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Information stratégique et concurrentielle à l'université

Par Josiane Ducournau,
[août 2016]

Mots clés : veille stratégique, mesure de l’information, accès aux documents

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Julia Trémolières travaille dans un domaine très particulier de l’information stratégique et concurrentielle : la bibliométrie. Elle nous présente son parcours et son métier.

À noter

Cet entretien est disponible dans les formats pdf, epub et mobi.

Dans quel type de structure travaillez-vous ?

L'université de Bordeaux, plus précisément l'IdEx, une cellule qui structure, coordonne et pilote les projets et programmes mis en place dans le cadre des Investissements d'Avenir [1].

Ces investissements font émerger des pôles d'excellence dans l'enseignement supérieur et la recherche scientifique au niveau mondial. Chaque année, en collaboration avec les organismes de recherche et les établissements partenaires de l'initiative d'excellence, des programmes innovants dans le domaine de la recherche, sont évalués, valorisés et les plus brillants sont financés.

Quel est votre parcours universitaire et/ou professionnel ?

Mon parcours est atypique. Mais je lisais récemment un papier sur des cadres RH [2] et leur retour sur expérience concernant le marché de l'emploi, et bien figurez-vous que le parcours atypique devient typique. Nous sommes de plus en plus nombreux. Selon les entretiens, nous sommes exceptionnels ou bien à l'inverse, qualifiés d'instables, de girouettes. J'ai choisi de me diriger vers la documentation à la suite d'un long travail de trois mois : un bilan de compétences. Le métier de documentaliste regroupait toutes les compétences que je possédais et les challenges professionnels que je souhaitais relever. J'ai ensuite effectué une Evaluation en Milieu de Terrain dans un service doc, afin de confirmer ma motivation et débuter ma formation à l'université. La rentrée suivante j'ai intégré le DUT InfoNum, effectué en année spéciale (anciennement GIDO [3]), obtenu en 2014. Je suis donc documentaliste junior… À 36 ans !

Au tout début, j'ai commencé par des études d'histoire de l'art ; une de mes deux passions, avec les sciences. Puis j'ai doucement pris le chemin du commerce, et je dois avouer que mes expériences dans ce secteur furent extrêmement riches, j'y ai fait l'acquisition de compétences spécifiques mais aussi de qualités professionnelles. Cependant, j'ai senti à un moment que j'avais acquis l'essentiel. J'étais prête pour le changement, pour un métier qui mobiliserait des compétences déjà présentes et d'autres que je développerais avec enthousiasme. Ma vie d'avant, c'était le commerce et le marketing. J'ai une licence en marketing et stratégie visuelles, que j'ai mises au service d'entreprises multinationales.

Il y a quantité de compétences transversales que j'applique dans mes nouvelles fonctions. Il ne faut pas penser que lorsque l'on se réoriente, même plusieurs fois, tout ce que l'on a accompli avant est balayé, bien au contraire. Ce sont même de sérieux atouts. Alors oui, il y aura toujours des recruteurs qui chercheront un profil plus « linéaire ». Pour autant, il me semble que lorsque l'on se réoriente sur le tard, on déploie une sacrée motivation, pour tout quitter, repartir à l'aventure. Ça n'est pas un long fleuve tranquille, c'est beaucoup de travail et de remise en question, de doutes, mais alors faire ce qui vous plaît c'est tellement génial. Du coup on a l'envie, la motivation, et avec cela, rien ne vous arrête.

J'observe de plus en plus la communication de témoignages ou d'études sur la transversalité des métiers. Dans un article d'Archimag, une documentaliste expliquait le soin qu'elle apportait à son mobilier et à l'agencement de son centre de ressources. Elle soulignait l'importance de penser cela en amont, avec un certain nombre de critères afin d'optimiser son pôle doc. Ayant travaillé 10 ans dans le secteur du commerce, je connais l'impact d'une stratégie visuelle dans l'espace, du confort visuel de l'expérience utilisateur, de l'efficacité d'un support de communication. Je trouve que c'est judicieux de s'y intéresser (évidemment on prêche une convaincue me direz-vous !) et c'est une préoccupation et je le constate de plus en plus, dans de nombreux secteurs publics.

