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« Les enfants ne sont pas des personnes de demain, mais des personnes d'aujourd'hui. »

« Il faut se mettre sur la pointe des pieds pour se hisser à leur hauteur. »

 

Dates principales

1878 : naissance à Varsovie, Pologne
1890 : il fait des études de médecine et se spécialise en pédiatrie
1912 : il prend la direction avec Stefania Wilczynska de « Dom Sierot » (La Maison des Orphelins), un orphelinat modèle qui accueille une centaine d'enfants juifs de 8 à 14 ans dans lequel il instaure les droits actifs de l'enfant (droit d'expression, d'association, de participation...)
1913 : il demande la création d'une association internationale pour la protection de l'enfance
1919 : parution de Comment aimer un enfant, son célèbre traité de pédagogie, il dirige avec Maria Falska « Nasz Dom » (Notre Maison), un second établissement accueillant celui-ci une centaine d'orphelins catholiques
1922 : création de son personnage clé : Le Roi Mathias 1er, suivi en 1923 du Roi Mathias sur une île déserte. Les aventures de Mathias, l'enfant-roi qui tente de donner la démocratie aux enfants contre l'avis des adultes, sont des classiques de la littérature enfantine
1926 : création de « Marly Przeglad » (« La petite revue »), premier journal au monde à être rédigé et dirigé par des enfants
1928 : il publie une brochure intitulée Le droit de l'enfant au respect, texte fondateur des principes reconnus en 1989 par la Convention des Nations-Unies des droits de l'enfant
1934 
: il crée à la radio une série d'émissions pour les enfants, les adolescents et leurs parents : les « Causeries du vieux docteur ».
1937 : l'Académie polonaise de littérature lui attribue sa plus haute distinction pour son œuvre littéraire : le Laurier d'or
1940 : « Dom Sierot » est déménagée dans le Ghetto de Varsovie
1942 : déportation au camp d'extermination de Treblinka

« J'ai eu une vie difficile, juste le genre de vie que je voulais, difficile, mais belle, riche et sublime »

Né de l'union de Joseph Goldszmit, un avocat renommé, doté d'une grande curiosité intellectuelle et de Cecylia Gebicka, Henryk Goldszmit (c'est en 1898 à l'occasion d'un concours littéraire qu'il choisit pour pseudonyme le nom polonais aristocratique d'un personnage de roman de J.I. Kraszewski : Janusz Korczak), grandit avec sa petite sœur Anna dans une famille juive, aisée, laïque et assimilée de longue date. Son père, Joseph, était un partisan du mouvement progressiste juif Haskala.

Jusqu'à l'âge de sept ans, Henryk a une gouvernante française, il est choyé, protégé par sa mère puis il fréquente l'école et le lycée russe dont il retiendra l'absence totale de respect des adultes à l'égard des enfants ainsi qu'un profond ennui.

Un père fou

Son père développe une maladie psychiatrique et est interné à l'asile d'aliénés de Tworki. Henryk qui n'a que douze ans donne des leçons particulières pour subvenir aux besoins de sa famille ruinée. Il se découvre alors un goût pour la pédagogie et la communication avec les enfants. Il se passionne pour la lecture et l'écriture de poèmes, tient son journal. Au bout de cinq ans d'internement son père se suicide, Henryk écrit alors un roman Suicide et un article humoristique Le nœud gordien dont la publication marque le début de sa carrière de journaliste engagé. Plus tard, les souvenirs de son adolescence lui inspireront Confession d'un papillon.

Korczak le scientifique : des études de médecine

Son attrait pour l'écriture ne l'empêche pas d'entreprendre des études de médecine. Il mène de front études scientifiques et écriture et publie de nombreux articles, essais et feuilletons. Dès cette époque, il commence à aider les enfants pauvres de Varsovie. Dans son premier livre, Les enfants des rues (1901), il décrit la misère des enfants les plus pauvres puis dans L'enfant du salon, roman semi-autobiographique, qui fut un succès de librairie, il décrit les bas-fonds de la ville que jeune médecin, il côtoie. Il se penche sur les problèmes sociaux et se préoccupe de l'amélioration du niveau de vie, l'élimination du chômage, le développement de l'hygiène, la réalisation du développement physique et mental des enfants, l'éducation pour tous ainsi que l'égalité en droit des hommes et des femmes.

À peine diplômé, il est mobilisé comme médecin militaire dans l'armée russe et envoyé sur le front russo-japonais (1904-1905) où il est témoin des atrocités de la guerre.

