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Interview croisée des documentalistes du LFNY

Par Anne Francou,
[mai 2011]

Mots clés : New York : Etats-Unis , école à l'étranger , BCD (bibliothèque centre documentaire) ,CDI (centre de documentation et d'information)

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Les trois documentalistes du LFNY
Les trois documentalistes du LFNY

Claire Lansac, responsable de la BCD du LFNY, a accepté de coordonner ce dossier pour Savoirs CDI. Julie Lesourd et Nicolas Kermabon travaillent, eux, au cdi.

 


Pouvez-vous vous présenter ? Depuis quand êtes-vous en poste au LFNY ?

Claire Lansac : Certifiée documentaliste, j’exerce au LFNY depuis deux ans. Auparavant, j’ai travaillé en collège, lycée et CRDP en France. Actuellement, je suis responsable de la BCD dédiée à l’école primaire.

Julie Lesourd : Certifiée documentaliste également, je travaille au CDI du LFNY depuis deux ans. Avant, j’ai travaillé pendant sept ans dans un lycée général. J’ai également été formatrice à l’université.

Nicolas Kermabon : Certifié depuis 2004, j’ai travaillé en collège avant d’arriver à New-York en 2008.

Combien de personnes travaillent au centre de documentation ?

CL : Pour la BCD, un certifié à temps plein (35 heures) et une surveillante trois heures par jour. Un deuxième poste serait vraiment nécessaire pour assurer correctement gestion et pédagogie vers le primaire et la maternelle.

JL : Au cdi, nous sommes deux certifiés à temps plein et nous aurions besoin d’aide.

Y-a-t-il une politique documentaire propre à l'établissement ? Quels en sont les grands axes ?

CL : Il n’y a pas de politique documentaire formellement écrite. Les ressources sont abondantes. Les principaux axes seraient le FLE (Français Langue Etrangère) et les ressources numériques. Les responsables de cycle 1 (moyenne et grande section), cycle 2 (CP et CE1) et cycle 3 (CE2, CM1, CM2) et les enseignants participent au choix des acquisitions. Ces deux premières années, je me suis attachée à combler, renouveler et organiser les ressources en fonction d’un diagnostic établi en arrivant et validé par la directrice du primaire, Vannina Boussouf.

JL : Côté secondaire, il n’y a pas non plus de politique documentaire. Par contre chaque année, un projet CDI est fait.

NK : Pour le secondaire, le fonds résulte de la mise en commun de plusieurs bibliothèques auparavant étalées sur plusieurs campus. Il a fallu énormément désherber et travailler dans la base. Aujourd’hui tout le fonds est saisi, les achats sont décidés en fonction des besoins des départements et d'après la veille des documentalistes, le tout en accord avec le proviseur adjoint, Nicolas Lhotellier.

Comment s'organise l'accueil des élèves ?

CL : Le matin et le soir tous les jours, l'accueil est libre à 8h-8h30 et 2h30-4h. Les plus petits sont accompagnés d’adultes. Ensuite, chaque classe dispose d’un créneau hebdomadaire de 45 minutes en BCD. Le planning est annuel. Deux classes peuvent cohabiter. Le mercredi matin est dédié à la gestion.

JL : Le CDI est ouvert en continu de 8h à 17h tous les jours (sauf 16h le vendredi).

NK : Nous essayons de toujours garantir un accueil de qualité et d’écoute même si des séances ont lieu en parallèle. En effet, le CDI est très fréquenté et nous ne le fermons que très rarement, ce qui n’offre pas toujours les meilleures conditions de travail.

Quelle est l'implication des enseignants à la bibliothèque ?

CL : Les collègues sont très impliqués, ils viennent régulièrement, demandent des activités en parallèle de leurs projets de classe, ont appris le prêt, participent aux commandes, participent aux comités de lecture. Pour le permettre, une collaboration plus spécifique en amont est utile avec les responsables de cycles.
Par contre BCDI n’est accessible qu’en BCD et la base n’est pas encore à jour. Ils ne pratiquent donc pas de recherche catalogue. Et je reste leur intermédiaire préférée !
Chaque classe dispose aussi d’ “une bibliothèque de classe” tout-à-fait correcte, enrichie notamment par les dons des parents.

JL : Les collègues du secondaire sont assez impliqués. Comme souvent, il y a une certaine disparité en fonction des matières et des classes (de la 6ème à la terminale). Nous travaillons souvent en partenariat pour les séances : préparation et réalisation de la séance et évaluation.   
Les collègues participent également aux comités de lecture, à certaines commandes. Nous allons également en réunion de département pour les rencontrer. Je travaille également avec l’orthopédagogue du lycée. Nous avons créé un atelier lecture avec quelques 6èmes.

