MUNAÉ

Musée national de l'Éducation

Les ressources du Munaé pour s'évader

Notre nouvelle page #Munaévadezvous

En cette période particulière de confinement pour lutter contre l'épidémie de Covid-19, les deux sites du Munaé sont fermés au public jusqu'à nouvel ordre. Pour vous accompagner (à rester) chez vous, les collections du musée sont accessibles par la voie numérique depuis cette page #Munaevadezvous.

Au sommaire (en date du 15 mai)

  • Les coulisses de la restauration...
  • #PatrimoinesDechaines : le mois des mémoires de l'esclavage, des traites et de leurs abolitions dont 1 zoom sur une lettre manuscrite sur les enfants de T. Louverture
  • Cantine scolaire ou déjeuner à la maison ?
  • Prenez l’air : récréation artistique au MUNAÉ
  • La télévision scolaire, retour vers le futur !
  • Robinson Crusoé, un confiné pédagogue

Les coulisses de la restauration...

Un dossier de restauration en cours

En sa qualité de Musée de France, le Musée national de l’Éducation a pour mission de conserver matériellement ses collections et de mettre en place les mesures nécessaires à leur préservation. Des campagnes de restauration annuelles ou pluriannuelles sont ainsi programmées, à partir d’axes prioritaires définis par les équipes scientifiques du musée. Compte tenu du nombre considérable d’objets et de documents conservés (plus de 950 000 items !), le repérage des pièces les plus altérées s’effectue lors du travail de fonds menés sur les collections (inventaire, récolement…), dans le cadre des prêts accordés à d’autres institutions ou lors de la préparation d’expositions. Les interventions, pratiquées par des restaurateurs agréés, sont conduites dans le respect de l’intégrité des œuvres et des principes régissant la restauration des collections patrimoniales.

Deux campagnes de restauration importantes ont eu lieu en 2017-2018, à l’occasion de la préparation d’une exposition dédiée aux modèles botaniques du Docteur Auzoux et d’une exposition consacrée à l’enseignement des sciences à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle :

Fleur de campanule (avant et après restauration) © Caroline Marchal

Au total, pas moins de 33 items ont été restaurés au cours de l’année 2018 ; 5 modèles botaniques, 16 documents d’arts graphiques, 5 éléments de mobilier, 2 peintures, 5 objets didactiques ou jeux et jouets.

 


Le Chat botté (avant et après restauration) © Agnès Gaudu

En 2019, 19 items ont fait l’objet d’une restauration, soit dans le cadre du projet de refonte du parcours de l’exposition permanente au centre des expositions, soit en lien avec des prêts accordés par le musée : estampe représentant les Principaux Peuples de l'Amérique, théâtre d’ombres « Les contes de fées » ou encore scènes de genre anonymes (La ronde au son du violon et La récompense).

Le recours au financement participatif, la mise en place de partenariats et les opérations de valorisation des pièces restaurées, constituent autant de moyens de sensibiliser le public aux enjeux de la restauration. Il s’agit, en s’appuyant notamment sur le contenu des dossiers documentaires qui accompagnent ces campagnes, de mettre en lumière une partie de la vie des collections et des coulisses de l’activité du musée :

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#patrimoinesdechaines : commémoration des mémoires de l'esclavage, de la traite négrière et de leurs abolitions

Couverture de cahier M. Savorgnan de Brazza et les nègres du Congo 20, vers 1883, d'après une illustration du "Journal des Voyages et des aventures de terre et de mer" n° 302 du 22 avril 1883

Les collections du Munaé sur l’histoire et les mémoires de  la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions

Mise à part la source historique pure que constitue la lettre de 1797 au sujet des enfants de Toussaint Louverture (cf zoom ci-dessous), les collections du Munaé à Rouen sur ces thématiques, offrent essentiellement des documents illustrant les différents discours destinés à la jeunesse sur cette sombre page de l’histoire de l’humanité. En effet, depuis l’abolition définitive de l’esclavage dans l’espace français par décrets en 1848, des représentations de ce passé esclavagiste et de la personnalité des hommes ou femmes descendants d’esclaves, ont été diffusées dans le cadre scolaire ou extra-scolaire, créant tout un univers mental oscillant entre permanences et évolutions au cours de ces dernières décennies notamment.

