Vous êtes ici :

Harold Dwight Lasswell (1902-1978)

par Marie-France Blanquet,
[avril 2010]

Mots clés : sociologie, communication, Lasswell, Harold Dwight : 1902-1978

  • Google+
  • Imprimer
Harold Dwight Lasswell
Harold Dwight Lasswell

Tous les documentalistes connaissent ce politologue américain de l’Ecole de Chicago, à qui ils empruntent souvent la fameuse modélisation de la communication de masse : « Qui dit Quoi, à Qui, par Quel canal et avec Quel effet ? » Cette grille est la reprise des questions que Quintilien adresse à tous apprentis rhéteurs [1]. Elle est utile en documentation pour l’analyse des contenus informatifs des textes à mémoriser. Mais cette grille sert, également,  de point de départ pour de nombreuses activités pédagogiques.
Les travaux  de Lasswell sur la politique et la structure de la personnalité dans une perspective fonctionnaliste et béhavioriste font de ce personnage une figure très représentative de l’école sociologique américaine et un des fondateurs de la psychologie politique. Il attribue notamment aux sciences de la politique la fonction de ‘combattre les grandes crises de notre époque’ !

Une vie : des recherches et des publications

1902 : Naissance dans l’Illinois aux Etats-Unis, le 13 février d’un père pasteur et d’une mère enseignante.
1918-1920 : Il entreprend des études à l’université de Chicago et poursuit sa formation dans différentes capitales européennes.
1922-1938 : Il enseigne les sciences sociales à l’université de Chicago.
1927 : Publication de Propaganda Techniques in the World War. Ce travail est reconnu comme l’une des premières études en sciences de la communication. Il tire les leçons de la guerre 14-18. Les moyens de diffusion apparaissent comme des instruments indispensables à la gestion gouvernementale des opinions. Dès lors, il préconise un contrôle gouvernemental des techniques de communication (télégraphe, téléphone, cinéma et radio).
1936 :
Politics : Who Gets What, When, How. Lasswell fait porter ses recherches sur l’élite conçue comme groupe des détenteurs primaires du pouvoir. On trouve dans cette étude, écrite avec d’autres spécialistes, une réflexion sur les changements scientifiques, sociologiques et psychologiques qui résultent du passage du monde à l’ère spatiale. L’étude s’interroge également sur l’ordre public et sur la compétence des états pour le créer.
1938-1939 : Départ pour l’Ecole de psychiatrie de Washington.
1939-1946 : Il devient directeur de recherche sur la communication et la guerre au sein de la Library of Congress.
1941 : The Garrison State, article paru dans l’American Journal of Sociology, s’interroge sur la démocratie face aux militaires et aux relations civils-militaires.
1946-1958 : Il enseigne les sciences politiques à Yale.
1948 : Power and Personality. Il y fixe les différents niveaux de l’analyse fonctionnaliste : personne, personnalité, groupe, culture.
"The Structure and Function of communication in Society". Cet article contient le fameux schéma évoqué ci-dessus qui a longtemps dominé la sociologie de la communication.
1950 : "Power and Society: a framework for Political Inquiry", écrit en collaboration avec Abraham Kaplan. Les auteurs accordent davantage d’autonomie aux récepteurs. Ils élaborent une théorie fondée sur l’étude de l’influence et de la dissémination des valeurs clés et donnent leur conception du pouvoir.
1952 : Il enseigne les sciences politiques à Yale.
1960 : "The Structure and Function of communication in Society" est reproduit dans "Mass Communication" édité par Wilbur Schramm (2e èd. Urbana: University of Illinois Press) 1965   
1978 : Décès le 18 décembre de ce spécialiste de la communication.

