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Médiathèque du musée du quai Branly : Odile Grandet

Par Joëlle Gardien et Anne Francou,
Equipe de rédaction Savoirs CDI [Décembre 2007]

Mots clés : documentaliste , musée

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Odile Grandet
Odile Grandet

Odile Grandet est directrice-adjointe et responsable de la médiathèque du musée du quai Branly.

 

 

Pouvez-vous en quelque mots présenter votre parcours professionnel ?

Odile Grandet : Après des études de philosophie à l'université Paris IV (recherches sur Gabriel Marcel et Soren Kierkegaard), j'ai intégré l'Ecole Nationale Supérieure des Bibliothèques en 1990 : mon stage pratique de conservateur de bibliothèques s'est déroulé à Stockholm auprès de la Kungliga Biblioteket.
Mon premier poste a été la direction d'une bibliothèque municipale classée à Moulins (dans l' Allier), établissement où se croisent le patrimoine (la bible de Souvigny, entre autre), les fonds locaux et la lecture publique. J'ai travaillé les années suivantes au sein de l'administration centrale (au Ministère de la culture, à la Direction du livre et de la lecture) comme chargée de mission, sur des sujets aussi variés que la lecture en prison ou la lecture et le handicap visuel.
En 1995, c'est le début d'une spécialisation dans les chantiers de construction ou de réhabilitation de bibliothèques : la médiathèque de l'Institut français de Londres dans un premier temps puis, à partir de 2001, la réhabilitation d'un bâtiment scolaire pour l'hébergement d'une bibliothèque de l'université Paris Sorbonne – Paris IV : deux réalisations  ouvertes dont la quasi totalité des collections est proposée en libre accès.
Depuis le 1er décembre 2005, je suis détachée comme conservateur en chef au Musée du Quai Branly dont je dirige la médiathèque.
Exercer le même métier dans des contextes différents est quelque chose qui me motive.

De quand date l'ouverture de la médiathèque du musée ? Quel est son statut et quelles sont ses principales missions ? 

Odile Grandet : La médiathèque est très jeune puisqu'elle a  ouvert le 23 juin 2006. C'est un établissement qui n'a pas encore de recul sur son fonctionnement, qui est encore dans une phase d'observation de  son organisation et de son public.
La question du statut de l'établissement est assez complexe : le Musée du Quai Branly est un Etablissement Public à caractère Administratif.  Ses missions sont multiples : nous sommes une bibliothèque universitaire CADIST 1 pour l'ethnologie, une bibliothèque de musée, un centre de documentation pour les personnels, un salon de lecture publique pour les visiteurs qui fréquentent le musée, nous sommes une importante collection d'images (avec 700 000 photos), un lieu de diffusion du Web pour l'ensemble des catalogues du musée : c'est la médiathèque qui assure la diffusion des quatre catalogues en ligne (le catalogue des objets, de l'iconothèque, de la médiathèque, de la documentation muséale et des archives scientifiques et administratives).
On a à peu près tous les métiers de la documentation, au sens anglo-saxon du terme : archivistes, bibliothécaires, historiens, spécialistes du WEB.

Combien de personnes  travaillent au musée ? En particulier, combien sont affectées à la médiathèque ?

Odile Grandet : Deux cents personnes y travaillent dont trente-cinq à la médiathèque. C'est à la fois beaucoup et très peu, compte-tenu des missions et de l'amplitude de l'ouverture au public : tous les jours sauf le 25 décembre et le 1er mai, mardi, mercredi et dimanche, de 11 h à 19 h, en nocturne le jeudi, vendredi et samedi jusqu’à 21h. La gestion des équipes qui se relaient en alternance est assez complexe ... L'établissement emploie des fonctionnaires et des contractuels recrutés sur des profils particuliers correspondant à ses missions. On parle en fait peu de documentalistes puisqu' il n'existe pas statutairement de postes de documentalistes. On recherche plutôt des gens qui correspondent à des missions particulières. Mais il n'est pas exclu qu'un documentaliste fonctionnaire qui correspondrait à un profil défini puisse être recruté à la médiathèque.

Existe-t-il un réseau spécifique des personnels de documentation travaillant dans des musées ?

Odile Grandet : Il existe à l' ABF 2 une section Bibliothèques d'Art qui correspond aux bibliothèques de musée, qui sont des bibliothèques bien spécifiques. Un réseau informel s'est constitué également entre les bibliothèques de musées et les bibliothèques hébergées dans les musées. Il existe également une revue qui s'appelle l' Art Library Journal éditée en Grande-Bretagne, et qui permet de créer des liens avec d'autres bibliothèques.  Dans le paysage parisien, nous avons des liens très forts avec   la Bibliothèque Nationale de France, l'Institut National d'Histoire de l'Art, la Cité de l'architecture et du patrimoine et avec les bibliothèques de musée dans leur ensemble.

Quelle est la politique documentaire de l'établissement ? Quels sont les grands axes de la politique d'acquisition de la médiathèque ?

