Paul Otlet

par Marie-France Blanquet,
[décembre 2006]

Mots clés : classification documentaire, Otlet, Paul : 1868-1944

Paul OTLET
Paul OTLET

L'homme qui voulait classer le monde

 

Paul Otlet a beaucoup écrit (en particulier à chaque moment décisif de sa vie, la mort de son père, de son fils, victime de la guerre…), beaucoup créé et beaucoup agi, poussé toujours par le même élan d’humanisme et de partage.
Sa vie entière est menée par une espérance : permettre aux hommes de mieux se connaître, de ne plus avoir peur les uns des autres et donc de vivre en paix. Le document joue un rôle déterminant pour ce Pacifiste. Par ailleurs, en mettant en avant l’idée de réseau et de coopération internationale entre bibliothécaires et bibliothèques, il œuvre, avec ses amis, en précurseur et en visionnaire.
Aux professionnels de l’information, il laisse en héritage le Traité de documentation : le livre sur le livre : théorie et pratique [1] qui synthétise la somme des savoirs fondamentaux nécessaires pour comprendre l’essence de la documentation. Dans ce document,  premier ouvrage moderne traitant du problème général de l’organisation de l’information, Otlet présente une vision très futuriste de l’avenir de la documentation : celle que vit aujourd’hui le documentaliste !
 

Une biographie,

témoin d’une intense réflexion et d’une incessante activité réunies autour de l’idée clé : le savoir partagé, via les documents produits par les hommes, peut être le terreau de la paix universelle.

1868 : Naissance de Paul Otlet au sein d’une famille aisée dans une Belgique, alors centre culturel de l’Europe, foyer de la modernité et quatrième puissance du monde. Son père est « l’empereur des tramways de Bruxelles ». Sa mère, cousine germaine du poète Emile Verhaeren, meurt en mettant un autre enfant au monde, trois ans plus tard.

1882 : Il a 14 ans et publie l’Ile du Levant.

1888L’Afrique aux Noirs. Le titre même de son plaidoyer en faveur de la décolonisation montre sa maturité et son profond respect pour l’homme.

1890 : Doctorat en droit de l’Université libre de Bruxelles.

1891 : Le documentaliste qui sommeille en lui s’éveille. Il organise, en effet, l’information juridique à travers le Sommaire périodiques des revues en droit, tables mensuelles de tous les articles juridiques publiés dans les périodiques belges.

1892 : La publication d’un Essai sur la théorie bibliographique témoigne de son intérêt pour le document. Cet essai porte en germe la science de l’information et de la documentation.
Cette année-là, il rencontre Henri La Fontaine, futur prix Nobel de la paix. Une amitié d’exception naît entre les deux hommes, jumeaux spirituels. La Fontaine donne une part importante de son Nobel, en 1913, pour venir en aide à son ami en difficulté et même, si plus tard, le comportement obsessionnel d’Otlet l’entraîne à prendre de la distance, leur profonde affection reste réelle.
Cette date est marquante : Otlet se met à concevoir les projets qu’il poursuivra toute sa vie : la mise en œuvre d’une théorie globale de la documentation.

1895 : Création de l’Office international de bibliographie (OIB). L’un des objectifs de cette organisation est d’élaborer un Répertoire Bibliographique Universelle (RBU), sorte de bibliographie du savoir humain rassemblant les notices de tous les ouvrages publiés dans le monde quel qu’en soit le sujet ou le temps. L’Office a également pour objectif, d’assurer la reconnaissance de l’information comme discipline scientifique.
C’est aussi l’ouverture de la première conférence internationale de Bibliographie ; les actions d’Otlet se situant toujours à l’échelle mondiale.
A partir de cette date, toute l’énergie d’Otlet tourne autour de deux principales réalisations complémentaires : l’ouverture du Mundaneum, témoin de l’intelligence humaine et la création d’une société des Nations, témoin de son humanité. « Fonder le monde, fonder le savoir du monde ou la double utopie d’Otlet » résume bien Paul Ghils [2].

1896 : Création du Bureau bibliographique à Paris, affilié à l’OIB et pièce centrale du développement de la documentation en France. Hyppolyte Sebert qui le préside partage, avec Otlet et La Fontaine, le même idéal universaliste.

1905 : Première édition de la Classification décimale universelle.

