Aller directement au contenu de la page
Aller au plan du site
Aller au menu bas de page

Poètes en résistancePoètes en résistance

Louis Aragon René-Guy CadouJean CassouRené CharMarianne CohnRobert DesnosPaul ÉluardPierre SeghersRené Tavernier

Repères historiques sur la Résistance en France

Berthe Albrecht, née Bertie Wild (1893 - 1943). Résistante française. Décédée à la prison de Fresnes. © Gérald Bloncourt / Rue des Archives Berthe Albrecht, née Bertie Wild (1893 - 1943). Résistante française. Décédée à la prison de Fresnes.
© Gérald Bloncourt / Rue des Archives

La dimension plurielle de la Résistance

Les écrits des poètes de la Résistance s’inscrivent tous dans un contexte singulier, qu’ils soient datés de 1940 ou des années suivantes, à savoir celui des années de l’occupation allemande en France et du régime autoritaire de Vichy.

Les motivations des résistants ont beaucoup varié, des solitudes initiales du second semestre de 1940 – où de jeunes Français (isolés ou un peu plus organisés) manifestent leur refus de l’occupation ou rejoignent le général de Gaulle à Londres – à l’institutionnalisation d’une Résistance en position de prendre le pouvoir en 1945. La Résistance dans son ensemble a concerné une infime minorité de Français, et certains d’entre eux n’avaient même pas conscience qu’ils faisaient de la résistance ; le mot lui-même de « résistance » est popularisé seulement à partir de 1942.

Dans la mémoire collective, que les historiens ont pris pour objet d’histoire, la Résistance garde une place à part. Elle est devenue un mythe fondateur qui a permis aux Français de se donner des valeurs et d’élaborer un projet de société pour l’après-guerre. La Résistance, c’est avant tout des hommes et des femmes, très souvent désintéressés, héros anonymes pour beaucoup, animés par des convictions patriotiques et humanitaires.

Pierre Brossolette, (1903 – 1944), professeur et journaliste français, résistant. © Rue des Archives / Tal Pierre Brossolette, (1903 – 1944), professeur et journaliste français, résistant.
© Rue des Archives / Tal

Le refus et les premiers actes de résistance

À l’origine, les premiers gestes de refus sont symboliques et minimes. Les premiers résistants sont issus de tous les milieux sociaux et agissent dans toutes les régions. Pour beaucoup, il s’agit avant tout de « faire quelque chose » pour ne pas subir le joug nazi. Ils réagissent en leur âme et conscience, sans suivre aucun ordre de mobilisation générale insurrectionnel. Leur combat est fou, car ils interviennent contre l’opinion commune et en dépit de la présence des occupants. Mais le choc subi en 1940 provoque chez eux un réflexe de survie inouï.
Le point de départ des premières actions résistantes tient davantage du ressort du réflexe viscéral que de la réponse idéologique au nazisme. Écrasé par la peur et l’incertitude, dans une société décomposée, le résistant des premiers mois de l’occupation est très rare. Le sens du devoir semble l’emporter soit en distribuant des tracts, soit en coupant des lignes téléphoniques (l’ouvrier agricole Étienne Achavanne, premier résistant français fusillé, le 20 juin 1940), ou encore en refusant d’amener le drapeau français aux Allemands (le maire de La Rochelle, colonel, le 23 juin 1940). D’autres rejoignent de Gaulle qui a lancé son appel le 18 juin, quasiment pas entendu en France, renouvelé dans les jours suivants ; le fonctionnaire au ministère du Ravitaillement et militant socialiste Jean Texcier, désespéré du paysage qu’il découvre en revenant à Paris après l’exode, décide de rédiger ses 33 Conseils à l’occupé sur un ton humoristique ; le dernier conseil est le réflexe de la clandestinité naissante : « Inutile d’envoyer tes amis acheter ces Conseils chez le libraire. […] Fais-en des copies que tes amis copieront à leur tour. »
Progressivement, des groupes d’hommes et de femmes, pour la plupart jeunes et sans vie sociale et familiale encore bien assise, s’organisent, par exemple au musée de l’Homme à Paris, ou dans plusieurs lycées parisiens ; le 11 novembre 1940, des étudiants manifestent aux Champs-Élysées et déposent une gerbe de fleurs au pied de l’Arc de Triomphe, prenant des risques incroyables. La répression sera très dure. À Londres, avec l’appui de Churchill, de Gaulle avance à pas lents. Mais rien n’est facile. Il faut non seulement trouver des leaders plus âgés, mais accepter également de tout abandonner, le plus souvent une vie professionnelle – quand elle ne sert plus de couverture pour cacher ses activités résistantes – et parfois une épouse et des enfants.

