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Entretien avec Claire Lespinasse qui est professeur documentaliste au collège Louis Jouvet de Gamaches (80). Elle est interrogée par Stéphane Moronval.

Pouvez-vous présenter brièvement votre établissement ?

Claire Lespinasse : J'exerce depuis déjà 16 ans au collège Louis Jouvet de Gamaches. C'est un établissement de 650 élèves, situé dans une commune d'environ 3000 habitants, dans la Somme. Les élèves viennent surtout des petites communes alentour, la plupart sont donc demi-pensionnaires. On peut donc qualifier notre public de « rural ». Mais notre collège présente aussi la particularité de comporter un internat qui accueille actuellement une soixantaine d'élèves : ils sont souvent attirés par la section sportive football et viennent alors de tout le département. Quelques internes sont également placés au collège pour des raisons sociales ou familiales, dans le but d'obtenir le Brevet des collèges. En effet, nos résultats dépassent la moyenne académique. L'équipe de professeurs est assez dynamique, toujours prête à innover et il se passe donc plein de choses au collège !

Pouvez-vous succinctement présenter les actions en lien avec l'éducation artistique et culturelle que vous animez ou auxquelles vous contribuez, au titre de professeur documentaliste et/ou référente culture ? Quelle place y tiennent les partenariats ?

Claire Lespinasse : En tant que professeur-documentaliste, j'organise essentiellement des actions autour de la lecture. J'ai ainsi inscrit plusieurs classes du collège pour participer à des défis lecture : le Prix des Incorruptibles, le Prix BD des collégiens samariens et le Défi Babélio junior. Cela me donne l'occasion de développer le fonds d'ouvrages de littérature jeunesse, mais aussi de mener des séances en collaboration avec les professeurs de lettres, où je peux amener les élèves à développer leurs compétences info-documentaires. Je travaille également avec une autre classe sur un projet interdisciplinaire (lettres et sciences) autour de Jules Verne, qui aboutira en fin d'année à une visite de la maison de l'écrivain à Amiens et à la réalisation d'une exposition interactive par les élèves.

Je propose aussi régulièrement des sélections thématiques de livres du CDI, pour faire vivre le fonds et attirer les élèves. Je sollicite souvent les collègues de lettres avant chaque période de vacances, pour inciter les classes à emprunter des ouvrages sur un thème en lien avec les cours (les héros, les monstres, la littérature fantastique, l'autobiographie, l'enfance, la guerre 1914-18...) La séance dure une heure, puisque avant l'emprunt je réinvestis toujours des compétences documentaires, comme par exemple rechercher les ouvrages dans le CDI à partir des notices e-sidoc, présenter un livre à l'oral, publier un avis de lecteur...

Enfin je propose des actions plus ponctuelles, en faisant venir des expositions temporaires au CDI, pour lesquelles je réalise systématiquement un questionnaire pédagogique, ou bien en profitant des manifestations nationales comme le Printemps des poètes, la semaine de la francophonie ou la Semaine de la presse à l'école.

Les actions d'éducation artistique et culturelle sont donc très liées à ma mission d'enseignement, puisque ce sont pour moi autant d'occasions de proposer des séances pédagogiques et de travailler les compétences info-documentaires des élèves.

A ces projets dont je suis « maître d'œuvre », se rajoutent les actions proposées par les collègues, que j'accompagne en tant que référente culture de l'établissement. Mon rôle consiste alors à aider les collègues dans l'organisation de sorties par exemple. Je leur communique les informations utiles, les brochures des structures culturelles pour choisir un spectacle, les dossiers de financement à compléter pour obtenir une subvention du Conseil Départemental notamment...

Ensuite je recense les actions de l'établissement, en veillant simplement à ce que l'offre culturelle soit assez diversifiée (cinéma, théâtre, musées..) et concerne l'ensemble des classes du collège. Le tout est validé au Conseil pédagogique.

Comment avez-vous été amenée à vous impliquer dans la gestion de l'outil Folios ?

Claire Lespinasse : Je connaissais déjà l'outil Webclasseur, qui a précédé l'application Folios, car nous étions « collège pilote » depuis 2011 pour l'ONISEP. Au moment de sa mise en place dans l'établissement, le Principal du collège m'a demandé d'en être l'administratrice, en contrepartie d'une IFIC (indemnité pour fonctions d'intérêt collectif). Comme cela m'intéressait, en ce que les fonctions proposées préfiguraient celles d'un ENT, j'ai accepté cette proposition. Ma mission d'administratrice était assez lourde néanmoins, car je devais créer manuellement chaque compte et les attribuer aux classes. Mais j'en ai profité pour proposer une progression documentaire autour de l'orientation, avec des séances « PDMF » (Parcours des métiers et des formations) au CDI ou en salle multimédia sur un trimestre par niveau, ce qui me permettait de revoir régulièrement les élèves après l'IRD de 6e, et d'approfondir avec eux l'utilisation de BCDI, la recherche dans le kiosque Onisep, et la recherche sur Internet.

