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Lycée J. Monnet - Saint-Etienne
Lycée J. Monnet - Saint-Etienne

Ce travail d'éducation à l'orientation s'adresse à tous les élèves de seconde de l'établissement. Les séances sont menées en partenariat avec des professeurs principaux et la conseillère d'orientation. L'objectif est de permettre à chaque élève de s'engager activement dans une démarche de questionnement et de recherche d'informations pour son projet personnel d'orientation.

Entretien avec Philippe Martin, documentaliste et chef du projet

Lycée Jean Monnet
16 rue du Portail Rouge
BP 269
42014 Saint-Etienne cedex 02

http://www.monnet-portail-rouge.net/spip/

Profil de l'établissement : le lycée Jean Monnet assure des préparations aux trois baccalauréats généraux L, ES et S, au bacccalauréat technologique STG et à des BTS tertiaires.

Pouvez-vous nous décrire rapidement votre projet d’éducation à l’orientation au lycée Jean Monnet (Saint-Étienne) ?

Philippe Martin : Ce travail a commencé il y a 5 ans. Notre objectif était alors comme aujourd’hui de renforcer la motivation scolaire des élèves en les aidant à construire ou à préciser leur projet d’orientation. Partis du constat que les élèves qui ont le plus besoin de travailler sur ce projet ne sont pas forcément ceux qui, d’eux-mêmes, se documentent ou sollicitent des rendez-vous avec la conseillère d’orientation,  nous avons jugé nécessaire que tous les élèves fassent en classe un travail personnel de réflexion et de recherche d’information.
Chaque élève de seconde travaille donc pendant 5 semaines (5 séances hebdomadaires d’une heure), en octobre et en novembre, à la constitution d’un dossier personnel. Il suit pour cela une démarche de questionnement et de recherche qu’il pourra ensuite remettre en œuvre (totalement ou partiellement) chaque fois qu’il  aura à faire le point sur son projet d’orientation. Le travail se déroule en demi-classe. Il est encadré par le documentaliste et, si son emploi du temps le lui permet, par le professeur principal.

La conseillère d’orientation n’est-elle pas impliquée dans ce projet ?

Philippe Martin : Au démarrage du projet la conseillère d’orientation alors en poste a approuvé ce projet sans s’y impliquer. La collègue qui depuis l’a remplacée l’approuve également et y est associée. Elle n’intervient pas pendant les cinq heures que dure ce travail : bien qu’elle et moi ayons jugé préférable qu’elle soit présente au moins pendant les deux dernières heures, son emploi du temps ne le lui a, jusqu’à présent, pas permis. Lorsque les élèves se posent des questions auxquelles la recherche documentaire n’apporte pas de réponse je leur propose de prendre rendez-vous par mon intermédiaire avec la conseillère d’orientation qui me communique, plusieurs semaines à l’avance, le planning des heures qu’elle consacre aux entretiens avec les élèves à l’intérieur même du lycée.

Au niveau de l’organisation des séances est-ce que vous rencontrez des problèmes ?

Philippe Martin : Les  difficultés viennent des contraintes imposées par l’’emploi du temps des élèves, par mon propre emploi du temps et par le planning d’utilisation des salles informatiques. Il est en effet nécessaire, dès la deuxième heure de travail, que chaque élève dispose pour lui seul d’un poste informatique. Dès la deuxième semaine il faut donc disposer pour chaque heure de travail d’une salle informatique de 15 à 20 postes.
Depuis trois ans ces heures pour l’orientation sont inscrites dans l’emploi du temps des élèves. Cela facilite beaucoup les choses même si je dois souvent modifier moi-même cet emploi du temps du fait de l’indisponibilité des salles aux heures initialement prévues.

Vous avez choisi de travailler avec des outils logiciels, comment s’est fait le choix de ces outils ?

