Lycée professionnel

Les évaluations peuvent être source d'anxiété pour les élèves, mais aussi pour les enseignants, surtout quand on débute. Voici quelques conseils et ressources complémentaires pour vous familiariser avec les différentes modalités d'évaluation et leur mise en pratique.

Déconstruire certaines idées reçues sur les évaluations

Une évaluation n’est pas toujours synonyme de devoir sur table et n’implique pas forcément un résultat sous forme de note. Elle peut s’apparenter à un simple jeu de questions-réponses avec les élèves, avant une activité, pour connaître leur niveau de connaissance ou, en cours de séquence, à la réalisation d’exercices pour jauger les progrès de chacun.

Une évaluation n’a pas lieu uniquement en fin de séquence pour déterminer si les apprentissages ont été acquis ou non. C’est le cas de l’évaluation dite sommative, mais ce n’est pas la seule à laquelle vous pourrez recourir. Avant et pendant la séquence, vous aurez à effectuer des évaluations, orales ou écrites, pour suivre l’avancée des apprentissages de vos élèves.

Une évaluation, tout comme un feedback, n’est pas toujours écrite. À ce titre, vous serez amené à effectuer des feedbacks, le plus souvent oraux, à vos élèves tout au long de vos séquences. Pour les encourager, leur rappeler certaines règles de travail, leur expliquer certains points mal compris, etc. Ce suivi continu est essentiel pour la vérification des apprentissages.

Quelques points à garder en tête

  • Au cours de la séquence, appuyez-vous sur les différents types d’évaluation (diagnostiques, formatives, sommatives) et variez les mises en activités (travail individuel, par binôme, en groupe ; travail à l’oral, à l’écrit). Prenez le temps d’observer les élèves qui travaillent en autonomie et de leur fournir des conseils individualisés.

    Les différents types d’évaluation [vidéo | 4 min | transcription PDF – 260 Ko]
    Quelles sont les principales formes d’évaluation dans un parcours d’apprentissage ?
     
  • Laissez aussi aux élèves la possibilité de s’auto-évaluer. En début de période, vous pouvez leur distribuer une grille mentionnant toutes les compétences travaillées dans votre discipline. Régulièrement, ils pourront y reporter leur niveau par compétence et, ainsi, mesurer leurs progrès et leurs apprentissages à perfectionner.

    L'implication de l’élève dans les processus évaluatifs [vidéo | 9 min]
    Autorégulation, auto-évaluation : quelles différences entre ces processus évaluatifs ?

     
  • Un devoir permet d’évaluer un nombre limité de savoirs et de compétences (deux ou trois maximum). À vous de bien les définir en fonction des activités réalisés et des thèmes abordés. Pensez l’évaluation dès l’étape de préparation de la séquence et expliquez clairement aux élèves les objectifs visés.

     Principes d'action pour évaluer les acquis des élèves [PDF Éduscol | 95 Ko]
    De l'observation quotidienne de la classe à l'évaluation des progrès individuels des élèves.

     
  • La note chiffrée peut être rendue plus explicite grâce à l’utilisation d’une grille d’évaluation ou, comme au collège, d’une échelle de compétences par niveau (non acquis, en cours d’acquisition, acquis, dépassé).

Foire aux questions

Certains élèves peuvent afficher une certaine incompréhension devant les résultats obtenus. Dans ce cas, il est utile de prendre un temps individualisé, à la fin du cours par exemple, pour réexpliquer les critères d’évaluation. En plus de dissiper les éventuels malentendus, cela permet souvent de renforcer la relation de confiance avec eux.

La gestion des retards concernant la remise d'un travail fait à la maison est propre à chaque enseignant. Certains vont être intransigeants sur les délais affichés afin d’habituer les élèves au respect de la règle établie. Pour d’autres, accorder un délai supplémentaire peut permettre d’obtenir plus de travail personnel de la part d'élèves peu investis dans leur scolarité. À cet égard, il faut garder à l’esprit que l’évaluation de devoirs réalisés à la maison renforce les inégalités entre les élèves bénéficiant ou non d’un soutien à leur apprentissage au sein de leur cellule familiale. Aussi, convient-il de s’adapter au contexte particulier de chaque situation (élève, classe, établissement, période de l’année, etc.).
 