Une spécialisation en pédiatrie

En 1906, à son retour du front, il se spécialise en pédiatrie. Il travaille dans un hôpital pour enfants pauvres de Varsovie et en parallèle dans son florissant cabinet privé. C'est un médecin dévoué, très recherché. Il participe à une première colonie de vacances pour s'initier au rôle d'éducateur présentant que c'est dans ce domaine qu'il pourrait le mieux agir. Il part en voyage d'études à Berlin, puis en Suisse où il se familiarise avec les idées pédagogiques de Pestalozzi (fondateur de l'éducation populaire [1746-1827]). Pour ses engagements, ses écrits il est jeté en prison, en 1909, par la répression tsariste contre l'intelligentsia polonaise. Il y reste deux mois. Il part ensuite en voyage d'études six mois à Paris puis un mois à Londres à la rencontre d'autres grands pédagogues et médecins.

Korczak, l'éducateur

Il quitte la pédiatrie, pensant que pour aider vraiment les enfants en difficultés il faut s'occuper d'eux avant qu'ils ne tombent malades et décide de se consacrer entièrement aux enfants des rues, difficiles, souvent violents à la limite de la délinquance. Il prend la direction avec Stefania Wilczynska de « Dom Sierot »(1912), La Maison des Orphelins qui accueille une centaine d'orphelins juifs de 8 à 14 ans et a un projet pédagogique d'avant-garde. L'orphelinat est organisé en république d'enfants, Korczak y développe une pédagogie du respect (voir infra).

Durant la Première Guerre mondiale, il est mobilisé, dès 1914, d'abord dans un hôpital de campagne de l'armée russe puis à Kiev où il fait la connaissance de Maria Falska, une éducatrice formée à l'école de Maria Montessori, qui dirige un refuge pour enfants errants. De ces quatre années sur le front, il rapportera un ouvrage-clé, son célèbre traité de pédagogie : Comment aimer un enfant. Il renonce alors à fonder une famille, « un esclave n'a pas le droit d'avoir d'enfants, moi juif polonais sous l'occupation tsariste, j'ai choisi de servir l'enfant et sa cause ». [1]

Vient ensuite « Nasz Dom » (Notre Maison), à Pruszkow (à 25 km de Varsovie). Cette seconde maison est créée pour une centaine d'orphelins de guerre « Polonais » de culture catholique par l'éducatrice Maria Falska sous sa direction pédagogique.
Il est de nouveau mobilisé, cette fois comme officier de la toute nouvelle armée polonaise opposée à l'armée russe. Il est nommé dans un hôpital pour maladies infectieuses et il y contracte le typhus. Il échappe de peu à la mort, mais contamine sa mère venue à son chevet. Elle en meurt, le 12 février 1920. Fou de chagrin, Korczaz pense au suicide. Le 16 août 1920, Varsovie assiégée et la Pologne sont sauvées in extremis par la victoire du Maréchal Józef Pilsudski (avec l'aide de l'armée française). Le cours de l'histoire le console un peu. Il écrit Seul à seul avec Dieu, ou Prières de ceux qui ne prient jamais et crée son personnage clé, son fils spirituel : Le Roi Mathias 1 er, suivi du Roi Mathias sur une île déserte. Les aventures de Mathias, l'enfant-roi qui tente de donner la démocratie aux enfants contre l'avis des adultes, ont été publiées dans le monde entier et restent toujours très populaires.

Il enseigne à l'Institut de pédagogie spécialisé, à l'Université libre de Varsovie et à l'École Normale pour les éducatrices de l'école maternelle et s'occupe de la formation des futurs éducateurs.

Il est également médecin expert auprès du tribunal pour jeunes délinquants. Il crée « Maly Przeglad » (1926-1939) « La petite revue », un journal pour enfants dont le comité de rédaction ne compte qu'un seul adulte : lui-même. Diffusée sous la forme d'un encart hebdomadaire paraissant le vendredi dans un quotidien national, et ce jusqu'à l'invasion nazie, « La petite revue » a eu plus de 2000 petits correspondants de presse à travers tout le pays, tous percevaient une modeste rétribution. Il anime une émission radiophonique, très populaire, « Les causeries du vieux docteur » dans laquelle il se prête au jeu de l'entretien radiophonique et où il aborde les thèmes liées à l'enfance : l'allaitement, la solitude, la violence des enfants...

Alors que les deux établissements fonctionnent bien, que ses idées se diffusent, en 1936, pour cause avouée d'antisémitisme, ses émissions et son rôle d'expert auprès du tribunal lui sont retirés. Puis un conflit l'opposant à Maria Falska l'amène à démissionner de « Nasz Dom ».

Du ghetto de Varsovie à la déportation

Fin 1940, Dom Sierot », où il réside, est déménagée dans le ghetto de Varsovie. Il tient son Journal du ghetto, un témoignage unique, rédigé la nuit de façon intermittente. Son ultime combat consiste alors à mendier pour nourrir les enfants et à se battre pour préserver leur dignité.

