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Les premiers prêts de liseuses : David Liziard

Par Anne Francou,
[décembre 2010]

Mots clés : bibliothèque municipale,édition électronique,diffusion de document

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Liseuse [Savoirscdi déc.2010]
Liseuse [Savoirscdi déc.2010]

Interview de David Liziard, directeur des médiathèques d'Issy-les-Moulineaux.

Site à consulter : http://www.issy.com/index.php/fr/culture/mediatheques

Bonjour Monsieur Liziard. Depuis quand êtes-vous à la tête des médiathèques de la ville ?

David LIZIARD : Depuis mars 2009.  Je suis directeur des deux médiathèques d'Issy-les-Moulineaux, celle située au centre-ville et celle des Chartreux.

Tout d'abord, les termes e-book, liseuse, et tablette sont-ils équivalents ?

David LIZIARD : Les gens connaissent le plus souvent le terme ebook parce que c’est celui qui a été utilisé en premier par les journalistes. Suite à l’apparition de nouveaux produits, les termes commencent à se préciser. Ebook veut dire livre numérique, ce qui laisse planer une ambiguïté entre le contenu et le contenant. En ce qui concerne le contenu, on préfère parler de texte électronique ou d’etexte -il s’agit de fichiers au format epub ou PDF que les gens connaissent depuis longtemps-. Pour le contenant, on parle plutôt de liseuse ou ereader ou lecteur électronique. On peut faire une dernière distinction qui concerne les produits de type tablettes : ce ne sont pas des liseuses mais  des appareils dont l’écran projette de la lumière. Ce sont les produits de type ipad ou Archos qu'on va plutôt appeler tablettes.

La médiathèque que vous dirigez a été la première en France à mettre en place un prêt de liseuses. Comment s'est mise en place cette expérimentation ?

David LIZIARD : Les médiathèques d’Issy-les-Moulineaux ont été les premières bibliothèques municipales à acheter suffisamment de liseuses pour pouvoir en proposer le prêt général au public. Il y avait quelques expériences antérieures sur des produits datant d’une dizaine d'années. A partir de 2008 la Bibliothèque Universitaire d’Angers a commencé à prêter dix, puis vingt tablettes à des étudiants. D’autres médiathèques avaient fait des tests mais elles achetaient toujours une poignée de liseuses, ce qui leur permettait de faire des tests auprès des bibliothèques ou des usagers mais pas vraiment de lancer un vrai service.
Comme nous avons voulu d'emblée faire du prêt, nous avons acheté 16 liseuses dès le départ, puis nous sommes passés à 22. Cela nous a permis de bien communiquer et d’en proposer l’usage à long terme.
Donc on n’était pas la première bibliothèque française à proposer ce service mais on était les premières médiathèques municipales à prêter des liseuses électroniques dans les mêmes conditions que les documents traditionnels, c’est-à-dire pour tous les usagers et pour une durée de 24 jours. Je crois qu’à l’heure actuelle on est toujours la médiathèque qui en propose le plus en France.
La réflexion a commencé en 2009. A cette époque-là, il y avait des produits qui sortaient pour le grand public. L’idée était de pouvoir offrir aux usagers l’occasion de tester des produits avec du contenu intéressant pour découvrir un nouveau mode de lecture.

Quels partenaires ont été engagés dans cette opération ? Quel en a été le coût global ?

David LIZIARD : Le coût global est de 5 800 euros pour l’ensemble des 22 liseuses que possède la médiathèque, sachant que les prix varient entre 190 euros et 300 euros suivant les modèles. Le marché évolue assez rapidement, maintenant tous les 3 mois de nouveaux modèles de liseuses ou de tablettes apparaissent. Il n’y a pas vraiment eu de partenariat financier puisqu’on a dû acheter l’ensemble des tablettes auprès des fournisseurs qui nous ont juste octroyé quelques avantages sur du matériel. Nous avons réalisé un partenariat avec Le MOTif,  une association qui s’occupe en région Ile-de-France de la chaîne du livre (éditeurs, libraires, auteurs et bibliothèques) et qui est en train de lancer une expérimentation : ils ont acheté des liseuses Opus qu’ils prêtent à la Bibliothèque Départementale des Yvelines, qui elle-même les prête aux bibliothèques de son réseau. Il s'agit plus d' un partenaire au titre des études qui vont être lancées sur ce sujet. Ils étaient présents lors de la conférence de presse qui a eu lieu le jour du lancement du prêt, le 6 janvier 2010.

