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Jan Amos Komenský ou Comenius (1592-1670)

par Marie-France Blanquet,
[mai 2010]

Mots clés : Comenius (1592-1670)

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Comenius
Comenius

« La plus grande difficulté et importance de l’humaine science semble estre en cest endroict où il se traicte de la nourriture et institution des enfants », écrit Montaigne. Comenius relève le défi en publiant en 1657 la Grande Didactique ou Traité de l’Art Universel d’enseigner tout à tous. Cela fait de lui, comme le qualifie Jules Michelet, le « Galilée de l’éducation ».

Une vie d’exil mouvementée…

1592 : Naissance, le 28 mars,  à Nivnice en Moravie, d’un maître-meunier extrêmement religieux. L’enfant va à l’école d’Uhersky Brod tenue par des frères moraves, secte protestante se caractérisant par l’importance accordée à l’instruction et au travail manuel. Comenius est très vite remarqué par ses enseignants pour ses aptitudes prometteuses.
1602 : Mort de son père.
1604 : Mort de sa mère. Spolié par des tuteurs malhonnêtes, le jeune Jan Amos arrête ses études pour gagner sa vie.
1608 : Il reprend ses études à l’école latine ou gymnase de Prerov. Il garde toute sa vie un souvenir horrifié des trois ans d’étude effectués dans cette école. C’est ce qui explique, peut-être, les efforts qu’il poursuit par la suite pour améliorer l’organisation de l’enseignement.
1611 : Il fait des études supérieures à l’université calviniste d’Herborn dans le duché de Nassau où il s’initie au millénarisme.
1612 : Il présente avec succès ses thèses de doctorat et se rend à Amsterdam, puis à Heidelberg.
1613 : Il s’inscrit à la faculté de théologie de l’université de cette ville.
1614 : Il retourne à pied en Moravie.
1616 : Il prend la direction d’une école de Prerov pour les besoins de laquelle il compose ses « Règles  pour une grammaire plus facile ».
Le 26 avril de la même année, il est ordonné pasteur. Plus tard, il devient évêque, (le dernier de l’Unité des frères moraves). 
1618 : Il prend la cure et la direction de l’école de Fulnek, un des centres scolaires les plus importants des frères moraves.
Cette même année, il épouse Madeleine Vizovkà. Ils auront deux enfants.
1621 : Les troupes espagnoles envahissent la ville de Fulnek. Comenius fuit, perdant sa famille (femme et enfants meurent de la peste), son pays, sa bibliothèque et ses manuscrits.
Il commence alors une vie errante marquée par de nombreuses publications.
1623 : Le Labyrinthe du monde [dans lequel il se perd] et le paradis du cœur [dans lequel il se retrouve] : roman parabole de ce poète habité par une foi immense. Le roman ne sera publié qu’en 1931. Il est considéré par les spécialistes comme l’un des textes fondateurs de la littérature tchèque.
1624 : Il se remarie.
1628-1641 : Devenu hérétique (seul est reconnu le catholicisme), Comenius émigre en Pologne à Leszno et devient maître d’école. Il s’intéresse de plus en plus à la pédagogie.
1631 : Il publie « Porte ouverte des langues », méthode nouvelle pour une étude rapide et facile des langues. Ce document est traduit en douze langues européennes  et plusieurs langues orientales.
1636 : Il  devient recteur.
1641-1642 : Sa renommée devient universelle et le Parlement anglais, à la demande de Samuel Hartlib, le fait venir en Angleterre pour y créer un « Collège des sciences universelles ». Les événements politiques ne permettent pas à ce projet d’aboutir.
Cette même année, il publie Pansophiaediatyposis, introduction à la grande œuvre de sa vie qui ne verra jamais le jour : Pansophia
1642-1648 : Il part alors en Suède où il travaille à la réforme des écoles.
1650 : Comenius accepte la charge de réformer les écoles hongroises.
