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Hypertexte

I. Document textuel que son support numérique fait apparaître comme un système ouvert d'informations au moyen de la présence de liens, appelés hyperliens, permettant l'accès immédiat à un autre texte (hyperliens extradocumentaires) ou à une autre partie du même texte (hyperliens intradocumentaires). L'hypertexte suppose deux concepts de bases : le noud, unité d'information (U.I.) qui peut représenter une cible pour le lecteur, et le lien qui facilite le passage d'un noud à un autre.

La représentation globale du document se trouve ainsi transformée par une structure de type réticulaire dont l'activation opérationnalise des parcours de lecture multiples selon les intérêts et la réactivité du lecteur. Celui-ci, entrant en interaction avec le système hypertextuel, entreprend alors une navigation de nature à modifier considérablement son rapport au texte et à l'information. Elle risque cependant de le «noyer», i.e. de lui faire perdre sa représentation du but, notamment en cas de surabondance de liens qui provoquent une rupture avec l'approche plutôt cursive et traditionnelle du texte.

II. Didact. Tenter l'analyse du concept d'hypertexte pour saisir l'utilité de ses apports en information-documentation conduit à considérer ce que ses éléments caractéristiques, le noud et le lien, modifient du rapport au texte dans le cadre d'une recherche d'information.

Le concept de noud, tout d'abord, appelle à une réflexion sur la lecture de recherche et la sélection de l'information. Si l'hyperlien réfère au chemin, le noud, terme issu de l'indo-européen nedh- «lier»,  renvoie à la fois au résultat et au lieu de l'intersection de ces liens. Ainsi l'unité d'information (U.I.) est-elle prise dans ce noud, cet entrelacement des directions qui pointent vers elle. De ce point de vue, le texte est réductible à un ensemble discontinu d'U.I., lesquelles se trouvent juxtaposées tout en restant isolées dans la mesure où leur accès dépend d'influx extérieurs au texte lui-même. La continuité propre au texte, qui appelle une découverte cursive et progressive du sens qu'il tisse, est rompue au profit d'un accès intrusif et simultané. L'itinéraire à suivre procède alors non pas d'une progression intertextuelle, mais bien d'une progression inter-nodale, i.e. allant de noud en noud, et que l'on nomme métaphoriquement butinage. La question du sens et de l'approche cognitive se pose ici fortement. Dans le premier cas, le sens est le produit du texte et partant, de la pensée organisée et finalisée de son auteur. Suivre un texte revient à suivre une trame logique, dont le développement suit un ordre construit. N'oublions pas que les mots «texte» et «tissu» ont même origine dans le latin textus. Le coût, pour le lecteur, s'estime en terme de temps alloué et de risque de soumission à une influence. A l'inverse, dans le second cas, la progression inter-nodale rompt avec cette lente élaboration. Le sens appartient moins à l'auteur du texte qu'à l'auteur de l'activité de recherche d'information, lequel décide à tout moment d'interrompre ou de poursuivre, d'approfondir ou de s'échapper. Le sens devient ce fil que le chercheur tire derrière lui de noud en noud lors de ces visites ponctuelles. Il figure idéalement cette question itérative de la recherche qui interpelle la pertinence de chaque information potentielle. Cette échappée à l'influence du texte produit par ailleurs une lecture de surface, comme en ricochets et où la liberté de l'internaute peut être opposée à la subordination du lecteur au texte. Si l'approche séquentielle du texte emprisonne le sens dans la trame serrée de son tissu unique, l'approche simultanée induite par les nouds, tout au contraire, plonge ses filets dans les infinis possibles du Web. Au nombre des avantages de cette démarche, on trouvera cette opportunité d'accès à des réponses plurielles et diverses, l'extraction de l'influence d'un document unique, mais aussi la possibilité d'un parcours original, construit, et l'éventualité heureuse de découvertes fortuites (heuristique). Mais des risques existent également, qui sont souvent pointés par les nombreux détracteurs du « zapping », et dont les élèves doivent devenir conscients au moyen notamment d'une analyse guidée de leur propre activité. La progression inter-nodale, erratique, peut conduire à l'errance, induire à l'erreur. L'avancée sans repères dans un système non structuré peut mener, surtout chez les jeunes chercheurs, à une désorientation (Dinet & Rouet, 2002 [1]), i.e. la perte de la représentation du but. L'abondance des parcours offerts par la profusion et l'attrait des hyperliens provoque en outre une surcharge informationnelle, responsable de la même déperdition de «sens», mais encore de décrochage. Enfin, l'immédiateté des accès, occasionnant des comportements pulsionnels de séduction ou de fuite, s'oppose à la longue et nécessaire élaboration du sens que favorise une lente implication dans le texte.

Le concept de lien, ensuite, peut éclairer des choix de stratégie lors d'une recherche d'information dans un environnement hypertextuel. Le préfixe hyper-, issu du gr. huper-, «au-dessus, au-delà», génère l'idée d'un passage possible vers un ailleurs du texte. Cet ailleurs peut aller soit dans le sens d'un approfondissement, soit dans celui d'un élargissement. L'approfondissement se manifeste lorsque le lien propose d'apporter des précisions ou des compléments se rapportant très étroitement à l'U.I. La plus-value se place ici à un autre niveau, mais toujours en aplomb du noud. Le lien est alors souvent intra-textuel. Il équivaut aux outils traditionnels du document : le lexique, la note de bas de page, l'encadré. L'élargissement, par contre, est proposé par un lien pointant vers l'extérieur du texte, voire vers l'extérieur du site, et donc «par-delà» le texte de départ. Il convie à un bond de côté vers une U.I. similaire, partageant un thème commun et une association plus ou moins large. Le lien est alors extra-textuel, et rappelle, au plan du document classique, la référence bibliographique.

L'outil hyperlien, en tant qu'outil offrant des passages, peut ainsi être ramené à deux niveaux de qualité distincte, et à deux dimensions : la première verticale, où il est question de la hauteur et du niveau de compréhension du domaine du sujet de la recherche, la seconde horizontale, où se mesure l'étendue de ce domaine. S'approprier le concept d'hyperlien peut ainsi éclairer un choix de stratégie, selon que l'on se trouve au début ou non de la recherche, à proximité ou à distance du but à atteindre. Dans tous les cas, il s'agira d'apprendre à interroger la pertinence du lien : le passage vers un autre noud est-il utile au regard de mon besoin d'information ? Et dans ce cas, est-il préférable de choisir un outil permettant un approfondissement ou bien un élargissement ?

Termes corrélés

Support - Représentation du but

[1] DINET, Jérôme, ROUET, Jean-François. La recherche d’informations : processus cognitifs, facteurs de difficultés et dimension de l’expertise. In PAGANELLI, C. Interaction homme-machine et recherche d'information. Paris :  Hermès, 2002. p. 133-161

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