Cette expérimentation a-t-elle rencontré l’adhésion de l’ensemble du personnel de la bibliothèque, ou bien y a-t-il eu des réticences ici ou là ?

David LIZIARD : Il n’y a pas eu de réticence. Après avoir lancé le projet,  il m’avait semblé important que le personnel puisse tester en amont ces produits. J’ai donc proposé à l’ensemble des agents de tester les liseuses électroniques avant le lancement public. A peu près un quart du personnel était volontaire, soit 15 agents sur 60. Ils ont  testé pendant trois semaines une liseuse et fait part de leurs commentaires à la fois sur l’utilisation de l'outil et sur leur intérêt personnel. D'après le questionnaire que j’avais distribué au personnel [1], à peu près 1/3  était vraiment intéressé suite au test et 2/3 en voyait moins bien l’intérêt. Ils ont eu à peu près les mêmes réactions que le public. C’était quand même un bon résultat qui a surtout permis au personnel de bien se familiariser avec le projet. Ils ont été au moins convaincus de l’intérêt de lancer cette expérimentation !

Quel est, selon vous, l'intérêt principal que présentent les liseuses ?

David LIZIARD : Le vrai intérêt des liseuses c’est, quand un texte n’est pas disponible sous sa forme papier, de pouvoir en disposer sous une version électronique,  reproductible. Il n’y a pas d’avantage absolu à la liseuse mais je pense que la possibilité de pouvoir lire un texte sur un format plus confortable que l’ordinateur est intéressante.

Venons-en aux aspects plus techniques. Quels modèles de liseuses ont-été retenus ? Selon quels critères ?

David LIZIARD : Mon idée était de proposer le plus large choix de modèles possible. A l’heure actuelle on propose cinq modèles en tout.  Les trois liseuses qu’on avait achetées à l’époque étaient les Sony PRS-505, un modèle qu’on voyait souvent en démonstration, et le modèle Cybook Gen3 de Bookeen. Juste au moment où on a lancé l’opération, Bookeen sortait aussi son modèle avec un écran un peu plus petit qui est le Bookeen CyBook Opus.  A ces trois modèles se sont rajoutés un Kindle de la société Amazon,  et plusieurs nouveaux modèles de Sony à écran tactile, les PR-600.
L’idée de départ était que les gens puissent tester un certain nombre de modèles différents. Vu la diversification actuelle du marché, on ne va sans doute pas acheter tous les modèles existants, on va vraiment attendre qu’il y ait des innovations spécifiques sur ces produits pour décider d’acheter tel ou tel modèle. C’est ce que l’on a fait avec Sony qui offrait avec la PRS-600 un écran tactile.
Techniquement, ces différents modèles présentent tous le même avantage, à savoir celui de l’encre électronique. C’est ce qui est vraiment nouveau avec ces produits. Contrairement à ce qu’on appelait un livre électronique il y a dix ans -à l’époque du CYTALE, une sorte d’écran de portable séparé-  les écrans d'aujourd'hui ne projettent pas de lumière, ce qui n'engendre pas la fatigue oculaire traditionnelle liée  à la lecture sur écran. C’est  la grande différence en termes de confort de lecture.
Les différences entre les modèles proviennent tout d’abord de la taille de l’écran. Si on prend le modèle Opus qui propose un écran plus petit,  l’avantage est qu’il tient dans une poche mais l'inconvénient est qu'on a moins de contenu sur une même page, ce qui rend la lecture de textes longs plus difficile. Les critères de choix se portent aussi sur les modalités de navigation, à savoir le nombre de boutons présents sur les machines, une belle présentation des menus, des dossiers, etc. Il y a quelques innovations sur le Kindle et le PRS-600 comme la possibilité d' ajouter des annotations sur le texte et d’utiliser un moteur de recherche interne. Un autre critère porte sur les tailles d’agrandissement. Il y a certains modèles comme le Bookeen Gen3  qui permettent  de choisir très précisément la taille d’agrandissement qu’on souhaite.

Quelle est l’autonomie moyenne de chaque liseuse ?

