Numérique : pouvoirs et limites

  L’Essentiel sur Culture numérique de Dominique Cardon

Octobre 2019  – 4 minutes

 

Les outils numériques imaginés par l’homme ne sont pas neutres et leurs usages ont sur les individus et les sociétés une influence forte.

Partant de ce constat, l’ouvrage donne aux enseignants des clés de lecture et de compréhension sur le sujet complexe du numérique et de ses usages. Un éclairage utile pour mettre en œuvre les nouveaux programmes scolaires, comprenant de nombreuses entrées liées à la culture numérique.

Structure de l’ouvrage

Dominique Cardon propose une synthèse en six chapitres des cours de culture numérique qu’il dispense. En utilisant trois lignes de force, il décrypte les relations qu’entretient le numérique avec les sociétés ainsi que les enjeux associés :

  • augmentation du pouvoir des individus (partie 1) ;
  • apparition de formes collectives nouvelles et originales que sont les communautés auto-organisées ou des plateformes d’échanges (partie 2) ;
  • redistribution du pouvoir et de la valeur (partie 3).

Partie 1

Les deux premiers chapitres, qui constituent la première partie, s’intéressent aux pionniers du numérique et à l’aventure qu’est la construction collective des différents blocs composant internet et le web. Ils vulgarisent les différents concepts techniques, les enjeux sociologiques, démocratiques et politiques. Ils présentent le système de gouvernance mis en place pour les réguler.

Cette partie est exaltante, car elle retrace comment l’homme, grâce à la technologie, a eu l’ambition de défricher, d’explorer, de tester de nouveaux univers, de s’émanciper du cadre de la société à laquelle il appartient pour la transformer. Sont également mis en avant les dynamiques, parfois contradictoires, des différentes communautés ayant contribué à cette construction.

Partie 2

Le troisième chapitre, qui constitue à lui tout seul la deuxième partie de l’ouvrage, est consacré aux réseaux sociaux, plateformes issues des technologies du web, et à la culture participative et créative. Il explique les caractéristiques et les notions associées comme l’identité numérique (voir focus ci-après) ou la transformation de l’espace public. Il met également en évidence les tensions résultantes que sont la diffamation, la diffusion de fausses informations, les cyberviolences, la cybersécurité et la protection des données personnelles.

Cette partie, très actuelle du fait de la simplicité de la publication qu’apportent les réseaux sociaux et de l’accès permanent des internautes au web, permet à tout un chacun de prendre du recul face à ses propres pratiques et d’en comprendre les enjeux.

Partie 3

Les trois derniers chapitres s’intéressent aux débats actuels qui traversent la culture numérique :

  • l’utilisation du numérique par les acteurs publics et par des collectifs autoproclamés ;
  • l’économie des plateformes, avec des questionnements sur le pouvoir économique et politique des GAFA et la possibilité d’utiliser d’autres modèles de diffusion de la connaissance ;
  • les usages du big data et des algorithmes pour personnaliser l’expérience utilisateur, outils parfois utilisés à des fins de tri ou de surveillance.

Cette dernière partie fait aussi la part belle aux tensions politiques, démocratiques et économiques autour de ces sujets.

À la frontière entre l’actualité et la prospective, elle peut être considérée comme anxiogène. Elle invite surtout, grâce à un argumentaire scientifique non partisan, à réfléchir, à se positionner et permet d’éviter de nourrir les fantasmes des technologistes béats ou des techno-réfractaires.

Focus sur la notion d’identité numérique (p. 176 à 188)

Pour Dominique Cardon, l’identité numérique se construit à partir des actes d’exposition de soi d’individus sur les réseaux, actes qui augmentent leur vie réelle et qui sont commandés par une attente de reconnaissance et par la nécessité normative d’exister en ligne. Elle est également le fruit d’un processus collectif d’interactions dans lequel les signes d’approbation (like, retweet…) de la communauté revêtent toute leur importance.

Dans la très grande majorité des cas, l’identité numérique des internautes, sans être une copie, n’est guère différente de leur personnalité dans la vie réelle et la sociabilité en ligne est fortement corrélée avec la vie relationnelle réelle : les différences sociales et culturelles sont toujours présentes.

Bien qu’il soit admis que plus on se dévoile sur les réseaux, plus on étend sa visibilité, les internautes, et particulièrement les jeunes, ne s’y livrent pas entièrement et gèrent stratégiquement leur visibilité. La notion de vie privée, en tant que norme commune, est ainsi bousculée, car elle n’est plus tant une question de frontière que de contexte. Sur les réseaux sociaux, les internautes, individuellement, fixent leurs propres limites entre leur vie publique et leur vie privée, cette dernière n’ayant pas disparu.

Sylvain Joseph, médiateur de ressources au Clemi

 

Titre : Culture numérique
Auteur : Dominique Cardon, sociologue, directeur du Médialab de Sciences Po, membre du comité de rédaction de la revue Réseaux, du comité prospective de la CNIL et du conseil scientifique de Wikimédia France.
Éditeur : Presses de Sciences Po, 2019
ISBN : 978-2-7246-2365-7
19 €
430 pages