Deux types de ressources apparaissent dans les collections du Munaé :

-          les manuels scolaires, auxquels peuvent s’ajouter quelques images à vocation délibérément didactique (sur des buvards, des couvertures de cahiers ou des vues sur verre), offrent tout d’abord, une vulgarisation des faits et analyses historiques sur la traite négrière, l’esclavage et leurs abolitions. Il convient là de nuancer, sans pour autant les contredire, quelques lieux communs sur un enseignement et des manuels qui passeraient sous silence cette question, considérée comme un sujet tabou. Certes, de nombreux progrès restent encore à accomplir dans les contenus ou le volume horaire dédié, évidemment insuffisants. Naturellement, de nombreux manuels, surtout parmi les plus anciens, s’illustrent par de scandaleuses lacunes sur l’esclavage et la traite négrière jusqu’à leurs abolitions mais il est toujours étonnant de trouver aussi certaines éditions d’une singulière richesse sur la question. De même, depuis longtemps déjà, les programmes d’enseignement d’Histoire, dès le primaire puis en classes de quatrième, seconde et première abordent le sujet, qui peut être également l’objet de séances en cours de Français, de Philosophie ou d’Anglais. Bien sûr, au-delà des instructions ministérielles, demeure le très large éventail des approches enseignantes, entre approfondissement et survol de ce thème selon les cas.

  

   Une histoire des Antilles. IV. Rhum Chauvet, buvard publicitaire, vers 1955 (inv. 2012.00819)/ Histoire du petit nègre Moricot, planche d’imagerie d’Épinal, vers 1890, Pellerin, éditeur-imprimeur (inv. 1981.00035.72)

-          hors du cadre scolaire ou à la lisière de celui-ci, dans l’univers des loisirs, l’image de l’esclavage mais surtout des descendants des peuples asservis, a longtemps constitué la trame de toute une littérature de jeunesse et d’une partie de l’imagerie populaire. Des titres comme celui de l’image d’Épinal Histoire du petit nègre Moricot (vers 1890), des ouvrages pour la jeunesse comme Le bon nègre (de Bosen, publié en 1876 aux éditions Mégard à Rouen), Les aventures de Pirouli le petit nègre (écrit par la princesse V. Jadéja en 1946) ou encore l’Histoire du nègre Zo'hio et de l'oiseau moqueur (de Marie Colmont et Feodor Rojankovsky en 1942) laissent certainement apparaître bien des représentations ayant marqué les jeunes esprits. De même, si certains buvards ont pu avoir une démarche didactique, même très modeste, d’autres n’ont pas hésité à dévoyer l’image de l’individu d’origine africaine, ancien esclave, comme ceux, vers 1955, de la série Petit Négro.

 

   Petit Négro, buvard publicitaire, vers 1955 (inv. 2012.00820) / Esclave nègre condamné au supplice du fouet, couverture de cahier, vers 1872, Charles Pinot, éditeur-imprimeur, Épinal (inv. 1979.25871)   

   Des outils utilisés dans l’enseignement jusqu’aux représentations contemplées lors des moments de loisirs, les collections du Munaé offrent une entrée dans le champ des représentations collectives, entre connaissances historiques et constructions mémorielles, de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions.

 Retrouvez notre sélection d'iconographie autour du thème de l'esclavage, sur le catalogue des collections en ligne.
Et plus largement, retrouvez également sur Moteur Collections l'ensemble des buvards, bons points et couvertures de cahier, soit plus de 6000 notices issues de nos collections.