Avec les 200 enfants de « Dom Sierot », il est déporté le 6 août 1942 par l'un des premiers convois vers le camp d'extermination de Treblinka où tous les Juifs ont été assassinés dans les chambres à gaz immédiatement en descendant du train. Andrzej Wajda a évoqué cette période et cet ultime événement dans son film : Korkzak, 1989. C'est à travers ce film que Janusz Korczak est d'abord connu, à travers cette image, celle de l'éducateur qui choisit de ne pas abandonner les enfants dont il s'occupait. C'est une considérable réduction de toute son œuvre et comme l'a remarqué l'écrivain Henryk Grynberg : « Cette admiration du fait qu'un homme âgé, malade, abandonné par le monde dans lequel il croyait, un professionnel de l'altruisme, un moine et un authentique saint malgré sa grande colère qu'il ne cachait point, n'a pas trahi ses convictions et n'a pas cherché à se cacher dans un trou pour tenter de sauver son existence biologique – cette admiration – c'est presque la négation de toute l'œuvre de Korczak. Ces discours, ces conférences sur sa mort héroïque parce qu'il a refusé d'abandonner les enfants dans leur chemin vers les chambres à gaz – c'est la pire des insultes pour cet homme noble » [2]

Son travail d'éducateur : un ensemble d'actions cohérentes et bien conçues, une pédagogie non répressive

« Sensibilisé dès son jeune âge aux problèmes sociaux par son milieu familial, Korczak ne pouvait manquer de réagir contre toutes les manifestations du mal, de l'injustice et de l'inégalité, dont il percevait à la fois les aspects sociaux et les effets sur les individus. Il dénonça nombre de cas d'oppression, tant matérielle que spirituelle. Il s'éleva aussi contre les phénomènes tels que la pauvreté, le chômage, l'exploitation et l'inégalité sociale. Ce faisant, il agissait en “homme qui suit une voie solitaire de décisions et d'initiatives personnelles” ; en effet, il n'appartenait officiellement à aucune organisation politique, consacrant toutes ses forces à l'activité sociale et luttant par ses écrits et ses paroles pour la dignité de l'être humain et son droit à l'épanouissement. » [3]

Korczak, non dogmatique, s'est opposé à la formalisation de systèmes et de méthodes, ce qui a certainement limité sa notoriété par rapport à ses pairs. D'une part, il se méfiait des dérives de la modélisation en raison de son immense respect des enfants et de la singularité des situations vécues par chacun d'eux, d'autre part, il ne voulait pas restreindre l'implication personnelle, l'inventivité et la coopération des éducateurs dans leurs propres relations pédagogiques aux enfants.

Korczak se défendait d'être un théoricien, toutes ses idées, tous ses ouvrages, ses articles, ses conférences ont trouvé leur fondement sur ses observations cliniques et son expérience pratique.

Reste que sur le plan pédagogique, l'œuvre de Korczak s'inscrit dans la lignée de la « pédagogie active » et de « l'École nouvelle ».

Les droits actifs et passifs des enfants identifiés par Korczak

Dans les années 1910, alors que de nombreux enfants traînent dans les rues pour mendier ou faire de petits travaux, Korczak lance un appel pour la création d'une magna carta des droits de l'enfant. Daniel Halepin, pédiatre à Genève, préside l'association suisse Janusz Korczak, il définit les droits identifiés par Korcaz : « le droit à un budget, le droit d'être pris au sérieux, de jouer, de se tromper, d'être encadré, de donner son opinion, d'avoir un secret, de dire un mensonge de temps en temps... On peut ironiser, mais il me semble que tout cela est très actuel et assez emblématique de nos difficultés pédagogiques contemporaines. Korczak était un homme sensé. Pour se construire, un enfant doit aussi pouvoir explorer les interdits et Korczak maniait habilement les paradoxes. S'il ne faut pas laisser la violence s'installer dans une société, il importe néanmoins que l'enfant puisse se bagarrer de temps en temps pour découvrir ses propres limites... Et instaurer des règles autour de la bagarre ! Tu veux le battre avec un copain qui t'a vraiment énervé ? OK, vas-y ! Première règle : tu dois lui annoncer que tu vas te bagarrer avec lui, mais pas tout de suite. Plutôt demain. Deuxième règle : la bagarre sera limitée dans le temps et vous n'aurez pas le droit de taper en dessous de la ceinture. L'air de rien, le pédagogue enseigne aux enfants à maîtriser leur impulsivité et que l'on peut surseoir à l'action immédiate et élever le comportement instinctif à l'échelon supérieur d'un comportement prémédité, programmé et contrôlé. » [4]

Les dispositifs socio-éducatifs régissant les deux orphelinats

Ces dispositifs organisant la démocratie interne étaient nombreux, ils concouraient tous à la pratique de l'autogestion la plus large possible avec des enfants, à l'autoéducation. L'éducation par le travail permettant aux enfants de s'impliquer dans la vie collective et l'éducation à la citoyenneté étaient également les fondements du projet pédagogique qui pendant plus de trente ans a soutenu les deux orphelinats dirigés par Korczak. Le site internet de l'Association française Janusz-Korczak, très fouillé, donne un aperçu complet de la pédagogie korczakienne.