Odile Grandet : Une politique documentaire est effectivement un impératif. Dès le début,  un comité de pilotage auquel ont participé des spécialistes extérieurs à l'établissement a aidé à asseoir sa politique documentaire.
La médiathèque a hérité de deux collections majeures : celle des bibliothèques du Musée de l'Homme et celle du Musée des arts africains et océaniens (MNAO). C'est une première donnée. En tant que CADIST en ethnologie, on reçoit, par le biais du dépôt légal, tous les ouvrages publiés en français traitant de l'ethnologie. La médiathèque est tenue d'acquérir également les ouvrages édités sur ces mêmes sujets en langues étrangères (en anglais, en allemand, en espagnol, en italien, en russe, etc). A coté du fonds spécialisé, on trouve les disciplines connexes : l'histoire (notamment l'histoire de la colonisation), la linguistique. Il faut arriver à trouver une adéquation entre un  lectorat potentiel et une collection, l' objectif étant d'offrir au lecteur un fonds cohérent sur une aire géographique donnée. Ce ne sont pas des questions faciles à résoudre... On essaie d'y réfléchir avec la BULAC, l'INHA, la BNF.
La politique documentaire de l'établissement est en cours de formalisation et sera publiée courant 2008.

De combien de documents le fonds documentaire de la médiathèque est-il constitué ?

Odile Grandet : La médiathèque possède un fonds de 250 000 imprimés. La grande majorité des collections n'est pas en libre accès. Deux collections  sont en libre accès dans la médiathèque d'études et recherche au cinquième étage (20000 documents) et dans le salon de lecture Jacques Kerchache (5000 documents dont une sélection permanente, la plus grande partie en lien avec l'actualité du musée).

Quels sont les outils que vous utilisez pour traiter le fonds documentaire (système de classification, thésaurus, etc ) ? Avec quels logiciels sont effectuées ces opérations ?

Odile Grandet : La partie du fonds héritée des bibliothèques d'origine est rangée par ordre chronologique d'arrivée et par format en magasins, faute de place mais aussi parce que cela permet de traiter des problèmes de conservation spécifiques dus à l'acidité des papiers utilisés au siècle dernier. Le système de classification  adopté pour le libre accès est celui qui était utilisé au Musée de l'Homme : la LCC, Library of Congres Classification.

Les outils utilisés :
pour le catalogue des imprimés, le choix du Système Intégré de Gestion Documentaire s'est porté sur Loris développé par le groupe Ever Ezida
pour le catalogue des images on travaille sur le logiciel TMS Icono 3
pour la base des archives, on a fait fabriquer une base de données qui s'appelle Docmuse

On a une surcouche pour la recherche fédérée qui permet d'interroger les quatre bases, surcouche développée par la société CIT

La mise en place de thésaurus spécialisés pour les toponymes, les ethnonymes (les noms d'ethnies) permet au public de se retrouver dans les noms de lieux et les noms de pays qui ont changé au cours de l'histoire. D'autres listes sont dressées sur des thématiques propres au musée : instruments de musique, textiles, événements comme l'Exposition coloniale internationale de 1931, les missions Paul Émile Victor ou les expéditions d'André Citroën en Asie.

Le fonds est-il entièrement informatisé ?

Odile Grandet : Le fonds d'imprimés (300 000) est entièrement catalogué : le catalogage se fait dans le SUDOC, puis les notices sont reversées dans le système local ( LORIS).

Par contre, la numérisation des photographies est en cours (200 000 photographies numérisées sur 600 000). Depuis l'ouverture au public, la cadence s'est ralentie car cela demande beaucoup de travail de préparation en amont. Mais l'objectif est de la poursuivre à un rythme raisonnable.

Avez-vous établi des partenariats avec d'autres médiathèques (au niveau national, européen, mondial) ?

Odile Grandet : S'installer dans le paysage parisien est une priorité de la médiathèque. On travaille actuellement à une convention de pôle associé avec la Bibliothèque Nationale de France.

En tant que CADIST, on a des liens privilégiés avec le réseau des bibliothèques universitaires.  On s'inscrit notamment comme  Pôle Ethnologique de référence.

Nous avons une convention de partage documentaire en terme d'achats avec l'INHA. L'INHA achète l'histoire de l'art occidental, nous achetons ce qui n'est pas occidental, ceci pour le niveau Recherche.

De façon plus informelle, on cherche à travailler avec nos voisins situés de l'autre coté de la Seine : le Palais de Tokyo, le Musée Guimet (art de cour asiatique), la Maison du Japon, le Grand Palais, la Cité de l'architecture et du patrimoine , le Musée de la Marine (voyages de découvertes). Il faut qu'on s'harmonise, de façon à éviter les doublons par exemple.
On travaille aussi de façon rapprochée avec la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations (BULAC) (langues orientales notamment africaines).
On a travaillé à leur ouverture avec la Cité nationale de l'histoire de l'immigration et la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC).
Des relations se nouent également avec des structures étrangères, comme par exemple le Musée des civilisations au Canada.