Sur l’enseignement (programmes, contenu des manuels d’Histoire) de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions et son évolution :

Zoom sur

Lettre au sujet des enfants de Toussaint Louverture par Pierre-Louis Guinguené, 22 nivôse An V (11 janvier 1797) (inv. 1979.22361)

Paris, le 22 nivose, l’an V de la République française (11 janvier 1797)

Le Directeur général de l’Instruction publique, Au Ministre de la Marine et des Colonies,

Citoyen Ministre,

Je prends comme vous et surtout d’après votre recommandation le plus grand intérêt aux jeunes colons Toussaint L’Ouverture et Pierrot, mais je vois avec douleur que les attributions du Ministre de l’Intérieur ne renferment aucune maison d’instruction qui soit propre à leur caractère et à leur position. Ils ont montré pour l’école de Liancourt, dont ils ont déserté deux fois une telle répugnance qu’on ne peut les y renvoyer de nouveau ; d’ailleurs on ne peut se dissimuler que le régime de cette Maison ne saurait leur convenir et qu’ils sont trop âgés et trop peu instruits pour mettre à profit un enseignement général. Les mêmes raisons subsistent contre leur admission au nombre des Boursiers du Collège Egalité, où l’on ne reçoit que des enfants qui sachent lire et écrire. Ces jeunes gens ont besoin d’être suivis en particulier, et il me semble d’après cela que vous ne pourriez mieux faire que de les placer dans une maison d’éducation particulière, digne de votre confiance, et où ils recevraient, par votre ordre, des leçons appropriées à la tournure de leur esprit. La dépense qu’occasionnerait cette mesure serait un emploi tout naturel des fonds qui sont mis à votre disposition.

Salut et respect.
Guinguené


Lettre au sujet de Toussaint Louverture par Pierre-Louis Guinguené, 22 nivôse An V (11 janvier 1797) : page 1 sur 2 (inv. 1979.22361)

Sur la traite négrière, l’esclavage et leurs abolitions, les collections du Musée national de l’Éducation offrent essentiellement des sources sur les mémoires de cette sombre page du passé. Néanmoins, un document historique, contemporain des faits, est conservé : une lettre au sujet des enfants de Toussaint Louverture, rédigée le 22 nivôse An V (11 janvier 1797) par Pierre-Louis Guinguené, directeur général de l'Instruction publique.

Ce courrier, rédigé au recto-verso d’un feuillet double, est adressé à Truguet, Ministre de la Marine et des Colonies. Il est bien difficile de savoir comment cette lettre a intégré les collections du Munaé, car elle provient des fonds de l’ancien Musée pédagogique, créé en 1879 par Jules Ferry. Son contenu, connu des biographes et spécialistes de Toussaint Louverture, offre un éclairage sur les enfants de l’élite noire ou mulâtre des colonies, au lendemain de la première abolition de l’esclavage de 1794, qui couronna la révolte menée à Saint-Domingue.

 

Image extraite de l'article de Michel Roussier, L'Education des enfants de Toussaint Louverture et l'Institution nationale des colonies, Revue française d’Histoire d’Outre-Mers, 1977, n°236, pp. 308-349. Page 328-329 : illustration : Coisnon [précepteur de Placide et Isaac Louverture] ramenant à Toussaint Louverture ses enfants Placide et Isaac. Lithographie de Villain (v. 1822). — Reproduction aimablement autorisée par le Dr Marcel Châtillon.


Toussaint Louverture, l’un de ses principaux acteurs, lui-même alphabétisé, accepte à l’été 1796 une proposition du Directoire, d’envoyer en métropole ses deux fils, Placide et Isaac, nés en 1781 et 1786, accompagnés d’autres enfants comme ceux du général Pierrot, originaire lui aussi de l’île. Arrivés à Paris, ils sont accueillis à l’école de Liancourt dans l’Oise, future école impériale napoléonienne des Arts et Métiers. À l’époque, les conditions d’enseignement y sont déplorables, au point de provoquer plusieurs fugues des jeunes garçons par « répugnance » pour le lieu. Ne pouvant « les y renvoyer de nouveau », le Ministère des Colonies, suivant de près leur sort, recherche alors « une maison d’instruction qui soit propre à leur caractère et à leur instruction [d’enfants] trop peu instruits [ne sachant pas] lire et écrire (…), une maison d’éducation particulière, digne de (…) confiance, où ils recevraient (…) des leçons appropriées à la tournure de leur esprit ». Ramenés à Paris, les jeunes Créoles intègrent finalement le collège de La Marche, nouvelle « Institution nationale des colonies », dédiée à la formation républicaine des futures élites coloniales. Un rapport scolaire de prairial an VIII (juin 1800) atteste finalement du plein succès de leurs études. Dès lors, le jeu diplomatique napoléonien va les utiliser, notamment pour tenter de freiner les velléités d’émancipation de leur père aux Antilles. À la mort de celui-ci en avril 1803, Placide et Isaac Louverture, installés dans la région d’Agen, lui survivront jusqu’au milieu du 19ème siècle.