1906 : Ouverture du musée du livre

1907 : Ouverture du musée de la presse. Création de l’Office des Associations internationales (OAI). Infatigable, Otlet réunit les collections pour fonder une bibliothèque des sociétés savantes, crée des Archives encyclopédiques internationales…

1908 : Quatrième conférence de Bibliographie organisée par l’IIB. Un des objectifs de cette conférence est de « rechercher les moyens de donner une organisation internationale à la Documentation et de provoquer des échanges de vues … sur l’unification des méthodes et la coopération. » [1]

1910 : Congrès international de bibliographie et de documentation. Cette date est importante : pour la première fois apparaît le terme de documentation. Placé à côté de celui de bibliographie, il en dit la complémentarité mais aussi la profonde originalité. Ce congrès commun : « obtint un succès si considérable qu’il peut être considéré comme le point de départ de toutes les coopérations internationales futures en matière de bibliographie » [3]
Cette année là voit aussi la création de l’Union des associations internationales en remplacement de l’OAI.
C’est également la date du premier congrès des Associations internationales où naît l’idée d’un musée international de la technique, de l’enseignement, de l’économie et du social où seraient présentés tous les progrès accomplis au niveau international dans toutes ces matières.

1914 : Au moment même où éclate la première et meurtrière guerre mondiale, Otlet publie un Traité de paix général. L’humaniste pacifiste qu’il ne cesse d’être pose dans ce document le projet d’une Société des Nations chargée de la paix dans le monde.

1916 : Otlet préside le Premier Congrès des nationalités, prélude à l’ouverture de la SDN.

1917 : La SDN est créée, fondée sur l’idée d’un « concert des Nations ».

1919-1920 : Ouverture, avec l’assistance du gouvernement belge, du Palais Mondial ou Mundaneum, centre scientifique documentaire, éducatif et social. Celui-ci héberge notamment l’OIB. L’idée naît de créer une Cité mondiale pour laquelle Le Corbusier élabore des plans et des maquettes étonnantes (en particulier, la Tour du Progrès) [4]. Mais cette Cité, à laquelle l’architecte Jeanneret et le sculpteur Hendrik Andersen se sont aussi intéressés, ne verra jamais le jour !

1922 : Otlet connaît les premiers revers dans ses actions : il assiste, lâché par le gouvernement belge, à la fermeture du Mundaneum, à la dispersion de ses collections. Mais il continue quand même à travailler.

1924 : L’IIB devient une fédération avec pour premier objectif, le développement de la Classification décimale universelle. Otlet signe de très nombreux articles destinés à faire connaître ses actions dans la Revue de l’IIB.

1925 : La SDN crée l’Institut international de coopération intellectuelle, ancêtre de l’Unesco.

1931 : L’IIB devient l’Institut international de documentation. C’est la deuxième grande date de la documentation où le terme apparaît clairement comme objectif dans l’intitulé d’une organisation internationale. Otlet sort définitivement de la bibliographie pour entrer dans la documentation.

1934 : Parution du livre phare de la documentation : le Traité de Documentation [1], mais aussi fermeture du Mundaneum.

1937-1938 : L’OID devient la Fédération internationale de la documentation (Elle deviendra, en 1986, la Fédération internationale de l’information et de la documentation).

1940-1944 : Otlet devient aveugle mais continue son combat, seul et prisonnier de son utopie pacifiste. Un de ses proches écrit : « L’esprit d’Otlet était certainement depuis quelques années tellement dans les nuages que nous n’avons pu le suivre… » [4]

1944 : « Il ne fut rien, sinon Mundaneum » est gravé sur la tombe de cet homme qui jusqu’au bout a cru dans la paix et dans l’homme. Il meurt à l’heure où s’est déchaîné un deuxième conflit mondial.

 

Paul Otlet en mots clés

Longtemps méconnu, y compris des documentalistes qui, pourtant, lui doivent tant ! Il a créé et ouvert dans son Traité, tous les chapitres relatifs à la documentation afin d’en comprendre la spécificité. Otlet a pourtant toujours suscité des amitiés ou des admirations fidèles pour ceux qui le connaissent. C’est  A. Colet, Donker Duyves (responsable de la deuxième édition de la CDU), G. Lorphèvre (rédacteur en chef de la Revue de la Documentation), A. Canone (On lui doit la réédition imprimée du Traité en 1989),  R.Estivals (On lui doit la création de l’Association Internationale de Bibliologie avec la mise en ligne du Traité par l’Université libre de Bruxelles)…

Les Américains découvrent et sortent de l’ombre l’œuvre d’Otlet. Aujourd’hui, cet « honnête homme » revit à travers la réédition de certaines de ses œuvres et, en particulier, la réouverture du Mundaneum à Mons, lieu de rencontre et de culture, à visiter réellement ou virtuellement [5].

Cette seconde vie d’Otlet entraîne les plus enthousiastes à lui donner de nombreuses paternités, outre celle de la documentation que personne ne conteste.