Notre collège a ensuite été doté de l'ENT en 2014, et le webclasseur a été intégré directement dans le menu avec une identification unique (connecteur par CAS). Comme j'avais déjà les compétences nécessaires, je suis passée administratrice de l'ENT : il s'agit de récupérer les codes créés depuis l'annuaire académique, de les communiquer aux utilisateurs, et également de gérer les ressources numériques. A partir de 2015, la rémunération afférente à cette mission s'est transformée en IMP (Indemnité pour Mission Particulière) et j'ai été officiellement nommée « référente numérique » pour l'établissement. La mission, qui était jusqu'alors essentiellement technique, s'est enrichie d'un aspect de formation pour les enseignants afin de les aider à développer l'usage du numérique en classe.

Courant 2016, à l'occasion de la mise en place de la Réforme du collège, l'Onisep a remplacé l'outil Webclasseur par l'application Folios. Cela n'a pas posé de problème, la mutation des comptes s'est faite sans souci, le contenu des espaces classes a même pu être transféré intégralement et pour l'utilisateur le changement a été « transparent » puisque tout était intégré dans l'ENT. J'ai été contactée en mars 2016 par la délégation régionale de l'Onisep qui m'a demandé si j'acceptais de reprendre la fonction d'administratrice. Etant à la fois référente numérique et référente culture, et forte de mon expérience antérieure pour la manipulation des interfaces de gestion, cela m'a semblé naturel de m'investir pour la mise en place de Folios. J'ai toutefois demandé une formation d'initiative locale qui a eu lieu début juillet 2016, à destination de mes collègues enseignants de disciplines et plus particulièrement professeurs principaux, afin que chacun d'entre eux puisse s'approprier cet outil et soit à même de renseigner les parcours éducatifs des élèves (parcours culturel, mais aussi parcours avenir, parcours santé et parcours citoyen).

En quoi consistent vos tâches d'alimentation et de gestion de Folios ?

Claire Lespinasse : Dans mon planning, je prévois chaque lundi deux heures de travail pour Folios. Je commence par recenser dans l'agenda de l'ENT et auprès du principal adjoint toutes les actions prévues dans l'établissement pour la semaine à venir. J'en profite pour envoyer un mail d'information aux journalistes, pour leur signaler les événements qui mériteraient d'être mis en valeur par un article dans la presse locale.

Ensuite, je reporte les actions prévues dans un tableau de suivi des Parcours par domaines et par classes, afin de garder une vision d'ensemble et une trace écrite. C'est ce tableau qui me sert en fin de trimestre à compléter la case « Parcours éducatifs » dans les bulletins scolaires sur Pronote.

Enfin, je crée un document par action dans l'outil Folios. Je me contente d'une trame succincte, avec un titre, un résumé et une image libre de droits trouvée sur Internet, et la mention du parcours et du niveau. Puis j'associe chaque document aux classes concernées en les recopiant dans l'espace-classe correspondant. Depuis septembre 2016, j'ai ainsi publié 90 documents à ce jour (début mars 2017). Je réutilise ensuite les images libres trouvées pour Folios, lorsque j'alimente la rubrique « actualités » du portail e-sidoc.

Quel est le degré d'appropriation de Folios par les élèves ?

Claire Lespinasse : J'ai la chance d'avoir pu négocier avec mon chef d'établissement des séances pédagogiques régulières avec toutes les classes, en remplacement d'une heure de permanence. En effet, notre collège étant rural et la grande majorité des élèves demi-pensionnaires ou internes, les emplois du temps des classes, avec la mise en place de la réforme, comptaient de nombreuses heures libres puisque les horaires des transports scolaires n'ont pas été modifiés. J'ai donc proposé une progression info-documentaire de la 6e à la 3e, sur le modèle de l'emploi du temps que j'ai mis en place depuis 2011 avec le PDMF.

Cela me permet de voir les élèves tout au long de leur scolarité au collège [1] :

  • 1h tous les 15 jours sur toute l'année en 6°
  • 1h par semaine au premier trimestre pour les 5°
  • 1h par semaine au second trimestre pour les 4°
  • 1h par semaine au troisième trimestre pour les 3° 

Les élèves de 6° peuvent s'approprier le CDI, découvrir les ressources papier et numériques, utiliser e-sidoc et réfléchir à leur identité numérique. Pour les 5° et 4°, je m'arrange pour proposer des séances en lien avec l'un des 4 parcours éducatifs, tout en amenant des compétences documentaires. La plupart de mes séances pédagogiques fait donc l'objet d'un document sur Folios, tel que présenté plus haut : titre, résumé, image, le cas échéant je mets le support de la leçon en pièce jointe. Par exemple :

