qu'indulgence, admission des erreurs de l'enfant, de ses faux pas, de ses hésitations, de ses lenteurs. Désir souvent passionné de satisfaire ses besoins propres, même si la société doit attendre quelque peu pour que soient satisfaits les siens. Conviction que plus l'enfant est pleinement, longuement enfant, plus et mieux il deviendra un bon adulte. Affirmation que l'enfant vit de bonheur et dans le bonheur, qu'il doit être heureux, et que l'éducateur doit d'abord veiller à ce qu'il soit heureux, même si c'est aux dépens des fins éducatives qu'il vise ; que nous, adultes, avons tout à gagner à laisser le plus longtemps possible l'enfant dans cet âge d'innocence première, et à nous baigner nous-mêmes aux sources de cette innocence, au lieu de vouloir à tout prix le former à notre image, qui ne mérite pas de servir de modèle. Conviction que l'enfant a en soi tout ce qui permet une vraie éducation, et en particulier une activité incessante, incessamment renouvelée, dans laquelle toute sa personne est engagée, l'activité d'un être en croissance, en développement continu, auquel, précisément pour cette raison, notre aide peut être utile, mais notre direction n'est pas nécessaire. » [2]

Les besoins de l'enfant doivent guider le pédagogue : « Le traditionaliste construit artificiellement le milieu (le programme) et s'efforce d'y adapter l'enfant. L'éducation nouvelle prend les besoins de l'enfant comme données et organise le milieu de manière que ces besoins puissent y être satisfaits, adapte le milieu à l'enfant » [2]

Le travail libre par groupes

Influencée par J.J. Rousseau, imprégné de la « pédagogie de la liberté » de Tolstoï, la démarche de Cousinet s'inscrit dans le vaste mouvement de rénovation des structures et des modes d'enseignement, selon les principes des méthodes actives. Pour développer la pratique des groupes de travail libre, il s'appuie sur ses propres observations parallèlement à celles d'autres chercheurs, sur la psychologie de l'enfant, sur l'analyse des réactions des enfants au cours des travaux de groupes et sur l'étude des processus d'apprentissage en groupe.

Cousinet oppose le cours magistral préconisé dans l'enseignement traditionnel au travail collaboratif qui répond, selon lui, au besoin de l'enfant d'agir socialement et supprime la dichotomie entre la vie de la classe et la vie de la cour. Il souhaite amener les enfants à collaborer sans l'intervention du maître. L'objectif est de développer leurs personnalités en leur permettant de se confronter aux autres, en favorisant leur expression. À travers le travail libre par groupe les enfants apprennent à s'exprimer, à écouter et à comprendre autrui tout en se méfiant d'eux-mêmes. Pour mettre en œuvre le travail en classe, il faut s'inspirer de l'organisation « naturelle » qui prévaut dans les jeux de la cour de récréation. Dans le jeu, il y a de l'organisation, de l'imagination, de la persévérance, de l'imitation et une connaissance, une élaboration et un respect des règles. Sa méthode vise l'épanouissement de l'enfant, la résolution des problèmes de l'échec scolaire et du respect de la discipline. Mais surtout, au-delà d'apprendre beaucoup de choses en classe, les enfants, à travers cette méthode, apprennent à apprendre.

Il s'ensuit que « l'éducation ne peut plus être une action exercée par un maître sur des élèves, action qui s'est révélée illusoire ; elle est en réalité une activité par laquelle l'enfant travaille à son propre développement, placé dans des conditions favorables et avec l'aide d'un éducateur qui n'est plus qu'un conseiller pédagogique. Il suit que les méthodes actives sont des instruments, non d'enseignement, mais d'apprentissage, que ces instruments doivent être mis exclusivement entre les mains des élèves et que, qui les introduit dans sa classe accepte de ne pas s'en servir, et renonce pour autant à enseigner. » [1]

La méthode du travail libre par groupes

Sa méthode qui préfigure la pédagogie de projet consiste à laisser les enfants libres de choisir leurs activités. La classe est donc organisée en activités libres préparées par le maître.
Il y a « des activités de créations », ce sont les activités artistiques, manuelles ou d'expressions dramatiques telles que la cuisine, le jardinage, l'élevage, le bricolage, le dessin, etc., et « des activités de connaissances » qui touchent aux sciences, à l'histoire ou la géographie.
Le domaine scientifique porte sur l'étude des animaux, des plantes, des phénomènes météorologiques, des minéraux, des machines simples, des objets les plus divers qui sont souvent apportés par les enfants eux-mêmes. « L'activité naturelle de l'enfant le conduit manifestement, en faisant une construction, à découvrir les lois fondamentales de la physique par exemple. Il découvre les exigences de la matière : un bonhomme de plasticine se fait autrement qu'un bonhomme en papier, un château de sable obéit à d'autres lois techniques qu'un palais de bois. Et par bien d'autres observations, Cousinet aboutit à ce constat : “l'enfant est un être à activité scientifique”. L'enseignement, par sa nature, stoppe l'activité créatrice de l'enfant. Le premier contact avec l'enseignement est une inhibition tant au plan de l'activité physique, puisqu'il faut rester assis, immobile, qu'au plan spirituel, puisqu'il est interdit d'interroger le maître et de communiquer avec autrui. L'enseignement empêche l'enfant de se former. » [1]