Le marketing, l'expérience utilisateur (l'UX), l'ergonomie et le visuel, ou encore la gestion de budget d'un centre de documentation sont enseignés dans la formation GIDO. Je recommande toutefois d'aller plus loin que l'enseignement si c'est un domaine qui vous intéresse, mais c'est comme tout, aller plus loin c'est mieux. Evidemment j'avais un peu d'avance sur ma promotion dans ces matières !

En somme, j'aime à lier mes compétences acquises par le passé et celles acquises récemment.

Quelles sont vos fonctions ?

Au sein de ce pôle de coordination des projets et programme de recherches, ma mission est de consulter les projets de recherche proposés par des candidats chercheurs étrangers et de trouver les évaluateurs (reviewer dans notre jargon très angliciste) experts dans leurs domaines, pour attester de l'excellence et du caractère innovant ou non, de leur contenu. C'est le peer review (évaluation par les pairs)

Tous les projets sont en anglais. Au bout du processus d'évaluation, s'ils sont sélectionnés pour être financés, ils intégreront les unités de recherche de la région pour deux ou trois ans afin d'y mener leurs recherches.

Il faut au minimum trois évaluateurs pour évaluer un projet. De cette façon, le comité de sélection, qui intervient lors de la dernière étape, possède un outil d'aide à la décision. Les évaluations sont transmises aux membres du comité deux semaines avant leur réunion.

En terme de volume, c'est 120 projets et plus de 200 évaluateurs contactés sur quatre ou cinq mois. Je vérifie et épluche leur identité digitale, leur réseau, trouve leur mail et les contacte.

Je travaille également en back office du site internet, pour déposer les projets, créer les accès uniques et nominatifs pour chaque évaluateur vers projet qui lui est destiné. Idem pour les membres du comité de sélection. Chaque destinataire ne doit voir que ce qui lui est destiné. C'est aussi un outil de contrôle pour constater les passages sur le site.

A la clôture des différents programmes, après diffusion des projets retenus, nous utilisons des outils permettant de réaliser des bilans, de façon à évaluer l'interdisciplinarité entre les unités de recherche de la région, le nombre d'évaluateurs contactés, dans quels délais, ceci pour permettre un retour d'expérience. De cette façon, il sera possible d'ajuster nos méthodes pour les prochaines sessions. Cela peut prendre la forme de graphiques, à l'aide de Node XL par exemple.

Quel intitulé proposeriez-vous pour définir votre fonction ?

Gestionnaire de ressources documentaires scientifiques.

Expliquez-nous ce qu'est la bibliométrie ?
-Quels sont vos indicateurs ?
-Utilisez vous la méthode des citations ?
On retrouve dans votre mission, l'importance de réseaux d'experts : peut-on parler "d'évaluation par les pairs" ?

La bibliométrie est un outil d'analyse de l'activité scientifique. Les formations sont d'ailleurs en train de se multiplier tant les possibilités d'exploitation sont multiples. Les publications disponibles sur les réseaux de diffusion dédiés à la recherche comme Web of science [4], Scopus [5], informent sur le nombre de publications du chercheur, la fréquence de sa production puis les citations par les pairs. Plus vous êtes cités, plus vos travaux sont salués et votre notoriété augmente. De cette façon, votre travail, vos recherches font avancer vos pairs dans les leurs.

Ces indicateurs permettent, sous réserve de vérification, d'évaluer statistiquement les travaux scientifiques d'un chercheur ou d'un groupe de recherche. Si un chercheur publie plusieurs fois par an, que ces travaux sont cités, ses indicateurs vont augmenter.

L'indicateur c'est le h-index (ou indice de Hirsh);  il quantifie l'activité d'un chercheur, depuis l'obtention de son Doctorat. Il calcule la relation entre la fréquence de ses publications ainsi que les citations par ses pairs.

L'évaluation par les pairs est essentielle pour la recherche et la publication scientifique. C'est une analyse de crédibilité, réalisée par des experts choisis sur des critères de compétences et de notoriété. Partager et soumettre les travaux à l'expertise de ses pairs permet de contrôler la qualité du projet de recherche. La démarche, la méthodologie sont-elles originales, innovantes ? Les données qui mènent à la réalisation de l'objectif sont-elles exactes ?