Philippe Martin : Les professeurs principaux et moi sommes partis du constat qu’en classe de seconde, si quelques élèves savent précisément quel métier ils souhaitent pouvoir exercer plus tard, beaucoup plus nombreux sont ceux qui ont des désirs assez vagues. Or, s’il est assez facile de proposer de la documentation appropriée aux élèves intéressés par des métiers particuliers, il nous a semblé que l’intérêt et la difficulté du travail que nous entreprenions serait de permettre à des élèves sans projet précis de découvrir, d’identifier, de sélectionner des métiers qui correspondent à leur personnalité. Nous avons donc cherché un logiciel qui permette à cette majorité d’élèves de trouver des métiers qui correspondent à leurs goûts, à leurs centres d’intérêt.
C’est au CIO que nous avons découvert Inforizon. Inforizon offre principalement une base de données de plus de 1 000 métiers et un questionnaire d’intérêts qui, en fonction des réponses fournies par l’élève, propose des familles de métiers qui lui correspondent. Après une première année d'essai nous avons choisi de continuer avec Inforizon car les élèves étaient satisfaits : ils s’appropriaient aisément le fonctionnement du logiciel  et disaient se reconnaître assez bien dans les résultats proposés.
Pour recouper ou compléter les informations sur les métiers proposées par Inforizon nous demandons aux élèves de consulter le répertoire ROME (Répertoire Opérationnel des Métiers et des Emplois) ou le portail Métiers.Info. Pour identifier les établissements où suivre telle ou telle formation nous leur faisons consulter l’Atlas de la Formation Initiale en Rhône-Alpes  ou le site de l’ONISEP. Toutes ces ressources sont accessibles en ligne.

Le travail se fait-il uniquement au lycée ou peut-il se poursuivre à la maison ?

Philippe Martin : Nous utilisons depuis deux ou trois ans une version en ligne d’Inforizon qui, contrairement à la version réseau que nous utilisions auparavant, peut être utilisée par les élèves et leurs parents depuis leur domicile. Nous achetons pour cela des droits d’accès (identifiants et mots de passe). Je continue à trouver Inforizon bien conçu et pratique mais je regrette que le nombre de connexions par élève et par an, illimité jusqu’en 2009 soit désormais limité à 15 seulement !

Comment progresse le travail des élèves au fil des séances ? Comment tenez-vous compte des différents profils ?

Philippe Martin : Les élèves remplissent au fil des séances un dossier papier qui porte d’abord sur leurs centres d’intérêt ; ils font le point sur leurs goûts, leur personnalité, leurs disciplines préférées ainsi que sur ce qu’ils ont déjà fait au collège en matière d’orientation (voir le Document 3 : Mieux se connaître pour mieux s’orienter).  Il nous semblait important que chacun se questionne d’abord sur papier avant d’être guidé par une procédure informatique.
- Ceux qui n'ont pas de projet très précis travaillent avec le questionnaire d'intérêt d'Inforizon. Ils découvrent des familles de métiers correspondant aux centres d’intérêt identifiés par le questionnaire puis ils procèdent à une sélection. Ils font ensuite une recherche détaillée sur celui de tous les métiers choisis qui les intéresse le plus et sur les diplômes et les formations qui permettent d’y accéder. Ils cherchent enfin quels établissements proposent ces formations et quel est le contenu de celles-ci avant de se demander quelle orientation serait pour eux la plus appropriée immédiatement après la classe de seconde.
- Ceux qui dès le début de ce travail s’intéressent à un métier particulier remplissent d’abord une fiche (voir le Document 4 : Ce que je sais déja) sur laquelle ils notent tout ce qu’ils savent ou croient savoir de ce métier et des études qui permettent d’y accéder. Puis ils recherchent sur ce métier des renseignements précis et peuvent comparer leurs découvertes avec leurs représentations antérieures. Ils explorent ensuite d’autres pistes et s’intéressent à d’autres métiers.
Au final, tous les élèves font le même travail mais pas forcément dans le même ordre ni avec le même objectif : ceux qui ont une idée précise de métier travaillent tout de suite sur celui-ci et travaillent ensuite sur le questionnaire d’intérêt pour élargir leur horizon, alors que ceux qui ne sont pas décidés pour un métier en particulier vont d’abord travailler sur le questionnaire d’intérêt pour identifier des familles de métiers et se documenter plus précisément sur le métier qui les intéresse le plus.

Quelles sont les suites de ce travail ?

Philippe Martin : Ce travail se termine fin novembre (voir le Document 5 : Questionnaire bilan) et les dossiers remplis par les élèves peuvent alors être consultés par les professeurs principaux. Dans ce moment où ont lieu les conseils de classe du 1er trimestre ils peuvent confronter les projets d’orientation des élèves et leurs résultats scolaires.
Les dossiers sont ensuite remis aux élèves et à leurs parents avec une lettre du proviseur (voir le Document 6 : Lettre aux parents) qui rappelle les objectifs et les modalités du travail effectué. Les parents sont invités dans cette lettre à remplir un questionnaire dans lequel ils peuvent faire connaître leur opinion sur le travail réalisé. Ils trouvent majoritairement ce travail utile et suggèrent quelquefois d’aller un peu plus loin : stages ou rencontres avec des professionnels sur leur lieu de travail ou dans le cadre d’un forum qui serait organisé au lycée.

