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Les cartes mentales [1], ou schémas heuristiques, ont été utilisées dans plusieurs établissements, collège ou lycées dans le cadre de l'accompagnement personnalisé.

Un professeur documentaliste de lycée explique l'évolution de ses choix

Le point de départ : l'outil

Je travaille à partir d'une méthode et d'un outil : j'utilise le schéma heuristique

  • soit pour les révisions / apprentissage des leçons
  • soit pour se projeter, orienter la lecture, faire une « lecture intentionnelle »

J'utilise la méthode pour mettre les élèves au travail. J'utilisais le schéma heuristique avec des sixièmes lorsque j'étais en collège, et cela fonctionnait très bien. Quand je suis arrivé au lycée, je me suis rendu compte qu'aucun élève de seconde ne savait ce que c'était.
J'avais la méthode (la carte heuristique), mais je n'avais pas l'outil (Xmind). Une fois que j'ai eu l'outil, je me suis rendu compte à quoi il allait servir, dans quel contexte, avec quels élèves, et quels élèves pouvaient se débrouiller sans. 
En outre, il est possible de croiser le schéma quintilien [2] et le schéma heuristique.

Un travail en équipe

En fait, avec un groupe, le schéma, on l'a fait ensemble, à plusieurs, dans une salle ; je leur ai demandé ce qu'on allait chercher (on a bâti une structure de points à compléter) et après, ils sont partis sur les ordinateurs. Ensuite, je me suis rendu compte que pour les groupes que j'avais déjà eus, ce n'était plus la peine de ré-expliquer, ils avaient compris le principe. Je leur demandais ce qu'ils allaient mettre au milieu et chercher et ils partaient seuls.
Les élèves qui ont déjà travaillé sur les métiers travaillent après sur autre chose, ils travaillent sur ce qu'ils ont à faire ou à réviser. Ils peuvent se mettre à 2 ou 3 pour réviser. Ils se mettent ensemble et notent ce dont ils se souviennent les uns et les autres et après, ils vérifient. Je leur demande d'écrire ce qu'ils savent déjà en utilisant la couleur bleue par exemple, et ensuite, ils doivent chercher ce qu'il faut ajouter, ce qu'ils avaient oublié (reprise du cahier de cours, en rouge, par exemple). Quand ils ont une recherche à faire en français, je leur demande « qu'est-ce que tu dois savoir ? »
Pour ce genre de travail, j'ai une dizaine d'élèves
J'ai tout un groupe qui a redemandé à revenir, parce qu'ils ont beaucoup aimé.

Exemples de travaux d'élèves

[voir le diaporama complet]

  • Deux garçons ont réalisé une carte heuristique manuscrite en deux temps et donc deux couleurs : ce que l'on sait, ce qu'on ne sait pas et qu'il faut réviser. Tous les traits partent du centre.





  • La pollution : schéma heuristique réalisé sur Xmind avec le professeur documentaliste pour découvrir le fonctionnement du logiciel et de la réflexion menée.

  • Le métier d'assistante sociale : exemple en STG. On retrouve toutes les rubriques. On a réfléchi en groupe, on s'est demandé ce qu'on cherchait. Le document produit est incomplet (manque le salaire en fin de carrière), mais il est immédiatement lisible.
  • Schéma heuristique sur Rome : il s'agit de deux élèves qui, selon les termes de leurs camarades sont « nuls », « bons à rien ». Ils ont réalisé le schéma à 2 sans leur cahier de cours, de mémoire (le cours remontait à une semaine). Ils étaient très contents parce que je leur ai dit, « c'est très très bien » et les autres étaient jaloux et ont dit « ouais mais c'est parce que là ils ont travaillé, d'habitude, ils ne font rien ». C'est eux qui ont structuré sans qu'on leur demande quoi que ce soit...
    En fait, ils sont dans l'action et c'est ce qui leur plaît.
  • La banque : C'est le travail d'un élève qui est tout le temps collé, il n'est pas méchant, mais un peu impulsif. Là, il s'est aidé du cours, il m'a dit qu'on pouvait ajouter « réinvestissement » entre Banque et Ménages. Il a fait des flèches de styles différents.
    Il était content parce quand il fait ça, je le laisse tranquille dans son coin, personne ne lui demande quoi que ce soit, je viens seulement le voir de temps en temps, il me dit « ben voilà, c'est fait ». Le but c'était de faire quelque chose qu'il pouvait expliquer aux autres. Cette notion est présentée sous forme de schéma dans leur cours, mais c'est un schéma circulaire, avec les flux, des flèches qui, pour lui, vont dans tous les sens (Opens external link in new windowvoir le type de schéma). Dans le schéma heuristique qu'il a réalisé, il n'y a pas tout, mais il a tout de même ajouté les ménages, investissements, entreprises, prêts, remboursements. A l'écrit, il manquerait l'essentiel, c'est-à-dire les flux monétaires et les flux réels, mais à l'oral il a été capable de les expliquer. Ici le schéma heuristique nous renseigne sur une des difficultés de l'élève, à savoir la mémorisation de schémas. Il n'a peut-être pas une mémoire visuelle.

Au fil de l'année, les élèves se sont pris au jeu de « réviser » leurs leçons à plusieurs et de chercher à structurer leurs restitutions et donc leur mémoire. Des élèves de 1ère ES, par exemple, mettaient en commun leur compréhension de notions ou termes (comme mégalopole, par exemple) et schématisaient à leur manière les cartes économiques de la France qu'ils devaient connaître.

Synthèse

A la fin de l'année, le professeur documentaliste qui a travaillé avec Xmind a transmis cette synthèse.

1 - Travail en commun du professeur documentaliste et des élèves : expliquer à quoi sert le schéma heuristique, en faire un ensemble
2 - Travail des élèves : chercher les informations en réalisant un schéma heuristique.