  • Analyse documentaire Elle représente la rupture qu’Otlet opère avec la bibliographie. Cette dernière n’assure que la description bibliographique. L’analyse documentaire atteint, quant à elle, le contenu de la connaissance. Otlet marque ainsi la ligne de démarcation entre les professions préoccupées essentiellement par la conservation du support des documents (bibliothécaires) et celles qui donnent la priorité au contenu, à l’origine de la création d’un ensemble de méthodes et de produits tels que les index analytiques. La volonté est affichée de traiter le document d’abord comme un contenu, c’est-à-dire l’information. C’est pour cette raison que le dépouillement des périodiques apparaît comme central dans la mission qu’il se fixe. C’est pour cette raison également qu’Otlet peut être considéré comme un des fondateurs des sciences de l’information.
  • Association Otlet est véritablement l’homme des associations, en particulier des associations internationales puisque toute son œuvre est placée sous le signe de la mondialisation et de la coopération. « La plus grande réussite de Paul Otlet se trouve peut-être dans le formidable mouvement de collaboration qu’il sût enclencher » [2] dans un monde pourtant (déjà ou encore !) très agité. Otlet comprend dès la création de la documentation que cette dernière ne peut réussir ses objectifs qu’à travers le partage, la coopération, c’est-à-dire la volonté de travailler ensemble. Il se réjouirait de voir les technologies faciliter ce partage !
    Il crée en particulier la FID qui, aujourd’hui, connaît un certain « assoupissement ». (On peut toutefois suivre ses activités à partir de sa liste de diffusion Lis-Fid ).
    Otlet crée également l’Union internationale des associations dont le siège est à Bruxelles. En 1914, elle regroupe la moitié des associations présentes dans le monde (soit 230). Elle crée la première université internationale dont les activités s’exercèrent jusqu’en 1927. Ranimée après un certain silence, on lui doit un ouvrage de références essentiel : l’Annuaire des organisations internationales et la revue Transnational Associations [6].
     
