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Zoom sur un écrivain : entretien avec Jeanne Benameur

Par Anne Francou,
CRDP de Lyon [juillet 2007]

Mots clés : écrivain , littérature de jeunesse

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Jeanne Benameur (2007)
Jeanne Benameur (2007)

Jeanne Benameur a publié son premier récit en 1992 : Samira des quatre routes. Depuis, elle a publié plus d'une vingtaine de romans,  pour un lectorat d'âge varié. Ancienne enseignante de lettres, elle est intervenue de nombreuses fois dans les établissements scolaires, à la rencontre de ses lecteurs.

Depuis quand écrivez-vous pour la jeunesse ?

Jeanne Benameur : Quand j'écris, je ne me dis pas que j'écris pour la jeunesse ou pour les adultes. Je ne fais pas une telle distinction. Il s'agit avant tout d'une écriture au travail, d'un mouvement intérieur.
Par contre, je publie chez des éditeurs qui ont des collections pour la jeunesse, car je pense que certains textes vont être mieux défendus dans telle ou telle collection. Par exemple, mon texte Ca t'apprendra à vivre a été publié d'abord en jeunesse au Seuil puis il a existé et existe toujours chez Denoël en adulte ; et maintenant il paraît chez BABELJ. Un autre texte, Si même les arbres meurent : je voulais absolument qu'il soit publié dans une collection pour la jeunesse. 

Comment choisissez-vous les éditeurs de vos livres ?

Jeanne Benameur : Je considère que certains éditeurs vont mieux ?porter? certains textes que d'autres. J'ai commencé à être publiée chez Flammarion, puis je suis passée chez Hachette. Actuellement, je publie chez Thierry Magnier - qui dirige aussi Actes sud Jeunesse - avec lequel j'ai d'ailleurs établi une relation fraternelle. Le choix d'un éditeur, c'est beaucoup une question d'entente, de "feeling". Tous mes autres titres de littérature générale sont publiés chez Denoël.
Je dirige moi-même une collection chez Magnier qui s'appelle "Photoromans" ; je co-dirige également chez Actes sud la collection "D'une seule voix".

Comment avez-vous l'habitude de travailler ?

Jeanne Benameur : Je travaille surtout le matin, le temps qu'il faut. Je ne m'impose rien, c'est le travail qui s'impose de lui-même. Il a une durée ?organique?. Je m'arrête quand je sens que c'est terminé. Par contre, je reviens énormément sur ce que j'écris : je rature, je ré-écris, etc. Je passe beaucoup de temps à la ré-écriture.

Le Ramadan de la parole que vous avez publié récemment [1] aborde, à travers trois nouvelles, le thème des femmes et du rapport qu'elles entretiennent avec leur corps - rapport fortement conditionné par la société dans laquelle elles vivent-. Y-a-t-il des thèmes qui vous tiennent particulièrement à coeur ?

Jeanne Benameur : Je ne travaille pas en pensant à des thèmes ; je travaille plutôt sur des émotions. Tout cela prend forme avec l'écriture. Je porte avant tout des émotions ; ces émotions peuvent être personnelles mais elles peuvent toucher aussi des êtres qui me sont chers. Ou encore des émotions suscitées par des événements qui se passent à l'autre bout du monde. Mais je ne considère pas que j'écris des textes politiques. Si j'ai envie de réagir à l'actualité, je vais plutôt rédiger un article.
On peut dire que ce sont  des émotions fortes qui m'imprègnent depuis longtemps qui me poussent à écrire.

Quels sont vos projets éditoriaux actuels ?

Jeanne Benameur : Je travaille actuellement à un texte tout public de littérature générale. J'ai également des projets du côté du théâtre, domaine qui m'intéresse depuis longtemps. Je travaille aussi à l'adaptation pour la télévision de mon roman Présent. C'est une aventure pour moi, je n'avais encore jamais fait ça ! Je travaille avec le scénariste Olivier Gorce, qui a écrit le scénario de Violence des échanges en milieu tempéré [2]. 

Intervenez-vous dans les établissements scolaires ? Si oui, qu'attendez-vous des rencontres avec les élèves ?

Jeanne Benameur : Je suis intervenue de nombreuses fois en établissement scolaire et  il m'arrive encore d'accepter d'y aller.
Souvent, on me pose des questions d'ordre quantitatif : "Combien de temps écrivez-vous par jour ?" "Combien de livres avez-vous écrit ?" etc. Et on parle peu d'écriture.
 A partir de la lecture d'un de mes textes, je pose ce qu'est ma vie avec l'écriture ; j'attends ensuite que les jeunes prennent la parole, discutent. Ce que j'espère, c'est qu'à l' issue de ces rencontres, il se soit passé vraiment quelque chose. J'ai envie de faire partager aux élèves ce qui fait palpiter ma vie, c'est-à-dire le travail de l'écriture. C'est pour ça que je pense qu'il faut rester longtemps avec un même groupe. Plus ça va, plus je me dis qu'on doit aboutir à une vraie conversation.

Que vous apportent ces rencontres, à vous, auteur ?

Jeanne Benameur : Les rencontres avec les jeunes doivent me transformer. Souvent, on arrive à toucher à des rêves ; cela se traduit par des regards, des silences. Ce sont des moments forts. En fait, j'aime beaucoup écouter ces jeunes.

Pensez-vous que la venue d'un écrivain dans un établissement scolaire peut modifier la vision qu'ont les élèves de la littérature ?

Jeanne Benameur : Il y a  des enseignants passionnés, vivants, qui arrivent très bien à faire passer leur passion auprès des élèves, heureusement ! Moi, je ne me situe pas dans une perspective scolaire. J'ai simplement rendez-vous avec une classe. C'est avant tout une rencontre humaine. Toute la justesse de la rencontre est là.

Quel regard portez-vous sur les jeunes et la lecture aujourd'hui ? Par exemple, la lecture vous semble-t-elle ?en péril? face à l'attrait qu'exercent sur les adolescents les nouveaux médias ?

Jeanne Benameur : Je n'aime pas trop ce poncif ... Les jeunes sont ce qu'ils sont ! En plus, il n'est pas prouvé que les jeunes ne lisent plus. Tout est question de proportion : quand j'étais enfant, mon père me disait que je lisais trop, qu'il fallait que j'aille m'aérer un peu... En fait, quand une chose prend le pas sur toutes les autres, ce qui inquiète les parents, c'est la passion.
Quand je rencontre des jeunes, je me moque de savoir s'ils lisent ou pas. Je rencontre avant tout des êtres humains.

[1] : Jeanne Benameur. Le ramadan de la parole. Paris : Actes sud junior, 2007. Coll. D'une seule voix
[2] :  Film réalisé par Jean-Marc Moutout, sorti en 2003.

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