Réalisée en classe, la durée est définie par la plage horaire prévue pour passer l’évaluation (une ou deux heures), certains élèves finissant avant la fin quand d’autres auraient besoin de temps supplémentaire. Le choix de moduler ou non le temps d’évaluation selon les élèves, et de l’argumenter ou non, peut susciter un sentiment de reconnaissance, mais aussi de justice. Si vous êtes partisan de l’égalité, vous donnerez plutôt le même temps à tout le monde ; si vous optez pour l’équité, vous pouvez très bien octroyer du temps supplémentaire aux élèves qui en ont besoin ou jouer sur le nombre d’exercices. Attention aux élèves qui ont droit à un tiers-temps supplémentaire pour des raisons médicales ou de difficultés d’apprentissage importantes (les élèves dys, par exemple), à qui vous ne pouvez pas refuser cet aménagement.

S’il s’agit d’un devoir à faire à la maison, il est intéressant de donner une durée indicative aux élèves et de leur demander d’inscrire en haut de leur devoir le temps qu’ils y ont réellement consacré afin de pouvoir évaluer correctement le résultat en tenant compte de cet élément, et surtout de pouvoir les conseiller sur les stratégies éventuelles à mettre en place.

Extrait de l'ouvrage Bien débuter au lycée, Anne Pédron, Réseau Canopé, 2019.

En classe, la règle posée par la majorité des enseignants est celle du silence à partir du moment où le sujet a été distribué. Il s’agit ici de reproduire les règles et le format des épreuves d’examen. Pour autant, si l’évaluation n’est pas considérée comme une sanction, doit-on placer systématiquement les élèves dans une situation d’examen dès les premières semaines de la seconde ? À vous de définir vos propres limites en la matière. Souhaitez-vous rester complètement silencieux ? répondre uniquement à des questions pratiques ou organisationnelles du type : « Peut-on traiter l’exercice 2 avant le 1 ? » ? Ou bien êtes-vous disposé à aller plus loin, en explicitant les consignes si des questions relatives à celles-ci sont posées, voire en définissant un mot difficile dans un texte ? Le niveau d’agitation dans la classe à la lecture du sujet, le nombre de questions posées ou les regards lancés en direction des camarades sont un bon indicateur autant du niveau de confiance en eux des élèves que de l’adéquation de l’évaluation aux objectifs établis pendant la séquence.

Si le devoir est réalisé à la maison, le rôle de l’enseignant est également à définir. Acceptez-vous de répondre aux questions des élèves par mail ? Si oui, sur quels aspects du devoir : la forme, les consignes, les notions et les méthodes évaluées ? Acceptez-vous de lire des brouillons avant que l’élève ne finalise sa production ? Là encore, c’est à vous de décider où vous voulez placer le curseur.

Extrait de l'ouvrage Bien débuter au lycée, Anne Pédron, Réseau Canopé, 2019.

Il peut arriver que vous vous retrouviez, lors d’un devoir sur table, face à un ou des élèves qui ne se mettent pas du tout à la tâche demandée, ou essayent de s’y mettre mais sont pris d’une forme de panique et ne réussissent pas à produire quelque chose.

Dans le cas d’un élève refusant de faire le devoir (voire s’endormant purement et simplement sur sa table), vous n’avez que peu de marges de manœuvre. Vous pouvez essayer d’instaurer un dialogue, lui demander de se mettre au travail ou l’interroger sur la raison de son refus, mais vous ne pouvez pas le contraindre à rendre une évaluation complète. Par contre, son attitude dit beaucoup sur son rapport à l’école : conflit, décrochage ou absence de sens jouent. Discutez-en avec lui en dehors de l’évaluation, en prenant le temps d’écouter ce qu’il a à dire sur le sujet. Pensez aussi à avertir le professeur principal afin de voir si cette attitude est commune à tous les cours et d’essayer de réfléchir ensemble à des pistes de remédiation ou de trouver des interlocuteurs plus adaptés.

Dans le cas d’un élève, qui s’est pourtant préparé pour l’évaluation, mais qui perd complètement ses moyens, là encore votre marge de manœuvre sur le moment est limitée. Vous pouvez vous asseoir à côté de lui et essayer de lui redonner confiance. Vous pouvez aussi lui proposer de faire autre chose pendant une dizaine de minutes (lire, se lever, boire un verre d’eau, etc.), ou d’adapter le format du devoir. Il est toujours bénéfique de montrer à l’élève qu’on a perçu et entendu sa détresse plutôt que de le laisser seul dans son coin. Là encore, vous pouvez en discuter avec lui plus tard, en tâchant de comprendre si la difficulté résidait dans sa préparation personnelle – peut-être inadaptée – ou si elle relevait d’un stress plus global face aux évaluations. Dans tous les cas de figure, proposer une remédiation est nécessaire. Pour faire face au stress, des lycées proposent désormais de la sophrologie ou du yoga.