1651-1654 : Il tente de mettre en place ses idées pédagogiques mais rencontre de nombreuses résistances.
1651 : Il publie le règlement de la nouvelle école modèle sous le titre : École pansophique, c’est-à-dire Laboratoire de la sagesse universitaire.
1652 : Retour à Leszno. La ville est pillée par les Suédois et Comenius perd une fois de plus sa bibliothèque, sa documentation accumulée pendant des années pour écrire son œuvre maîtresse : la Pansophia. Il repart alors à Amsterdam pour continuer son œuvre de réformateur de l’éducation.  Se heurtant à de fortes oppositions tant de la part des élèves que des enseignants, pour les convaincre, il écrit des ouvrages aux titres très explicites : Fortius redivivus ou de l’expulsion de l’indolence des écoles.
1653 : Règlements d’une école bien organisée.
1654 : Monde en images est traduit dans presque toutes les langues européennes et sert de modèles pour toutes les encyclopédies à images et tableaux synoptiques en usage dans les écoles, encore aujourd’hui, l’Ecole du jeu ou encyclopédie vivante défend l’idée que le jeu constitue un moyen d’éducation très important.
1656 : Retour à Amsterdam.
1657 : Il réunit toutes ses œuvres pédagogiques en un seul volume : Opera didactica omnia ab 1627 ab 1657 continuata. En tête de volume, il place Didactica magna, tot annorum meditata et scripta qui paraît là pour la première fois sous sa forme complète et qui synthétise toutes ses idées. [1] [Toutes les citations de Comenius, dans cette biographie, sont extraites de ce document].
1668 : L'Unique nécessaire considéré comme son testament spirituel  (Le texte intégral est proposé par Google books).
1670 : Mort en exil à Amsterdam.

… Orientée toute entière vers la Grande Didactique

  • Art L’art imite la nature. Or l’éducation procède de l’action formatrice de la nature. Comenius insiste, dès lors, sur l’importance de l’éducation artistique. Il juge que l’art doit être rendu accessible à tous. Il plaide, en particulier, pour l’enseignement de la musique à tous les niveaux scolaires.
  • Autopraxie ou Autonomie Sans réellement prononcer le terme, toute la réforme scolaire de Comenius est sous tendue par le désir de donner à chaque élève son autonomie. Comenius veut, en effet, amener les élèves à ne rien demander sans réfléchir, à ne rien croire sans penser, à ne rien faire sans juger, mais à faire ce qu’on sait être bon, vrai, utile. « Que personne n’épuise ses désirs, ses sens, ses forces, ne cède aux désirs d’autrui, ne soumette ses sentiments à ceux d’autrui et ne se laisse contraindre du dehors. Que tous comprennent le moyen d’être heureux qu’ils possèdent en eux-mêmes. »
    Comenius considère la liberté et la joie de vivre comme l’état légitime de l’homme, le but vers lequel doit le diriger l’éducation. C’est là le pivot de toute son œuvre : Améliorer la condition des hommes pour les amener à cet état de liberté, de joie et de bonheur telle est l’idée qui le soutient lorsqu’il écrit sa Didactica magna.
    L’éducation ne consiste pas  à remplir l’esprit de l’élève d’opinions reçues et de notions toutes faites, mais à développer son intelligence, son raisonnement et son jugement pour le rendre capable de penser par lui-même. A l’école organisée, mais « morte, des livres », Comenius préfère l’école buissonnière mais « vivante des hêtres et des chênes ». En d’autres termes, l’élève doit apprendre à examiner et à connaître les choses en elles-mêmes et non par les observations que d’autres auraient faites pour lui. Pour cela, Comenius demande que tous les livres soient illustrés. Il propose des promenades et des visites d’ateliers plus que des cours.
    Les trois principes fondamentaux de sa didactique correspondent tout à fait aux idées des enseignants documentalistes. Il faut en effet :
    - Procéder par étapes.