L'étude de l'histoire s'attache à l'histoire des choses telles que l'habitation, les vêtements, les moyens de transport et de communication, l'enseignement, l'agriculture, l'industrie, le commerce, etc. Cousinet pensait que l'histoire des régimes politiques et des guerres était trop éloignée des enfants, voire traumatisante, pour eux.
Les études géographiques sont conduites à partir de cartes géographiques, de cartes routières, maritimes, d'horaires des moyens de transports, de plans de villes, etc. Elles peuvent consister par exemple en l'élaboration d'un voyage imaginaire, la réalisation d'un plan, d'une carte. L'objectif étant de favoriser un contact direct avec les réalités du monde.
La méthode ne fait aucune place à la grammaire, « cet enseignement, écrit Cousinet, ne correspond à aucun intérêt de l'enfant à l'âge considéré » [1], ni à la rédaction comme exercice littéraire. Cousinet pensait que cet exercice de style correspondait plus à des adolescents. Les textes libres dans leur forme et leur contenu sont rédigés quand l'enfant en éprouve le désir. La maîtrise de la langue orale et écrite est de toute manière favorisée par les discussions et la formalisation des fiches d'analyse. L'arithmétique en tant que discipline n'est pas non plus prévue, mais surgit au détour d'une activité qui fait naître un besoin.

© MNE, 1958
© MNE, 1958

Le maître a pris soin de bien installer le matériel, les groupes se constituent par affinités pour travailler à des projets thématiques de leurs choix et s'installent où ils veulent dans la classe. Comme pour le jeu les enfants « savent » avec qui ils peuvent collaborer, avancer, échanger. Nous l'avons déjà vu, pour Cousinet il faut calquer le travail en classe sur le jeu. Durant leurs jeux, les élèves sont libres de jouer ou non à ce qu'ils veulent et aussi longtemps qu'ils le désirent. Chaque groupe dispose d'un tableau où il va pouvoir collectivement consigner ses observations. Les élèves n'ont pour consigne que de se mettre en position où ils peuvent coopérer.

Cousinet précise quelques règles :

1. Le travail consiste à observer les objets, les documents et à rédiger les observations communes sur le tableau du groupe.
2. Le travail, une fois réalisé, est présenté au maître qui en vérifie la correction orthographique en respectant les consignes suivantes :

  • Le maître signale les mots mal orthographiés
  • Si c'est nécessaire, il intervient une deuxième fois, en soulignant les mots fautifs
  • En cas de carence, il les corrige, sans donner d'explication, sauf si celle-ci est demandée.

3. Le travail est recopié sur le cahier du groupe, illustré au besoin et présenté au maître (les enfants peuvent avoir un cahier individuel).
4. Le travail écrit est résumé sur des fiches d'analyse.
Peu à peu, les fiches comportent les mêmes rubriques et les enfants deviennent capables de les préparer. L'établissement et l'utilisation de ces fiches conduisent tout naturellement à l'idée d'un classement, puis à la confection de tableaux synoptiques.

Le maître n'a plus, alors « qu'à suivre le travail des enfants, à être témoin de leur activité, à les aider quand ils le lui demandent, à être pour eux un bon collaborateur ». Bien sûr, des interactions entre les différentes activités peuvent se produire, une chose en amenant une autre...