N’existe-t-il pas déjà des forums organisés au niveau de l’académie ou du département ?

Philippe Martin : Si, bien-sûr, et je pense que la participation à ces forums est d’autant plus fructueuse pour un élève qu’il a préalablement réalisé un travail personnel de questionnement et de recherche du type de celui que nous proposons.

Comment est-ce que vous percevez votre action par rapport au travail du conseiller d’orientation ?

Philippe Martin : Je ne me substitue pas à la conseillère d’orientation et je pense qu’au contraire je lui permets de toucher plus d’élèves. Le planning de ses rendez-vous au lycée est toujours rempli et souvent avec plusieurs semaines d’avance.
C’est au CDI que les élèves sollicitent les rendez-vous  avec la conseillère. Chaque fois, je demande à l’élève la raison pour laquelle il souhaite la rencontrer, et je prends note de sa question.
Récemment par exemple une élève de BTS a demandé un rendez-vous : elle doit changer de région et se demandait dans quel établissement elle pourrait faire la deuxième année du BTS qu’elle a commencé dans notre établissement. J’ai évidemment pris ce rendez-vous pour elle mais je lui ai aussi montré comment elle pouvait trouver sur le site de l’ONISEP la liste de tous les établissements en France préparant son BTS.
En général, j’essaie de proposer aux élèves de la documentation en rapport avec leur demande. Cela ne court-circuite pas le travail qui sera fait par la conseillère mais permet de mieux le préparer. L’élève mieux informé posera des questions plus pertinentes. Ceci dit, il y a bien sûr des moments où je n’ai pas le temps de faire ce travail en amont…
D’après la circulaire de missions de 1986, le documentaliste  « met à la disposition des élèves et des professeurs la documentation relative à l'information scolaire et professionnelle et l'insertion dans la vie active ». On peut considérer qu’il s’agit de placer des documents dans les rayonnages, de créer un portail qui propose des liens pour l’orientation, et, oui, cela correspond bien au travail du documentaliste. Mais il me semble aussi que nous pouvons mettre en place avec les collègues enseignants et le conseiller d’orientation des séances pédagogiques qui aident les élèves à se poser des questions et à chercher la bonne information.

Est-ce que vous avez évalué le temps de travail que représente globalement cette action ?

Philippe Martin : Ce travail m’a pris beaucoup de temps la première année, lorsque les professeurs principaux et moi avons conçu le projet, le dossier et choisi les outils informatiques. Actuellement, je consacre du temps à ce travail en septembre, lorsque je dois m’assurer que l’emploi du temps prévu fonctionne effectivement et procéder aux corrections nécessaires, et en avril lorsque je renouvelle auprès de la région Rhône-Alpes la demande de financement du projet (voir le Document 1 : Dossier région).
En octobre et novembre, période à laquelle se déroule le travail lui-même, j’y consacre 40 ou 50 heures (à raison de 5 heures par demi-classe et, selon que le lycée accueille 4 ou 5 classes de seconde).

Est-ce que vous envisagez des prolongements ou de nouvelles orientations pour ce projet ?

Philippe Martin : A la rentrée 2010 ce travail s’inscrira évidemment dans le cadre de l’accompagnement personnalisé et j’aimerais par ailleurs que nous puissions expérimenter l’utilisation du « webclasseur » ou « passeport orientation formation » de l’Onisep.
Il me semble en outre souhaitable d’améliorer le travail dit « d’orientation active » qui doit être réalisé en terminale. Les heures qui seront à l’avenir consacrées à l’accompagnement personnalisé en classe de terminale devraient nous permettre de mieux accompagner les élèves dans leur démarche de choix de formation et de pré-inscription sur Admission Post-bac.
Peut-être demanderons-nous dès la rentrée prochaine aux élèves de terminale de travailler de façon autonome (c’est-à-dire en dehors des heures de classe) sur un dossier qui serait suivi par leur professeur principal. Ce dossier lui permettrait de prendre régulièrement connaissance du travail de réflexion et de documentation effectué par les élèves avant qu’ils ne saisissent leurs vœux sur Admission Post-bac. En suivant un échéancier, les élèves procèderaient par étapes (une étape pour l’identification et la sélection de métiers ou de secteurs professionnels, une autre pour l’identification et la sélection de diplômes, une dernière enfin pour l’identification, la sélection et le classement des formations et des établissements). Au terme de chacune, ils feraient connaître, via le dossier, le résultat de leur réflexion et de leur recherche à leur professeur. 

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