Interviews de professeurs-documentalistes

Par Corinne Christophe, directrice de l'Atelier Canopé - Site de Nice,
[mars 2015]

Mots clés : éducation aux médias

  • Google+
  • Imprimer
Photos provenant de profils publics
Photos provenant de profils publics

Trois professeurs documentalistes de l'académie de Nice se sont prêtées au jeu de l'interview. Patricia Ecalle, Fabienne Rondet et Caroline Soubic nous racontent comment s'est organisé le Marathon-Presse dans leur établissement, comment élèves et enseignants ont vécu l'aventure.

Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?

Caroline Soubic : Je suis Caroline Soubic, professeur documentaliste au collège Henri Wallon à la Seyne-sur-Mer, en REP+.

Patricia Ecalle : Patricia Ecalle, je suis professeure documentaliste au lycée Thierry Maulnier à Nice.

Fabienne Rondet : Fabienne Rondet, je suis maintenant principale adjointe stagiaire, mais j'étais avant professeur documentaliste à Nice. J'ai participé à au Marathon Presse en 2013 et 2014 avec les élèves du lycée du Parc Impérial à Nice. Les deux fois, nous nous sommes rendus à l'Atelier Canopé de Nice. Cette année, j'ai inscrit une classe de 5e de mon collège dans l'académie de Versailles. Nous participerons à distance…

Depuis quand participez-vous au marathon-presse ?

Caroline Soubic : Le collège participe au marathon presse pour la 2ème année avec une classe de 3e. Auparavant nous participions au concours de Unes organisé par le Clemi de Créteil.

Patricia Ecalle : J'ai participé au Marathon-Presse en Mars 2014, avec une classe de 1ère L. Je m'apprête à renouveler l'expérience avec une classe de seconde qui travaille toute l'année sur les médias, dans le cadre d'un projet interdisciplinaire en Littérature et Société. Comme l'année dernière, nous serons accompagnés d'une journaliste avec laquelle nous travaillons par ailleurs : Virginie Pétrus, journaliste à Eurosport, animera la conférence de presse du matin et nous accompagnera tout au long de la journée.

Fabienne Rondet : Au lycée du Parc Impérial il n'y avait pas de projet EMI rédigé. Le Marathon-Presse était une action parmi d'autres pendant la semaine de la presse. Mais elle concernait des élèves qui avaient reçu une formation aux médias plus poussée que les autres (classes des options sport -> travail sur le journalisme sportif et rédaction d'articles sur Esidoc).

Comment est-ce que le Marathon-Presse s'insère dans le projet EMI de votre établissement ?

Caroline Soubic : Le parcours d'Éducation aux Médias et à l'Information est en cours de formalisation, dans le cadre de la rédaction du nouveau projet d'établissement et est pris en compte dans sa partie info-documentaire. Il mettra en exergue une formation à l'EMI sur chaque niveau, tout en amenant l'élève à lire, écrire, analyser, développer son esprit critique, s'interroger sur ses pratiques personnelles tout en le mettant dans des situations de publication sur des outils numériques en respectant les codes liées aux publications en ligne.

En ce qui concerne l'Éducation aux Médias, les élèves abordent la notion de médias et font une analyse des quatre médias sur le niveau 6ème (pour la première année nous avons participé sur ce niveau à la journée du direct), les genres journalistiques sont travaillés sur le niveau 5e, une production média est réalisée sur le niveau 4ème, le niveau 3ème fait un rappel de l'ensemble de ce parcours.

Le Marathon-Presse est donc mis en place sur le niveau 3ème au collège Henri Wallon, et permet de faire un rappel des compétences travaillées dans le cadre de ce parcours tout au long des quatre années de collège, d'en vérifier l'acquisition ou bien de consolider certaines compétences qui n'ont pu être acquises au cours des séances. Le Marathon-Presse implique des séances en îlot où chaque élève trouve sa place, où l'esprit d'équipe permet l'entraide, la mutualisation et surtout la co-construction. Les élèves confrontent ainsi leurs acquis et mettent à profit leurs connaissances et leurs compétences au service du groupe.