Quels types de séance pédagogique mettez-vous en place avec les enseignants ?

CL : Des séances courtes de découvertes (ou rappels) autour des premières compétences documentaires de repérage de l’espace et de connaissance du livre. Ces séances sont programmées pour tous en début d’année et en fonction du niveau, avant de choisir un livre, puis en fonction des projets et des objectifs du niveau. 
En Cycle 2 je lis beaucoup d’histoires, en Cycle 3 nous pratiquons la critique de livres écrite ou orale. Pour inciter les élèves à diversifier leurs lectures, je mets en scène de courtes présentations de livres. Enfin, avec les CM2, de premières recherches documentaires. Les visites au CDI organisées pour les CM2 sont l’occasion de tester les connaissances documentaires des écoliers. Nous avons organisé cette année un défi-lecture CM2-6ème. Au-delà des « séances », je participe aux projets des classes. Par exemple, pour améliorer la lecture et la diction en CE1, avec une classe ayant écrit des contes sur le thème des dragons, j’ai enregistré chaque élève racontant son conte et nous les avons publiés avec la maîtresse sur le blog de l’école. Je n’interviens pas en cycle 1, je n’aide que pour le prêt. Dans chaque classe, des parents viennent en BCD pour lire des histoires aux enfants.

JL : Au cdi ont lieu des séances d’IRD (Initiation à la Recherche Documentaire) en 6ème, des séances de recherche documentaire en IDD (Itinéraires de découvertes) et en TPE (Travaux Pédagogiques Encadrés).  Il y a projet en seconde autour de la prise de notes, ainsi que des défis-lecture en 6ème et 5ème.

NK : Nous travaillons beaucoup sur les ressources en ligne : présentation d’outils, outils de création de bibliographie, et séance d’évaluation de la fiabilité des informations sur Internet, et sur le respect du droit d’auteur. 

Jouez-vous un rôle dans l'organisation d'événements culturels ?

CL : Il y a beaucoup d’événements culturels au Lycée et il y a une personne chargée exclusivement des actions culturelles. Le Lycée est Centre Culturel et accueille projections de films français, conférences, concerts... Je repère donc des ressources à mettre en avant en fonction de l’agenda.
A destination des enseignants, j’ai organisé la venue d’un libraire et d’un éditeur. A destination des élèves de CE1, j’ai invité un auteur, Claire Frossard, qui a écrit et illustré Emma's journey aux Editions Enchanted Lion de Brooklyn, un album remarquable par les insertions de photographies dans les illustrations. Nous venons par exemple de célébrer la Fête de la rose et du livre qui est une fête catalane où l'on offre une rose contre un livre. Cette fête s'est propagée jusqu'à New-York grâce à des familles catalanes et à la réactivité des enseignants.

JL : Pour les mêmes raisons exposées par ma collègue, notre rôle est moindre. Par contre, nous avons participé à la venue d’auteurs.

NK : La politique du lycée vise à toucher l’ensemble d’un niveau autour d’un événement. Il est donc difficile d’imposer un projet plus intimiste à destination d’une seule classe. Cependant, j’ai fait venir l'auteur de bandes dessinées Emmanuel Guibert et des journalistes de presse radiophonique (pour une classe seulement). Au printemps nous avons une semaine culturelle et toutes les propositions sont les bienvenues, les documentalistes en sont partie prenante.

Comment s'organise le fonds documentaire ?

CL : Le fonds documentaire reprend la marguerite et la Dewey en mode très simplifié : sans les lettres et, au mieux, avec seulement trois chiffres. Les documentaires en français et en anglais ne sont pas séparés car je considère que c’est le fonds qui prime sur la forme de l’information. Les tout premiers documentaires pour les petits sont accessibles à leur hauteur.

JL : Nous utilisons la classification Dewey pour les documentaires et la fiction est répartie selon le genre (théâtre, poésie, roman). Les romans, eux, sont classés selon les langues.

NK
: Pour les documentaires, l’anglais et le français se mélangent, certains élèves étant plus à l’aise dans une langue que dans l’autre. La difficulté étant de trouver des documentaires de qualité en langue anglaise, dont nous connaissons moins bien les propositions éditoriales. L’harmonisation des cotes n’est pas encore parfaite - ce qui est dû à la fusion de deux centres documentaires -. La difficulté réside dans la cohabitation du collège et du lycée dans le même lieu. Des ouvrages nécessitant une indexation assez poussée doivent trouver leur place tout en gardant la nécessité d’une organisation simple et limpide pour tous.

