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Dossier

Quignard

Pascal Quignard (1948-....)

par Geneviève Merlin, professeur de Lettres et de Cinéma, lycée de la vallée de Chevreuse à Gif-sur-Yvette

 

Parcours


Pascal Quignard passe son enfance au milieu des livres et de la musique.
Il naît le 23 avril 1948 à Verneuil-sur-Avre de parents professeurs de lettres classiques, issus de familles d’organistes et de linguistes de renom. Cette jeunesse « grammaticale, sévère, classique et catholique » [1] est aussi marquée par le repli et la dépression, dont il s’échappe par la musique et la lecture des textes antiques.
Après des études secondaires au lycée de Sèvres, dont son père devient proviseur en 1959, il suit à Nanterre les cours de philosophie de Ricœur et Lévinas, sous la direction duquel il commence une thèse sur « le langage chez Bergson ». 1968 marque une rupture : Pascal Quignard abandonne sa thèse et brûle les images qu’il a peintes et dessinées depuis des années.

Deux essais, l’un sur Maurice Scève, l’autre sur Sacher-Masoch le font remarquer. Grâce à Louis-René des Forêts, il écrit entre 1968 et 1972 pour la revue L’Éphémère. En 1969 il est lecteur au Mercure de France et aux éditions Gallimard, où il devient en 1976 membre du comité de lecture et en 1990 secrétaire général du service littéraire. Il enseigne un temps à l’université de Vincennes ainsi qu’à l’École pratique des hautes études, en sciences sociales.
Organiste et violiste accompli, Pascal Quignard rencontre dès sa jeunesse la musique baroque. Il participe auprès du président Mitterrand à la redéfinition du patrimoine baroque : conseiller au Centre de musique baroque de Versailles à partir de 1988, il fonde en 1990 le Festival international d’opéra et de théâtre baroques de Versailles et préside, de 1990 à 1993, le Concert des Nations avec Jordi Savall.

Pascal Quignard s’est démis de toutes ses fonctions sociales pour « vivre dans l’angle mort du social et du temps. Dans l’angle du monde », comme il l’écrit dans Vie secrète. Il quitte la maison Gallimard en 1994, dissout en 1995 le Festival qu’il a fondé. Il se consacre depuis exclusivement à l’écriture et à l’étude.


Une œuvre volumineuse, singulière, érudite


A partir de la publication de son premier roman, Carus, qui reçoit le prix des Critiques, Pascal Quignard produit une œuvre prolifique.
Auteur d’essais, comme celui qu’il consacre à Georges de La Tour, de traités à dimension philosophique comme Le sexe et l’effroi ou La haine de la musique, de contes et de romans, Pascal Quignard s’est progressivement orienté vers des textes qu’il définit comme « de plus en plus agénériques [2]». Mêlant fiction et réflexion érudite, jouant de la forme brève, de la parataxe, de la diversité des traits génériques, il invente une écriture singulière qui possède une cohérence forte par la récurrence de ses thèmes et la poétique du fragment dont elle relève.
Les textes de Pascal Quignard puisent leurs références dans la langue et la culture de l’antiquité gréco-latine, dans la littérature classique, dans la philosophie aussi bien que dans la peinture et la musique. L’écriture est elle-même musicale par ses modulations et variations de motifs. Ses récits, comme ses essais, sont traversés de figures anonymes et rebelles venues de la part d’ombre de l’Histoire, tels les musiciens inconnus et les jansénistes de Port-Royal. Ils associent également des thèmes et des mythes de diverses cultures. L’influence de l’Extrême-Orient, et en particulier du Japon, est une constante de son œuvre.
   
De nombreux prix littéraires récompensent cette œuvre très tôt reconnue par la critique et les universitaires. Il faut cependant attendre Le Salon du Wurtemberg publié en 1986 et la sortie du film Tous les matins du monde en 1992 pour qu’elle rencontre le grand public. La consécration vient avec l’attribution en 2002 du prix Goncourt que Pascal Quignard reçoit pour Les ombres errantes, première partie du Dernier royaume.
L’œuvre de Pascal Quignard fait désormais partie des grandes œuvres littéraires de la modernité.
 

Notes

  • [1] Chantal Lapeyre Demaison, Pascal Quignard le solitaire, Paris, Les Flohic, 2001.
  • [2] C’est ainsi qu’il qualifie dans un entretien avec Chantal Lapeyre Demaison (op cit) Le dernier royaume.