    - Tout examiner par soi-même sans abdication devant l’autorité adulte.
    - Agir par soi-même : l’autopraxie. « Elle requiert, pour tout ce qui sera présenté à l’intellect, à la mémoire, à la langue, à la main, que les élèves eux-mêmes le cherchent, le découvrent, le discutent, le fassent, le répètent, sans se relâcher, par leur effort propre ne laissant aux maîtres que le rôle de surveiller si ce qui doit se faire se fait, et se fait comme il doit se faire. »
  • Classification des sciences Comenius propose  une nouvelle classification des sciences inspirée de ses convictions philosophiques. Ce sont d’abord les sciences de la nature qui permettent de s’élever au niveau des sciences de l’homme. Suit la philosophie, science de l’esprit, culminant dans celle, la plus haute, de la théologie. Cette dernière permet à la pensée de ressaisir l’unité du savoir.
  • Echec de la réforme scolaire Comenius se heurte toute sa vie à la résistance des conservatistes. Il accuse clairement les enseignants qui n’avaient : ni assez de volonté pour appliquer les méthodes nouvelles, ni assez d’autorité pour lutter contre la paresse et l’indiscipline des élèves. Les meilleures réformes sont vouées à l’échec si on ne dispose pas de professeurs aptes à les appliquer et décidés à le faire. [voir : enseignant]
  • Ecole Comenius juge les écoles de son temps comme des « Chambres de torture pour l’intelligence, d’où ne sortaient que des ânes sauvages, des mulets sans frein et dissolu ». C’est pourquoi la réforme est urgente. Il faut faire des écoles des « ateliers de l’humanité ».
    Étant admis que la jeunesse est la période où l’on peut entreprendre l’éducation de l’homme avec les plus grandes chances de succès, il faut, proclame Comenius, qu’il y ait une école maternelle partout, des écoles élémentaires dans chaque commune, bourgade ou village, un gymnase dans chaque ville, une Académie dans chaque Etat et même dans chaque grande région. « Bien que toutes ces écoles soient différentes, on peut y apprendre les mêmes choses susceptibles de rendre les hommes vraiment hommes, les savants vraiment savants et cela d’après l’âge et le degré de préparation antérieure qui doit tendre toujours à s’élever davantage graduellement ».
    Jean Piaget, appelé par l’Unesco à écrire un texte sur Comenius, qualifie ce passage comme le « témoignage d’une psychologie profonde ». « Il y a là une anticipation très juste de ce que sont les reconstructions successives des connaissances de même ordre de palier à palier selon les décalages que nous a permis d’analyser la psychologie génétique moderne » [2].
    Car recommande Comenius, l’enfant, s’il le peut, parcourra successivement les quatre degrés de l’organisation scolaire. Mais  dans sa pensée, les études doivent être réglées, à l’école élémentaire, de telle sorte qu’en la quittant, l’élève possède une éducation générale qui le dispense d’aller plus loin.
  • Ecole maternelle : âge du berceau Dès les premières années de sa vie, l’enfant doit acquérir quelques notions élémentaires de toutes les sciences qu’il étudiera plus tard. Son regard doit être attiré sur tous les objets qui l’entourent et sa réflexion naissante exercée à travailler sur ses intuitions. C’est le rôle jusqu’à six ans de l’école maternelle pour laquelle Comenius compose sous le titre : Informateur de l’Ecole du Giron maternel, un opuscule où sont exposées,  l’une après l’autre, toutes les notions qu’il est nécessaire de donner à l’enfant. Il y indique les occasions à mettre à profit et les règles à observer dans les paroles et dans les actes, pour lui en enseigner les premiers éléments.