David LIZIARD : Elles consomment assez peu d’électricité. Je pense qu'en moyenne un modèle, si on l’éteint, peut être utilisé trois semaines entre chaque rechargement et si on ne l’éteint pas, environ une semaine. La particularité de ces machines est qu’elles consomment de l’énergie surtout quand on change de page ; elles en consomment moins quand on maintient simplement l’écran allumé.

L’usager peut-il annoter le texte ? 

David LIZIARD : Les fonctions d’annotation à mon sens ne sont pas très satisfaisantes. Il est certes possible d’intervenir un peu sur le texte en mettant des signets ou des zones de texte mais c’est assez peu repérable.  Pour le moment ce n’est pas au point.

Qui a participé au choix des contenus des liseuses ? Est-ce le personnel de la bibliothèque ? Qui a effectué le téléchargement des données ?

David LIZIARD : J’avais sollicité le personnel, mais en pratique c’est moi uniquement qui ai sélectionné le contenu. Il y avait d’abord d'un impératif technique, à savoir pouvoir gérer les opérations sur les machines puisque les liseuses ne sont pas bloquées, les usagers ayant la possibilité théoriquement d’intervenir sur le contenu pour en ajouter, pour en enlever. Il nous fallait donc trouver une manipulation qui nous assure que le contenu soit toujours le même après chaque prêt. Concrètement, les agents qui sont responsables de cette opération vident la liseuse et remettent dessus tout le contenu, en l’occurrence 200 textes identiques sur toutes les liseuses.
Mon objectif est de présenter un grand nombre de fichiers pour que l’usager ait un choix suffisant de textes susceptibles de l’intéresser. C’est une des raisons pour lesquelles on exclut l’usage des DRM [2]. Or, quand on a un verrou numérique sur le texte on ne peut pas procéder par copier-coller global, il faut vérifier quel texte correspond à chaque liseuse. Ce qui est vraiment une démarche texte à texte n’était pas possible pour nous. Même s'il est théoriquement possible d’acheter des textes, des nouveautés notamment, cela engendre des problèmes techniques qu’on n’aurait pas pu gérer avec notre modèle de prêt.
Les 200 textes sélectionnés devaient répondre à plusieurs conditions : il fallait que les textes soient libres de droits d’auteur et de traduction sur le territoire français. Il fallait qu’ils soient dans un format qui puisse être lisible sur liseuse donc de préférence sous format epub qui  permet d’agrandir ou de réduire très facilement la taille des caractères, ou par défaut au format PDF qui, lui, est moins pratique de ce point de vue-là. La troisième condition était que le texte soit bien corrigé « humainement » pour qu’il n’y ait pas d’erreur de retranscription automatique. C’est la raison pour laquelle on n’utilise pas -ou très peu- de textes de Google Books qui scanne des textes automatiquement sans correction derrière.
Une fois que ces conditions légales et techniques sont remplies, il reste un certain nombre de sites sur Internet qui proposent des textes libres de droit. Les trois sites qu’on utilise le plus sont le site Ebooks libres & gratuits, le site Feedbooks et le site Project Gutenberg.
Une fois le téléchargement effectué, on a opté pour un classement thématique. Les textes sont répartis sur une vingtaine de dossiers pour qu’ils puissent être suffisamment intéressants pour le grand public.

Quel traitement documentaire effectuez-vous de ces nouveaux supports et contenus ?

David LIZIARD : Chaque liseuse  a une notice dans le catalogue avec plusieurs exemplaires. On a mis un mot matière identique pour toutes les liseuses et après leur nom le nom technique de la machine ; par contre on n’a pas indexé les textes électroniques, on a simplement mis un fichier PDF à la fois en ligne sur le site de la mairie et à l’intérieur de chaque liseuse qui indique thématiquement les 200 textes qui sont présents [3].

Est-ce que vous envisagez de les intégrer dans le catalogue de la médiathèque ?

David LIZIARD :  Non. En fait la problématique est un peu différente par rapport à ces textes. Les gens ne se trouvent pas dans la situation où ils chercheraient un texte papier comme la Princesse de Clèves par exemple et ils se diraient qu'ils peuvent  le lire sur liseuse. On a juste fait du signalement de ressources gratuites dont on offre un accès un peu différent sur une machine qui est portable. Il faut dire aussi que les liseuses sont sur liste d’attente.

Les usagers intéressés empruntent une mallette. Que contient-elle exactement ?