Bibliographie

Sur Toussaint Louverture : https://www.herodote.net/L_heritier_noir_des_Lumieres-synthese-403.php (consulté le 1er mai 2020)

Sur Placide et Isaac Louverture :

- Duprat, Julie, Placide et Isaac Louverture : une enfance en partage, publié 04/09/2019, mis à jour le 26/01/2020 : https://minorhist.hypotheses.org/1165 (consulté le 1er mai 2020).

- Roussier, Michel, L'Education des enfants de Toussaint Louverture et l'Institution nationale des colonies, Revue français d’Histoire d’Outre-Mers, 1977, n°236, pp. 308-349. Page 328-329 : illustration : Coisnon [précepteur de Placide et Isaac Louverture] ramenant à Toussaint Louverture ses enfants Placide et Isaac. Lithographie de Villain (v. 1822). — Reproduction aimablement autorisée par le Dr Marcel Châtillon.

Signalons également, le poème dramatique Toussaint Louverture d’Alphonse de Lamartine, publié en 1850, évoquant le sort de Placide et Isaac Louverture.

 

 

 

 

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Cantine scolaire ou déjeuner à la maison ?

“ Je préfère manger à la cantine 
Avec les copains et les copines 
Et même si la viande est dure comme du caoutchouc 
Au moins je suis sûr de rigoler un bon coup 

(…)  

A la maison on ne peut pas manger avec les doigts 
C'est défendu de jouer aux billes avec les petits pois 
Ce n'est pas marrant d'être à table ! 
A la cantine on se bagarre avec la confiture 
On s'en met plein les mains, plein les habits, plein la figure

Et quand y'en a un qui rouspète, on lui fait manger son assiette "

Si Carlos chantait en 1972 sa préférence pour la restauration scolaire plutôt que les déjeuners à la maison, qu’en est-il des élèves à l’heure du confinement ? 

Retour sur l’évolution de ce service qui accueille aujourd'hui en France un enfant sur deux. 

La cantine scolaire permet à ceux qui ne peuvent rentrer chez eux, en raison du travail parental ou d'une distance école-maison trop grande, d’avoir un repas chaud. Elle constitue aussi pour les élèves un lieu et un temps d’échange, de sociabilité et de socialisation. 

Jusqu’au milieu du 19e siècle, les repas collectifs se pratiquent selon des modalités laissées à l’initiative des parents et des enseignants. Les élèves apportent, chaque matin un panier ou une musette contenant leur nourriture : du pain, de la soupe, agrémentée à l'occasion, d’un morceau de lard ou de viandes à bas coût et un fruit. Froid ou réchauffé sur le poêle de la classe, il est pris sous le préau, accompagné selon les régions, d’un peu de vin, de cidre ou de bière, considérés comme des boissons naturelles. 

 1979.07093.2 Monsieur, Nicolas liche mon beurre...attends, attends Nicolas, je vais t’aller licher..., F. Courtin, Benard, vres 1833/   Table d'une salle d'Asile en Eure-et-Loir, Musée de l'Ecole de Chartres 

Progressivement, les communes dispensent des aides alimentaires aux enfants nécessiteux. Paris en 1849, accorde une aide alimentaire aux enfants indigents et procède aux distributions dans les cantines. 

Le véritable essor des cantines survient avec les lois Ferry des années 1880 rendant l’instruction obligatoire et gratuite mais sans prévoir l’alimentation des enfants le midi. La restauration scolaire va néanmoins se généraliser sur tout le territoire et son caractère social se renforcer, conçue comme une œuvre de charité assurant un apport minimal à des enfants carencés, et pour renforcer l’attractivité des cours. 