Il faut toutefois rester extrêmement vigilant. Par expérience, cela ne peut être l'unique facteur déterminant. Le pilotage par les indicateurs ne peut être une méthode utilisée seule. Il faut par exemple contrôler les revues dans lesquelles le chercheur a publié (renommées ou non ?), les citations (qui l'a cité ?), ses travaux ou son poste dans l'institution dans laquelle il exerce, l'âge du chercheur (en effet car l'h-index ne cesse d'augmenter), puis aussi considérer avec soin les périodes qui pourraient paraître moins productives (grossesse, congé parental, maladie).

C'est finalement beaucoup de vérifications et de doubles vérifications. Enfin, il faut aussi être en alerte sur les fraudes et les erreurs. Certains sites comme Retraction Watch [6] les dénoncent, il est important de les consulter et/ou les suivre, sur Twitter par exemple.

La condition des chercheurs en France est complexe. Pour bon nombre d'entre eux, en plus de leurs fonctions dans les institutions, en plus de leur travaux de recherche, ils enseignent, encadrent des formations et dirigent des unités de recherche. En plus, ils devraient maintenir une fréquence élevée de publications régulièrement saluées par leurs pairs, c'est titanesque. Les statistiques ont leurs limites, lorsqu'il s'agit d'humains.

C'est le phénomène publish or perish (publier ou périr) cette expression qui dénonce la pression que supportent les chercheurs sur le « rendement » qui leur est demandé afin d'avancer dans leur carrière.

Sans compter que dans certains domaines comme l'archéologie par exemple, l'h-Index n'est pas révélateur, le réseau des évaluations prend une route très différente. Des chercheurs renommés de l'époque byzantine, ou spécialisés en anthropologie pour les rites funéraires par exemple, ont de tout petits h-index. C'est que leurs travaux n'ont pas les mêmes facteurs de temporalité, à l'évidence c'est sans comparaison, c'est parfois le travail d'une vie, puis les circuits de publication sont spécifiques.

Par ailleurs, les évaluateurs doivent répondre à une clause les obligeant à nous signaler s'il y a conflit d'intérêt, si par exemple eux-mêmes travaillent sur ce sujet précisément, où s'ils connaissent le candidat, auquel cas ils déclinent, afin d'éviter des situations délicates.

Si l'expert accepte l'évaluation, il y a une date limite pour rendre son évaluation, puis il est gratifié. Le document d'évaluation qui nous est envoyé par l'évaluateur est anonyme. J'extrais toutes les remarques dans une base de données, qui me permettra en suivant de produire un document synthétique de façon à avoir une vue d'ensemble sur tous les projets.

En quoi cette science est-elle incontournable dans l'évaluation des organismes de recherche, et dans l'attribution de financement ?

Les enjeux sont conséquents et pas seulement d'un point de vue financier.

Les outils bibliométriques sont indispensables, mais doivent être accompagnés par le contrôle, la veille et la méthode d'un documentaliste. Il faut s'assurer que le projet du candidat relève d'un niveau d'excellence et d'innovation remarquable, dont les critères sont définis par l'université. Pour cela, j'ai la mission de trouver les évaluateurs reconnus experts dans leurs domaines.

Si son projet est retenu, le chercheur viendra travailler dans une unité de recherche française. Sa famille l'accompagnera s'il en a une. C'est un engagement, une responsabilité pour toutes les parties impliquées, l'université, le laboratoire qui le reçoit, puis pour le chercheur. Bien que le pôle dédié qui les accueille fasse un travail admirable en les accompagnant dans leur installation et dans leurs démarches administratives, il vivra tout de même deux ou trois ans, le temps de ses recherches, dans un autre pays. Certains déclinent finalement, c'est arrivé.

La recherche fondamentale n'est-elle pas favorisée par la bibliométrie par rapport à la recherche appliquée ?

Il me semble qu'il n'y a véritablement pas de franche frontière entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée. Les découvertes et innovations communiquent entre elles. Les outils bibliométriques sont des résultats statistiques, des indicateurs. Ils indiquent justement, mais ne statuent pas de manière immuable sur la valeur fondamentale de tels ou tels travaux ou équipes de recherche. La découverte d'un nouveau matériau de liaison d'une composition innovante peut enclencher une avancée en aéronautique puis en aérospatial, puis en astronomie. L'étude de la poussière interstellaire peut entraîner une découverte, ou permettre de développer une nouvelle application. Idem en biochimie ou dans le biomédical.

Quels sont les moyens de recherche que vous utilisez le plus souvent, vos outils privilégiés, vos méthodes ?