  • Ecole élémentaire : âge de l’enfance Elle doit préparer l’enfant de 6 à 12 ans, soit à la vie pratique, soit à de plus hautes études. Comenius y envoie les fils de paysans ou d’ouvriers comme celui de bourgeois ou de nobles. « Toute la jeunesse doit être confiée, d’abord à l’école nationale, bien que certains […] soient opposés et conseillent d’y envoyer uniquement les garçons et les filles qui exerceront ensuite des professions manuelles… Quant à nous, notre doctrine pédagogique et notre méthode didactique nous obligent à penser autrement. »
    Le but de l’école élémentaire est de cultiver chez les enfants, l’intelligence, l’imagination et la mémoire en relation avec les organes tels que la main et la langue. Il faut donc leur apprendre à lire, à écrire. L’arithmétique, l’histoire, la cosmographie et la géographie sont également au programme ainsi que des rudiments de sciences économiques et politiques permettant d’acquérir une connaissance suffisante de l’organisation de la Cité et de l'État. Art et religion clôturent ce programme. Comenius insiste tout particulièrement sur l’importance à donner à l’enseignement des principes des arts mécaniques et aux travaux manuels.
  • École latine ou gymnase [secondaire] : âge de l’adolescence École pour les 12 à 18 ans, les élèves ont des cours de mathématiques, grammaire, physique, morale, didactique et rhétorique. S’y ajoutent l’art et toutes les sciences appliquées. Toutes les sciences exactes doivent être enseignées en vue de leurs applications. Pour Comenius, il convient, en effet, de ne jamais rien enseigner de purement scolaire qui n’a aucune valeur ou application dans la vie.  L’élève ne doit pas apprendre pour apprendre mais pour savoir et devenir capable de remplir un rôle défini.
    Avant de quitter le gymnase, les élèves subissent un examen permettant de déceler ceux qui, parmi eux, sont aptes à entreprendre des études universitaires. Les autres devront choisir en fonction de leur goût et de leurs aptitudes une profession.
  • École supérieure ou Académie : âge de la jeunesse Elle concerne les 18 à 25 ans. Seuls sont admis les jeunes gens d’esprit souple, qui justifient de dispositions spéciales, en même temps que d’une assiduité, d’une persévérance et d’une moralité parfaite. « Les Académies ne doivent pas tolérer la présence de faux étudiants qui gaspillent leur temps et leur argent dans l’oisiveté et le plaisir et donnent aux autres le mauvais exemple. ». Pour Comenius, les admis à l’Académie se consacreront exclusivement et de toute leur énergie, à la discipline choisie. Par ailleurs, pendant les six années d’étude, l’étudiant devra voyager en pays étrangers pour enrichir sa connaissance du monde. A cet effet, il faut que l’Etat apporte aux étudiants des classes pauvres, l’aide matérielle nécessaire.
  • École et écoles Tous ces niveaux se rejoignent sur un même point : l’école est le lieu de production de l’être humain, se proposant le développement de la qualité même d’homme au lieu d’un dressage professionnel ou d’une préparation à une fonction sociale définie.
    Jean Piaget a résumé l’apport pédagogique de Comenius dans la recommandation suivante : « Nous pourrions écrire en lettres d’or sur la porte de toutes les écoles d’aujourd’hui tant elles sont, hélas ! encore peu appliquées, ces trois règles que Comenius tire de l’idée de développement spontané : 1. Envoie les enfants aux leçons publiques pendant le moins d’heures possible. Je veux dire pendant quatre heures, et en laisse autant pour les études personnelles. 2. Surcharge le moins possible la mémoire, je veux dire ne fais apprendre par cœur que les choses principales, abandonnant le reste aux exercices libres. 3. Et, par contre, règle tout ton enseignement sur les capacités des élèves, qui se développent d’elles-mêmes avec l’âge et les progrès scolaires ».
