Repenser l’accueil des élèves : le CDI comme outil d’amélioration du climat scolaire

Par Barbara Loup, Canopé académie de Montpellier,
[avril 2015]

Mots clés : climat scolaire, enseignant documentaliste

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Denis Tuchais
Denis Tuchais

Denis Tuchais est professeur-documentaliste au collège les Escholiers de la Mosson à Montpellier

À noter

Journée type

M1 (8h – 9h20)

M2 (9h25-10h45)

Récréation

M3 (11h05-12h25)

Pause méridienne

S1 (14h-15h20)

Récréation

S2 (15h40-17h00)

Bonjour Denis Tuchais, pouvez-vous nous expliquer ce qui a amené votre établissement à repenser l'accueil des élèves, notamment durant les temps « hors classe » ?

Denis Tuchais : A la rentrée 2011, après expérimentation, des séances de cours d'1h20 ont été votées par une majorité d'enseignants, puis généralisées, bouleversant ainsi les habitudes. Cette nouvelle organisation a obligé toute l'équipe à repenser les séances pédagogiques bien sûr, mais aussi à envisager autrement les temps « hors classe » et donc l'accueil des élèves du collège. Car avec cette nouvelle organisation, une classe ayant un « trou » dans son emploi du temps se retrouvait pendant 1h20 en « salle de permanence » et 1h20 c'est long. Comme nous savions que c'était le type même de situation qui engendre facilement lassitude et énervement de part et d'autre, nous avons cherché à proposer autre chose et surtout à donner un sens éducatif à ces temps suspendus.

Pouvez-vous nous dire quelle a été votre implication en tant que professeur-documentaliste dans cette réflexion visant à repenser l'accueil des élèves ?

Denis Tuchais : Personnellement, je considère que c'est dans la diversité de ses missions que s'est constituée l'identité professionnelle des professeurs-documentalistes et que c'est ce qui en fait la richesse. L'accueil de l'élève au CDI fait partie intégrante de mon activité professionnelle. Il est même essentiel dans le type d'établissement (REP+) dans lequel j'exerce. Et ce n'est pas se dégrader, ni perdre je ne sais quelle part de notre identité que d'attacher de l'importance à cet accueil au même titre, d'ailleurs, qu'un enseignant. Pour qu'il soit pertinent, cet accueil doit, selon moi, être pensé au niveau de l'établissement donc avec la direction, les CPE et le service de la vie scolaire.

Ne plus vivre l'angoisse de ne pas savoir combien d'élèves vont arriver à la porte du CDI après la sonnerie, éviter ce moment de tension où il va falloir refuser des élèves car « le CDI ne peut pas accepter plus de …X élèves », faire disparaître les remarques du type « le CDI n'est pas une perm' ! », « la permanence n'est pas une poubelle »… Voilà une motivation que nombre de mes collègues partagent avec moi. Bref, réfléchir à cet accueil m'est apparu comme une nécessité afin d'anticiper au mieux les mouvements des élèves pendant ces « temps hors classe ». C'est pour cela que le rapprochement avec le service de la vie scolaire m'a semblé indispensable.

La place du CDI dans l'établissement scolaire est selon moi singulière. Il n'est plus seulement bibliothèque, pas vraiment salle de classe ni salle d'étude, ni salle de jeu ni foyer des élèves. Le CDI est un lieu à l'intersection de pratiques éducatives et pédagogiques. C'est un lieu éducatif par son organisation favorisant la rencontre, la socialisation des élèves, pédagogique par les ressources qu'il propose et les activités qui s'y déroulent. C'est dans ce lieu que se manifeste, à mon sens, le mieux la tension éducative : c'est un lieu où les élèves autonomes peuvent se mouvoir librement. Mais c'est aussi un lieu qui impose des règles de vie collective, le comportement attendu n'étant ni celui de la salle de classe ni celui de la cour de récréation. Est-on d'ailleurs assez attentif à ces « comportements attendus » ? Nous sommes trop souvent dans des attentes implicites (savoir se tenir dans une médiathèque, comportement connu de ceux qui les fréquentent) et pas suffisamment souvent dans l'explicitation et dans la transmission de normes de comportement, aspect fondamental de l'éducation.

Dans mon collège, les élèves proviennent en totalité d'un quartier ghettoïsé et le CDI offre une ouverture culturelle nécessaire dans un contexte socio-économique peu favorable. Le fossé culturel entre l'univers de l'école et l'univers familial est important et la connivence culturelle tacite entre l'enseignant et l'élève existe rarement.