Patricia Ecalle : Le Marathon-Presse permet à nos élèves de réinvestir les connaissances et les compétences acquises depuis le mois de septembre sur le photojournalisme et la presse écrite. Notre projet d'Éducation aux Médias et à l'Information, intitulé « Engagez-vous ! De l'élève citoyen au citoyen journaliste » leur a permis de travailler sur la photo de presse, l'affiche publicitaire, la recherche d'information, l'écriture journalistique… Ils ont déjà été en position de producteurs d'information en écrivant eux-mêmes un article sur une association de leur choix et en créant ensuite une campagne de sensibilisation. Le 26 mars, ils vont devoir appliquer ce qu'ils ont appris, avec la contrainte du temps en plus. Ils vont être en position de journalistes, avec les impératifs qui sont les leurs. Ils devront cette fois réagir face à l'actualité, travailler dans l'urgence mais ils auront la satisfaction d'être publiés dès le soir même… comme de vrais journalistes.

Quel bilan en tirez-vous ? pour les élèves, pour l'équipe enseignante, pour le professeur-documentaliste, pour l'établissement

Caroline Soubic : Il s'agit d'un projet fédérateur, formateur, motivant pour les élèves et les équipes enseignantes. Chacun y trouve sa place, chacun, en fonction de ses compétences arrive à s'investir dans un projet collectif et collaboratif. Le fait de travailler à la fois sur l'établissement, et à distance avec l'équipe organisatrice via les réseaux (Google+, Hangout, Twitter) donne une dynamique supplémentaire au projet. Le comité de rédaction sur le site de l'Atelier Canopé permet également d'avoir un regard extérieur, critique, une analyse pertinente de ce qui est fait sur le collège, des échanges avec des professionnels, un échange également entre collégiens et lycéens, ce qui est très bénéfique.

L'équipe enseignante et les élèves sont dans une même dynamique et œuvrent ensemble en ayant les mêmes objectifs. La production collective, entre établissements, donne une résonance encore plus importante et permet de travailler en aval sur la journée, les réalisations, en comparant, analysant, remédiant, consolidant ce qui ne peut qu'être bénéfique à fois pour les élèves et l'équipe pédagogique.

Le professeur documentaliste, souvent référent du projet, coordonne, observe, propose, fait réfléchir, valide les productions avant l'envoi et reste en étroit relais avec l'équipe organisatrice de l'Atelier Canopé de Nice. C'est une journée très intense, mais très enrichissante compte tenu des compétences acquises au cours de cet exercice, puisque l'élève devient chercheur, producteur et éditeur de l'information. Les élèves reviennent après la journée Marathon-Presse pour échanger sur les situations vécues, analysées et ont un regard très positif sur le déroulement des événements.

Pour ce projet, nous essayons également de travailler sur Twitter et de relayer les informations que nous mettons en forme à travers les articles, en faisant utiliser aux élèves le réseau social Twitter. Ainsi, grâce à la balise, nous pouvons avoir de nombreuses interactions, et nous amenons à faire réfléchir les élèves autour de l'utilisation d'un réseau social, ce qui permet de travailler sur la circulation des informations sur les réseaux sociaux, et donne également une plus-value au niveau de l'établissement, puisque les tweets sont relayés par les twittos qui suivent la balise #marathonpresse ce jour-là.

Cette action est placée au cœur de la semaine de la presse et des médias et en reste un événement majeur qui est ensuite mis en exergue aussi bien sur le site de l'établissement, ou portail documentaire, que sur le centre de documentation et d'information, puisque les productions font l'objet d'une exposition et attirent souvent les élèves de toutes les classes.

Patricia Ecalle : Le bilan a été très positif. La très grande majorité des élèves s'est prise au jeu et des productions variées ont été réalisées, sur des sujets qui leur tenaient à cœur. Les retours ont été très bons, et du côté des professeurs, et du côté des élèves, enthousiastes à l'idée de voir leurs écrits et leurs photos en ligne le lendemain. Il me semble que deux aspects ont été moteurs : le défi (réussir à boucler avant 16h) et la créativité (pouvoir lire son propre article sur le web). Et toute la journée, ils ont pourtant travaillé la recherche et la sélection d'information, l'organisation de l'information, l'expression écrite et l'orthographe. Enfin, ils ont appris sur le journalisme mais aussi sur les sujets traités, à l'image de ces 2 élèves qui ont travaillé sur la satire avec leur professeure de français avant d'accueillir le rédacteur en chef du Ravi. Elles ont conçu un interview à partir d'un journal qu'elles ne connaissaient pas, ont découvert une autre manière d'informer, les difficultés de financement de la presse écrite, un professionnel de l'information…

Fabienne Rondet : Pour les élèves, c'est extrêmement formateur : ils sont actifs, ils se trompent, ils se corrigent, ils collaborent, ils progressent, et leurs efforts se concrétisent immédiatement par la mise en ligne de leurs travaux.

