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Compte-rendu de l’intervention de José-Louis Bocquet

par Sophie Hédan,
Lycée professionnel Jean Moulin de Saint Brieuc [novembre 2004]

Mots clés : écrivain , incitation à la lecture , secondaire second cycle court

Sommaire

Etude du genre narratif
L’intervention de José-Louis Bocquet
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Cette intervention s'inscrit dans la séance 4 du travail mené autour du livre "La Grosse Vie"
José-Louis BOCQUET est venu à la rencontre de deux classes de B.E.P. du lycée
professionnel Jean Moulin de Saint Brieuc (filières : comptabilité et secrétariat)

Cette intervention prenait place après la lecture et l’étude de son roman "La Grosse Vie" (voir progression de la séquence). Les élèves avaient aussi effectué la lecture de son ouvrage "Karmann Blues". Chaque classe s’est entretenue avec l’auteur durant environ une 1h30. Les questions ont été très différentes et complémentaires d’une classe à l’autre. Les élèves de comptabilité se sont surtout penchés sur le parcours de l’auteur et sur son roman "Karmann Blues". La classe de secrétariat s’est interrogée quant à elle essentiellement sur son ouvrage "La Grosse Vie" et sur les raisons de l’intérêt de l’écrivain pour le milieu musical du rap.

Extraits des entretiens

Depuis quel âge exercez-vous cette activité ? Combien de livres avez-vous écrit ?

José-Louis Boquet : J’ai commencé dans le journalisme vers 19 ans. Parallèlement, j’écrivais des scénarios de bande dessinée. J’ai ensuite mêlé ces deux pratiques pour l’écriture de romans. J’ai ainsi écrit une quarantaine d’ouvrages en 22 ans, romans, scénarios…, une trentaine de nouvelles et une dizaine de livres sous pseudonyme.

Quelle a été votre réaction à la sortie de votre premier livre ?

José-Louis Boquet : C’était très excitant. Ça part d’une rêverie, puis de feuilles de papier jusqu’à l’objet tiré à des milliers d’exemplaires. C’est cette transformation qui est très excitante.

Pourquoi avez-vous choisi d’écrire dans différents registres (bande dessinée, roman noir, cinéma…) ? Dans quel « répertoire » vous sentez-vous le plus à l’aise ?

José-Louis Boquet : Parce que je suis très curieux. Je ne veux jamais m’ennuyer, et le changement de registre permet d’éviter cet écueil. Le « répertoire » dans lequel je me sens le plus à l’aise est celui des scénarios de bande dessinée, peut-être parce que c’est par là que j’ai commencé. Pourtant, j’ai recommencé à travailler dans ce registre depuis quelques mois seulement.

Parmi vos livres, quel est celui que vous préférez ?

José-Louis Boquet : La réponse n’est peut-être pas celle que vous attendez mais je dirai que c’est le prochain. On espère réussir la transformation dont je parlais tout à l’heure. C’est donc un moment fort avant que le roman ne prenne forme et se concrétise.

Quel est votre moment préféré dans l’écriture ?

José-Louis Boquet : C’est celui du premier jet, qui provoque une poussée d’adrénaline. Je me pose la question : « Est-ce que je vais aller jusqu’au bout ? ». C’est un moment très excitant, de plaisir cérébral. Ensuite, je passe à la correction du premier jet, et j’affine.

Est-ce que vous avez toujours voulu être écrivain ? Auriez-vous souhaité exercer un autre métier ?

José-Louis Boquet : J’ai toujours aimé écrire, je pense qu’il n’y a pas d’autre métier possible que celui-là pour moi.

Que feriez-vous si vos livres ne rencontraient pas le succès attendu ?

José-Louis Boquet : Là, ce serait la « mort », il faudrait arrêter.

Pourquoi le narrateur de La Grosse Vie ne porte-t-il pas de nom ? Est-ce vous ?

José-Louis Boquet : Je ne lui ai pas donné de nom car dans ce roman, le narrateur raconte ce qu’il voit comme un journaliste. Sa présence est plutôt celle d’un témoin. Je ne sais d’ailleurs pas plus que vous comment il s’appelle.

Quel est le personnage principal dans La Grosse Vie ?