  • Éducation au  féminin A l’heure ou l’infériorité des femmes est communément admise, Comenius affirme que les filles ont les mêmes capacités intellectuelles que les garçons. Il admoneste tous ceux qui veulent tenir les femmes éloignées des études scientifiques et littéraires. Les femmes sont douées d’une intelligence agile et fine qui les rend aptes à comprendre la science comme les hommes et souvent même mieux que  les hommes. Il faut donc les instruire de tout ce qu’il importe qu’elles sachent, non seulement pour leur propre bonheur, mais aussi pour celui de tous ceux qui les entourent. « Si quelqu’un vient me dire : où cela nous mènera-t-il si les femmes elles-mêmes se donnent aux études ? je réponds : il arrivera ceci que cette instruction et cette éducation générales, lorsqu’elles se feront selon la bonne méthode, fourniront à chacun ce qui lui est nécessaire pour bien penser et bien agir ».
  • Éducation des sens L’éducation minutieuse des sens est primordiale puisque c’est sur les sens que les choses réagissent immédiatement et directement. Le maître doit tenir comme règle d’or que chaque objet doit être présenté à celui des sens qui lui convient. Les sens se guident et se complètent l’un l’autre. Il faut donc développer leurs rapports mutuels. Ainsi, un enfant qui voit une cloche en a une connaissance plus précise s’il la touche, l’entend. C’est à mesure qu’il arrive à comprendre la raison d’être d’un objet que l’élève retient le mot qui le désigne. Ensuite, il apprend à exprimer lui-même par la parole et par l’écriture, les impressions qu’il ressent. On lui enseigne toutes ces choses par la pratique : « A parler en parlant, à écrire en écrivant, à raisonner en raisonnant » et on posera ainsi les bases d’une pédagogie dont le but est de contrôler par l’expérience la valeur du savoir.
  • Élève en difficulté  Comenius reconnaît la faiblesse d’intelligence de certains élèves. Il plaide pour une meilleure prise en charge de ces élèves en difficulté. Une intelligence bornée n’est pas un obstacle à l’instruction générale, mais au contraire, une obligation de cultiver tous les esprits. Plus un enfant est débile, plus il a besoin de secours pour se libérer de sa faiblesse intellectuelle. « Il n’est pas possible de trouver un esprit si disgracié que la culture ne parvienne peu à peu à améliorer. Ne feraient-ils, faibles et sots, aucun progrès dans les études, que leurs mœurs en seraient adoucies. » On ne doit donc exclure personne des bienfaits de l’éducation et de l’instruction.
  • Emploi du temps Comenius a des idées très précises sur l’organisation du temps scolaire. Celui-ci est basé sur les principes de l’instruction concentrique.
    Huit heures pour le sommeil, huit heures pour les soins du corps, les repas, les jeux… et huit heures pour la classe et l’étude. Pour les écoles maternelles et élémentaires, il ne faut pas plus de quatre heures par jour, deux heures le matin consacrées à la culture de l’intelligence et de la mémoire ; deux l’après-midi pour les exercices manuels et oraux. Le reste du temps appartient à la récréation, aux exercices physiques, domestiques et à la préparation des devoirs.
    Dans l’école latine, le matin est consacré à la science et à l’art, et l’après-midi à l’histoire et autres matières.
  • Encyclopédisme Affirmer que tout doit être enseigné, ne signifie pas toutefois que les élèves doivent tout apprendre. Comenius raille les efforts des encyclopédistes, dont il juge absurde la façon de présenter les connaissances comme une chaîne d’événements juxtaposés plutôt que comme un tout. Il s’agit plutôt d’apprendre à bien penser. Les élèves doivent ainsi mémoriser le moins possible.
  • Enseignant ou maître  Le maître doit être aussi instruit qu’il le pourra. Il doit être animé du plus noble idéalisme. Par l’attrait de sa personnalité, il gagnera la confiance des élèves et celle de leurs parents. Sa vie privée doit être un modèle de moralité. C’est important car, si le maître remplit tous ses devoirs, s’il rend son enseignement agréable et vivant, il ne rencontrera pas de problème de discipline. Il faut donner aux élèves le goût des études et de la discipline et ce n’est pas en employant la férule ou en donnant des punitions que l’on arrive à ce résultat.