J'utilise un outil présent dans l'intranet de l'université : Scopus puis Google Scholar [7]. Je n'ai pas reçu de formation scientifique. En revanche et cela peut paraître anecdotique mais je suis amateur de science-fiction et de hard science-fiction (littérature, bandes dessinées, films dont les technologies, découvertes ou évolutions ne sont pas contradictoires avec l'état actuel, au moment de la réalisation de l'œuvre, avec les avancées scientifiques).

Si ma compréhension reste indéniablement globale, mon intérêt pour les sciences me permet d'être à l'aise pour comprendre les problématiques car je trouve cela passionnant d'avoir accès à ces travaux. J'ai la sensation, à mon tout petit niveau, de participer au rayonnement de la recherche !

Une fois que j'ai dégagé les mots clés et le domaine précis d'expertise, j'effectue une recherche avancée, parfois avec l'aide d'opérateurs booléens. J'obtiens alors un grand nombre de résultats. Sur Scopus, il y a possibilité d'affiner encore la recherche : publications sur les deux, cinq, dix dernières années (davantage sur d'autres comme Web of Science qui peut remonter jusqu'en 1945. Selon les disciplines cela peut-être intéressant, mais le plus souvent je sélectionne les publications récentes, à N-5 au maximum, moins de 6 mois sur certains domaines), le nom de l'auteur, des co-auteurs, la revue etc.

J'explore les intitulés des publications. Puis les noms des auteurs. C'est à ce moment qu'entrent en scène les outils bibliométriques. Combien de fois a été citée cette publication. Cela parait long mais il faut parvenir à l'effectuer « en diagonale », avec de l'entraînement.

Sur Scopus, mes résultats de recherche sont donc une liste de publications. Pour chaque article, sont inscrits les noms des chercheurs impliqués dans cette recherche. Parfois il est seul, mais c'est rare. La plupart du temps il y a 4 ou 5 noms. Le premier est l'auteur principal, le « cerveau », en suivant, les co-auteurs (il est toutefois complexe de connaître la part de travail de chaque co-auteur, il est souvent arrivé que j'aille plus loin dans l'examen des travaux des co-auteurs avec finalement une issue différente de ma stratégie initiale), et enfin, le dernier nom : le relecteur/rédacteur. C'est bien sûr l'auteur principal qui nous intéresse, néanmoins il est intéressant aussi examiner les relations entre ces individus et possiblement avec l'auteur du projet du candidat qui sera évalué (Se connaissent-ils ? Y-aura t-il conflit d'intérêt ?)

Je consulte l'h-index des auteurs principaux et des co-auteurs.

Si mes recherches sur Scopus sont compliquées (cela peut arriver pour certains domaines, les sciences de la terre par ou l'écologie par exemple) que je sens que ça me prend trop de temps, je n'hésite pas à être une documentaliste rebelle : je tape une expression entière dans la barre de recherche de Google ou Google Scholar, c'est mon plan Z, mais souvent cela fonctionne. Néanmoins, je prends en compte que le périmètre des sources de Google Scholar n'est pas précis (attention au calcul des citations et à la sélection des revues).

Dans des domaines comme la physique par exemple, je me suis parfois cassé le nez. Les travaux des physiciens sont véritablement les seuls pour lesquels je me fie pleinement à mes techniques de veille et de recherche experte. Puis disons que mes connaissances en physique s'améliorent ! Il ne faut pas hésiter à rapidement chercher le sens d'un mot, d'un concept.

Ensuite, une fois l'évaluateur identifié, commence une enquête sur ses travaux, son institution, ses réseaux sociaux (Twitter est parfois un excellent outil de veille, si le chercheur en possède, pour constater sa place dans l'actualité scientifique), pour m'assurer que son expertise est bien en lien avec le sujet. Pour cela, le module veille stratégique suivi en formation GIDO s'est révélée indispensable : définir un plan de recherche avec les informations dont j'ai besoin, identifier les sources et le contenu de qualité. Si tout est cohérent, je le contacte par mail.

La publication en open access a-t-elle changé votre façon de travailler ?