David LIZIARD : Chaque pochette contient une liseuse avec un manuel d’usage pour une prise en main rapide [4]. On n’a pas repris les manuels donnés par les fournisseurs parce qu'ils ne sont pas toujours très clairs... D’autre part, ces modes d'emploi parlaient du téléchargement qui n’est pas une dimension sur laquelle on souhaitait former les usagers. On propose juste un guide pour repérer les boutons principaux et expliquer les petites différences entre les modèles, sachant que tous les usagers sont relativement autonomes au bout d’un quart d’heure.

Si un usager vous ramène une machine abîmée, qu’est-il prévu ?

David LIZIARD : En ce qui concerne les dégradations, les usagers signent une charte [5] qui leur rappelle qu’ils sont responsables du matériel qu’ils empruntent et qu’ils doivent le rembourser s’ils le perdent ou s’ils l’abîment. Les usagers prennent assez de précaution puisque nous n'avons eu qu’un seul cas de bris d' écran, où l’usager a payé la réparation qui devait s’élever à la moitié du prix de la liseuse. Sinon, on n’a pas eu de soucis particuliers.

Quel premier bilan tirez-vous de cette expérimentation à presque un an de fonctionnement ? Vos inscrits ont-ils de la curiosité pour ce nouvel objet ? Y-a-t-il un nouveau public pour ces  livres d'un genre nouveau ? Peut-on définir un profil type du lecteur de liseuse ?

David LIZIARD : En fait notre logiciel ne nous permet pas de croiser le profil des lecteurs avec les documents qu’ils empruntent. D’une manière subjective, j’ai l’impression que les usagers que j’ai vus emprunter des liseuses ont entre 30 et 80 ans ! La principale raison pour laquelle ils souhaitent tester est qu'ils ont entendu parler de ces produits ; ce sont généralement soit de gros lecteurs, soit des technophiles, ou bien un mixte des deux.
Cette expérimentation a suscité une forte curiosité de la part des usagers, ce qui a entraîné des  listes d’attente... qui pouvaient aller jusqu’à cinq mois !  Cela explique notamment pourquoi on a décidé de racheter des nouvelles machines.
Chaque mallette contient un questionnaire qu’on peut nous rendre suite à un emprunt. Environ 200 personnes à l’heure actuelle ont pu emprunter une des liseuses et la moitié environ a rendu le questionnaire. On dépouille ces questionnaires périodiquement, et on découvre que les emprunteurs sont tous satisfaits d’avoir pu faire cette expérimentation, d’avoir pu tester concrètement ce mode de lecture. Ils prennent tous acte de la nouveauté de l’entrée de l’électronique.
Les personnes qui apprécient vraiment ce que permet la machine sont les lecteurs de romans. La moitié de ces personnes indiquent qu’elles ont pu lire un livre en entier ou une nouvelle, ce qui veut dire qu'elles ont pu vraiment s’immerger dans une lecture sur la machine. Le meilleur commentaire à mon sens est  le suivant : « c’est bien, j’ai oublié que j’étais en train de lire sur une machine » -ce qui prouve qu'on peut davantage se plonger dans un texte avec une liseuse qu'avec un ordinateur. C’est surtout pour ce type de lecture linéaire que la liseuse remplit son rôle.
Les personnes les plus déçues sont celles qui s’attendaient à un objet de type ipad, c’est-à-dire un objet beaucoup plus polyvalent et beaucoup plus rapide. Dans ce cas-là, la liseuse est apparue comme quelque chose d’un peu vieillot. L’objet-liseuse n’est pas quelque chose qui a répondu à leurs attentes, mais ils ont été contents quand même de pouvoir le tester.
Les usagers qui s’attendaient à un dispositif permettant une lecture portable ont été satisfaits, par contre ils ont noté que le prix d'une liseuse était encore trop élevé et qu’ils n’allaient pas forcément en acheter une.

Selon vous, les prêts de liseuses viennent-ils concurrencer les prêts de livres traditionnels ?

