Vous êtes ici :

  • Google+
  • Imprimer

Sébastien MAGRO est chargé de projets nouveaux médias au Musée du Quai Branly. Il est également l'auteur du blog : www.sebastienmagro.net

Bonjour, quel est votre parcours professionnel ?

Sébastien Magro : Je suis issu d'une formation initiale en design graphique et j'ai un master sciences et techniques des expositions. Je dispose de 11 ans d'expérience professionnelle, acquises à Paris et à Montréal. Mon parcours a toujours oscillé entre design et culture, jusqu'à mon arrivée au musée début 2012.

Quelles sont vos missions au sein du Musée du Quai Branly ?

Sébastien Magro : Je coordonne le comité éditorial qui gère le site internet du musée ; j'ai mis en place sa stratégie sur les réseaux sociaux numériques et les plate-formes de partage de contenu ; je crée les volets numériques des expositions (réseaux sociaux, narration transmedia, applications mobiles, etc.) ; enfin, j'assure une veille technologique et une veille des pratiques liées au numérique, notamment dans les institutions culturelles.

Comment définiriez-vous un musée virtuel ?

Sébastien Magro : Je m'interroge sur la notion de musée virtuel. Les expériences que nous vivons en ligne ne sont pas moins réelles que celles que nous vivons hors ligne, elles sont simplement autres. Aujourd'hui, les dispositifs qui sont proposés aux visiteurs (sites internet avec bases de données, applications mobiles, réseaux sociaux) leur permettent de connaître et d'explorer nos collections, d'être en contact avec notre programmation. Les outils numériques ne remplacent pas la visite in situ, ils la complètent en lui offrant des possibilités d'appropriation et d'enrichissement.

Que pensez-vous de la mise à disposition des collections en téléchargement pour les visiteurs, comme peut le faire le Rijksmuseum ?

Sébastien Magro : La proposition du Rijksmuseum est très audacieuse, si on la compare avec d'autres politiques vis à vis du droit et de l'exploitation des images dans d'autres pays. Au-delà de l'impressionnant « coup de com' » qu'a constitué cette mise en ligne, il faut voir sur le long terme comment évoluent les usages : nombres de téléchargements, contextes d'utilisation des fichiers, etc. Mais, globalement, je pense que toute proposition permettant aux publics de s'approprier les collections est une bonne chose : ce patrimoine est le leur.

Selon vous, quel peut être l'impact du numérique sur l'expérience du visiteur en terme d'acquisition de connaissances ?

Sébastien Magro : C'est difficile à dire de mon point de vue, il faudrait se pencher sur des études de publics spécifiquement orientées sur la question. Ce qui est sûr, c'est que le numérique offre de nombreuses opportunités d'apprentissage, qu'il s'agisse d'exploration autonome ou de dispositifs plus directifs, notamment grâce à l'alliance de plusieurs modes de stimulation (visuelle, auditive) et grâce à l'interaction, dont on sait qu'elle participe à un mode de fixation de la connaissance.

Innovation, créativité, interactivité… En quoi le numérique fait-il évoluer les pratiques de diffusion et de médiation des œuvres ?

Sébastien Magro : Cette question est très vaste, notamment parce que le terme « numérique » recouvre une grande variété d'outils qui ne reposent pas tous sur les mêmes fonctionnements. Globalement, je dirais que l'apport principal de ces dispositifs est l'interaction facilité et accélérée entre les visiteurs et l'institution, mais aussi entre les visiteurs eux-mêmes et les institutions elles-mêmes. Souvent, la diffusion des œuvres est plus rapide, plus facile et demande moins d'intermédiaires techniques sur les supports numériques que les supports analogiques ou papier. En ce qui concerne la médiation, outre le changement de paradigme entre visiteurs et institutions évoqué plus haut, je dirais que les outils numériques inscrivent ces nouvelles opportunités de médiation dans le prolongement de ce qui a été fait précédemment et qu'ils réactivent même certaines initiatives, telles que l'écomusée ou la Nouvelle muséologie, à travers la participation des publics.

Quelle partie de votre travail est orientée vers la médiation ?

Sébastien Magro : Une partie des actions que nous portons sur les réseaux socionumériques s'oriente vers la médiation : nous publions des albums photos thématiques, reposant sur la vie quotidienne des visiteurs, nous travaillons à les associer à la production des contenus, en relayant les articles de blogueurs et blogueuses, mais aussi en s'associant à des utilisateurs très investis, qui participent à développer et enrichir le propos entourant les expositions, les collections et plus largement, l'ensemble de la programmation.

La nouvelle version du site internet du musée, qui sera mise en ligne à l'automne, proposera aussi une fonctionnalité très puissante de parcours dans les collections. Il s'agit de sélections thématiques d'œuvres, choisies par les conservateurs et conservatrices du musée, dans une navigation fluide, avec des images haute-définition et des informations complémentaires.

Quelles sont les méthodes de mesure, d'évaluation et d'analyse de ces nouvelles expériences de visite ?

Sébastien Magro : Nous n'avons pas encore d'outils de mesure pour ces dispositifs, mais nous souhaitons y travailler. Jusqu'à présent, nos études de publics se sont surtout concentrées sur les visiteurs in-situ, mais progressivement, nous allons développer un suivi plus précis de ces expériences de visite.

Quelles représentations avez-vous du musée de l'avenir ?

Sébastien Magro : Il est toujours difficile de faire des prédictions, surtout dans un secteur comme le numérique qui peut être amené à évoluer très rapidement, d'une manière ou d'une autre et en fonction de multiples critères.

En ce qui concerne les visiteurs, j'ose espérer que le numérique permettra d'aller vers de plus en plus de collaboration avec eux ce qui va dans le sens de la médiation : un discours qui se forge avec les publics, et qui n'est pas exclusivement « révélé ». En ce qui concerne l'interne, on voit bien combien les outils numériques et les pratiques qui y sont associées ne cessent de transformer la manière dont nous travaillons. Les musées, comme toutes les autres structures, sont en train de modifier, au moins en partie, certains de leurs fonctionnements internes pour s'adapter.