Pour les enseignants, c'est gratifiant, le travail est guidé par d'autres professionnels, ils ne nous restent que la meilleure part : accompagner nos élèves. Je mets le professeur-documentaliste dans l'équipe enseignante… Pour l'établissement, c'est une belle vitrine des activités que l'on peut proposer aux élèves.

Quels seraient, selon vous, les améliorations ou progrès à apporter à ce dispositif ?

Caroline Soubic : L'équipe de l'Atelier Canopé de Nice a tellement bien réfléchi à l'organisation, que je ne vois pas rien à dire : tout est fantastique !

J'ai hâte de tester le projet mené à l'échelle inter-académique et peut-être faire en sorte que les classes interagissent entre les académies ! Si le projet évolue encore de la sorte, ce qui serait peut-être intéressant c'est une carte avec les participants, carte où l'on aurait une petite présentation de la ville d'où les élèves participent…

Un souhait peut-être : avoir des journalistes présents au sein des établissements, pour pouvoir aider les élèves lors de la réalisation des productions journalistiques. Mobiliser les journalistes sur une journée est assez difficile…

Patricia Ecalle : RDV le 26 mars…

Fabienne Rondet : Le choix des sujets à travailler. C'était parfois un peu… compliqué…

Marathon, c'est un peu sportif, non ? Y a-t-il un entraînement spécifique ?

Caroline Soubic : La journée du Marathon-Presse est une journée très riche mais effectivement très intense. Il est donc nécessaire que les élèves et l'équipe enseignante y soient au préalable préparés.

Nous travaillons sur une séance sur les genres journalistiques, nous étudions également la charte du marathon presse, avec un point sur les licences, le droit à l'image et les Creative Commons. Nous revoyons également le circuit de l'information et le travail d'écriture journalistique, à partir des dépêches de l'AFP. Le regard est transdisciplinaire puisque l'équipe enseignante impliquée dans le projet est composée du professeur de français, d'histoire-géographie, d'arts plastiques, et du professeur documentaliste.

Nous analysons également les réalisations des précédentes éditions, ce qui permet aux élèves de se préparer à la journée marathon.

Cette année, nous préparons également un dossier documentaire sur la liberté d'expression qui viendra s'ajouter à notre « publication marathon ».

Patricia Ecalle : Comme pour un marathon, la préparation a été progressive, méthodique… et rigoureuse. Elle a alterné théorie et pratique. Elle a été ponctuée de rencontres avec des professionnels, experts en la matière : le photographe Frédéric Nakache, la journaliste d'Eurosport Virginie Pétrus, le rédacteur-en-chef du journaliste satirique régional Le Ravi, Michel Gairaud. Des visites ont aussi complété l'entraînement : France 3 Côte d'Azur en novembre, Nice Matin en Février.

Fabienne Rondet : Oui il faut se préparer, si on veut être efficace pendant la journée de marathon : connaître le vocabulaire spécifique de la presse, connaître les bases de la rédaction d'articles, des techniques d'interview, savoir travailler en groupe, savoir faire une recherche et vérifier ses sources. On peut vivre le marathon sans entraînement, mais on ne gagnera pas !

Pouvez-vous nous décrire en quelques mots l'ambiance et le déroulement de cette journée Marathon-presse ?

Caroline Soubic : L'an dernier, notre Principale-Adjointe avait bien relaté l'ambiance qui régnait dans le C.D.I au moment du Marathon-Presse ; elle avait qualifié le C.D.I d'agence de presse, et c'était tout à fait le cas ; des groupes éparpillés, des enseignants allant de groupe en groupe, une pression importante au moment de l'envoi des articles, des échanges à distance avec l'équipe organisatrice de l'Atelier Canopé de Nice, avec des lycéens, des équipes avec une envie d'écrire pour pouvoir publier et être lu, vu ou entendu !

