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M. Dominique Lahary a été directeur de la Bibliothèque départementale de prêt du Val d’Oise de 1992 à 2013.

Selon-vous quels sont les principaux freins à une généralisation de cette pratique de collections flottantes dans les médiathèques en France ?

D. Lahary : Les freins sont extrêmement simples. Un frein institutionnel et psycho-sociologique
Premier frein : le frein Institutionnel ou la question de la propriété des fonds.
Quand a été mis en place un réseau intercommunal de bibliothèques, sans que celles-ci aient été transférées à la communauté de communes ou d’agglomération, les documents appartiennent à des collectivités différentes (communes et éventuellement associations), ce qui peut faire obstacle au système de fonds flottants.
Si ce frein était le seul les fonds flottants pourraient être facilement mis en place dans les réseaux de bibliothèques véritablement intercommunales et dans les réseaux communaux : dans les deux cas, l’ensemble des fonds a le même propriétaire. Mais il existe un autre frein beaucoup plus profond et complexe, car il relève d’une posture professionnelle profondément ancrée.
Celle-ci consiste pour les bibliothécaires à s’approprier symboliquement les fonds qu’ils constituent. On marque les livres avec un tampon. Les fonds appartiennent à une bibliothèque et pas aux autres
On est habitué à raisonner cohérence du fonds et non cohérence de l’accès. Or, la cohérence n’a de sens que du point de vue de l’utilisateur. J’ai imaginé l’expression « encyclopédisme localiste » pour traduire cette tendance. Le bibliothécaire devient l’intermédiaire obligé entre le fonds et le public. Il s’identifie à cette collection qu’il a personnellement constituée et choisie.

Pensez-vous qu’une telle pratique est envisageable dans les établissements scolaires et si oui à quelles conditions ?

D. Lahary : Sur cette question, vous êtes plus spécialiste que moi, néanmoins on peut penser que la mise en place de ce type de collections serait confrontée aux mêmes types de freins.

Si les collections flottantes permettent de marquer une collection en valorisant les choix de lecture des usagers, à terme comment définiriez-vous le rôle du conservateur de bibliothèque ?

D. Lahary : Je préfère substituer au terme « conservateur », un terme que je juge partiel et qui ne correspond qu’à un statut détenu par une petite minorité d’agents des collectivités les plus importantes, celui de « bibliothécaire ». Cette pratique donne la main à l’usager sur l’équilibre des fonds. Le rôle d’une bibliothèque est de répondre à la demande et de proposer une offre. Les fonds flottants peuvent répondre à la première de ces missions, pour la deuxième le rôle des bibliothécaires demeurent essentiel. Il s’agit de sélectionner des ressources en amont, de faire découvrir, et de susciter l’intérêt de l’usager. Le fait de donner la main à l’usager sur une partie des collections induit une perte de pouvoir pour les professionnels.

Dans ce cadre quels pourraient être les avantages pour les usagers ?

D. Lahary : Pour l’usager le principal intérêt est de pouvoir rendre ce qu’il a emprunté n’importe où ; dans le système actuel le document doit revenir à sa bibliothèque d’origine. Là l’intérêt c’est qu’on évite la navette retour. Plus c’est fluide moins ça coûtera cher aux collectivités.
Les trafics retours sont les plus importants. Plus on démontrera que les frais navettes sont faibles et plus il y aura de navettes possibles et une augmentation de la fluidité des mouvements. On rationalise certains coûts.

Comment expliquer que certains supports tels que les DVD soient exclus des collections flottantes des bibliothèques étrangères qui fonctionnent ainsi ?

D. Lahary : Il s’agit ici d’admettre une collection flottante de manière variable. Il y a toujours dans les bibliothèques une logique de gestion de la pénurie, l’offre est encore souvent inférieure à la demande et la demande des DVD est en augmentation.
Comme il faut maintenir un minimum d’offre, on va trouver une concentration des DVD en quelques endroits.
On a pu constater au cours des dernières années que le prêt des DVD ne s’est mis en place que très progressivement. De la même manière lorsque les collections flottantes sont mises en place, elles ne peuvent être que partielles, excluant au moins dans un premier temps un certain nombre de supports ou certains contenus.
Le fonds flottant permet de déconnecter le fonds local des ressources prêtées.
Pour fournir ce que l’usager demande, il faut être en réseau.
Pour la découverte, en revanche, l’offre locale déterminée par les bibliothécaires a tout son intérêt.

En quoi le fonctionnement actuel des prêts par le biais des BDP est-il limitatif par rapport à un fonctionnement par collections flottantes ?

D. Lahary : Pour les BDP on ne peut pas parler de fonds flottant mais ce service permet quand même de déconnecter choix local et service local.
Dans les bibliothèques de proximité, faire un peu de fonds flottant permet d’équilibrer la réalité des fonds en fonction des pratiques réelles.
Une BDP fait circuler ses propres collections et non celles de chaque bibliothèque locale. Ce système constitue un dépassement de la collection locale fixe dont je parlais plus haut à propos de posture professionnelle, mais on garde pour les usagers le principe « je rends là où j’ai emprunté ». Faire flotter les seuls fonds prêtés par la BDP serait très compliqué pour les usagers. Et faire flotter des collections locales à l’échelle d’un département se heurterait à un obstacle technique : la pluralité des systèmes informatiques et la fermeture de chaque base informatique sur les documents qui y ont été décrits.
Par ailleurs, les fonds ne flottent qu’en fonction du rayon de l’ère de mobilité des usagers : celle-ci n’est jamais départementale. Le fonctionnement par intercommunalité est beaucoup plus réaliste.
Mais on peut organiser à l’échelle d’un département un prêt entre bibliothèques, qui, pour n’être pas du fonds flottant, est tout de même un service supérieur à celui qui serait réduit aux collections locales. C’est ce qui a été mis en place avec le réseau RéVOdoc géré par le Conseil général : http://revodoc.valdoise.fr.

Comment adapter la notion de fonds flottants à l’ère de la circulation des flux numériques ?

D. Lahary : La notion de fonds flottants milite pour que les accès numériques ne soient pas gérés lieu par lieu. Différents modèles techniques et économiques existent quand il s’agit de documents numériques.
Profitons du numérique pour élargir le périmètre de l’offre en la mutualisant.

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