José-Louis Boquet : A priori, je dirais que c’est Rachid B. C’est son parcours qui est retracé dans ce roman. C’est d’ailleurs essentiellement pour cette raison que le narrateur n’en dit pas trop sur lui-même pour ne pas trop prendre le pas sur l’histoire de Rachid. Certains d’entre pensent apparemment que le personnage principal est le narrateur. C’est donc qu’il y a ambiguïté.  Mais cette ambiguïté ne me gêne pas. C’est au lecteur de trouver son personnage principal, de s’approprier l’histoire, de l’interpréter.

Auriez-vous aimé avoir La Grosse Vie dont vous parlez dans votre roman ?

José-Louis Boquet : Pour moi, j’ai actuellement « la grosse vie » : je fais un travail qui me plaît, je n’ai pas de patron, j’écris ce que je veux, j’ai une grande liberté. Dans le cas des vedettes (« la grosse vie » dont je parle dans mon livre), la chute est inéluctable dans 90 % des cas.

Pourquoi cet intérêt pour le rap ?

José-Louis Boquet : Je suis originaire de la région parisienne. Même si je n’ai pas grandi dans les cités, certains de mes amis y vivaient. Dans les années 90, le rap s’est mis à raconter des histoires en français. C’est ce qui m’a intéressé : ces gens avaient vraiment quelque chose à dire. Avec un pote de banlieue, nous avons décidé de faire un travail d’enquête sur ce phénomène musical. Nous avons effectué six mois de recherche, réalisé l’interview de 80 rappeurs et de quelques D.J.

Quel est votre groupe de rap préféré ?

José-Louis Boquet : J’ai beaucoup apprécié N.T.M. à une époque. Madison le Bourreau m’a aussi beaucoup marqué. Il avait accompagné MC Solaar. C’est en grande partie lui qui m’a inspiré l’histoire de La Grosse Vie. Même s’il n’a pas «fini» tout à fait de la même manière. Mais aujourd’hui, je me suis  détaché de ce mouvement musical, à partir du moment où j’ai eu l’impression que les rappeurs n’avaient plus rien à dire, plus rien à raconter. Je trouve que le rap est devenu trop commercial et qu’il s’attache trop aujourd’hui à des notions telles que l’argent, le luxe…

Pourquoi vos romans se déroulent-ils souvent dans la campagne bretonne ? Le village de Kernéant, cité dans Karmann Blues existe-t-il ?

José-Louis Boquet : Tout simplement parce que c’est là que je vis, donc je connais bien cet endroit. On décrit mieux ce qu’on connaît et cela apporte des précisions crédibles à mes intrigues, cela donne un effet de réel. Dans Karmann Blues par exemple, le village de Kernéant n’existe pas mais il est franchement inspiré de mon village de 92 habitants.

Dans Karmann Blues, pourquoi les tueurs ne sont pas décrits de façon totalement négative ?

José-Louis Boquet : Youri et Freddy ne sont pas dépeints de manière totalement négative « mais » Richard est franchement antipathique. (Intervention d’une élève : « Même si Richard n’est pas très sympathique, on n’arrive pas complètement à le détester car il ne fait pas vraiment peur à Jérémie. Le petit garçon fait même quelques réflexions qui laissent penser qu’il apprécie certains côtés chez Richard »). Effectivement, mais je m’en souviens moins que vous. J’ai écrit ce livre il y a un certain temps déjà. Je voulais simplement montrer que dans un roman noir, l’opposition entre bien et mal n’est pas si manichéenne qu’on peut le penser. Tout n’est pas blanc ou noir. Les personnages dits « méchants » ne le sont pas forcément complètement et vice versa. Comme dans la vie d’ailleurs. Et le roman noir résulte d’une analyse de notre société contemporaine.

Travaillez-vous en collaboration avec les forces de police pour mettre en place vos intrigues policières ?

José-Louis Boquet : Non, je n’ai jamais rencontré un policier de ma vie. Les personnages de policiers me gênent d’ailleurs toujours un peu dans mes intrigues, je ne sais pas trop quoi en faire. Par exemple, dans Karmann Blues, l’inspecteur Chenevez se prend une telle cuite qu’il disparaît ensuite. Son rôle n’est pas très important ici. Mes policiers ont toujours un rôle un peu nase car je ne sais plus quoi en faire, sauf pour mes romans Cutter Killer et Les chênes rouges : là, Chenevez prend une autre dimension.

L’intervention se termine par une séance de dédicaces.

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