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Poètes

Marianne Cohn , « Je trahirai demain »
Pour aller plus loin

« Je trahirai demain » : un poème au statut ambigu

Après l’étude du poème, on peut s’interroger avec les élèves sur sa genèse et sa réception.

Document authentique ou fabrication

Les circonstances dans lesquelles cette œuvre a été trouvée méritent en effet un examen particulier qui peut contribuer à éclairer le sens même du poème.
À la fin de la guerre, un des enfants internés avec Marianne donne ce poème au MJS en affirmant qu’elle l’aurait écrit en 1943, lors d’un premier séjour en prison. Réalité ou mythe ? A-t-on affaire aux derniers mots d’une résistante exemplaire ou à une reconstitution qui lui est extérieure ? On pourrait répondre que, malgré les apparences, cela n’est peut-être pas si essentiel.
Soit il s’agit d’un document authentique et dans ce cas, on aurait sous les yeux l’exemple d’une sorte de « catharsis » littéraire. La poésie aurait ainsi permis à Marianne de se libérer de son angoisse et de mieux affronter le monde violent qui l’attendait.
Soit il s’agit d’un document écrit par une autre personne et dans ce cas, le poème ne perd rien de sa force émotionnelle. Il s’agit d’un hommage plein d’empathie écrit par un admirateur anonyme se cachant derrière la figure héroïque dont il souligne les qualités qui, quant à elles, ne font aucun doute. Dans tous les cas, si l’historien se doit de découvrir la vérité, le lecteur « ordinaire » peut très bien se satisfaire de cette ambiguïté qui ne nuit en rien à l’intérêt du texte.

« Valeur » historique ? humaine ? poétique ?

Enfin, il faut s’interroger sur la « valeur » de ce poème. D’un point de vue historique, on voit qu’il reste des points à éclaircir et que l’attribution à Marianne Cohn est problématique. D’un point de vue humain en revanche, aucun doute : il s’agit d’un témoignage admirable de lucidité et de courage. Mais qu’en est-il d’un point de vue littéraire et poétique ? Depuis André Gide, on le sait : « On ne fait pas de la bonne littérature avec de bons sentiments »… Alors ce texte ne vaudrait-il que comme le témoignage d’un admirable combat et non comme création littéraire à part entière ?
D’un côté, son écriture simple et dépouillée, l’usage d’un vers libre parfois à la limite de la prose et le nombre limité d’effets stylistiques ou « poétiques » pourraient inciter à le penser. Pourtant, ce poème se tient aussi par la force d’une écriture usant de raccourcis évocateurs (la synecdoque étudiée au vers 6 par exemple), de procédés rythmiques efficaces et suggestifs (reprises anaphoriques, refrain…) et d’une construction ménageant des effets dramatiques. Marianne Cohn n’était pas poète « professionnelle », contrairement à nombre de poètes de la Résistance, pourtant ce texte n’a rien à envier à certaines autres réalisations.