De quel budget disposez-vous ?

CL : Nous disposons d’un budget conséquent tant pour les ressources que pour le matériel. Nous bénéficions en sus d’une donation annuelle du BOARD of Education of New-York [1] pour l’achat de livres en anglais.

JL : Budget généreux ! Nous avons également un financement du Board of Education of New-York, qui alloue environ une dizaine de dollars par élève scolarisé.

Quel type de réseau a été adopté dans l'établissement ?

CL : Il s’agit d’un réseau privé dont les techniciens américains et les serveurs sont hébergés dans l’école. De nombreuses procédures se font en ligne : gestion des absences, gestion du cahier de texte, des bulletins scolaires.  Le réseau scolaire est accessible depuis l’extérieur. Cela pose problème pour l’accompagnement technique de BCDI. En effet, les informaticiens connaissent mal le logiciel.

Quelles sont les activités pratiquées par les élèves qui fréquentent individuellement les deux centres ? Viennent-ils plutôt pour l'utilisation d'Internet, la lecture de romans, de bandes dessinées ?

CL : En BCD, essentiellement de la lecture et pas que de bandes dessinées. Les albums aussi ont beaucoup de succès auprès d' un public de 3 à 10 ans ! Concernant l’usage des ordinateurs, à l’exception de ceux consacrés au prêt, ceux-ci doivent être utilisés avec un adulte.

JL : Au cdi, les élèves utilisent énormément les ordinateurs (les enseignants demandent  des devoirs tapuscrits). Ils utilisent également Internet. Le coin lecture avec les BD est également très apprécié.
Ils viennent beaucoup pour travailler en groupe et utiliser l’informatique, quel que soit le but final. La lecture sur place concerne majoritairement la presse et les BD. Certains ne viennent que pour emprunter. 

Les parents jouent-ils un rôle particulier dans les centres de documentation ?

CL : Ils sont de grands usagers et demandeurs ! En partie parce qu’il n’y a pas réellement de librairie française à New-York, seulement quelques rayonnages dans différentes librairies ou un accès sur abonnement à la médiathèque de l’Alliance Française. Ils sont également volontaires pour aider. Ainsi, je sollicite de l’aide ponctuellement pour couvrir les livres ou ranger. Quelques parents se sont particulièrement investis : j’ai initié une maman d’élève en voie de reconversion à la documentation, une autre a mis ses compétences graphiques au profit de la signalétique, une autre a aidé à compléter des résumés et a ensuite produit une sélection de ses albums coups de coeur. Nous avons enfin la chance de profiter des conseils et de la générosité d’une maman libraire indépendante [2].

JL : Quelques parents d'élèves viennent emprunter des livres au cdi et faire des suggestions.

Y-a-t-il des actions transversales entre les deux centres de documentation ?

CL : Oui, il s'agit de la liaison CM2-6ème : comité de lecture avec les enseignants, défi-lecture entre les élèves et visite des CM2 au CDI en juin. Nous essayons de coordiner nos achats autant que possible, par exemple en ce qui concerne le fonds DVD ou Français Langue Etrangère. Bien sûr, nous nous aidons en cas de besoin.

JL : Cela prend la forme de discussions sur l’évolution du métier, d'échange sur nos pratiques, de veille documentaire partagée.

Comment concevez-vous votre rôle dans l'équipe du LFNY ?

CL : Je dirais que je suis une médiatrice entre les besoins (le primaire correspond à l’apprentissage de la lecture et au plaisir de lire) et les ressources disponibles pour les enfants, les professeurs et les parents.

JL : Je me considère comme une personne ressource pour les projets, pour les conseils de lecture ; une sorte de relai entre les besoins des professeurs et l’offre documentaire ; un collègue “expert” en recherche documentaire et sur les outils spécifiques à la recherche documentaire et à l’information sur Internet, pour l'éducation à l’image. Je suis une sorte de "veilleur" sur l’information culturelle locale.

Merci beaucoup pour ces éclairages. Je vous souhaite à tous une bonne fin d'année scolaire.

Notes de bas de page

[1] Il s'agit du Conseil de l'Etat de New-York dont le département d'éducation alloue une subvention aux écoles dont il a validé la charte. La charte du LFNY a été acceptée en 1938. cf site (en anglais) : http://www.nysed.gov/

[2] cf blog personnel (en anglais) : www.b2d2.net