Une œuvre en mots clés

  • Analyse de contenu L’analyse de contenu entraîne à distinguer l’étude de la teneur et celle du style. L’étude de la teneur concerne les thèmes de discours, des éditoriaux… Analyser la teneur, c’est décrire, par exemple, les différentes sortes des nouvelles transmises sur les ondes ou la nature des opinions émises par les commentateurs radio ou autres émetteurs. Le problème du « style » concerne la structure particulière d'un message donné. En termes techniques, tout fait de diffusion utilise deux éléments : les « symboles » et les « signes ». Les symboles « signifient », tandis que les signes sont les moyens physiques utilisés pour les rendre sensibles.
    Nombres d’enquêtes ont été entreprises pour reconnaître les changements qui interviennent, au cours du temps, dans le contenu des communications. Si on veut établir la nature de ces orientations successives dans ces contenus, il est nécessaire d’utiliser, aux différents moments, les mêmes procédés d’échantillonnage du flux total des communications et d’employer le même système de catégories. Un exemple assez caractéristique d’une étude de changements d’opinions au cours du temps est faite par Lasswell sur les slogans du premier mai dans l’ex-Union soviétique. Lasswell découvre, entre autres choses, que ces slogans  changent de nature au cours d’une série d’années : à des symboles révolutionnaires à portée « universelle » s’en  substituent d’autres, d’une portée nationale. Ainsi, l’analyse de contenu sert à décrire les tendances successives du contenu des communications. Mais elle sert aussi à retracer l’évolution des connaissances, à découvrir des différences internationales dans les contenus des communications. Elle sert aussi à exposer les techniques de la propagande (voir ce mot).
  • AudienceElle correspond à l’étude des publics qu’on a eu d’abord tendance à traiter comme une masse amorphe, à laquelle on applique le découpage par catégories selon des typologies se référant à des critères externes (âge, sexe, statut économique, profession, niveau d’instruction…).
    Ce terme d’audience est, en effet,  envisagée comme une cible amorphe qui obéit aveuglément au schéma stimuli-réponse (voir béhaviorisme) : « Le public était envisagé comme une masse passive et vulnérable qui subissait des messages (stimuli) construits par des médias puissants et manipulateurs, afin de susciter des attitudes et des comportements (réponses). Le média est supposé agir selon le modèle de l’ « aiguille hypodermique », terme forgé par Lasswell pour désigner l’effet ou l’impact direct ou pas sur les individus atomisés.
  • BéhaviorismeIl définit la théorie du béhaviorisme dans son ouvrage intitulé "Propagande Techniques in the World War". Le béhaviorisme vient du terme anglais « behavior » qui signifie comportement ou conduite. Lasswell désigne dans ses écrits la doctrine qui limite la psychologie  politique à l’étude des comportements ou des réactions. Les caractéristiques du behaviorisme concernent le partage d’un objet : la communication en tant que contenu à lire, à écouter ou à regarder. La relation est immédiate entre le contenu et la réception. La problématique tourne autour de la question centrale : Quel impact les médias ont-ils sur les récepteurs, notamment à court terme ? Ces derniers (lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, etc.) sont considérés comme faibles face à des médias puissants.
    La méthodologie employée consiste dans des observations des comportements en laboratoires à certains stimulus et des questionnaires directifs, voire semi-directifs.
    Enfin, le lieu où se développe le béhaviorisme est essentiellement les États-Unis, notamment dans de grandes agences de publicité. Également dans les Universités mais plus marginalement.
  • CommunicationPour les premiers théoriciens, la communication se limite au transfert d’une information entre une source et une cible qui la reçoit. Elle est présentée comme un système linéaire et mécanique sans ancrage social. On parle alors de conception télégraphique de la communication. C’est le cas du modèle proposé par Shannon et Weaver en 1949. C’est aussi celui de Lasswell, l’un des premiers à s’intéresser à la communication de masse.
  • Communication de masseElle repose sur le paradigme des 5Q, des effets ou question-programme. Selon Lasswell, on peut décrire « convenablement une action de communication en répondant aux questions suivantes »,  modélisée selon les cinq Q  ou cinq W (Who say What to Whom in Which channel with What effect).
Paradigme des 5Q
Paradigme des 5Q