L’instauration de cantines scolaires dépend encore d’initiatives individuelles et non du pouvoir central dans de difficiles conditions d’existence : inconfort des locaux, manque d’hygiène, repas gras et peu variés...Malgré l’enseignement des ravages de l’alcoolisme par les instituteurs au début du siècle, les élèves apportent toujours leur boisson, le plus souvent alcoolisée. Il faut attendre 1956 et l’intervention de Pierre Mendès-France, alors président du Conseil, pour voir l’usage de celles-ci interdit dans les écoles et limité aux élèves de plus de 14 ans. Au-delà de cet âge, les enfants peuvent, avec l’accord de leurs parents, continuer à consommer des boissons ne dépassant pas 3 degrés d’alcool par litre. C’est une circulaire de 1981 qui met définitivement fin à la consommation d’alcool dans les établissements scolaires : « l’eau est la seule boisson hygiénique recommandable à table […] Dans les cantines et les restaurants scolaires, il n’est servi aucune boisson alcoolisée, même coupée d’eau ». 

  

 2016.41.1420 A la cantine (école maternelle) Carte postale d'après le tableau de Jean Geoffroy / 1991.00180 Evreux - Cantine scolaire de la Madeleine, 1904.  Le repas consiste en une soupe, servie sur de grandes tables dans un coin de la cour. Chacun a sorti de son panier ou de sa musette un complément de son cru : quignon de pain, flacon de cidre ou de vin rouge. 

A la sortie de la Première Guerre mondiale, le constat concernant la nutrition et le nombre d’enfants touchés par la tuberculose inquiète. En 1917, le professeur Calmette déclare : « les cantines scolaires doivent être développées, multipliées, rendues obligatoires dans toutes les écoles parce qu’il est tout à fait indispensable d’assurer aux enfants du peuple une nourriture saine et suffisante pour leur développement physique ; c’est un devoir national ».  

L’entre-deux-guerres est marqué par le développement de la médecine de l’enfance et des préoccupations hygiénistes. Avec l’intervention de la sous-secrétaire d’État à l’Éducation nationale Cécile Brunschwig en 1936, le nombre de cantines augmente significativement, notamment grâce à l’obligation de construire un réfectoire dans toute nouvelle école et l’aménagement des établissements existants. L’année suivante, elle publie le rapport ministériel La Question de l'alimentation au ministère de l'Éducation nationale : les cantines scolaires. 

   

Visuels : 1978.01004.8 Ecole Primaire Supérieure de Jeunes Filles - Aire-sur-Adour. (Landes). 1935-1936 / 1986.00793 Ecole primaire supérieure de filles de Tours – Le réfectoire, 1920.

Le nombre d’enfants dépendant de la cantine est important durant la Seconde Guerre mondiale. Malgré l’attribution de quotas de rationnement supplémentaire aux cantines, les enfants subissent des retards de croissance importants. La gratuité de la cantine scolaire est l’une des revendications de la propagande communiste clandestine sous le régime de Vichy.  

La transformation des cantines en « restaurants d’enfants », dans l’après-guerre, est due à l’ancien maître d’école Raymond Paumier qui parvient à démontrer la nécessité d’une formation diététique, d’une normalisation des locaux, de la sélection du personnel et de la prise en considération par le gouvernement de projets de loi quant à l’alimentation rationnelle. Ainsi en 1947, il crée à Montgeron, le premier restaurant d’enfants.  Plus de réfectoire vaste et bruyant, mais de petites salles à manger avec un mobilier adapté à la taille des enfants. Les repas sont équilibrés et variés, composés et servis par un personnel compétent et impliqué. Pris pour exemple dans le monde entier, ce nouveau modèle côtoie toujours, dans les années 1950, des formes de restaurations scolaires plus rudimentaires, notamment dans les milieux ruraux où les élèves apportent encore quotidiennement leur panier-repas pour le déjeuner.  