  • Banque de données bibliographiques ou Répertoire bibliographique universel Ce répertoire est véritablement la première banque de données bibliographiques encyclopédiques réalisée sur la terre. Il représente une tâche colossale de collecte et de traitement de l’information. En 1914, il contient environ 18 millions de fiches conservées dans 260 meubles fichiers, s’étirant sur 186 mètres. « Ce projet un peu fou eut toutefois des conséquences considérables sur l’histoire de la bibliographie et du catalogage, car Otlet était à la fois un organisateur, un visionnaire et un infatigable apôtre de la cause de la documentation ». [2].  Georges Perec parlera à propos du RBU du vertige taxonomique des fiches d’Otlet (Penser/classer) [4].
    Ce travail nécessite une normalisation des outils (fiches 12,5/7,5) et des techniques bibliographiques (adoption de la CDU). Voir Classification et Normalisation
  • Bibliométrie ou mathé-Bibliologie Définie comme la partie de la bibliologie qui s’occupe de la mesure ou quantité appliquée aux livres la bibliométrie concerne la mesure des livres à travers des unités de mesure clairement explicitées par Otlet. Elle ouvre, également, sur le chapitre de la statistique dont l’objectif est de dénombrer la quantité produite des livres (éditions). Otlet lui accorde une grande importance car, « en tout ordre de connaissance, la mesure est une forme supérieure que prend la connaissance » [1]. Les spécialistes de la bibliométrie contemporains ne contestent pas cette affirmation !
  • Classification C’est « la plus haute opération de l’esprit, celle qui implique toutes les autres. L’esprit s’élève à mesure qu’il est susceptible d’abstraction, de systématisation et de synthèse » [1]. La classification est à la fois un outil de progrès social et un rempart contre la violence et les guerres. Il importe de l’enseigner pour permettre aux enfants de « s’élever ». Otlet écrit un texte qui reste intéressant aujourd’hui malgré sa date : La Classification décimale et l’Enseignement (Le Palais Mondial, janvier 1932, no 20, p.11-12).
    La Classification décimale universelle : adaptée de la Decimal Classification dont elle garde le schéma de base, son originalité réside dans les tables auxiliaires qui comportent des signes de relations, des tables de subdivisions et des divisions analytiques. « Otlet développa sa classification jusqu’à un degré de précision extrême tout en parvenant à lui conserver une simplicité d’emploi qui fit son succès dans le monde entier » [2]. Et pourtant les critiques pleuvent aussi violentes et méchantes que celles qui accueillirent la Decimal Classification. « Recourir à la classification décimale, on n’y pouvait songer sérieusement : ses fallacieuses précisions, ses dédales obscurs et précaires répugnent aux méthodes de la race » [2]. « L’Institut Bibliographique de Bruxelles pratique lui aussi le chaos : il a morcelé l’univers en mille subdivisions… Il ne répugne pas aux subdivisions hétéroclites… » [7].
    Avenir de la CDU : « Schéma documentaire solide et puissant, la CDU, pourtant supérieure à la CDD en plusieurs points, a perdu beaucoup de sa popularité … en raison de problèmes majeurs liés à sa gestion générale et à sa mise à jour. » [8]. Le Consortium de la Classification décimale universelle (UDCC) créé en 1992 est chargée de centraliser et de gérer toutes les éditions de cette classification traduite en différentes langues. Pourtant l’avenir de cet outil documentaire semble menacé, malgré un rapprochement avec l’équipe de rédaction de la classification de Dewey. C’est le manque de moyens financiers mais aussi son absence dans les grandes bibliothèques nationale qui en sont les principales causes.
  • Coopération voir Association
  • Document Otlet s’intéresse au document multiple. Le document est jusqu’alors représenté essentiellement par le livre et l’écrit. « Les livres transcrivent et photographient la science selon l’ordre divisé des connaissances » [1]. Ils restent une voie importante dans l’accès à l’information. Cependant, Otlet étend ce concept à tout ce qui est porteur d’information : l’affiche, le tract, la presse, les cartes et plans, les partitions musicales, les timbres. Il évoque dans son Traité l’iconographie : estampes, gravures, photographie, dessin, cartes à jouer, cartes postales. Il traite sous le titre Documents dits « Substituts du livre », le cinéma, le phonogramme, la radiophonie, la télévision.... Il développe même le concept de document objet : médailles, sceaux, monnaies et cachets…
    Le périodique joue, en ce sens, un rôle important. L’avenir de la science passe par le périodique. « De même que le livre a remplacé le volumen, de même la fiche remplacera le livre. La revue deviendra une collection de documents, d’articles, de notes, de renseignements qui seront imprimés… » [1].
    Otelt ouvre ainsi le chapitre d’une nouvelle science dont l’objet est le document. Il l’appelle la documentologie.
  • Documentation Dans les Fundamenta de son Traité, Paul Otlet explicite les raisons de la naissance de la documentation qui trouve dans l’explosion de l’information une de ses principales raison d’être (voir Surinfomation).