Qui ? Analyse de régulation, elle correspond à l’étude sociologique du ou des milieux et organismes émetteurs (institutions médiatiques, leur organisation, leurs dirigeants, leurs journalistes…). On analyse, en particulier, la motivation qui les pousse à communiquer. Quelle est l’intention précise de cette communication ? Le but peut être défini par le contexte de la communication mais aussi par l’énoncé de l’objectif poursuivi.
Dit quoi ? Analyse de contenu (voir ce mot), elle se rapporte au contenu du message et à l’analyse de son contenu. De quoi s’agit-il interroge sur la nature de la communication. Quelles sont les caractéristiques du message. Comment décrire le sujet et l’angle du contenu abordé par l’émetteur ?
A qui ? Analyse du public,  elle vise l’auditoire, c’est-à-dire les publics récepteurs ou ciblés par l’auteur du message. Cette étude introduit des variables permettant de spécifier ces publics, tels l’age, le sexe…
Comment les identifier ? Quelles sont leurs attentes, leurs valeurs, les conditions sociales et psychologiques de leur réceptitivité ? Que connaîssent-ils déjà du sujet ?  La réponse à cette question permet de cerner les particularités des personnes qui sont concernées.
Par quel canal ? Analyse des médias (voir ce mot), elle désigne l’ensemble des techniques utilisées pour diffuser l’information à un instant donné dans une société donnée. La réponse à cette question permet de cerner les particularités du moyen de diffusion des messages et, par extension, du contexte physique dans lequel l’interprétation se réalise. Au sens strict, le canal fait référence aux moyens techniques de diffusion.
Avec quel effet ? Analyse des effets, elle veut mesurer et évaluer l’influence du message sur l’audience. Le message est émis avec un résultat escompté mais comment savoir si le but est atteint ? La réponse à cette question permet de cerner la réaction du destinataire au message qui lui est adressé. Cette réaction est un élément central sur lequel la relation entre tous les participants va se construire. Le destinateur s’en remet aux signes extérieurs qui témoignent de l’efficacité de la communication.
Chaque étape dans ce modèle a son importance, ses spécificités et ses problématiques. Son intérêt est principalement de mettre l’accent sur la finalité et les effets de la communication. Ce modèle sert de base aux sciences de la communication (voir ce mot) et malgré les critiques qui lui ont été adressées, reste une référence en matière de communication de masse.