  • Erreur Puisque les hommes ne sont pas sur la terre pour être de : « simples spectateurs, mais des acteurs, il faut en arriver à une organisation telle que personne ne rencontre rien qui lui soit absolument inconnu et dont il ne puisse tirer, en quelque mesure, parti raisonnablement et sans tomber dans les pièges de l’erreur ». Il faut donc que l’homme devienne l’être raisonnable qu’implique sa destinée d’homme. Il ne peut le devenir qu’en acquérant une compréhension de tout ce qui  l’entoure, qui seule le rendra capable de soumettre à son usage légitime les autres créatures, de se gouverner lui-même et de servir son prochain.
  • Europe Dans le Réveil de tous, première partie de « Sur la réforme des affaires humaines », Comenius préconise le rapprochement, par voie d’une coopération qui deviendrait au fur et à mesure de plus en plus étroite, de tous les états d’Europe et, plus tard, lorsque cette union sera solidement cimentée, de tous les pays du monde. Plusieurs siècles avant l’heure, Comenius crée l’ONU en précisant qu’aucun peuple ne doit être exclu des délibérations, et au cours de celles-ci, personne ne doit s’abstenir.
    Comenius rêve d’un monde uni où l’homme est enfin devenu homme. Il invente le mot de « Panorthosia » néologisme intraduisible évoquant la justesse, le redressement de l’homme en un sens universel.
  • Faculté de l’âme  Comenius a rencontré Francis Bacon, déjà présenté dans le Personnage du mois. Les trois facultés de l’âme sont pour lui : l’intellect qui observe et distingue les choses ; la volonté qui choisit entre l’utile et le nuisible ; la mémoire qui accumule pour l’avenir, tout ce qu’ont assimilé l’intellect et la volonté. Ces trois facultés sont inséparables et accompagnent les trois qualités décrites par Comenius : l’érudition, la vertu et la religion. Elles vont également de pair avec les trois degrés : le sens ou vérité de la nature ; la conscience ou vérité morale, Dieu ou vérité spirituelle.
  • Formation continue L’éducation n’est pas seulement une formation de l’enfant à l’école ou dans la famille. C’est un processus qui intéresse la vie entière de l’homme et ses multiples adaptations sociales. La société dans son ensemble est conçue sub specie educationis. Les grandes idées de pacification et d’organisation internationale de l’enseignement qui font de lui un précurseur de tant d’institutions et de courants contemporains découlent de cette synthèse sui generis entre la nature et l’homme que Comenius défend dans toutes ses œuvres.
  • Grande didactique  Comenius ne cache pas que son travail et sa réflexion sur la didactique a puisé chez de nombreux autres penseurs, tel Elie Bodin. Il cite ses sources et elles sont nombreuses. Il n’en reste pas moins que la Grande Didactique est le premier essai important de systématisation de la pédagogie, en partant d’un principe fondamental qui n’est autre que la foi optimiste de Comenius en la perfectibilité du genre  humain et en la grande puissance de l’éducation sur l’homme et sur la société. « Nous avons l’audace, nous, de promettre une grande didactique […], un traité complet d’enseigner tout à tous. Et de l’enseigner de cette sorte que le résultat soit infaillible. Nous démontrerons que tout cela est a priori, c’est-à-dire tiré de la nature immuable des choses[…], et que nous établissons ainsi un système universel valable pour l’institution d’écoles universelles ».
    « On peut considérer Comenius, explique Jean Piaget, comme l’un des précurseurs de l’idée génétique, en psychologie du développement, et comme le fondateur d’une didactique progressive différenciée en fonction des paliers de ce développement ». [2]
  • Image et jeu Ce qui fait de Comenius un des pionniers de la pédagogie moderne, c’est sa réflexion sur la manière d’enseigner, et en particulier, l’idée que l’enseignant se doit de réveiller l’intérêt de l’élève. Pour cela, il préconise l’utilisation de l’image et du jeu. C’est ainsi que son manuel Orbis sensualium Pictus a pour ambition d’apprendre le latin aux enfants par association d’un mot à une image. [3
    Comenius défend aussi l’idée des jeux de groupe. Selon lui, il n’existe rien de tel qu’apprendre en s’amusant. Pour lui, la contrainte n’est nécessaire à l’enfant pour apprendre ; il le désire naturellement.