Suivant l'instruction du 30 août 1949, la nature des aliments et leur quantité, garantissant leur valeur nutritive sont fixées pour chaque jour de la semaine (un légume, une viande, un dessert facultatif). Il faut concilier l'abondance, l'hygiène, et l'économie. Plusieurs textes de référence suivront pour encadrer l'alimentation à l’école : le 9 juin 1971, l’Éducation nationale rédige la première circulaire concernant la restauration scolaire : elle reste très centrée sur la lutte contre la dénutrition. 

   

Visuels : 1978.05290.245 Ecole maternelle d'Aubervilliers : la salle à manger, Jean Suquet, 1954 / 1978.05290.1912 Lycée de Saint-Lô : le réfectoire des garçons à l'heure du déjeuner, Jean Suquet, 1958 

Dans les années 1980, les communes prennent le relais des associations bien que cette compétence ne soit pas obligatoire et qu’elle demeure un service public facultatif. La cuisine centrale se développe, les cuisines annexes s’équipent et la restauration commerciale privée commence à s’implanter. La généralisation du libre-service facilite la préservation d’un régime alimentaire personnel. 

La restauration scolaire poursuit son évolution en répondant aux questions de santé publique mais aussi environnementales. Elle participe depuis 2000 au Programme National Nutrition Santé (PNNS) pour la lutte contre l’obésité et l’éducation à la bonne alimentation.  Elle contribue également à l’éducation du goût des enfants par la qualité et la diversité des produits consommés en favorisant les produit locaux et issus de l’agriculture biologique.  

Ce service est aujourd'hui un enjeu économique, notamment lorsque les collectivités ont recours à des prestataires extérieurs via une délégation de service public, mais aussi dans le choix désormais assez fréquent de mobiliser des filières spécifiques : productions locales, agriculture bio, etc. L’externalisation peut par ailleurs faire l'objet de polémiques lorsqu'elle entre en contradiction avec cette démarche qualité engagée depuis plusieurs années ou quand les repas ne répondent aux besoins nutritionnels préconisés et aux attentes gustatives des élèves.

2019.51.8- Affiche de profession de foi des élections au Conseil de la Vie Lycéenne (CVL) au lycée Jeanne d'Arc de Rouen, 2019. 

Pour en savoir plus

A regarder :  

 A lire :  

A écouter :  

R. Goscinny, J-J. Sempé, Le Petit Nicolas – La cantine, publié en 1962 : www.youtube.com/watch 

Zoom sur : Le verre de lait du matin 

Au début du 20e siècle, la tuberculose est la première cause de mortalité des moins de trente ans en Europe. Face à ce fléau, une politique de prévention est mise en place. Des pédagogues novateurs s’associent aux médecins hygiénistes pour concevoir des écoles d’un nouveau genre, qui doivent offrir à l'enfant un épanouissement tant physique qu'intellectuel. D’abord destinées à des enfants pré-tuberculeux, elles s’ouvrent ensuite à d’autres publics : enfants affaiblis par les privations de la Grande Guerre, enfants atteints de déficiences physiques ou mentales, enfants des quartiers défavorisés. Des exercices physiques et respiratoires, des menus équilibrés et des soins adaptés sont au programme de la journée des élèves. Le verre de lait fait alors partie du régime alimentaire préconisé. 

Cette pratique s’institue également dans de nombreuses écoles et colonies scolaires. 

   

1979.00059(5) - Ecole de Plein Air Rouen, Bois-Guillaume, la tasse de lait à 10 heures, vers 1930

2006.05972.109 - Distribution de lait dans une école maternelle, vers 1937, fonds Horizons de France.

1979.13800.1 - 4086 - Luzancy (S.-et-M.) - Colonie Scolaire Laïque du 18e Arrt - Distribution du Lait - Garçons. 