    Il en explicite aussi les buts en terme de qualité de collecte et de traitement et de qualité de mise à disposition. « Les buts de la documentation consistent à pouvoir offrir sur tout ordre de fait et de connaissance, des informations documentées 1°universelles quant à leur objet, 2° sûres et vraies, 3° complètes, 4° rapides, 5° à jour, 6° faciles à obtenir, 7° réunies d’avance et prêtes à être communiquées, 8° mises à la disposition du plus grand nombre » [1].
    Il décrit également le rôle et le travail du documentaliste : « Le travail de documentation se présente sous un triple aspect : il importe tout d’abord de collectionner et de classer méthodiquement tous les titres de ce qui a été écrit et publié dans les différents pays et aux diverses époques ; puis l’oeuvre s’élargissant, il y a lieu de réduire en leurs éléments toutes les publications et tous les écrits et de les redistribuer pour en former des dossiers conçus comme les chapitres et les paragraphes d’un unique livre universel »[1].
  • Documentation pédagogique Dans une mesure considérable, les livres et les documents constituent un enseignement. Les livres, dès lors, jouent un grand rôle dans l’enseignement car ils permettent l’accès à l’information à un plus grand nombre. Otlet rappelle la remarque de De Candolle : « Pourvu qu’un livre soit bien fait, il a plus de lecteurs qu’on ne voit d’auditeurs dans les cours les plus fréquentés » [1].
    Otlet développe sous le terme d’autodidaxie ce que les enseignants documentalistes nomment autonomie. Il désigne sous ce terme l’art d’apprendre sans maître, le talent de s’instruire et de se former soi-même. « Aujourd’hui l’école forme chacun mais il est nécessaire de se développer par soi-même, de se maintenir au courant… ». «Tout homme reçoit deux éducations : l’une qui lui est donnée par les autres, la seconde beaucoup plus importante qu’il se donne à lui-même » [1]. Cette phrase ne résume-t-elle pas de merveilleuse façon la plus importante mission de l’enseignant documentaliste : donner son autonomie à l’élève ? (voir aussi Classification et Lecture publique).
  • Documentaliste, documentateur, fichiste (non retenu, ouf !) Otlet défend constamment la nécessité d’avoir, dans les lieux d’information, un personnel hautement qualifié. «Serviteur des serviteurs de la science », le documentaliste est pour lui animé de l’esprit qui dirige l’intellectuel (la classification, rappelons-le, est l’armature de l’organisme intellectuel qu’est le service d’information). L’esprit technique exige que « toute action soit effectuée avec le maximum de technicité [1] (les techniques documentaires). Enfin, l’esprit social l’entraîne à se préoccuper sans cesse de ses utilisateurs.
    Les qualités requises sont nombreuses : culture générale sérieuse et formation professionnelle solide sont les conditions de base. S’y ajoutent des qualités morales : tact, « un bon tempérament qui dérive d’une bonne santé, entretenue hygiéniquement, patience, ordre, initiative… » [1]. Les qualités générales sont la persévérance, la concentration dans le travail, l’enthousiasme, l’ambition, la tolérance… Nul doute que Prévert eut aimé cet inventaire !
  • Documentologie Terme forgé par Otlet, la documentologie est la discipline qui étudie les propriétés des documents, leurs flux et les moyens d’en traiter le contenu en vue d’une accessibilité optimale. Elle devient, plus tard, la science de l’information.
  • « E-book » Il est décrit avec beaucoup de réalisme. « On peut imaginer le télescope électrique, permettant de lire chez soi des livres exposés dans la salle « teleg » des grandes bibliothèques, aux pages demandées d’avance. Ce sera le livre téléphoné ». Des initiatives comme celle que prend la librairie électronique Numilog avec des bibliothèques universitaires réalisent cette prédiction [9] Voir aussi Technologie de l’information.
  • Encyclopédie Otlet prolonge les rêves grandioses des encyclopédistes des XVIIIe et XIXe siècles. Face à l’abondance des documents, le besoin s’impose de les résumer et de les coordonner en une Encyclopédie universelle. Une telle encyclopédie, monument élevé à la pensée humaine et graphique de toutes les sciences et de tous les arts est le résultat du travail et de l’échange de tous les penseurs de tous les temps et de tous les pays. Elle est la somme totale de l’effort intellectuel des travailleurs intellectuels du monde entier. En ce sens, certains voient en Otlet l’ancêtre de l’encyclopédie Wikipédia ou de mouvements de travail collaboratif tels, qu’aujourd’hui, les folksonomies, web communautaire ou web social...
  • Formation professionnelle Elle est imparable et absolument nécessaire. Lorsque Paul Otlet décrit le centre nerveux d’informations (le Mundaneum), servant rapidement des utilisateurs à distance, il confie cette responsabilité à des professionnels de l’information, compétents en techniques informationnelles, en particulier dans l’organisation ou signalétique, et capables de valider l’information proposée. Mais cette formation une fois commencée devra être « continuée indéfiniment car il (le documentaliste) aura à se perfectionner et à se tenir au courant » [1]. Il écrit, en ce sens, un certain nombre de textes, comme, par exemple, le Manuel de la bibliothèque publique (1930).
