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La BILIPO : BIbliothèque des LIttératures POlicières

Par Alain Le Flohic,
[novembre 2004]

Mots clés : littérature , bibliothèque , polar

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La BILIPO : BIbliothèque des LIttératures POlicières
Interview de Michèle Witta, bibliothécaire à la Bilipo.

Propos recueillis pour Savoirs CDI par Alain Le Flohic, documentaliste au lycée Henri Avril - Lamballe et membre de l'équipe d'organisation du festival "Noir sur la Ville" qui se déroule chaque année dans cette ville (22)

Pourriez-vous nous présenter la Bilipo : Pourquoi ce nom ? Par qui et quand a t'elle été créée ?

Michèle Witta : La BILIPO représente la contraction de son nom véritable : BIbliothèque des LIttératures POlicières. Il s'agit de l'une des sept bibliothèques spécialisées du réseau des établissements municipaux de Paris. L'idée d'une telle bibliothèque, unique au monde dans sa conception et ses buts est née il y a plus de vingt-cinq ans dans les esprits visionnaires de nombreux personnages. Elle doit son existence à la convergence de trois volontés collectives et distinctes. En ce qui concerne les bibliothécaires parisiens, ils étaient nombreux à s'être aperçu dans les années 1970, époque où le mouvement baptisé "néopolar" naissait et où les premiers enfants du baby-boom investissaient les bibliothèques publiques comme lecteurs aussi bien que comme membres du personnel, que le genre policier était ignoré ou déconsidéré parmi les fonctionnaires en place. Il était courant à cette époque d'accepter des dons d'ouvrages policiers et de les mettre à la disposition du public dans des cartons ouverts au pied des banques de prêt. Le lecteur inscrit pouvait emprunter deux ou trois ouvrages inscrits sur sa carte et piocher dans le carton quelques livres au format de poche puisque c'est ainsi que se présentaient les principales collections de l'époque. Ces emprunts sauvages n'étaient pas contrôlés et certains titres importants sinon mythiques n'étaient jamais intégrés aux collections des bibliothèques. C'est la raison pour laquelle un groupe de professionnels amateurs ou passionnés du genre ont dès 1975 décidé de réagir, de composer une bibliothèque idéale à l'usage de leurs collègues et de préparer une première exposition sur la littérature policière. Le temps que celle-ci voit le jour les futurs fondateurs de l'association 813 des amis de la littérature policière s'étaient rendu compte que les romans policiers étaient pour la plupart indisponibles à la Bibliothèque Nationale de la rue de Richelieu et, après enquête, avaient appris que l'ensemble des collections avaient été confiées à la bibliothèque de l'Arsenal qui n'avait pas les moyens de les mettre en valeur. Lors de la rédaction des statuts de l'association, son bureau y inscrivit la création d'une bibliothèque spécialisée. De nombreux bibliothécaires parisiens appartenant au groupe ci-devant mentionné ayant adhéré à l'association dès sa création proposèrent de soutenir la signature d'une convention entre la BN et la Ville de Paris pour la conservation et la mise en valeur de ces fonds inexploitables et qui ne pouvaient être confiés à une association de type 1901. Cette convention a été signée en 1983 et nous a attribué ces ouvrages. Nous recevons depuis lors un exemplaire du Dépôt légal de chacune des parutions. La première BILIPO a ouvert en 1985 dans les locaux de la bibliothèque Mouffetard. A l'heure actuelle et dans des nouveaux locaux inaugurés en 1995 la BILIPO promeut toutes les littératures policières.

Comment fonctionne t'elle ? Quelles sont ses missions ?

Michèle Witta : La BILIPO est une bibliothèque de recherche consacrée à un genre littéraire qui se développe aussi bien dans le monde de l'édition qu'au sein de l'université. Elle conserve de manière absolue toutes les collections françaises de romans policiers et d'espionnage quelle que soient leur valeur littéraire. Bien que tous les ouvrages soient exclus du prêt ils sont accessibles à tous en consultation. Mis à part les dizaines de milliers de romans et fascicules préservés dans des conditions optimales de sauvegarde du patrimoine, la bibliothèque offre à ses lecteurs plus de 6000 ouvrages documentaires traitant du roman policier, de ses auteurs, du cinéma ou de la BD policière mais aussi de l'histoire et du fonctionnement des polices ou de la criminalité. Chercheurs, étudiants, auteurs ou journalistes peuvent s'y renseigner sur les affaires criminelles passées ou en cours, sur les effets des diverses substances toxiques ou sur le dressage des chiens policiers. Depuis plusieurs années l'équipe s'investit dans le partage avec le corps enseignant de ses connaissances pour faire découvrir et apprécier les meilleurs auteurs et leur style aux élèves du CE2 à la terminale. La BILIPO est le centre de ressources principal sur le genre et propose à travers diverses expositions et publications la promotion de la littérature policière. Ses bibliothécaires sont amenés à assurer des formations visant des publics divers, à participer à des colloques, débats et festivals à l'intérieur ou à l'extérieur de l'hexagone. Ils se tiennent gracieusement à la disposition de leurs collègues en lecture publique ou en CDI pour établir des dossiers ou des bibliographies à la demande.

Y a t'il d'autres bibliothèques de ce genre en France, à l'étranger ? pour d'autres genres littéraires (SF, BD..)

Michèle Witta : La littérature policière est un genre populaire dans de très nombreux pays cependant il n'existe nulle part de structure publique équivalente à la BILIPO. C'est la raison pour laquelle elle accueille un nombre particulièrement important de lecteurs étrangers. Le seul (et beaucoup plus prestigieux) établissement équivalent est le CNBDI d'Angoulême qui promeut la bande dessinée.