En 1954, Pierre Mendès-France, alors président du Conseil, instaure le verre de lait quotidien pour les écoliers. Une mesure destinée à lutter contre la dénutrition (c’est encore la période d’après-guerre) et… l’alcoolisme. L'alcool tue alors plus de 17 000 personnes chaque année. Il est encore courant, à cette époque, de donner bière ou vin aux enfants. Pour instaurer le verre de lait à l’école, le président du Conseil reprend une mesure qu’il avait expérimentée durant l’hiver 1937-1938, alors qu’il était député de l’Eure : distribuer aux enfants d’Évreux un tiers de litre de lait par jour. 
Il s’explique en septembre 1954 à Annecy : "À partir du 1er janvier prochain, entrera en application un plan de distribution de lait sucré dans les écoles privées et publiques. Ces distributions seront salutaires pour la santé de nos enfants. Elles aideront à écouler une partie de notre production laitière et sucrière. Des aliments riches et énergétiques comme le lait et le sucre ne sont pas consommés autant que le voudraient la santé et la vigueur de la race. Le progrès social est là aussi". Il s’agit donc de donner du calcium aux jeunes, de lutter contre l’alcoolisme mais aussi d’aider les agriculteurs français. 

A partir de 1976, l’Union européenne subventionne la distribution de lait dans les écoles. Ce programme est de nouveau destiné à encourager la consommation par les élèves de lait et produits laitiers. Néanmoins, l’argument n’est pas uniquement nutritif, il s’agit d’écouler le stock de lait disponible en raison des subventions sans limite de production. 

Aujourd’hui, si le retour du verre de lait n’est pas programmé en tant que tel, plusieurs académies expérimentent la distribution de petits déjeuners aux élèves des zones d'éducation prioritaire et rurales inscrits en maternelle et primaire, instaurée par le ministère de la santé pour l’année 2019. 

 

 

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Prenez l’air : récréation artistique au MUNAÉ

Vous êtes conviés à une balade artistique au cœur des collections du MUNAÉ, celles que vous connaissez peut-être, exposées en permanence dans la Maison des Quatre Fils Aymon à Rouen, et que sinon vous découvrirez, et surtout une sélection d’autres, choisies parmi les 950 000 items qui sont généralement confinés (sic) conservés dans les réserves du musée !

 

L’école en peinture...

    

Pillage du musée du Louvre 9 juillet 1815, bon point, vers 1900 / Le Palais des Beaux-Arts de la ville de Paris, Galerie des peintures, vue sur verre, vers 1910 / Cours de dessin au Lycée de Bar-le-duc, Henri Sergent, huile sur toile, 1937

Le mot art renvoie d’abord souvent aux galeries de peintures des musées. Le MUNAÉ conserve ainsi des peintures représentant des scènes scolaires. Réalistes ou caricaturées, rêvées ou fantasmées, elles racontent beaucoup de notre rapport à l’école.  

Certaines se trouvent dans l’exposition permanente.

Et pour aller plus loin, nous vous invitons à découvrir une autre œuvre, celle-ci conservée au Musée du Louvre , et à consulter l’article sur la scène scolaire comme peinture de genre dans la rubrique Zoom sur les collections

D’autres peintures évoquent le thème de l’éducation dans la sphère familiale. C’est par exemple le cas de deux scènes de genre acquises récemment et qui montrent comment la place de l’enfant évolue considérablement dans la société au XIXe siècle.

L’art comme matériel didactique

     

 Photographies de Pascal Boissière, photographe du Munaé, moulages dans les réserves du musée.

Au MUNAÉ, la sculpture est également représentée, comme l’indique la collection de moulages pédagogiques de grands chefs d’œuvre de l’histoire de l’art (essentiellement antique). Ces objets constituent aussi du matériel didactique pour le nouvel enseignement du dessin, rendu obligatoire par les lois Ferry.

 

Le 9e art n’est pas oublié. En effet, la bande-dessinée, incontournable de la littérature pour la jeunesse, peut être utilisée à des fins pédagogiques.

La bande-dessinée est également particulièrement reprise dans les films fixes, dont la succession d’images, projetées en classe ou dans les patronages, s’y prête bien, par exemple. 

 Jean-Claude et Jacqueline au pays des monstres, film fixe, Van Ram, 1950.