Présentons-en ici quelques-uns : sur le plan de l'organisation institutionnelle le Parlement des enfants, appelé aussi Conseil d'autogestion permettait, entre autres, aux enfants qui y siégeaient d'approuver ou de rejeter les nouvelles lois, de délibérer sur l'admission et le départ des pupilles. Le tribunal des enfants « autorégulait » la discipline en gérant les conflits à l'intérieur des orphelinats. Tour à tour juge et victime, plaignant ou fautif, les enfants appliquaient le Code simple et compréhensible que Korczak, avait rédigé alors qu'il était médecin militaire dans les tranchées de la guerre 1914-1918. Parmi tous les articles du Code, il y avait au moins une soixantaine d'articles que chaque enfant était amené à connaître. La sanction se devrait d'être avant tout symbolique. Tout en réparant le préjudice subi, elle devait surtout faire prendre conscience aux enfants de leurs actes et les faire progresser.

À travers les réunions-débats (préfiguration du Conseil de classe créé en France en 1963), le journal de l'établissement, la boîte aux lettres qui facilitait la communication entre les enfants et avec l'équipe éducative, Korczak a su faire vivre le droit à l'expression.

Il avait également mis en place un système d'aide aux devoirs, de tutorat et de soutien scolaire.

Korczak pensait que le travail était un facteur essentiel de préparation à la vie sociale. Le travail permettait aux enfants de croire en leurs propres capacités, leur donnait le sens des responsabilités, de l'effort, du dépassement de soi, leur apprenait la collaboration et le respect du travail de l'autre. Avant d'introduire une nouvelle tâche, il la vérifiait lui-même et l'expliquait aux enfants.

Conclusion

Janusz Korczak aura été, dans le contexte de son époque, un inlassable défenseur des enfants, luttant contre les discriminations qui leur sont faites, défendant l'idée que « la tâche essentielle des adultes est d'aider les enfants à devenir eux-mêmes, de comprendre et de soutenir l'effort quotidien que signifie grandir, mûrir, apprendre sur soi et sur le monde environnant » [5], finalement des problématiques toutes actuelles.

Pour aller plus loin

  • Association française Janusz-Korczak site Internet de l'association Opens external link in new windowhttp://korczak.fr
  • Comment surseoir à la violence ? Ce petit livre de la collection « L'éducation en questions » dirigée par Philippe Meirieu brosse à grands traits la vie et l'œuvre de Janusz Korczak.- PEMF, 2001.
  • Janusz Korczak, l'amour des droits de l'enfant Jean Houssaye — Hachette, 2000.
  • Korczak un film.d'Andrzej Wajda, — Les Films de ma vie, Fnac.
  • Téléfilm « L'adieu aux enfants », restituant la vie quotidienne à l'orphelinat de 1926 à 1942. C. Couderc, 91 min, 1980.
  • Comment aimer un enfant, Janusz Korczak, Laffont, Réponses, Paris 2006.
  • Le droit de l'enfant au respect, Janusz Korczak (nouvelle traduction), Fabert, Paris, format Poche, nov. 2009.
  • Le roi Mathias Ier, roman pour enfants, disponible sur Internet, en français sur : Opens external link in new windowhttp://roi-mathias.fr

Notes de bas de page

[1] Korczak J., « Lettre à M Zybertal » dans Comment aimer un enfant, Paris, Robert Laffont, 1988, p. 397

[2] H. Grynberg, P. Nieartystyczna, Berlin, Archipelag, 1984, p. 122. Traduit par I. Löwy

[3] LEWOWICKI Tadeuz : « Janusz Korczak (1878-1942) », [dans :] Perspectives : revue trimestrielle d'éducation comparée, Paris, UNESCO, Bureau international de l'éducation, vol. XXIV, n° 1-2, 1994, p. 37-49 © UNESCO [en ligne sur korczak.fr]

[4] Le Monde de l'Éducation lundi 2 juillet 2007, p. 40

[5] Lewin, Aleksander : « Sur les traces de la pensée pédagogique de Janusz Korczak » [dans :] « Protocoles de Loccum (60/1987) », séminaire des 6-8 novembre 1987, Académie évangélique de Loccum, Allemagne, traduit de l'allemand en français par Odette et Michel Neumayer, inédit Association Frse J. Korczak, 7 p. PDF [en ligne sur korczak.fr] ; [aussi en ligne sur le site du GFEN]

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