  • choisir un livre du CDI et publier un avis de lecteur sur e-sidoc -> parcours culturel,
  • réfléchir à la validité de l'information sur Internet avec un jeu de piste pour démêler info et intox -> parcours citoyen
  • connaître le droit d'auteur et le droit à l'image -> parcours citoyen
  • utiliser un formulaire sur Folios pour enquêter sur un métier à partir de clips vidéo -> parcours avenir 

Pour les 3e, il s'agira surtout de les accompagner dans la préparation de l'épreuve orale du DNB, lors de laquelle ils peuvent soit présenter un travail interdisciplinaire réalisé en EPI, soit présenter une action s'inscrivant dans l'un des parcours éducatifs.

Au début de chaque période, je présente à chaque classe les 4 parcours éducatifs, et je les familiarise avec l'outil Folios afin que chacun complète son « profil » en indiquant ses centres d'intérêt, ses atouts, et ses idées de métiers. Pour les élèves de 3e, je remplace cette séance par la réalisation de leur CV sur Folios.

Et à chaque fin de trimestre, j'emmène les élèves en salle multimédia pour récupérer les documents depuis leur espace-classe, puis modifier chacun des documents en indiquant leurs impressions ou leurs souvenirs dans la zone « description ». Je les incite aussi à créer des documents personnels pour compléter et enrichir leurs parcours à partir de leurs expériences individuelles (comme la participation à un club, la pratique d'un sport, des sorties culturelles en famille...)

Les photos ci-dessous illustrent une telle séance, menée avec une classe de 4e à la fin du deuxième trimestre 2016-2017. 

Quels sont, selon vous, les limites/facteurs limitatifs actuels de votre action concernant Folios ? Le cas échéant, qu'est-ce qui permettrait que l'outil soit pleinement exploité dans le cadre du PEAC et des autres parcours ?

Claire Lespinasse : Malgré la formation d'initiative locale mise en place en juillet pour les professeurs principaux, je reste actuellement la seule enseignante du collège à alimenter le Folios... Bien que les collègues aient trouvé les fonctionnalités intéressantes, ils n'ont matériellement pas le temps de créer des documents ou des formulaires, et encore moins celui d'emmener les classes en salle multimédia pour les former à l'utilisation de cet outil. Mais mon mari étant professeur d'histoire-géographie, je vois au quotidien combien la réforme nécessite une refonte complète des cours, et je comprends bien que mes collègues ne peuvent ajouter cette tâche à leurs missions toujours grandissantes : à un moment donné, on arrive à la limite du système et face aux diverses priorités, Folios leur semble secondaire.

Cependant dans un établissement de 650 élèves, il est quasi impossible que l'utilisation d'un tel outil soit portée par une seule personne. Je fais mon maximum pour familiariser l'ensemble des élèves à son utilisation, mais matériellement je ne peux consacrer que 2 séances par niveau à cet outil. Les élèves de 5° par exemple ont terminé les séances d'info-documentation en décembre, et depuis ils n'ont pas complété leur dossier sur Folios. Il ne me reste plus qu'à espérer qu'ils puissent par la suite devenir autonomes et compléter leurs documents sur leur temps libre au CDI … à moins que je trouve le temps en juin de reprendre toutes les classes en salle multimédia pendant une heure pour que les élèves puissent compléter leurs comptes.... (?!) Ma contribution est déjà prenante en temps, mais incomplète car je pense que je n'utilise pas toutes les fonctionnalités de Folios, comme la création de formulaires notamment, ou encore l'utilisation de séances « clés en mains » pour le parcours avenir (proposées par l'Onisep).

Seules des heures dédiées, en dehors du temps disciplinaire déjà très serré, permettraient l'appropriation de cet outil par l'ensemble de la communauté éducative, et donc une pleine exploitation. Par exemple, la remise en place d'heures de vie de classe au sein des emplois du temps, à la condition qu'elles n'empiètent pas sur l'enseignement des disciplines.

En outre, le fonctionnement actuel, qui me permet de remplacer des heures de permanence par des séances pédagogiques, repose uniquement sur un accord du chef d'établissement, mais il est susceptible d'évoluer. Je crains notamment de devoir renégocier tout cela en juin prochain car notre principal va faire valoir ses droits à la retraite... et le statut des professeurs-documentalistes, en l'attente de la parution d'une circulaire de missions qui clarifierait notre rôle pédagogique [2], n'est pas favorable pour l'instant. 

Pour aller plus loin

La fiche outil remise aux élèves

Notes de bas de page

[1] Il y a 5 classes de chaque niveau, cela me prend donc 10 h par semaine soit ? de mon temps de travail

[2] Ce témoignage a été rédigé et recueilli en mars 2017, avant la publication de la nouvelle circulaire de missions.

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