Durant cette journée, le centre de documentation et d'information se transforme en une ruche, où chacun butine, va de groupe en groupe, réfléchit, construit, lit, corrige, répare, envoie et ça recommence toutes les deux heures. Les élèves sont réunis en comité de rédaction au moment de la diffusion des sujets par Hangout (et ils apprécient cet échange distant), puis vont réaliser leurs sujets, se posent des questions, interpellent les adultes pour pouvoir écrire (adultes qui peuvent être des enseignants, des journalistes) et avancent… 1h30 plus tard, ils se retrouvent, ils présentent leurs travaux, les groupes confrontent leurs idées, débattent, se corrigent mutuellement, et au moment de déposer les réalisations sur la plateforme, l'angoisse atteint son paroxysme : avons-nous dit tout ce qui était important ? Avons-nous croisé les informations ? Avons-nous cité les sources ? Chacun trouve sa place au sein de la classe, en fonction de ses compétences, et les rôles se répartissent très facilement… une journée intense, certes, mais une journée qui permet un réel travail de groupe, un travail sur les compétences du socle, et la production en fin de journée est une fierté mutuelle ; tous les élèves, les enseignants se sont retroussés les manches pour arriver à une production de qualité !

Patricia Ecalle : L'année dernière, nous avons eu la chance d'avoir une professionnelle de l'information avec nous, toute la journée. Virginie Pétrus a expliqué aux élèves comment les choses se passaient dans une conférence de rédaction avant que le marathon à proprement parlé ne démarre vraiment et que les sujets ne tombent. Une effervescence s'est alors vite sentie au moment de l'attribution des sujets d'autant que nous avions décidé d'envoyer des équipes en reportage sur le terrain (dans le quartier des Moulins, à Nikaïa avant le concert de Stromae…). Chaque binôme devait penser aux autorisations de publication au cas où il prendrait des photos. Les élèves restant au lycée se sont répartis dans tout le CDI, encadrés par les deux professeures documentalistes et un ou deux autres professeurs selon le moment de la journée. En fin de matinée est arrivé Michel Gairaud du Ravi qui intervenait dans d'autres classes à l'occasion de la Semaine de la Presse. Les deux élèves qui avaient préparé une interview avec l'aide de leur professeure de français ont donc interrogé, photographié, filmé le journaliste. Des correspondants italiens qui se trouvaient être là ont proposé d'écrire un article en italien. Un élève se chargeait de Twitter, de temps en temps, un message sur le compte Twitter du CDI (cette année, les élèves auront leur propre compte classe). Nous devions répondre aux questions, conseiller, relire, corriger, relancer, inclure les articles terminés sur la plateforme prévue par l'Atelier Canopé. Bref, une vraie ruche… Même s'il fallait tenir sur la durée, nous avons plutôt eu l'impression de sprinter toute la journée….

Fabienne Rondet : Après un accueil chaleureux de l'équipe de l'Atelier Canopé, les élèves sont rapidement mis dans l'ambiance : installation des équipes, distribution du matériel, puis annonce du déroulement et… consignes pour la première épreuve ! Les apprentis journalistes se mettent rapidement dans l'ambiance d'une salle de rédaction : répartition des tâches, mise en activités, mise en commun. Pendant l'épreuve, les adultes sont sollicités pour apporter leurs conseils, et des journalistes sont présents pour aider. L'Atelier Canopé se transforme en ruche, ça bouge et ça discute dans tous les coins, et même en distant avec les établissements qui ne sont pas présents, grâce à une visioconférence.

Quels conseils donneriez-vous à un collègue souhaitant s'inscrire au Marathon-presse l'année prochaine ?

Caroline Soubic : Il est nécessaire de s'entourer d'une équipe pluridisciplinaire pour pouvoir mener à bien le projet. Ce dernier se prépare dès le mois de janvier pour que l'équipe enseignante soit mobilisée pour la journée Marathon-Presse et que les séances de préparation en amont aient bien pu être réalisées.

L'équipe de l'Atelier Canopé de Nice répond à toutes les questions que peuvent se poser les enseignants, il existe une communauté Google+, un espace sur Viaéduc, il ne faut pas hésiter à se l'approprier et poster ses interrogations.

Il ne faut pas hésiter à se lancer, c'est un projet qui est porteur et qui fonctionne !

Patricia Ecalle : Se préparer, en équipe : faire au moins une séquence sur l'écriture journalistique au préalable, éventuellement s'entraîner avec la Journée du Direct du CLEMI en novembre, participer sur une matinée pour garder la motivation intacte selon le niveau et l'âge des élèves…. ne pas oublier de s'hydrater !

Fabienne Rondet :

  • Former un binôme de professeurs qui ont déjà travaillé ensemble en EMI.
  • Prendre des élèves volontaires, et les former un minimum aux techniques journalistiques.
  • Bien dormir la veille et prendre des vitamines !
Recherche avancée