  • Discours politiqueLasswell insiste dans ses ouvrages sur l’importance du langage dans toute action sociale et plus particulièrement dans l’action politique. Il tente de démontrer qu’une analyse quantitative du discours politique faciliterait l’étude de la politique.
    « Le langage de la politique est le langage du pouvoir. C’est le langage des décisions, l’instrument qui sert à les transmettre, à les peser et à les modifier. C’est le serment solennel du fonctionnaire, le verdict du tribunal, le texte de loi voté par l’Assemblée législative, le cri de guerre des soldats, et la trame infinie des nouvelles et des opinions qui s’échangent par les moyens de diffusion publique. La science moderne entreprend de décrire les différents faits de diffusion, y compris ceux qui regardent la politique en répondant aux questions suivantes : Qui parle ? Que dit-on ? Par quel moyen ? à qui ? et avec quel résultat le dit-on  ? Les recherches portent généralement sur un ou deux aspects d’un fait de diffusion plutôt que sur leur ensemble » (L’analyse de contenu et le langage de la politique. Revue française de science politique, 1952, vol.2, no 3, p. 505-520).
  • MédiasL’étude des médias se développe dans les universités et les chercheurs s’intéressent d’abord au pouvoir qu’ils ont sur l’opinion, leur pouvoir de convaincre, de faire voter, de faire acheter… Le tout sur fond d’interrogation sur la démocratie. La nouvelle discipline, qu’on appelle bien vite, « media studies », tente d’analyser l’expérience de la guerre. Le plus connu de ses représentant est Lasswell avec ses travaux sur la propagande.
    Lasswell propose de distinguer trois fonctions essentielles de la communication médiatique :
    • Surveillance de l’environnement : rassembler et traiter des informations que la société doit connaître sur les besoins, les menaces, les perspectives auxquelles elle doit faire face. Elle doit révéler tout ce qui pourrait menacer ou affecter le système de valeurs d’une communauté ou des parties qui la composent ;
    • Mise en relation  ou corrélation des composantes de la société dans leurs réactions face à l’environnement : interprétation de l’information et recommandations face aux événements rapportés, notamment organisation du pouvoir, des responsabilités, des lois ;
    • Transmission de l’héritage social, des valeurs et des savoirs, d’une génération à l’autre, des anciens aux nouveaux membres du groupe. Les médias portent leur part de responsabilité dans la socialisation des personnes qui constituent les groupes sociaux.
      Ils  jouent un rôle important dans la formation de la réalité sociale par la sélection et le classement des informations . Ils sont en somme les auteurs d’un véritable agenda public qui ordonne et organise notre monde.
  • La piqûre hypodermiqueLe média est supposé agir selon le modèle de « l’aiguille hypodermique », terme forgé par Lasswell lui-même pour désigner l’effet ou l’impact indirect et indifférencié sur les individus Cette tradition de recherche est en fait tournée vers les effets, dans une période de réformes sociales, des médias, sur les enfants et les jeunes. (Lasswell, Power and Personality, 1948])
    Deux sociologues, Paul F. Lazarsfeld (1901-1976) et Robert K. Merton (né en 1910), ajouteront à ces trois fonctions une quatrième, l’Entertainment ou le divertissement. Ils complexifieront le schéma en discernant la possibilité de dysfonction, de fonction latente/manifeste. Les fonctions manifestes étant celles qui sont comprises et voulues par les participants du système, tandis que les fonctions latentes sont celles qui ne sont ni comprises ni recherchées.
  • PropagandeLasswell s’intéresse surtout à la propagande politique, si bien que son paradigme concerne la communication de masse conçue comme processus de persuasion et d’influence. C’est donc la question des effets qui est centrale, mais alors que la perspective béhavioriste la considère comme simple conséquence mécanique du processus (réponse à des stimuli), Lasswel impose l’approche des effets comme sujet à part entière, dont la complexité justifie une étude spécifique et distincte par une discipline propre.
    Dans son étude sur le comportement et l’opinion des citoyens en régime nazi ("The structure and function of communication in society" In Lyman Bryson, the Communication of ideas, New York : Harper, 1948), le sociologue aboutit à la conclusion que les systèmes de propagande sont intimement liés à un certain état de réceptivité, laquelle est conditionnée par tout un ensemble de facteurs économiques, sociaux et psychologiques qui débordent les contenus de la propagande et les englobent.
    Lasswell analyse également les résultats d’une campagne de propagande pour mettre en lumière les moyens dont se sert le propagandiste pour influencer son public. Il étudie la propagande anglaise pendant la première guerre mondiale. Cela  lui permet de conclure que les Anglais ont exalté beaucoup plus que les Allemands, les idéaux humanitaires.
    Dans la même idée, il analyse les thèmes employés par les communistes de Chicago, aux alentours de 1930. Il conclut que si cette propagande n’a pas rencontré d’écho, c’est parce qu’elle allait à l’encontre des valeurs fondamentales et des mœurs des hommes auxquels elle était adressée.
    Dans "Propaganda Techniques in the World War", qui titre les leçons de la guerre 1914-1918, première guerre « totale », Lasswell montre que les moyens de diffusion apparaissent comme des instruments indispensables à la « gestion gouvernementale des opinions », celles des populations alliées comme celles des ennemis. Pour Lasswell, propagande rime dorénavant avec démocratie. La propagande constitue le seul moyen de susciter l'adhésion des masses ; en outre, elle est plus économique que la violence, la corruption ou d'autres techniques de gouvernement de ce genre. Simple instrument, elle n'est ni plus morale ni plus immorale que « la manivelle de la pompe à eau ». Elle peut être utilisée à de bonnes fins comme à de mauvaises. Cette vision instrumentale consacre une représentation de l'omnipuissance des médias, considérés comme outils de « circulation des symboles efficaces ». Le sens commun qui prévaut dans l'après-guerre est que la déroute des armées allemandes doit énormément au travail de propagande des Alliés. L'audience est envisagée comme une cible complètement passive qui obéit aveuglement au schéma stimulus réponse. Le média est supposé agir selon le modèle de « l'aiguille hypodermique ».