Conclusion

Louis Raillon avec qui Cousinet a fondé sa dernière revue Éducation et développement dresse un bilan de l'héritage du message de Cousinet notamment à propos de l'Éducation nouvelle : « Pour parler clair, le mouvement de l'Éducation nouvelle n'a pas réussi à convaincre les dirigeants de l'institution scolaire de changer de pédagogie. Pour une personne étrangère aux usages du monde scolaire, cet échec ne peut signifier que l'inadéquation des méthodes nouvelles. Si elles avaient fait la preuve de leur efficacité, on les aurait adoptées. C'est d'ailleurs là le raisonnement que tiennent beaucoup d'éducateurs de pays en développement. En fait, les choses sont plus complexes. Trois raisons me semblent rendre compte de “l'échec” de l'Éducation nouvelle :

  • Les enseignants, par définition, se recrutent parmi les anciens “bons élèves”, c'est-à-dire ceux à qui le système traditionnel a réussi. Il leur est psychologiquement très difficile de ne pas reproduire le modèle ancien.
  • Sans toujours se l'avouer, les parents et les maîtres ont peur de la liberté de choix et d'allure qu'implique, pour les enfants, la pratique de l'Éducation nouvelle. Permettre à des personnalités de se développer d'une façon originale, cela va à l'encontre de l'idéal humain et professionnel que les adultes ne peuvent s'empêcher de projeter sur eux ; de leur côté, les États modernes, même démocratiques, souhaitent que l'école contribue à former des citoyens standardisés.
  • Le modèle universitaire est plus que jamais prégnant sur l'école. Le maître de l'école élémentaire mime (même si cela n'est pas conscient) le professeur d'Université qui transmet un savoir hautement spécialisé. Ce sentiment d'appartenance à la même institution, qui possède une unité profonde, est d'autant plus ancré que l'école élémentaire d'aujourd'hui prépare à de longues études un plus grand nombre d'enfants qu'autrefois l'école populaire. » [1]

Concernant la méthode de travail libre par groupe comme moyen d'apprentissages, quelques critiques se sont fait jour. Les sceptiques ou du moins ceux qui réclament quelques aménagements dirigistes à la méthode y voient le risque que les élèves se regroupent par niveaux homogènes excluant les plus faibles, en recherchant plus la qualité de la production évaluée que l'apprentissage. De plus, une dérive fusionnelle, d'élèves souhaitant se retrouver « entre amis », affaiblit les fondements de cette démarche de pédagogie active : confrontation des points de vue, argumentation, échanges, etc.

Rappelons néanmoins que cette méthode a trouvé des possibilités d'application et de développement dans les classes, dans la pédagogie documentaire ainsi que dans les Travaux personnels encadrés et que l'un des enjeux de la méthode, « apprendre à apprendre », est bien vivace dans l'esprit des pédagogues d'aujourd'hui. Enfin, l'autonomie et l'esprit d'initiative qui constituent le pilier 7 du socle commun de connaissances et des compétences, s'inspirent de grands principes de l'Éducation nouvelle.

Pour aller plus loin

Œuvre de Roger Cousinet

  • Une méthode de travail libre par groupes, Paris, Éditions du Cerf, 1945, 3e éd., 1967.
  • La vie sociale des enfants, essai de sociologie enfantine, Paris, Éditions du Scarabée, 1950.
  • L'Éducation nouvelle, Neuchâtel et Paris, Delachaux & Niestlé, 1950.
  • L'enseignement de la grammaire, Neuchâtel et Paris, Delachaux & Niestlé, 1952.
  • La formation de l'éducateur, Paris, Presses universitaires de France, 1952.
  • La culture intellectuelle, Paris, Presses de l'Ile-de-France, 1954.
  • Pédagogie de l'apprentissage, Paris, Presses universitaires de France, 1959.
  • Fais ce que je te dis, Conseils aux mères de famille, 2e édition, Paris, Scarabée, 1961

Sur Roger Cousinet

  • Roger Cousinet, une pédagogie de la liberté. Raillon, Louis, Paris, Armand Colin, 1991
  • Roger Cousinet : la promotion d'une autre école, textes réunis par Suzanne Saisse et Marie de Vals, Connaissances de l'éducation, Ed Erès, 2002
  • Roger Cousinet, un philosophe à l'épreuve de la pédagogie, Textes choisis et présentés par Dominique Ottavi et Laurent Gutierrez, Bibliothèque philosophique de l'éducation, INRP, 2007
  • L'Oiseau bleu : Histoire d'une revue rédigée par des enfants pour des enfants (1922-1929) par Laurent Gutierrez, Revue Le Télémaque, no 32, 2007, p. 111-123.
  • Une méthode de travail libre par groupes (réédition avec une préface de Laurent Gutierrez (p. 9 à 34) sur le parcours de l'auteur), Ed. Fabert, 2011 

Notes de bas de page

[1] Raillon, Louis. Roger Cousinet (1881 —1973) [dans :] Perspectives : revue trimestrielle d'éducation comparée. Paris, UNESCO : Bureau international d'éducation), vol. XXIII, n°1-2, 1993, p.225-236

[2] Cousinet, Roger. L'Éducation nouvelle. Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1968 (2e édition), p.22-23

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