Vous créez des expositions. Pouvez-vous nous parler de certaines d'entre elles ? Qui décide des thématiques ?

Michèle Witta : Dans les premières années de sa re-création la BILIPO s'est attachée à promouvoir le roman policier à travers son histoire éditoriale et a rendu hommage aux principales collections mythiques dédiées au genre (Série noire, Rivages, Grands détectives, Le Masque, Fleuve noir…) Certains auteurs ou personnages se sont aussi vu consacrer des expositions (Sherlock Holmes, Frédéric Dard, Simenon…) D'autres expositions ont privilégié le caractère historique de la littérature policière et populaire (Le Crime à Paris au XIXe siècle, La Naissance du détective privé, Enquête sur le roman policier pour la jeunesse…) Nous décidons nous mêmes de la programmation de ces manifestations qui sont en général liées à l'actualité (centenaire, anniversaire etc.)

Les établissements scolaires peuvent-ils emprunter ces expositions ? Existent-ils un catalogue en ligne ?

Michèle Witta : Dans l'ensemble ces expos sont assez importantes en terme d'encombrement (8 à 10 panneaux de 110x140 cm) et trouvent plus facilement place dans des établissements disposant de véritables salles de présentation. Nous ne gérons absolument pas la location de ces modules qu'on peut négocier auprès de Paris-bibliothèques, structure gestionnaire des manifestations culturelles de tous les établissements dépendant de la Mairie de Paris et éditeur des catalogues et ouvrages que nous produisons. La liste des expositions est disponible sur le catalogue d'Exporégie : http//www.exporegie.com

Les établissements scolaires et leur élèves peuvent-ils faire appel à vos services ?

Michèle Witta : Bien sûr. Deux de nos collègues qui ont travaillé plus particulièrement sur la grosse exposition consacrée au roman policier pour la jeunesse ont mené de nombreuses actions en direction des établissements scolaires et, même s'ils ont réduit leur participation à ce type d'animation au cours des derniers mois, ils sont toujours prêts à donner pistes et conseils aux documentalistes et professeurs. On peut les joindre au numéro de téléphone de la BILIPO : 01 42 34 93 00 ou leur laisser un courriel à bilipo1@free.frn. Nous traitons toutes les demandes précises qui nous parviennent dans les plus brefs délais qu'elles proviennent d'adultes ou d'enfants. Les jeunes sont les bienvenus à la bibliothèque qu'ils sont nombreux à fréquenter pour lire romans ou mangas lorsqu'ils ne doivent pas préparer un exposé sur tel ou tel auteur.

Comment devient-on bibliothécaire à la Bilipo ?

Michèle Witta : Le personnel de la BILIPO appartient au corps des agents de la Mairie de Paris, recrutés sur concours équivalents mais distincts de ceux de l'Etat. Nous sommes peu nombreux (1 conservateur, 3 bibliothécaires, 1 "assistant qualifié", 1 "assistant" et 1 magasinier) et certains d'entre nous n'ont pas l'intention de quitter leur affectation. Cependant la roue tourne !

Quelles sont vos missions ?

Michèle Witta : A titre personnel je suis chargée de la veille éditoriale (recensement de tout ce qui paraît dans notre domaine de compétence), des commandes (collections anciennes, ouvrages documentaires en français et en langues étrangères.) Nous ne commandons aucun roman récent puisqu'ils nous parviennent par le Dépôt Légal ou par Services de presse). Je m'occupe du secrétariat du groupe de lecture qui analyse la production et conçoit la revue annuelle "Les Crimes de l'année", une sélection critique des meilleurs titres parus et plus particulièrement encore des index qui accompagnent chacun de ces titres. Je suis enfin chargée de toutes les formations en direction des professionnels (bibliothécaires, documentalistes) et des rencontres informatives destinées aux lycéens.

Vous participerez au festival "Noir sur la ville" de Lamballe. Vous déplacez-vous souvent dans les festivals de polar ?

Michèle Witta : Autant que possible ! Et j'essaye de les découvrir tous et de pouvoir en parler autour de moi aussi bien à ceux qui souhaiteraient en créer de nouveaux qu'aux jeunes ou anciens auteurs qui les ignoreraient encore. Cependant le polar n'est pas encore très bien considéré et nous ne bénéficions pas de frais de mission pour ce faire.

Quel est votre investissement personnel dans le développement de ce genre littéraire ?

Michèle Witta : Financier, énorme (rire). Plus sérieusement : je lis un polar par jour pour pouvoir conseiller mes collègues. J'apporte la bonne parole à tous ceux qui la réclament. J'essaye de rencontrer tous les acteurs du genre. Je vis dans ce monde littéraire. Mais je n'ai aucune envie de meurtre, je ne me prends jamais pour miss Marple, je ne souhaite pas écrire mais je traduis à l'occasion des auteurs de langue anglaise en français. En cela je suis les traces da ma grand-mère et de mon père qui travaillaient épisodiquement pour la Série noire et j'ai enfanté une fille qui a elle aussi signé une traduction d'un roman atypique de Lawrence Block. Comme un certain personnage bien connu je suis tombée dans la marmite quand j'étais petite et j'ai moi la chance de pouvoir déguster quelques louches de ma potion magique tous les jours. Que rêver de mieux ?

Quels sont vos auteurs préférés ?

Michèle Witta : Voici une question à laquelle je refuse de répondre. J'aime toute la bonne littérature policière des origines à nos jours et je fais des découvertes incessantes. Alors, peut-être, celui ou ceux qui me surprendront demain !

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