Jean Moulin, (1899 – 1943), résistant français, photographié par son ami Marcel Bernard au Peyrou de Montpellier en octobre 1939. © Rue des Archives / AGIP Jean Moulin, (1899 – 1943), résistant français, photographié par son ami Marcel Bernard au Peyrou de Montpellier en octobre 1939.
© Rue des Archives / AGIP

S’organiser au mieux et s’unir

En 1941–1942, de part et d’autre de la ligne de démarcation, les résistants cherchent de l’argent et des armes, mais organisent aussi des mouvements et des réseaux. Les premiers (Franc-Tireur, Combat, Libération-Sud, Défense de la France, entre autres) ont des visées politiques et se préparent à prendre en mains les destinées politiques de la France de l’après-guerre. Les seconds effectuent des missions militaires et de renseignement. Par ailleurs, la France libre est en lutte contre les Américains pour faire reconnaître sa légitimité, tandis que les chefs de la résistance intérieure s’affrontent pour le pouvoir. Leurs objectifs sont parfois flous, mais progressivement, en suivant les directives de Londres, l’unité d’action semble possible.
Avec l’invasion de l’URSS par les nazis, en juin 1941, des communistes organisés en triades commettent plusieurs attentats contre l’armée allemande, occasionnant des mesures de rétorsion cruelles : exécutions d’otages, arrestations de centaines de résistants par les polices françaises et deux procès à grand spectacle au Palais-Bourbon et à la Maison de la Chimie, en mars-avril 1942. Mais le second semestre 1941 marque bien le passage à la Résistance armée en métropole.
À l’automne 1942, les résistants ont enfin conscience qu’ils œuvrent pour la Résistance. Grâce à Jean Moulin – arrêté à Caluire en juin 1943, puis tué sous les coups de Klaus Barbie à Lyon – qui sait réunir les différentes obédiences de la Résistance intérieure, de Gaulle devient le chef de la France résistante. Mais les Américains refusent toujours de le voir comme l’incarnation de la France de l’après-guerre. Pour nombre de résistants, non seulement il faut chasser désormais les Allemands, détruire le régime de Vichy, mais il faut également réfléchir aux méthodes de restauration de la République après la Libération.

Combattre encore et prendre le pouvoir

En février 1943, c’est l’instauration du Service du travail obligatoire (STO) : dans le cadre de la politique de collaboration avec le IIIe Reich, le régime de Vichy décide de participer au recrutement forcé de jeunes Français pour aller travailler en Allemagne. Beaucoup fuient et deviennent « réfractaires », allant grossir les rangs de la Résistance dans le cadre de maquis créés pour l’occasion. Les résistants ont dû passer beaucoup de temps à les former aux armes et à la prudence. Le réfractaire est devenu un hors-la-loi comme les résistants qui l’ont devancé depuis 1940.
Les risques encourus par tous les résistants sont énormes entre 1940 et 1944, car la collusion policière franco-allemande est très efficace : par exemple, les radios qui envoient des messages codés à Londres risquent leur vie à tout instant, ou encore ceux qui sabotent les voies ferrées ou les usines. Pourtant les résistants, français et étrangers (FTP-MOI), s’unissent malgré leurs différences politiques, sociales et religieuses, et parfois les trahisons. En 1944, les résistants forment cette armée de guerriers qui va aider à la Libération du territoire national, comme à Paris où les FFI (les Forces françaises de l’intérieur : le bras armé de la Résistance au moment de la Libération) contribuent à déclencher l’insurrection avant l’arrivée de la 2e DB de Leclerc et des unités américaines.

Éric Alary