    Dans son étude Psychopathology and Politics (1930), il analyse des biographies des leaders réformateurs et révolutionnaires dont il interprète la personnalité en fonction du degré de rébellion contre le père et l’impact de leur propagande sur les communications de masse.. En 1935, il propose dans World Politics and Personal Insecurity l'étude systématique du contenu des médias et l'élaboration d'indicateurs en vue de dégager les tendances (trends) de la World Attention, c'est-à-dire les éléments qui façonnent l'« environnement symbolique mondial » et de construire des politiques (policy making). Il réussit à mettre partiellement en œuvre ce projet en 1940-1941 lorsque lui est confiée la tâche d'organiser la War Time Communication Study de la Bibliothèque du Congrès.
  • RétroactionLe modèle de communication de masse révèle l’absence de toute rétroaction, c’est-à-dire la possibilité donné aux récepteurs de répondre au message ou de réagir. Norbert Wiener, déjà rencontré dans le Personnage du Mois,  dans ces travaux sur la cybernétique introduit la notion de « feed-back » qui permet aux chercheurs de passer d’une vision linéaire de la communication à la conception d’un processus circulaire. Sciences de la communication
    Lasswell entend moins rendre directement compte des phénomènes de communication que structurer une discipline, découper l’approche scientifique de la communication en cinq champs et donc en cinq spécialités.
    « L’étude scientifique du processus de communication, dit-il, tend à se centrer sur l’une ou l’autre de ces questions. Le spécialiste du Qui s’attache à l’étude des facteurs qui dirigent et engendrent la communication (analyse de régulation). Le spécialiste du Quoi s’attache au contenu. Lorsque le centre d’intérêt est constitué par le A Qui, c’est le spécialiste de l’audience qui est concerné. Enfin, celui qui étudie la radio, la presse, le cinéma et les autres canaux de communication participe à l’analyse des média. Si le problème traité est celui de l’impact sur les récepteurs, il s’agit d’une analyse des effets. » On voit donc que pour Lasswell, la sociologie des communications de masse doit comporter plusieurs chapitres.
    Les critiques sur ce modèle portent sur son caractère assez simpliste. Mais surtout, il limite le processus de communication à la dimension persuasive. La communication est perçue comme une relation autoritaire.
    La communication a un caractère linéaire et unidirectionnel. Mais Lasswell  apporte un plus par rapport aux autres études, en particulier, par rapport au schéma proposé par Shannon, en introduisant la question des effets.
    Cependant, les chercheurs mettront en évidence dans le questionnement de Lasswell,  l’absence du contexte de la communication : le « dans quelles circonstances ? mais aussi le pourquoi. Ainsi, cette formule a été prolongée par Richard Braddock qui ajoute deux aspects qui permettent de sortir d’un processus de la communication perçu comme étant trop mécanique :
    Dans quelles circonstances ? analyse les caractéristiques de la situation. Elle permet de cerner les particularités qui accompagnent l’évènement. Explorer cette partie permet de répondre à certaines questions portant sur le format de la rencontre (entrevue, conférence, conversation libre…). Cela permet de noter la présence d’autres personnes, témoins de la communication
    Dans que but ? Analyse les intentions et les attentes. Elle permet de cerner l’intention des personnes qui prennent la parole (humour, ironie, explication, persuasion…). Le message poursuit une visée qu’il importe de comprendre
    Il manque dans ce schéma, l’aspect des relations entre les différentes dimensions.
    On reprochera à Lasswell d’avoir fragmenté et isolé des problématiques si fortement liées que les sociologues considèrent aujourd’hui comme impossible à étudier l’une sans l’autre.
    Ce modèle renforce par ailleurs une vision atomiste puisqu’il s’applique au niveau individuel. Il dérive d’ailleurs de modèles de communication interpersonnelle et béhavioriste de la communication de masse : on en reste à la structure stimulus-réponse.
  • Science politiqueLasswell travaille beaucoup, avec d’autres libéraux, sur la démocratie. Il défend la théorie selon laquelle les démocraties ont besoin de propagande ou gestion gouvernementale des opinions permettant à l’ensemble des citoyens d’approuver ce que les spécialistes ont déterminé comme étant bon pour eux. Dans une de ses œuvres majeures (The political writings), il insiste sur la collaboration étroite qui devrait exister entre la psychopathologie et la politique. La politique de prévention y est considérée comme un excellent moyen d’exprimer les pouvoirs constructifs de l’homme.  Par ailleurs, Lasswell tente de démontrer que la conduite politique dépend surtout de la conduite de l’individu dans la société. Une étude psychologique de la politique s’impose donc. Enfin, Lasswell dénonce le danger qu’il y aurait à séparer dans la conduite humaine l’idéal et le matériel. Ces deux concepts sont intimement liés et la science politique moderne doit tenir compte de ce fait.
  • SociologueLe rôle des sociologues se situe dans la solution des problèmes pratiques où se trouve impliquée « l’action de l’homme sur le milieu et du milieu sur l’homme ».