Il arrive enfin que des élèves pratiquent les absences perlées lors des évaluations, dans une forme d’évitement. Cette fuite est très délicate pour l’enseignant, qui ne dispose pas de beaucoup de moyens pour agir seul. Il peut, par contre, tout de suite en avertir l’ensemble des acteurs de la communauté éducative afin d’établir une stratégie. Sanctionner par des heures de colle au cours desquelles l’élève ferait son devoir n’a que peu d’effet à long terme dans ce genre de situation.

Extrait de l'ouvrage Bien débuter au lycée, Anne Pédron, Réseau Canopé, 2019.

Quel que soit votre rapport, parfois même physique, aux copies, voici quelques conseils :

  • prenez le temps de survoler l’ensemble du paquet : vous verrez tout de suite s’il y a eu une difficulté générale sur un exercice ou un problème de gestion du temps qui aurait empêché la majorité des élèves de finir. Vous pouvez ainsi ajuster le barème ou la grille d’évaluation. Cela vous évitera de commencer à corriger quelques copies, puis d’être obligé de revenir en arrière ;
     

  • réfléchissez à votre méthode de correction : vous pouvez soit prendre le devoir dans son intégralité, soit, s’il est composé de plusieurs exercices distincts, procéder exercice par exercice. La première méthode permet une vue d’ensemble des acquis et du travail de l’élève, la seconde facilite la comparaison des différents niveaux de réussite d’une même tâche. Intéressez-vous également à l’ordre des copies, qui est généralement celui dans lequel elles ont été rendues : généralement les « meilleures », ou en tout cas celles des élèves qui ont « planché » le plus longtemps, vont donc se trouver sur le dessus de la pile. Or, on corrige toujours plus attentivement et plus longuement les premières copies que les dernières. N’hésitez donc pas à bouleverser l’ordre des copies : c’est le gage d’une notation plus neutre ; 
     

  • développez un système graphique d’annotations, en utilisant un code composé de différents symboles renvoyant chacun à un type d’erreur récurrent : cela facilite la lecture et la compréhension des élèves. Il vous suffit de l’expliciter lors du rendu du premier devoir. Bien entendu, cela se construit par l’expérience, mais vous pouvez vous inspirer de vos collègues, dont certains se font même fabriquer des tampons ;
     

  • soyez positifs : souvenez-vous combien vous avez pu vous-même être vexé par un commentaire dans la marge, parfois sans mauvaise intention de la part de votre enseignant de l’époque. Évitez autant que possible les jugements de valeur du type « nul », « inintéressant », etc. Préférez les conseils, les recommandations, une pointe d’humour éventuellement. Gardez à l’esprit que certaines remarques, qui peuvent vous sembler anodines, sont susceptibles de blesser réellement les élèves ;
     

  • ne négligez pas l’appréciation globale du devoir, qui est lue en premier par l’élève. Elle mérite un soin tout particulier, même lorsque vous avez écrit de nombreux commentaires dans la marge. Elle doit permettre à l’élève d’identifier ses réussites et ses marges de progrès. Évitez donc les jugements définitifs ;
     

  • détachez-vous de la fameuse courbe de Gauss, qui matérialise la répartition des notes, avec environ les deux tiers des élèves obtenant entre 8 et 12. Elle a eu tendance à devenir un modèle caricatural et à susciter chez les enseignants qui arrivaient à des moyennes autour de 12 ou 13 le sentiment d’avoir été trop « laxistes » ou de ne pas avoir donné un devoir assez difficile. Il n’en est rien. Si vous avez fixé des objectifs et que la majorité de la classe les a atteints, soyez-en fiers ! Et félicitez-en les élèves. Si la classe réussit collectivement et que les élèves réussissent individuellement, on est dans une dynamique positive qui hausse le niveau d’attente de tout le groupe.

Extrait de l'ouvrage Bien débuter au lycée, Anne Pédron, Réseau Canopé, 2019.