    Formation de l’utilisateur. Il est au centre de ses préoccupations. Homme de tous les temps, de toutes les nations, de toutes les couleurs,… il doit pouvoir accéder sans obstacles à l’information dont il a besoin pour devenir, s’épanouir, être homme responsable et enfin humain ! Toute son action le vise. Il représente la raison d’être de la documentation à qui il donne ses lettres de noblesse.
    Pour lui, il écrit de nombreux textes : Manuel pour la formation et l’usage du Répertoire bibliographiques des sciences physiques, Manuel pour la formation et l’usage du Répertoire bibliographiques de la locomotion et des sports, Manuel pour la formation et l’usage du Répertoire bibliographiques des sciences agricoles…
  • Hypertexte Nombreux sont les chercheurs qui classent aujourd’hui Otlet comme un des inventeurs de l’hypertexte avant V. Bush, D. Engelbart et T. Nelson. Jean-Luc Guérin et Yannick Marchand en synthétisent les raisons en décrivant les trois éléments qui caractérisent et justifient le fait que le terme hypertexte évoque étymologiquement « plus que » « texte ». « Constatant que la masse des livres et des documents s’accroît chaque jour d’unités nouvelles en nombre déconcertant, Otlet propose, pour faire face à ce déluge d’informations, de fonder la "bibliologie" » Celle-ci, pour exister, nécessiterait « un complexe de machines associées pouvant réaliser sept opérations dont « l’établissement des documents de manière à ce que chaque donnée ait son individualité propre et dans ses relations avec celles de tout l’ensemble, qu’elle y soit rappelée là où il est nécessaire »… Otlet mentionne un deuxième principe essentiel du concept hypertexte. Il s’agit de la « présentation des documents, soit sous les yeux ou la partie d’une machine ayant à y faire des inscriptions additionnelles ». Le troisième point porte sur « la manipulation mécanique à volonté de toutes les données enregistrées pour obtenir de nouvelles combinaisons de faits, de nouveaux rapports d’idées » [10]. Le chercheur William Boyd Rayward défend la même idée.
  • Iconographie ou image Otlet accorde une grande importance à l’image. L’inventaire intégral de la production intellectuelle l’entraîne à considérer celle-ci comme porteur d’information. Il entreprend de créer un Répertoire iconographique universel. « C’est une encyclopédie par l’image, complétant pour l’étude et l’enseignement, les conférences, les publications illustrées, les simples démonstrations, les renseignements descriptifs que forment les textes des livres et des périodiques » [11]. « Ce répertoire est divisé en différentes sections selon le support de conservation. On retrouve des affiches, des cartes postales, des photographies et des plaques de verre. Les affiches ont bénéficié d’un traitement informatique dès l’acquisition du matériel adéquat en 1996. Les cartes postales toponymiques sont traitées depuis 2001 » [12].
    Par ailleurs, sa foi dans les nouvelles technologies l’entraîne à prévoir l’univers multimédia. Il évoque une télévision (qui n’existe pourtant pas encore !) pour une image qui se reproduit à distance, sans fil.
  • Internet L’internet a été inventé en… 1895 titre le site du Mundaneum [3]. Otlet a, en effet, eu l’intuition du réseau Internet. Il décrit un « Réseau universel d’information et de documentation, capable de mettre en relation tous les organismes particuliers de documentation. Sous nos yeux, écrit-il, est en voie de se constituer une immense machinerie pour le travail intellectuel. Elle se constitue par la combinaison des différentes machines existantes, dont les liaisons nécessaires s’entrevoient. Cette machinerie constituerait un véritable cerveau mécanique et collectif… » [1]. « On prétend que l’internet serait né en 1969… Ne trouvez-vous pas cette hypothèse – deux pacifistes ont inventé le web avant les militaires- séduisantes ? Les acteurs de l’internet non marchands, convaincus que la mise en réseau d’informations peut permettre de faire avancer le monde réel, se réclament aux aussi d’une vison utopique communautaire et pacifiste. Ce sont tous les héritiers du Mundaneum »[3].
  • Lecture publique Les différentes conférences internationales organisées par l’IIB ont pour résultat de jeter les bases de la lecture publique en Belgique et en France. « C’est le lecteur qui crée l’utilité du livre. Le vrai rôle d’un bibliothécaire apparaît alors de faire circuler les livres et non pas seulement de les conserver. » [1]. Dewey a dit la même chose. Ranganathan, plus tard, fait la même remarque. Les bibliothèques populaires sont posées comme des « établissements de premier ordre pour l’investigation scientifique, la culture du peuple et l’instruction des adultes. Elles s’affirment comme le complément de l’école et de l’université. Bien plus, elles seront des universités elles-mêmes. » [1]. Otlet, comme Dewey qui déclare que les bibliothèques sont les universités des peuples, se serait réjoui de voir apparaître, dans nos écoles, les CDI. ! (voir aussi Documentation pédagogique).
