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Plusieurs textes réglementaires ont institutionnalisé depuis 2013 la mise en place d'un Parcours d'Education Artistique et Culturelle pour chaque élève, de l'école au lycée. Or, depuis longtemps, le CDI est au cœur de la question culturelle dans les établissements secondaires. Il est donc intéressant d'aborder ce parcours, qui fait l'objet d'une lente appropriation, sous l'angle du rôle que peut y jouer le professeur documentaliste. C'est à cela que s'attache ce dossier, illustré par des témoignages recueillis auprès de professeurs documentalistes en poste dans l'académie d'Amiens.

Ces recueils d'expérience appellent deux remarques préalables : 1/ comme on va le voir, notre implication dans la mise en œuvre du PEAC peut être extrêmement diversifiée, nos différents champs d'intervention étant souvent complémentaires sinon interactifs ; si ces témoignages seront appelés pour particulièrement illustrer tel ou tel aspect des choses, il a donc été choisi de préserver la pluralité d'actions dont ils rendent compte. 2/ le présent texte montrera pareillement que le PEAC n'est qu'un cadre permettant la structuration et l'individualisation d'actions déjà pratiquées ; si il n'a pas forcément, en tant que dispositif, fait pour l'heure l'objet d'une appropriation de la part des équipes, ses bases existent déjà et ce sont elles (avec leurs éventuelles limites…) qui seront avant tout illustrées ici.

Plan du dossier

Un parcours : qu'est-ce que c'est ?

Les parcours éducatifs ont été inscrits dans la loi d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la République du 8 juillet 2013 [1].

Un parcours éducatif est conçu comme un processus progressif, guidé, qui offre à chaque élève la possibilité, par la découverte et l'expérimentation, de mobiliser, développer et renforcer ses compétences. Les parcours éducatifs visent à relier et mettre en cohérence ce qui est abordé dans les enseignements réalisés dans la classe et lors des actions menées dans les temps périscolaire et extrascolaire. La notion de parcours éducatif passe ainsi par l'idée d'une acquisition progressive de connaissances et de compétences qui s'accumulent tout au long du cheminement de l'élève, un cheminement dont le principal moteur doit être l'élève lui-même. Son accompagnement par toute l'équipe pédagogique doit lui permettre à la fois de structurer ses acquis et de s'approprier son propre parcours. La dimension individuelle du parcours s'insère donc dans une logique d'établissement, une programmation intégrée à l'organisation pédagogique de l'école [2], du collège ou du lycée, qui balise le chemin emprunté par l'élève.

À l'école, au collège ou au lycée, les parcours prennent donc appui sur les programmes et sur les différents dispositifs pédagogiques mis en place (accompagnement personnalisé, enseignements d'exploration, périodes de formation en milieu professionnel, etc.). Ils doivent fonctionner en pluridisciplinarité et interdisciplinarité, dans le cadre de moments concertés et co-construits par les équipes pédagogiques. Aucune heure dédiée n'est cependant attribuée, les parcours fonctionnant sur les horaires des différents enseignements disciplinaires et des autres dispositifs déjà inscrits à l'emploi du temps.

La mise en œuvre des parcours passe aussi par le développement de projets partagés et territoriaux avec des partenaires extérieurs à l'institution scolaire comme des associations, des collectivités ou des institutions culturelles, pour leur permettre d'intervenir auprès des élèves.

Du point de vue de l'élève, les parcours, fondés sur une démarche de projet, doivent s'installer sur la durée, non pas seulement annuelle, mais bien au-delà, sur l'ensemble de la scolarité.

Les parcours que l'élève va réaliser au cours de celle-ci sont aujourd'hui [3] au nombre de quatre : 

  • Le parcours avenir (de la 6è à la Terminale) ;
  • Le parcours d'éducation artistique et culturelle (de l'école au lycée) ;
  • Le parcours citoyen (idem) ;
  • Le parcours santé (de la maternelle au lycée). 

Les deux premiers ont été nommés dans la loi d'orientation de 2013. La mise en place du parcours citoyen a été annoncée après les attentats de janvier 2015 ; celle du parcours santé, au début de l'année 2016.

Les parcours ne sont pas, en tant que tels, notés. En revanche, sur le temps de la scolarité obligatoire (soit du CP à la 3ème), l'évaluation des activités réalisées dans leur cadre contribuent à la validation du socle commun de connaissances, de compétences et de culture [4]. Une place est pareillement dédiée à l'appréciation des parcours dans le nouveau livret scolaire unique qui va progressivement être mis en place pour ces niveaux [5]. Enfin, les modalités d'examen du nouveau DNB offrent la possibilité, lors de la nouvelle épreuve orale, d'une évaluation sur un projet réalisé dans le cadre des parcours [6].