Notre CDI met à disposition outils informatiques et ressources documentaires : des univers variés qui favorisent la curiosité, la convivialité et où l'élève se retrouve en situation de questionnement et de découverte personnelle.

Grâce à cette organisation, le CDI est utilisé même si le professeur-documentaliste n'est pas physiquement présent. J'ai pu donc avoir du temps libéré pour construire avec les enseignants des séquences pédagogiques. Cela permet aussi d'intervenir en classe grâce à ce temps libéré, m'impliquer aussi dans la préparation de l'épreuve d'Histoire des Arts. Autant d'activités pédagogiques parfois chronophages qui seraient plus difficiles à mettre en œuvre sans l'organisation présentée ici.

Participant à l'organisation de ces temps « suspendus » dans la vie scolaire des élèves, je me sens, en tant que professeur-documentaliste, acteur de l'amélioration du climat scolaire dans mon établissement et construit avec les CPE et les autres enseignants un cercle éducatif vertueux.

La question est donc bien de distinguer l'activité du professeur-documentaliste et l'activité du CDI qui peut fonctionner sans sa présence mais sous sa responsabilité en la déléguant aux assistants d'éducation ou pédagogiques présents.

Pouvez-nous nous expliquer comment s'organisent ces ateliers « hors temps de classe » ?

Denis Tuchais : Il s'agit tout d'abord de mobiliser les équipes en début d'année en réunissant les personnels de la vie scolaire et de la documentation. Les assistants d'éducation proposent des activités qui intéressent les élèves leur permettent de mieux réussir au collège, favorisent un climat apaisé (ateliers dessin, informatique, cinéma, aide aux devoirs, jeux en ligne, jeux de société). Ces ateliers ont plusieurs objectifs : supprimer l'idée même de « permanence » qui ne veut rien dire pour l'élève ; bannir l'étiquette de « surveillant » et donner à l'assistant d'éducation son vrai rôle [1]; utiliser ces moments pour donner un sens aux activités péri- scolaires ; anticiper les flux des élèves aux intercours.

Dans un deuxième temps, je repère avec les CPE les classes qui vont être concernées par ces temps sans cours pour organiser les ateliers sur l'année. Nous prévoyons une rotation des groupes d'élèves sur trois ateliers dont le foyer des élèves.

Enfin, au début de chaque semaine un planning est établi par les CPE et transmis aux équipes dont le professeur-documentaliste qui connaît alors le(s) groupe(s) qu'il va recevoir avec l'aide d'un assistant. Chacun des assistants connaît alors le lieu qu'il va investir en fonction de son projet et le groupe dont il a la charge.

Le planning est ajusté en fonction des absences des enseignants (15 élèves par groupe maximum). Chaque atelier utilise un espace identifié, anciennes salles d'étude, foyer, salle informatique et les différents espaces du CDI (petites salles de travail en groupe, espace informatique, espace lecture…)

Avez-vous pu constater une amélioration significative du climat scolaire ?

Denis Tuchais : Oui, l'amélioration du climat scolaire est indéniable. Les enseignants s'accordent tous pour dire que les élèves arrivent en cours plus détendus. Nous avons constaté une baisse considérable des incivilités lors des mouvements d'élèves dans les couloirs. Par ailleurs, les élèves indiquent globalement se sentir bien dans leur collège [2].

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

Denis Tuchais : 1. La formation des AED : C'est la difficulté la plus importante. Cette formation est indispensable car ce qui leur est demandé nécessite certaines compétences. En effet, l'atelier ne doit pas être un cours supplémentaire mais en même temps demande de la part des élèves motivation et investissement. Une période d'adaptation de part et d'autre est nécessaire. Une formation a été mise en œuvre par les services de la formation continue du Rectorat et animée par les Francas, association d'éducation populaire reconnue pour ces compétences dans la formation à l'animation.

2. L'accompagnement par les responsables des services concernés : En début de projet, le documentaliste et les CPE doivent être présents pour accompagner la mise en place des activités, et en cours d'année de réguler celles-ci.

3. Réussir la constitution d'un cercle éducatif vertueux documentaliste / enseignants / CPE : la prise en compte par les enseignants de ces activités n'est pas encore totalement atteinte même s'ils tiennent compte des évaluations des comportements des élèves au moment des conseils de classe. Leur participation aux ateliers apporterait une plus-value éducative indéniable.

Notes de bas de page

[1]  http://www.education.gouv.fr/bo/2003/25/MENP0301316C.htm

[2]  Rapport d’enquête réalisé par l’équipe mobile académique de sécurité auprès de 426 élèves du collège soit 90% de l’effectif en 2012.

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