  • Initiation politique Pour préparer les élèves à la vie publique, Comenius propose que l’école soit organisée comme une société miniature dans laquelle les divers organes de l'État soient figurés avec la présence d’un recteur, représentant le souverain, un sénat, des consuls, des juges et un préteur, tous procédant de l’élection.
    Tous les hommes sont : « citoyens du monde ». Il faut donc préparer les élèves à vivre dans cette république qui reste à créer dans laquelle tous les hommes sont unis par le jeu des mêmes lois pacifiques.
  • Instruction pour tous  Comenius affirme que : « lorsque l’éducation générale de la jeunesse commencera par la bonne méthode, il ne manquera plus à personne ce qui lui est nécessaire pour bien penser et bien agir ». En ce sens, Comenius préconise une instruction généralisée, la même pour tous, « sans distinction de  richesse, de religion ni de sexe ». « Les enfants des riches, des nobles ou de ceux qui exercent une magistrature ne sont pas seuls à être nés pour occuper de semblables situations et pour qu’à eux seuls on ouvre les portes de l’école latine [secondaire] en repoussant les autres comme des gens dont on espère rien. L’esprit souffle où il veut et quand il veut ».
  • Langue vivante Comenius est surtout connu par le petit ouvrage intitulé Janua linguarum reserata ou la Clé des langues. Il y a rassemblé en 1000 phrases tous les mots usuels, de manière à donner en un temps très court, la connaissance des mots. Il complète cette publication par Orbis sensualium pictus où les mots sont accompagnés d’images qui les expliquent (Voir image et jeu).
    Comme un certain nombre de ses contemporains, Comenius plaide pour que soit adoptée une langue universelle, une langue pansophique. La diversité des langues est une entrave à la compréhension des hommes entre eux. Or toute sa vie, Comenius a recherché le moyen d’éclairer la raison collective des hommes permettant d’instaurer entre eux une vie harmonieuse.
  • Orientation scolaire et professionnelle Comenius est convaincu que vouloir déterminer trop tôt la vocation de chacun est un acte de précipitation. Avant l’âge de 13/14 ans, les « forces de l’intelligence », ni les « inclinaisons de l’âme » ne se manifestent pas encore. Les unes et les autres se révèlent beaucoup plus tard.
    Précurseur de l’orientation scolaire, Comenius défend l’idée qu’il suffit de donner aux enfants des outils qui leur permettent de se familiariser avec les différents métiers. Cela permet au : « maître de voir les enfants agir spontanément et de deviner leur vocation : les uns, par le choix du jeu et par leur conduite en jouant, manifesteront les aptitudes nécessaires aux fonctions d'État, civiles ou militaires, les autres se révéleront doués pour la médecine, pour l’architecture, etc. ».
  • Pansophie ou sagesse universelle « Comenius, écrit Jean Piaget, a été le premier à avoir conçu dans toute son ampleur une science de l’éducation. Il la place au cœur d’une « pansophie » qui, dans son esprit, doit constituer un système philosophique d’ensemble. » [2] La pansophie traduit la dimension universaliste de sa pensée. Pour concrétiser la sagesse universelle, Comenius conçoit un système d’éducation rationalisé, unique pour tous et composé de quatre degrés précédemment décrits (voir : école). Il considère que l’éducation est un processus qui doit durer toute la vie et que le monde entier est une école.