Je ne connais que l'open access. C'est une avancée tout à fait géniale pour tous les acteurs de la recherche scientifique mais aussi des amateurs, des étudiants, des documentalistes, des bibliothécaires. Ce principe d'accessibilité permet aussi aux chercheurs de s'approprier le circuit de l'information scientifique, en évitant possiblement les dérives du modèle économique des éditeurs. Il y a deux voies principales dans l'open access : 

  • la voie verte : le chercheur dépose lui-même son article dans une archive ouverte numérique. L'article peut échapper à l'évaluation par les pairs avant publication. Les travaux d'un chercheur peuvent ne pas être pris en compte dans l'évolution de sa carrière. On pourrait toutefois penser que l'excellence ne passe pas inaperçue.
  • La voie dorée : le chercheur publie dans des revues académiques soumises à abonnement, lesquelles rendent toutefois possible le libre accès sous certaines conditions. C'est un système économique auteur/institution payeur (l'un ou l'autre paient le droit à la publication)

 C'est extraordinaire d'avoir cet accès rapide à l'information scientifique dans le monde entier. Pour autant, c'est véritablement pour les chercheurs que ce mouvement a changé la donne.

Ces informations scientifiques disponibles grâce à ces bases de données posent aussi la question de l'infobésité et de l'utilisation qu'en font les chercheurs. Derek John de Solla Price, physicien anglais, spécialiste de l'histoire des sciences et de la science de l'information avait fait part en 1963 de sa réflexion dans son œuvre Little science, big science. En effet, outre l'utilité de publier pour protéger la propriété intellectuelle de sa découverte scientifique, celle de faire progresser sa carrière, il y a aussi l'idée que « chaque article repose sur la fondation de papiers antérieurs, puis il sert à son tour de point de départ, entre autres, pour l'article suivant ». C'est par là même un outil efficace de mise en relation entre les chercheurs. C'était les prémices de la pensée de l'open access. Pour en savoir plus sur l'œuvre trop méconnue de ce visionnaire de « la science de la science » [8].

Peut-on parler de littérature grise ?

Les projets scientifiques des candidats postulants sont de la littérature grise. Ils sont soumis aux règles de la propriété intellectuelle et non contrôlés par l'édition commerciale. Les évaluateurs signent une clause de confidentialité avant d'avoir accès aux documents. Et l'accès est ultra sécurisé.

Les travaux que je peux consulter sur la base de données Scopus, Web of Science, HAL [9] ou encore Google Scholar n'en sont pas, ils sont en open access.

Vous êtes donc confrontée à des enjeux stratégiques et confidentiels ? Travaillez-vous dans un système hyper sécurisé ?

Totalement. Le contenu des projets retenus ont été validés comme étant excellents et innovants dans les domaines de la biotechnologie, de la physique, de l'astronomie, de l'écologie, ou encore de l'archéologie. Tous ces travaux de recherche sont attractifs pour l'industrie ou plus simplement pour des équipes de recherche avec des angles de travail similaires. Les candidats auteurs de ces projets sont des chercheurs très prometteurs, parfois sollicités par d'autres grandes universités. Ce sont des contenus confidentiels.

L'accès aux projets se fait par notre site, avec des mots de passe changeants et limités dans le temps. Chaque évaluateur a son accès, son temps limité, je vérifie en back office qu'il s'est bien rendu dans son espace, combien de fois. A l'évidence, les évaluateurs ne résident pas dans des pays en conflit ou dont le régime politique va à l'encontre des valeurs de la république.

Vos outils permettent-ils de détecter des thèmes émergents de recherche ?

Oui ce serait possible si l'on m'en confiait la mission et les moyens technologiques. On pourrait tout à fait utiliser les outils de la bibliométrie pour identifier les technologies émergentes et les communautés scientifiques associées. Rien qu'en analysant les termes utilisés lors des recherches sur Web of Science ou Scopus, il serait envisageable de traiter ces données pour les analyser et en extraire les domaines leaders, la transversalité des sciences appliquées vers les sciences fondamentales. Il y a potentiellement encore beaucoup d'applications à mettre en place pour optimiser ses outils.

Derek John de Solla Price que j'ai cité précédemment fut d'ailleurs, avec Eugène Garfield (créateur de l'Institute of Scientific Information) l'un des premiers chercheurs à penser que la science peut être « cartographiée » en proposant l'analyse de l'indexation des articles publiés et des citations partout dans le monde.

Selon vous, quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre métier ?