Pour garder la trace de ses réalisations et valoriser ce qu'il a appris, chaque élève va progressivement avoir la possibilité de renseigner Folios, une nouvelle application en déploiement depuis 2015 [7]. Cette plate-forme en ligne, accessible aussi aux équipes éducatives et aux familles, permet de constituer et d'enrichir un portfolio numérique qui suit l'élève de la 6è à la Terminale [8]. Il offre quatre fonctions principales : il permet le stockage et la synthèse de ce qui a été réalisé (y compris dans un cadre extrascolaire), sa communication ; c'est aussi un espace virtuel qui offre des possibilités de mutualisation, de coordination et de travail collaboratif ; et enfin une boîte à outils qui met à disposition certaines ressources.

Le parcours d'éducation artistique et culturelle

Deux textes officiels ont clairement défini ce que doit être le PEAC institué par la loi d'orientation de 2013 : la circulaire interministérielle du 3 mai 2013 [9] (dont la publication a été suivie par la diffusion d'un guide de mise en oeuvre) [10], qui a ensuite été précisé par l'arrêté du 1er juillet 2015 [11]. Ils sont venus compléter les différents textes orientant déjà la mise en œuvre de l'éducation artistique et culturelle à l'Ecole [12], dont les principes ont en outre été rappelés par « une Charte pour l'éducation artistique et culturelle » officialisée conjointement par les ministres de l'éducation nationale et de la culture à l'été 2016 [13].

Les finalités de cette nouvelle impulsion sont plurielles : amplifier et mettre en cohérence les dispositifs et actions déjà développés, en s'efforçant de remédier aux inégalités d'accès à la culture et aux pratiques artistiques qui demeurent ; exploiter le potentiel représenté par certains domaines artistiques peu présents à l'école, et celui des ressources artistiques, culturelles et patrimoniales locales ; articuler, dans le domaine de l'éducation artistique et culturelle, les possibilités offertes par la réforme des rythmes scolaires entre l'enseignement dispensé sur le temps scolaire et les activités périscolaires.

Concrètement, le PEAC vise à organiser l'éducation artistique et culturelle de façon continue et cohérente sur le temps long des scolarités primaire et secondaire. On le rappellera, l'éducation artistique et culturelle à l'école est pensée comme étant à la fois une éducation à l'art (acquisition par les élèves d'une véritable culture artistique, riche, diversifiée et équilibrée ; découverte des grands domaines artistiques) et une éducation par l'art (formation de la personne et du citoyen ; accès à l'autonomie et au sens de l'initiative). Elle repose donc sur trois piliers indissociables : 

  • Des rencontres, directes ou indirectes (via différents médias, notamment numériques), avec des œuvres artistiques et des objets patrimoniaux ; avec des artistes, des artisans ou des professionnels des arts et de la culture ; avec des lieux d'enseignement, de création, de conservation, de diffusion…
  • Des pratiques, individuelles et collectives, dans des domaines artistiques diversifiés
  • Des connaissances : on cherche ici l'appropriation de repères culturels – formels, historiques, esthétiques, techniques, géographiques - et d'un lexique spécifique simple permettant d'exprimer ses émotions esthétiques, de porter un jugement construit et étayé en matière d'art et de contextualiser, décrire et analyser une œuvre ; le développement de la faculté de juger et de l'esprit critique. 

Ces piliers vont être abordés dans le cadre des enseignements obligatoires, et particulièrement ceux de culture humaniste (arts visuels et artistiques, éducation musicale, français, histoire et géographie, EPS, langues vivantes…), les enseignements scientifiques et technologiques pouvant aussi apporter d'utiles contributions. Obligatoire de la primaire au lycée, l'enseignement de l'histoire des arts est évidemment, par son contenu et son caractère transdisciplinaire un support privilégié.

Dans ce continuum, le PEAC doit être jalonné de projets spécifiques portant sur les arts et le patrimoine. Ces projets, qu'ils soient au cœur des enseignements, disciplinaires ou pluridisciplinaires, ou organisés dans leur prolongement, sont autant de temps forts marquants et mobilisateurs. La circulaire du 3 mai 2013 propose de l'école primaire au collège une périodicité minimale : « au moins une fois par cycle, il est souhaitable qu'un des grands domaines des arts et de la culture soit abordé dans le cadre d'un projet partenarial conjuguant les trois piliers de l'éducation artistique et culturelle. »

Enseignements et projets mis en place dans ce domaine peuvent s'appuyer sur les dispositifs existants et actions éducatives relevant de l'éducation artistique et culturelle, qu'ils soient nationaux ou locaux. On en trouvera une liste non exclusive plus bas ; ceux-ci doivent être considérés comme des outils à intégrer dans un projet pédagogique pensé en amont, et non comme des fins en soi.