  • Mundaneum Centre de documentation universel, il est « une représentation du Monde et de ce qu’il contient, Miroir et Somme, un moyen de faire connaître les Peuples les uns aux autres et de les amener à collaborer » [1]. Il est l’écrin du savoir humain présenté à partir du schéma de la CDU. C’est une superstructure centralisée capable de conserver le savoir universel, de le traiter et de le diffuser à travers le monde. Il contient en germe le concept de bibliothèque universelle si souvent évoqué au cours de l’Humanité au sein de civilisations différenciées et aujourd’hui par les Internautes.
    Après de nombreux déménagements et de nombreuses péripéties, le Mundaneum retrouve une seconde vie grâce à la ville de Mons, ville du livre, qui accepte d’accueillir l’héritage documentaire d’Otlet et de ses disciples. Il est constitué de livres, d’affiches, de cartes postales, de plaques de verre, les archives personnelles de Paul Otlet, un corpus de 300 bibles traduites dans toutes les langues et, bien sûr, le RBU.
    Ce musée, ouvert en 1998, est devenu un centre culturel et un centre de recherches pour les chercheurs en sciences de l’information du monde entier.
  • Musée Le musée du livre créé par Otlet a pour objet l’étude des questions relatives au livre, aux arts et industries qui s’y rapportent. Il a aussi pour objectif de réfléchir sur la formation professionnelle, et de donner, par la diffusion des ouvrages acquis, le goût du livre et de la lecture.
    Le musée de la presse. Le principe consiste à recueillir un spécimen de chaque journal paru dans le monde. Il comptera jusqu’à 200 000 spécimens de journaux du monde entier. Il conserve aujourd’hui plus de 100 000 titres de la presse du XVIIe au XIXème… parmi lesquels des journaux français inconnus en France [9].
    Normalisation et norme. En homme pragmatique, Otlet compris très tôt que la réussite de son projet passait obligatoirement par la normalisation du catalogage. « La normalisation bibliographique, technologique, technique, du travail et de l’usager sont les questions centrales pour Otlet, comme pour Dewey avant lui. Cela fait partie de la mission d’Otlet d’écrire des livres pour préparer professionnels et usagers à la nouvelle ère de l’information et de la normalisation totale, à la mise en réseau systématique, et au management efficace » [2].
    La mise en fiche de l’œuvre humaine pour le RBU entraîne Otlet et son équipe à adopter la fiche de 12,5 sur 7,5 cm encore présente dans de nombreuses bibliothèques, à adapter et adopter le schéma de la Decimal Classification.
  • Organisation internationale voir Association
  • Science de l’information voir Documentation et Documentologie
  • Surinformation Indubitablement, la documentation est née d’une surcharge d’information imprimée. Otlet a été le premier à comprendre le problème que pose l’augmentation considérable du nombre de livres et de documents. Son projet a ainsi souvent été considéré comme un « Internet de papier » où les fiches standardisées pourraient constituer les nœuds de l’hypertexte ; les liens étant assurés par la classification.
    Face à cette explosion de l’information, il s’agit de transformer cette quantité donnée dans le désordre et sans évaluation en un tout organisé et évalué. C’est la mission qu’Otlet assigne à la documentation. « Pour rendre accessible la quantité d’informations et d’articles donnés chaque jour dans la presse quotidienne, dans les revues, pour conserver les brochures, comptes-rendus, prospectus, les documents officiels, pour retrouver les matières éparses dans les livres, pour faire un tout homogène de ces masses incohérentes, il faut des procédés nouveaux, très distincts de ceux de l’ancienne bibliothéconomie tels qu’ils sont appliqués ». Par ailleurs, pour lutter matériellement contre cette explosion de l’information, Otlet invente la microfiche et un étrange appareil de projection appelé le « bibliophote » qui permet de lire les microcopies [1].
  • Technologie de l’information Otlet décrit avec précision le bureau du futur dans lequel nous commençons à nous installer: « La table de travail ne serait plus chargée d’aucun livre. A leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention, avec tout l’appareil de ses catalogues, bibliographies et index, avec toute la redistribution des données sur fiches, sur feuilles et en dossiers, avec le choix et la combinaison opérés par le personnel permanent qualifié… De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la réponse aux questions posées… Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément. Il y aurait un haut parleur si la vue devait être aidée par une donnée ouïe, si la vision devait être complétée par une audition. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait bien devenir la réalité pourvu que se perfectionnent encore, nos méthodes et nos instrumentations. » [1]. Des Stations de lecture audiovisuelle (SLAV), telles celles que l’INA met à disposition de ses usagers décrivent parfaitement ce que Paul Otlet a pressenti [13].
  • Web invisible ou monde du silence Les archives du Mundaneum sont constituées de milliers de boites d’archives qui n’ont jamais été ouvertes, intitulées par le personnel du Mundaneum, monde du silence. C’est le fond du fonds (environ 200 mètres carré de surface). Certains y voient une analogie avec la partie du web nommée web invisible [3].