David LIZIARD : Non, pas du tout. Il faut bien voir qu' on offre aux usagers la possibilité de tester un appareil une fois, ou plusieurs fois s’ils sont patients, mais que c’est vraiment quelque chose de ponctuel. A long terme, si vraiment des machines de type liseuses, tablettes ou autre l’emportent, les usagers devront les acheter. Eventuellement on en proposera en tant que dispositifs de lecture sur place dans les médiathèques.
Sur les contenus, les usagers ont pu tester 200 prêts de liseuses en un an, alors qu’on prête 680 000 documents par an. On avait plus une optique de découverte sachant qu’à l’heure actuelle la réalité de la lecture électronique est beaucoup plus le surf sur le web sur lequel les usagers vont lire beaucoup d’articles, visiter des blogs, des sites, etc. Pour le moment, le livre électronique reste quelque chose d'un peu virtuel, voire même de mystérieux parce qu’ils ne savent pas ce que c’est, alors que c’est une réalité assez simple finalement. A long terme, l'évolution dépend plus de facteurs qu’on ne maîtrise pas comme le marché du livre électronique, les solutions techniques choisies, le prix, l’usage de l’offre et les évolutions sociologiques et d’attente entre la lecture et l’usager.
Cette expérimentation nous a permis d’en savoir plus en tant que professionnels et de faire connaître ces machines-là aux usagers. A plus long terme, cela nous pose des questions d’un autre ordre, qui portent sur le contenu des documents numériques. Est-ce que ces documents numériques sont techniquement faciles d’utilisation pour nous et pour les usagers ? Est-ce qu’ils seront d’un coût  intéressant ? Est-ce que le coût se fera par exemplaire -ce qui est paradoxal pour un document numérique- solution parfois choisie par les éditeurs ? Par rapport à nos collections papier, est-ce qu’on choisira plutôt des titres rares ou est-ce qu’on choisira au contraire des titres très demandés ?

Comment envisagez-vous l'avenir des ressources électroniques en médiathèque ?

David LIZIARD : En ce qui nous concerne, on continuera cette démarche d’acheter de nouveaux dispositifs de lecture chaque fois que cela s’avèrera intéressant pour l'usager. Par contre, on essaie aussi de prospecter au niveau des contenus puisque c’est un peu la demande à laquelle on n’a pas encore répondu, et sur laquelle il existe aussi des interrogations de la part du public. Actuellement on réfléchit à toutes les offres qui concernent la presse en ligne, l’auto-formation, les livres numériques, en essayant de voir ce qui peut être le plus simple et le plus intéressant pour l’usager. On aimerait en début 2011 pouvoir proposer aux usagers sur place des ipad avec de l’offre de prêt grand public.

Avez-vous des demandes d’usagers qui vont dans ce sens ?

David LIZIARD : Non, d'ailleurs pour les liseuses non plus ça n’est pas venu d’une demande explicite des usagers. On essaie de voir ce qui pourrait correspondre à un usage qui existe déjà ; par exemple, on se dit que  la consultation de presse en ligne existe notamment sur les contenus gratuits. On a repéré parmi ce que proposent les fournisseurs certains contenus comme des revues payantes  dont on pourrait acheter les droits. Quand l'ipad est sorti sur le marché, on savait qu'on ne pourrait pas forcément le prêter car cela nous aurait amené à faire des choses beaucoup plus compliquées que le prêt de liseuses. Par contre, on essaie de trouver, plus que du surf Internet, du véritable contenu : il se trouve qu’on a une offre qui va nous permettre peut-être de le faire.

Est-ce qu'au fonds l’ipad ne va pas peu à peu supplanter les liseuses ?

David LIZIARD : Maintenant tous les six mois de nouveaux produits sortent, l'ipad aussi va être supplanté peut-être d’ici un an ou deux par d’autres produits. Il est vrai que c’est un produit beaucoup plus attractif et beaucoup plus polyvalent que la liseuse donc susceptible d’intéresser un plus large public. Il est certain aussi que si quelqu’un achète l’un de ces terminaux, il ne va peut-être pas s’acheter à la fois un ipad et une tablette. Néanmoins, tout ceci dépend beaucoup des habitudes de chacun : je ne sais pas si tout le monde peut vraiment lire un livre en entier sur un ipad et si c’est vraiment le but de l’objet, sachant qu’il est plus lourd, qu’il est lumineux. Il n'existe aucun produit numérique qui puisse être parfaitement fiable, à chaque fois il y a des avantages et des inconvénients. Pour le moment, le livre numérique permet dans certains cas de résoudre certains problèmes liés au poids et à la disponibilité des textes ; par contre on n' a pas encore de produit aussi parfait que le livre papier du point de vue de la simplicité d’utilisation.
On va donc continuer à observer ce qui arrive et à explorer. C’est une situation complexe puisqu’il y a un triangle entre les possibilités technologiques, les offres du marché concernant les contenus et les attentes et usages du public.