De tout cela se dégage une série d'idées fortes complémentaires, qui doivent guider la mise en œuvre du PEAC : 

  • on l'a vu, celui-ci s'appuie sur une démarche de projet, pourvoyeuse de sens, de stimulation par l'implication, permettant l'interdisciplinarité et le décloisonnement.
  • Au niveau de la conception des actions qui vont nourrir le PEAC, il convient de respecter une série de principes : appui sur les enseignements obligatoires, garants des fondamentaux d'une éducation artistique et culturelle véritablement démocratique et généralisée ; cohérence (à l'intérieur de chaque projet ; au regard des enseignements parallèlement suivis ; vis-à-vis des autres projets) ; complémentarité (avec les autres projets ; avec les enseignements ; entre les acteurs) ; progressivité (prise en compte des possibilités des élèves ; entre les projets successifs) ; équilibre (entre les domaines abordés et la temporalité des œuvres étudiées)
  • La mise en place de ces actions repose sur le travail en équipe. Le PEAC doit en effet favoriser le travail pluridisciplinaire autour d'objets communs. Les actions envisagées peuvent en outre concerner plusieurs classes, plusieurs niveaux, plusieurs établissements, plusieurs degrés (une attention particulière pourra dans ce cadre être portée à la liaison école-collège). Et elles ont tout à gagner à bénéficier de l'implication de partenaires extérieurs à l'Ecole venus de structures qui constituent l'environnement culturel de chaque établissement (artistes, techniciens, médiateurs ou plus largement professionnels des arts et de la culture) 

Afin de faciliter au niveau des établissements la construction du PEAC par l'ensemble des intervenants, la troisième partie de l'annexe de l'arrêté du 1er juillet 2015 propose un référentiel. Celui-ci présente trois entrées par les trois piliers de l'éducation artistique et culturelle ; chaque pilier est défini en grands objectifs de formation. Chaque grand objectif se décline ensuite en repères de progression selon les cycles d'apprentissage, ces repères formulés en terme d'actions et activités de l'élève constituant des éléments indicatifs, souples, à moduler en fonction des projets et des situations. Le document met en outre chaque grand objectif en lien avec les cinq domaines du socle commun de connaissances, de compétences et de culture [14].  

Notes de bas de page

Pour leurs diverses contributions à la réalisation de ce travail, l'auteur tient à adresser ses plus sincères remerciements : 

  • À Mmes Christine Dobrowloski, Delphine Lefèvre, Claire Lespinasse et Claire Turpin, collègues professeurs-documentalistes de l'académie d'Amiens qui ont accepté de faire part de leur expérience, de leurs points de vue (dont l'auteur s'est efforcé de respecter l'esprit sinon la forme), et de communiquer leurs productions.
  • À Mme Sophie Josseaux, responsable de la coordination à la DAAC du rectorat d'Amiens, pour les éclaircissements apportés quant à l'éducation artistique et culturelle, le PEAC, la mission de référent culture, et pour avoir accepté de communiquer les documents rédigés par son service.
  • À Mme Aurélie Manoughi, ONISEP Hauts-de-France, site d'Amiens, pour les précisions apportées sur l'outil Folios.
  • À Mme Prisca Bridault, directrice de l'atelier Canopé d'Amiens, pour son suivi et sa réactivité !

Notes de bas de page

 [1] Opens external link in new windowhttps://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=?cidTexte=JORFTEXT000027677984&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id

 [2] Pour trois des quatre parcours existants, comme indiqué ci-dessous.

 [3] Février 2017

 [4] Pour retrouver celui-ci : Opens external link in new windowhttp://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=87834 

 [5] Références pour le livret scolaire de l’école et du collège : arrêté du 31/12/2015, cf  Opens external link in new windowhttp://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=97270 

 [6] Arrêté du 31/12/2015, Opens external link in new windowcfhttp://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=97271 . Applicable pour la session 2017.

 [7] Exemple de présentation : Opens external link in new windowhttp://www.onisep.fr/Mes-infos-regionales/Picardie/Equipes-educatives/Folios/Le-Folios/Presentation-Folios .

 [8] Accès : Opens external link in new windowhttps://folios.onisep.fr/saml/login?_saml_idp= 

 [9] Cosignée par les ministres de l’Education Nationale et de la Culture et la Communication de l’époque : Opens external link in new windowhttp://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=71673 

 [10] A partir de l’automne 2013 : Opens external link in new windowhttp://cache.media.education.gouv.fr/file/12_Decembre/43/1/Guide-parcours-EAC_288431.pdf 

 [11] Opens external link in new windowhttp://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=91164 

 [12] On citera parmi ceux-ci : les circulaires du 22/01/2007 « Les dimensions artistique et culturelle des projets d’école et d’établissement » (Opens external link in new windowhttp://www.education.gouv.fr/bo/2007/5/MENE0700135C.htm ) et du 29/04/2008 « Développement de l’éducation artistique et culturelle » (Opens external link in new windowhttp://www.education.gouv.fr/bo/2008/19/MENE0800388C.htm ) 

 [13] Voir Opens external link in new windowhttp://www.education.gouv.fr/cid104753/charte-pour-l-education-artistique-et-culturelle.html 

 [14] On retrouvera les références du texte, et donc l’accès à ces documents, en note 10.

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