Conclusion

Aristote écrit : "Pour établir si ce qui a été dit ou fait par quelqu’un est bien ou non, il ne faut pas se contenter de considérer en eux-mêmes l’acte ou les paroles pour voir s’ils sont nobles ou pas, il faut encore considérer celui qui agit ou parle, à qui il s’adresse, ou quand ou pour qui ou pourquoi il le fait, par exemple pour obtenir un plus grand bien ou pour éviter un plus grand mal" (La Poétique).
Des siècles après lui Lasswell pose les mêmes questions dans un environnement complètement nouveau où la sociologie des médias est devenue discipline scientifique aux spécialisations multiples.

Cet auteur très prolixe laisse plus de 300 monographies et 250 articles. Ses œuvres principales sont traduites en français et certains de ses articles sont proposés sur des portails de revue, tels Persée ou Erudi.

Pour aller plus loin

Quintilien : L'institution oratoire (Wikipédia)

Un petit opuscule de Quintilien, intitulé De causis corruptae eloquentiae, est perdu. On a voulu l'identifier, à tort, avec le Dialogus de oratoribus de Tacite. Son oeuvre la plus importante reste le De institutione oratoria, qu'on traduit souvent par De l'institution oratoire, au sens humaniste du terme, c'est-à-dire 'Au sujet de la formation de l'orateur'. L'oeuvre compte 12 livres qui nous sont intégralement parvenus. Si, dans les deux premiers livres, Quintilien donne une idée du parcours que doit suivre un enfant - surtout l'enfant de riches citoyens qui ont le moyen de payer un grammaticus - pour être formé à l'art oratoire, c'est dans son troisième livre qu'il décrit, de façon théorique, les cinq actes qui, selon lui, caractérisent cet art oratoire :
inventio (« l'invention ») : trouver quoi dire
dispositio (« la disposition ») : savoir organiser ce qu'on va dire.
elocutio (« l'élocution ») : choisir la façon pour le dire.
actio (« l'action ») : savoir allier la parole et le geste.
memoria (« la mémoire ») : retenir ce qu'on doit dire.

Quintilien achève ce livre par la description des trois genres caractéristiques de l'éloquence, description qu'il emprunte à l'oeuvre d'Aristote, Poétique et rhétorique :

  • genre judiciaire
  • genre démonstratif ou épidictique
  • genre délibératif


Le principe de Quintilien

Un vers prétendûment attribué à Quintilien est resté célèbre : Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodo, quando : « Qui, quoi, où, avec quels moyens, pourquoi, comment, quand ? »
Ce principe, aussi appelé « Hexamètre mnémotechnique de Quintilien » ou « QQOQCP » renferme ce qu'on appelle en rhétorique les circonstances : la personne, le fait, le lieu, les moyens, les motifs, la manière et le temps. Il résume aussi toute l'instruction criminelle : Quel est le coupable ? Quel est le crime ? Où l'a-t-on commis ? Par quels moyens ou avec quels complices ? Pourquoi ? De quelle manière ? A quel moment ?
Ce principe est utilisé principalement dans la préparation de rapports (de journalistes, d'enquêteurs...) et dans la gestion de projet.
Ce vers est cité par l'assistant du préfet de Lutèce dans l'album de bande dessinée "La Serpe d'or", ainsi que par le garde de la prison de la préfecture de Condate dans l'album Astérix et Latraviata.

Recherche avancée