Conclusion

« Le livre, c’est le meilleur et le plus réfléchi de l’esprit de l’homme, c’est la continuation et la fixation de sa parole, et celle-ci est le lien social par excellence, l’instrument, sinon la forme même que prend l’intelligence. Donner au Livre une haute place dans nos sociétés, faire circuler la Pensée avec le Livre, par lui mettre en présence des Ames et des Raisons là où sans lui il n’y aurait que des Corps et des Passions, quel tâche pressante, noble et urgente ! » [1]. Il faut donc « offrir à tous la possibilité d’accéder à l’information, où qu’elle soit, sans élitisme intellectuel, technologique ou social » [1] et ce, grâce à la médiation du documentaliste, responsable du choix de ses collections, de la structuration du savoir, de sa diffusion, nanti d’une mission essentielle de formation à l’information.
Ce vœu formulé par Otlet et ses disciples n’est-il pas celui de tous les enseignants documentalistes ?

[1] OTLET, Paul. Traité de documentation : le livre sur le livre : Théorie et pratique. Brussels, éditiones Mundaneum, 1934. (Rédité sur l’initiative d’A. Canonne en 1989 par le Centre de lecture publique de la Communauté française de Belgique et aujourd’hui en ligne, accessible à partir du site de Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrel’Association internationale de bibliologie
et Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.aib.ulb.ac.be/
[2] GHILS, Paul. Fonder le monde, fonder le savoir du monde ou la double utopie d’Otlet. Transnational Associations, 2003, no 1-2, p. 36-48
[3] FAYET-SCRIBE, Sylvie, CANET, Cyril. Histoire de la normalisation autour du livre et du document : l’exemple de la notice bibliographique et catalographique : de la Bibliographie générale et raisonnée de la France (1791) à la Description bibliographique internationale normalisée (1975). Revue SOLARIS [en ligne], décembre 1999/janvier 2000, no 6, [page consultée le 12/09/06]. Accessibilité : Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://biblio-fr.info.unicaen.fr/bnum/jelec/Solaris/d06/6fayet.html
[4] MARCELLI, Sylvain. L’Internet a été inventé en … 1895. L’Interdit [en ligne], juillet 2002, [page consultée le17/11/06]. Accessibilité Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.interdits.net/2002juillet/mundaneum.htm
[5] Mudaneum
[6]  à signaler : le numéro 1/2 de  2003 de la revue Transnational Associations consacré à Otlet et à son œuvre. Cette revue est éditée par  l’Union des associations internationales
[7]  BORGES, J-Luis. La langue analytique de John Wilkins. Enquêtes. Gallimard, 1957
[8] HUDON, Michèle. Le passage au XXIe siècle des grandes classifications documentaires. Documentation et bibliothèques, avril-juin 2005, p.85-97
[9] Numilog
[10] GUERIN, Jean-Luc ; MARCHAND, Yannick. De l’Hypertexte à l’Expertexte ou du savoir au savoir-faire. Transnational Associations, 2003, no 1-2, p.94-106
[11] OTLET, Paul. Appel à la collaboration des photographes, des éditeurs, des fabricants et des collectionneurs pour le développement du Répertoire Iconographique Universel. Bulletin de l’Institut International de Bibliographie, 1906, p.46
[12] MANFROID, Stéphanie. Utopies et réalités d’une documentation. Transnational Associations, 2003, no 1-2, p.49-52
[13] Le centre de consultation [ La S.L.A.V. Station de Lecture AudioVisuelle ]. INA Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.ina-sup.com/collections/comment-consulter-0 

Pour aller plus loin

Lire Otlet.

Otlet a écrit environ 300 textes, qu’il signe seul ou avec un collaborateur. Ses textes portent principalement sur la politique, le droit mais principalement sur la documentation. (BOYD RAYWARD, William Bibliography of the works of Paul Otlet [en ligne], [page consultée le 03/11/06). Accessibilité :
Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://people.lis.uiuc.edu/~wrayward/otlet/otbib.htm


Parmi ces ouvrages, le documentaliste doit impérativement lire :

  • Traité de documentation : le livre sur le livre : Théorie et pratique. Brussels, éditiones Mundaneum, 1934, 431p.
    Ce Traité se compose de six parties. Les Fundamenta ont été évoquées dans l’explication du mot clé : Documentation.
    Le chapitre 1 porte sur la définition et la délimitation de la Bibliologie ou Documentologie. Vient ensuite une longue étude sur Le livre et le Document. L’Organisation rationnelle du Livre et du document entraîne Otlet à analyser les méthodes, les moyens matériels, les locaux, les professionnels de la documentation. Enfin, dans la Synthèse bibliologique, Otlet pose les fondements théoriques de la science de l’information et de la documentation.
  • Monde. Essai d’Universalisme. Connaissance du Monde, Sentiments du Monde, Action organisée et Plan du Monde. Brussels, editiones Mundaneum, 1935, 467 p. est considéré comme la deuxième grande œuvre d’Otlet. et le complément philosophique du Traité.

A lire

CANONNE, André. Mundaneum, classification décimale universelle et CLPCF. Lectures, 1985, no 25

BOYD RAYWARD, William. Paul Otlet, Documentation and the FID
(à noter : l’importance de cet auteur dans la découverte de Paul Otlet en Amérique du Nord.)

GROLIER, Eric de. Paul Otlet, pionnier de la documentation et de la coopération internationale. Bulletin de l’UFOD, 1945

LEVIE, Françoise. L’Homme qui voulait classer le monde : Paul Otlet et le Mundaneum. Mons : Les Impressions Nouvelles, 2005
(à la fois livre et film)
Interview de Françoise LEVIE, (Page culture JP RTBF "La Première"  jeudi 5 octobre 2006)

Les prémisses du Mundaneum : cent ans de l’Office international de bibliographie, 1895-1995. Mons : Ed. Mundaneum, 1995. ISBN 2-930071-05-2

A visiter

Mundaneum
Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.mundaneum.be/

Le site de la ville de Mons
Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.mons.be/home.aspx

The Man Who Wanted to Classify the World. True Films
Le concept d'hyperliens illustré dans une séquence vidéo

A voir

L’homme qui voulait classer le monde. Un film de Françoise Levie et Benoit Peeters produit par Sofidoc Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.cfwb.be/av/kiosk/HTM/FILMS/Fclasser.htm 2002, 60 min.

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