Etre pugnace. La responsabilité est lourde il faut donc être prêt à chercher, vérifier, re-vérifier. Avec le temps une base de données s'est constituée, mais les sujets des projets sont tellement divers qu'il faudra toujours trouver les experts compétents. A mon sens, il est important d'avoir le souci d'être efficace, savoir travailler en autonomie, être la co-équipière sur laquelle on peut compter. Je tiens cette qualité de mon passage chez Nike, ils ont une culture d'entreprise très positive basée sur le coaching sportif, leurs techniques me servent encore aujourd'hui !

Le doute ne m'effraie pas, au contraire. Je lis, je m'informe car tout est en mouvement, constamment. Je n'hésite pas à me remettre en question, à revoir ma méthode. J'aime échanger avec mes pairs mais aussi les chercheurs et tous les corps de métiers que je peux être amenée à mettre en lien avec mon activité. Pour servir mes objectifs, je dois être capable de revoir mes idées, ma réflexion, mon angle de travail.

Je dirais aussi être organisé, c'est très proche d'un poste de gestion de projet parce qu'il y a beaucoup de dates limites, d'outils de suivis à mettre à jour constamment, il faut être rigoureux. Par la même, une bonne résistance au stress, parfois on a des moments « sous l'eau » il faut apprendre à rester positif et enthousiaste. Encore une fois, lorsque je travaillais dans le commerce et marketing, il fallait automatiquement arriver au top de sa forme, avec le sourire, parce que cette énergie est insufflée à tous les collaborateurs. J'ai appris à le faire, c'est une gymnastique. Attention je ne dis pas non plus de mettre un masque, on peut être en petite forme, mais il est complètement possible de retourner cet état en une attitude positive et donner le ton de sa journée.

Posséder une curiosité d'esprit naturelle est aussi un sérieux atout, de façon à ne pas subir les constantes recherches et les vérifications. Pour moi les sciences de l'information et de la communication, c'est passionnant, j'aime chercher et apprendre.

Quelles sont les compétences que vous mobilisez ?

Parler et écrire anglais est indispensable. Il faut avoir un solide niveau car tous les projets sont en anglais, avec du vocabulaire technique. Puis Scopus, Google Scholar, toutes les sources à vérifier sont en anglais.

Avoir des méthodes de gestion de projet, pour respecter les dates limites et maitriser toutes les étapes. Mon expérience dans le marketing, au cours de laquelle des opérations commerciales d'envergures nationales étaient organisées tous les mois et demi, a été un sacré entrainement.

Les techniques de veille stratégique, de contrôle d'e-réputation, de gestion de bases de données, la maîtrise des réseaux sociaux, savoir travailler en back office d'un site internet en comprenant les ramifications et savoir faire un peu de code.

Les compétences techniques de la documentation sont indispensables, la recherche experte, l'utilisation de mots clés, d'opérateurs booléens. A mon sens, les documentalistes peuvent, avec leurs techniques, intégrer n'importe quel secteur. Ou combiner leurs compétences avec un secteur qui leur plaît. Puis avec le temps on devient expert. Mais les techniques, savoir chercher, valoriser et diffuser forment et restent le socle de notre métier.

Notes de bas de page

[1] Opens external link in new windowhttp://idex.u-bordeaux.fr/fr/n/L-IdEx-Bordeaux/La-Mission-Investissements-d-avenir/r3128.html

[2] RH : ressources humaines

[3] GIDO :  Gestion de l’information et du document dans les organisations

[4] Web of science : Opens external link in new windowhttps://fr.wikipedia.org/wiki/Web_of_Science

[5] Scopus : Opens external link in new windowhttps://fr.wikipedia.org/wiki/Scopus_(Elsevier)

[6] Opens external link in new windowhttp://retractionwatch.com/

 

[7] Opens external link in new windowGoogle Scholar permet d’effectuer une recherche portant sur des travaux universitaires : articles revus par des comités de lecture, thèses, livres, résumés analytiques et articles. Des sources provenant des éditeurs scientifiques ou sociétés savantes, de sites d’archives ouvertes, des universités et des organisations de recherche.

[8] En ligne sur Savoirs CDI : https://www.reseau-canope.fr/savoirscdi/societe-de-linformation/le-monde-du-livre-et-de-la-presse/histoire-du-livre-et-de-la-documentation/biographies/derek-j-de-solla-price.html

[9] HAL : Opens external link in new windowhttps://halshs.archives-ouvertes.fr/

 

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