Convergence de trois démarches

  • Aider les élèves à mener une lecture intentionnelle : par branche, on détermine ce qu'il est important de trouver (conditions de travail, salaires, études, écoles)
  • Confronter les représentations des élèves qui étaient différentes : les informations essentielles sur un métier n'étaient pas les mêmes pour tous.
  • Utiliser l'outil Xmind qui est propre, structurant et plus souple que Freemind. L'outil impose de structurer. Si on donne aux élèves un traitement de texte, comment vont-ils s'y prendre ? Quel va être le résultat ? On l'imagine plutôt linéaire.

Rôle du schéma heuristique

  • Un moyen structurant, clarificateur (rôle de l'heuristique)
  • Permet d'aller de l'implicite à l'explicite.
  • Conséquence 1 : réducteur d'incertitude et d'angoisse (estime de soi accrue)
  • Conséquence 2 : effet sur la mémoire (rechercher des travaux sur stress et mémoire)
  • Nous renseigne sur les stratégies d'apprentissage
  • Sert à apprendre, à faire un exposé, à ne pas oublier (à prendre des notes)
  • En méthodologie, l'outil peut être commun à beaucoup de disciplines
  • L'outil est important pour les élèves en difficulté dont on dit qu'ils sont plus dans l'agir que dans la réflexion. Grâce au schéma heuristique, la pensée accompagne le geste. On dit aussi qu'écrire aide à réfléchir. En l'occurrence, ils écrivent, mais de manière fragmentaire. Se construire un schéma, donc une image mentale, « permet de verbaliser sa pensée sans oublier trop de détails ».

Il serait intéressant de croiser ces méthodologies avec celles d'autres professeurs : en histoire, par exemple, des professeurs fonctionnent avec des mots-clés, en STG, des cartes mentales sont réalisées pour réfléchir à la conception de diaporamas, en anglais il existe des aides à l'expression et à la rédaction (voir l'annexe sur les manuels).

En collège, le schéma heuristique est déjà utile

Des élèves de 6e devait réaliser la biographie de Léopold Sedar Senghor pour qu'elle soit adaptée à des élèves de 6e avec le projet de l'insérer dans un magazine de type Virgule. Les élèves travaillent par deux sur deux sites différents : Vikidia pour les élèves en difficulté (les rubriques sont apparentes, mais certains élèves ne les repèrent pas) et un autre site. Ils ont la consigne de prendre des notes en s'appuyant sur les titres de rubriques, de reformuler avec leurs propres mots avec interdiction d'écrire des phrases. Les deux élèves confrontent ce qu'ils ont trouvé et permutent sur les sites.

Le recours à la carte mentale, avec ou sans logiciel, incite à écrire des éléments brefs et à hiérarchiser. L'utilisation du logiciel Xmind qui permet de déplacer, regrouper ou mettre en attente des branches sans les perdre est très pratique. On voit dans la fiche déroulement que les élèves ont procédé en plusieurs temps et ont donc enrichi leur biographie.

[voir le déroulement]

Le schéma heuristique n'est qu'une étape dans ce projet, une étape de rédaction d'un paragraphe suit, les élèves sont alors distants des sites-sources et rédigent avec leurs propres mots.

Création d'un support visuel pour une élève dysphasique

Une professeure documentaliste a été sollicitée par sa collègue de lettres pour aider une élève présentant des troubles dysphasiques, reconnue en situation de handicap par la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées).

L'une des difficultés majeures rencontrées par ces élèves est le trouble de mémorisation, notamment, le problème de mémoire à court terme : difficulté à retenir des poésies, définitions, tables, leçons longues. Il semble important de s'appuyer sur le canal visuel : mise en image des mots clés, utilisation de couleurs par exemple.

La méthode retenue pour cette activité est celle de la mise en images du poème à l'aide de pictogrammes. Le poème a été analysé et expliqué en classe avec l'enseignante de français.

Le rôle de la professeure documentaliste est donc d'aider l'élève à repérer les mots clés du poème, de travailler sur l'évocation de ces mots et de les retranscrire. Pour éviter toute surcharge cognitive pour l'élève, la professeure documentaliste note par écrit les évocations. Ce travail terminé, se pose la question du choix de la retranscription : dessins réalisés par l'élève elle-même ou utilisation de l'outil informatique. C'est le deuxième choix qui est retenu. Il est donc nécessaire de rappeler les règles du « droit à l'image » et de s'interroger sur ce que l'on a le droit de faire et de ne pas faire.

S'ensuit la deuxième étape : recherche et organisation dans la page des pictogrammes. On est proche de la carte mentale. L'élève s'est entraînée à restituer le poème avec, puis, sans le support (demande de l'élève).

[voir le document de notation des évocations] [voir le support illustré

Notes de bas de page

[1] L’école numérique n° 11,03/2012,  Opens external link in new windowhttp://www.cndp.fr/ecolenumerique/tous-les-numeros/numero-11-mars-2012/sommaire.html
Travailler en classe avec des cartes mentales. P. BENZ, Delagrave, 2011

[2] CDI du Lycée Duruy. Comment délimiter un sujet : le questionnement Quintilien. Académie de Bordeaux, 2010. Disponible en ligne Opens external link in new windowhttp://lyceeduruy.fr/cdi/files/2010/12/D%C3%A9limiter-le-sujet.pdf ou sur Savoirs CDI

[2] Référence à Brigitte Chevalier : « Le questionnement, étape primordiale, l'est encore plus lorsque l'élève, à partir de ses lectures, doit élaborer une production personnelle. Il est amené dans cette optique à, non seulement dégager les idées importantes en elles-mêmes (ce qui serait le cas d'un résumé), mais celles qui le sont par rapport au but de son travail. »

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