    « L’idée centrale est sans doute celle de la nature formatrice qui, en se reflétant dans l’esprit humain grâce au parallélisme de l’homme et de la nature entraîne par son ordre même, le processus éducatif. C’est l’ordre des choses qui constitue le véritable principe enseignant, mais c’est un ordre actif, et l’éducateur ne saurait accomplir sa tâche qu’en demeurant un instrument aux mains de la nature ».
    Le génie de Comenius est d’avoir compris que l’éducation est l’un des aspects des mécanismes formateurs de la nature, et d’avoir ainsi intégré le processus éducatif dans un système tel que ce processus en constitue l’axe fondamental même.
    Dans l’esprit de Comenius, la pansophie peut, seule, hâter le progrès moral, intellectuel et spirituel de l’homme qui s’élèvera progressivement vers les sommets. En ce sens, il rejoint de nombreux contemporains comme Descartes quand il pense écrire un traité au titre explicite : « Le projet d’une science universelle qui puisse élever notre nature à  son plus haut degré de perfection ».
  • Pédagogie On considère Comenius comme l’un des pères de la pédagogie moderne car pour lui, la réforme de l’éducation est l’unique remède à la profonde crise culturelle que traverse l’Europe de son temps.
    Sa théorie pédagogique exige que chaque étape du savoir embrasse un ensemble complet de connaissances, point de départ d’une nouvelle étude plus élevée, plus profonde, plus étendue. Cette progression de cercles concentriques suppose donc que la formation intellectuelle  commence par l’enseignement des principes élémentaires, indispensables à l’acquisition de nouvelles connaissances, toujours plus savantes.
  • Ratio et operatio Pour Comenius, le système éducatif doit s’attacher aux activités de la pensée et de la raison (ratio) mais aussi au travail manuel (operatio). Il considère que les écoles devraient montrer moins d’intérêt pour l’enseignement du latin, et bien plus d’intérêt pour des matières comme la géographie, la biologie ou l’histoire.
    La sensation est formatrice de connaissance en ceci qu’elle constitue comme une signalisation déclenchant à la fois la spontanéité de l’esprit et sa mise en correspondance avec la spontanéité formatrice des choses. Elle doit donc être très présente dans les processus de formation.

Conclusion

En République tchèque et en Slovaquie, la date de naissance de Comenius est commémorée par la Journée des professeurs. L'Europe a donné son nom à l’un de ses programmes d’éducation parmi les plus importants.
Sa doctrine sur l’éducation fait et continue de faire l’objet de nombreuses et importantes études. Et pourtant Comenius reste assez mal connu.
Et pourtant, pourtant… quand après plus de trois siècles, on lit ses ouvrages, Comenius apparaît comme un prophète : « prophète passionné de l’avènement de l’entente entre les peuples et de la création de l’école démocratique, celle-ci devant préparer la voie à celle-là ; prophète confiant de la pédagogie donnant la main à la politique, entendue au sens étymologique et le plus noble du mot, pour faire de chaque petit d’homme un homme et de chaque homme « un ouvrier heureux dans l’atelier de l’humanité ».

[1] COMENIUS, Jan Amos La Grande didactique ou l'art universel de tout enseigner à tous (1627-1632), trad. de Marie-Françoise Bosquet-Frigout, Dominique Saget, Bernard Jolibert. 2e éd. revue et corrigée. Paris, Klincksieck, 2002. (Philosophie de l'éducation ; 9). ISBN 2-252-03407-6.
[2] PIAGET, Jean. Jan Amos Comenius (1592-1670) Perspectives, 1993, vol.XXIII, no 1-2, p.175-199).
[3] COMENIUS, Jan Amos. Orbis sensualium PictuOuvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.gettyimages.com/detail/52123959?language=fr&location=OTR-FRA
[4] PIOBETTA, J.-B. Jan Amos Comenius. In Chateau, Jean (dir.). Les grands pédagogues. Paris : Presses universitaires de France, 1966.

Pour aller plus loin

Un dossier proposé par l’encyclopédie Agora
Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Comenius

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