Quel type de public fréquente la médiathèque ? Et quelles sont les demandes les plus fréquentes auxquelles vous avez à répondre ?

Odile Grandet : Nous disposons de deux lieux :

  • La médiathèque d'études et de recherche, de 1100 m2 , est située au cinquième étage, sur le toit du musée, et dispose de 200 places assises. Elle est fréquentée essentiellement par des étudiants et des chercheurs. Les trois disciplines majoritaires sont l'ethnologie, l'histoire et l'histoire de l'art.
  • Le salon de lecture Jacques Kerchache, situé au rez-de-chaussée,  fait 250 m2 et offre 50 places assises. Il est fréquenté aussi par des spécialistes mais également par le public du musée, qui se sent souvent concerné de par son histoire personnelle par les thématiques du musée. Les demandes portent sur les documents qui permettent de prolonger les expositions, les différents pays, des passions particulières comme les poteries précolombiennes ou les poupées du Mali, des contes, etc.

Quels sont les services documentaires que vous proposez au public ?

Odile Grandet : Le portail documentaire est très utilisé5. Pour la consultation des documents, les personnes inscrites doivent motiver leur demande. Elles peuvent réserver les documents à distance avant de venir les consulter. La consultation est en fait très simple. Tous les services classiques de bibliothèque sont en place : consultation de documents tous supports, PEB, information, réservation , consultation des catalogues à domicile, consultation des documents précieux sur rendez-vous, animations.
Faute de personnel, il n'y a pas de revue de presse.

Assurez-vous des prêts ?

Odile Grandet : Nous ne faisons pas de prêts aux particuliers. Il s'agit d'une collection de référence qui n'a pas vocation à être prêtée en dehors des collaborateurs du musée. C'est vrai que c'est un privilège ...  Par contre, on prête beaucoup aux musées, gratuitement, des livres, des objets, des photographies, etc. On a une commission des prêts et dépôts qui statue sur les demandes. Ce qui peut freiner un prêt, c'est l'état des documents.
Et la bibliothèque participe au réseau international de prêt entre bibliothèques ( PEB ou ILL).

L'établissement mène-t-il une activité éditoriale ?

Odile Grandet : Oui, elle est même importante. Le musée coédite avec des éditeurs privés comme Actes sud, Gallimard, Cinq continents, etc. Il publie aussi une revue qui s'appelle Gradhiva, qui occupe une place importante dans le monde de l'ethnologie et de l'anthropologie.
Bien sûr on édite les catalogues d'expositions.

Accueillez-vous des classes à la médiathèque ? Que proposez-vous en particulier aux enseignants ?

Odile Grandet : L'accueil des nombreuses classes au musée est assuré par le service éducatif. La demande est même très forte, de la maternelle aux classes préparatoires. L'association "visite du musée" + "salon de lecture" est possible. Par exemple, une classe de primaire travaillant sur une aire géographique vient s'installer, après la visite du musée, au salon de lecture pour consulter une sélection de documents qui aura été préparée avec l’enseignant et le service pédagogique du musée. A des lycéens ayant des options d'arts plastiques "lourdes" on apprend à se servir des catalogues en ligne pour qu'ils puissent accéder aux documents. Dans tous les cas, on part du projet de l'enseignant.
Le musée organise chaque année des présentations du musée pour les enseignants, ainsi qu'une initiation à la consultation des catalogues en ligne et des revues électroniques. On a organisé en 2007 des visites professionnelles « bibliothéconomiques » le lundi, de nombreux documentalistes de lycée sont d'ailleurs venus, ce qui me semble très positif.
Le site Web propose aux enseignants des outils en ligne , en particulier des mallettes électroniques liées aux thématiques du musée ou aux expositions.
La médiathèque participe aux manifestations culturelles comme les Journées du Patrimoine, Lire en Fête, le Printemps des poètes, etc. sous forme d'expositions d'ouvrages, de tables-rondes (les "rendez-vous").
En terme d'animation, le musée propose aux classes également des ateliers et des "visites contées" par aire géographique qui remportent un grand succès !

Galerie de photos

Vue générale du musée du Quai Branly depuis la rue de l'Université
Vue générale du musée du Quai Branly depuis la rue de l'Université
Entrée du musée depuis le Quai Branly
Entrée du musée depuis le Quai Branly
Médiathèque d'études et de recherche
Médiathèque d'études et de recherche
Postes de consultation
Postes de consultation
Rayonnages
Rayonnages
Vue sur la Seine depuis la médiathèque d'études et de recherche
Vue sur la Seine depuis la médiathèque d'études et de recherche
Salon de lecture Jacques Kerchache : les périodiques
Salon de lecture Jacques Kerchache : les périodiques

Photographies : Anne Francou avec l'autorisation du Musée du Quai Branly

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