Pensez-vous faire évoluer l'offre de contenus des liseuses ?

David LIZIARD :  Cela ne dépend pas de moi... Actuellement avec l’utilisation de DRM, non, sauf si on choisissait de faire un modèle un peu différent, c’est-à-dire prêter beaucoup moins de textes à la demande. Mais pour le moment cela reste quelque chose de techniquement très compliqué. Il existe des textes sans DRM mais qui, pour le moment, ne sont pas forcément intéressants pour le public. On souhaite étudier des offres de contenus payants mais qui ne soient pas alors sur liseuse mais en accès à distance par exemple. Il y a plusieurs modèles qui existent soit avec des DRM et chrono dégradable, soit sur des reconnaissances d’IP sur place ou à distance. On essaiera de trouver la solution en terme de contenu et d’économie qui pourra intéresser le plus les usagers.

Une question plus personnelle maintenant.  Etes-vous vous-même un lecteur de ebooks ?

David LIZIARD : Je m’étais acheté en 2009 un Ebook Gen3, avec lequel j’ai pu beaucoup lire, notamment des textes gratuits. J’ai lu ou relu tout Flaubert sur liseuse ce qui était intéressant pour moi pour voir qu’on pouvait vraiment se plonger dans la lecture. Par contre, ce n’est pas forcément quelque chose que je fais de manière régulière, cela dépend beaucoup plus de la disponibilité des textes. Si je récupère sur Internet un texte de 200 pages, je vais regarder s’il existe en format epub ou pas -malheureusement c’est assez peu le cas- et si jamais il existe, dans ce cas, il est très plaisant de pouvoir le mettre sur liseuse parce que cela permet d’éviter de le lire intégralement sur ordinateur ou de devoir tout imprimer. Ce n’est pas du tout une habitude de publier sur Internet de manière à pouvoir télécharger facilement dans un format compatible.

Quels seraient, selon vous,  les progrès à faire du côté des éditeurs de ressources en ligne ?

David LIZIARD : Il faut vraiment que l’éditeur fasse le travail de créer son fichier dans le bon format. S'il y avait plus de fichiers epub sur Internet je lirais certainement plus sur ce support-là. Par contre j’ai essayé d’acheter les textes chez différents libraires. Cela n’est pas très facile à cause des DRM et il est encore moins facile de les transporter sur une liseuse. Ces modèles ont l’inconvénient d’être fermés, de lire un seul opérateur économique qui contrôle ses prix et les contenus de l’offre. Une fois que les gens ont enregistré leur numéro de carte bleue pour leur Kindle ou leur Apple, il y a peu d’étapes intermédiaires avant le téléchargement qui est simplifié. Les modèles plus ouverts permettent plus de choses, plus de choix, mais demandent plus de manipulation : l’usager doit savoir de quels logiciels il a besoin, comment gérer les DRM, etc.
Malheureusement il y a plusieurs facteurs qui semblent pousser le marché actuellement vers des modèles fermés, comme le fait le Fnacbook qui est un modèle complètement intégré : l'usager télécharge ses textes  à partir d’une machine dédiée qui permet d’acheter directement sur le site de la FNAC. J’ai peur que malheureusement cela soit plus simple pour l’usager de choisir cette solution à court terme...

Dernière question. Est-ce que ce type d'expérimentation va s’étendre à d’autres médiathèques ?

David LIZIARD : Environ une vingtaine d’établissements m’ont contacté parce qu’ils souhaitent eux-mêmes lancer ce type d’expérimentation soit en prêt, soit en consultation sur place.

Notes de bas de page

[1] Pour visualiser le questionnaire, cliquer ici

[2] DRM = Digital Rights Management = Dispositif de Contrôle d'Usage. Programme inséré dans les fichiers en téléchargement pour en contrôler la copie ou/et  la lecture.

[3] Pour visualiser la liste des textes des liseuses, cliquer ici

[4] Pour visualiser le manuel d'usage, cliquer ici

[5] Pour visualiser la charte, cliquer ici

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