L’enseignement de l’art, par l’aspect et par la pratique

Dès la fin du XIXe siècle, l’Etat se préoccupe d’offrir aux jeunes gens un matériel didactique conforme à sa théorie de l’enseignement par l’aspect, qui soit pédagogique et dont la forme soit de qualité. Dans le cadre de la commission pour la décoration des écoles, le recours aux artistes est préconisé. C’est ainsi que Géo, qui sera d’ailleurs membre de la commission, au-delà de sa carrière de peintre, illustre manuels ou autres couvertures de cahier.

La Grammaire de Pierrot n°2, Jean Geoffroy, 1895

Cette politique accompagne le développement d’une nouvelle discipline, l’enseignement du dessin, qui évoluera tout au long du XXe siècle pour devenir l’EAC ou éducation artistique et culturelle que nous connaissons aujourd’hui.

Enfants peignant, école maternelle de Gironde, photographie vers 1930 /Musée d'histoire de France, groupe d'élèves prenant des notes, photographie de Jean Suquet, IPN, 1955

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La télévision scolaire, retour vers le futur !

« La tendance est inévitable à trop attendre des innovations et à les abandonner au premier essai, au lieu de chercher à les approfondir et à les adapter. » Henri Dieuzaide, Le Monde diplomatique, Mai 1970

Retour sur l’histoire de la « petite lucarne » à partir du travail mené par le Musée national de l’Éducation, en 2014 avec la collaboration des services audiovisuels de Réseau Canopé, la Bibliothèque nationale de France et le CLEMI, pour l’exposition 50 ans de pédagogie par les petits écrans.

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Robinson Crusoé, un confiné pédagogue

 Vivre plus heureux dans cet état de solitude que dans le commerce du monde (Robinson Crusoé) 

 

Robinson Crusoé a connu le confinement lui aussi ! Seul pendant plus de 20 ans sur son île, il a ensuite eu pour compagnon d’infortune Vendredi et nous partage son expérience et ses aventures. Depuis la publication du roman originel « Robinson Crusoé » par Daniel Defoe en 1719, près de 2000 robinsonnades ont vu le jour. Ces récits calqués les uns sur les autres sont rythmés par des éléments invariants : un départ volontaire ou subi, suivi d’une traversée (eau, désert, glaces, montagnes…), une arrivée sur l’île (ou sur un endroit loin de la civilisation d’origine) par naufrage, crash, égarement, la vie et la survie sur ce lieu étranger, le retour ou non à la civilisation.

Ces récits ludiques véhiculent des valeurs éducatives et sociales : l’apprentissage de la vie, seul ou en groupe, la rencontre de l’autre, le respect des droits de l’Homme et de la nature. La robinsonnade est bien conçue, dès le XVIIIe siècle, comme une mise en scène miniaturisée à but pédagogique pour éduquer les enfants. Mme de Genlis est à l’initiative de cette création d’un jeu de robinsonnade, véritable jeu de rôle se déroulant sur une île créée dans la propriété familiale, régie telle une petite république réservée aux jeunes indigents et ayant pour but d’aider les enfants à domestiquer la rupture avec le milieu familial. Le modèle de conduite présenté aux jeunes lecteurs au XIXe siècle va s’adapter à la demande en développant la robinsonnade tel un jeu éducatif ou mythe pédagogique, confrontant l’enfant à l’image de l’homme et de la société dans laquelle il va devenir adulte. Au XXe siècle, la figure de Robinson est souvent utilisée dans la pédagogie Freinet et dans celle moins connue de Germaine Tortel, pédagogie d’initiation pour les élèves des classes maternelles.

Plusieurs ressources vont vous permettre de découvrir Robinson Crusoé, figure expérimentale, ludique et référent pédagogique de premier plan en ce temps de confinement :

https://www.reseau-canope.fr/musee/collections/fr/museum/mne/robinson-crusoe-ii-les-tresors-de-l-epave/a874d03b-55e3-4d28-b77a-02dbb82b32c8https://www.reseau-canope.fr/musee/collections/fr/museum/mne/aventures-de-robinson-crusoe-edition-revue-et-corrigee-avec-soin/b906bcc1-f9d6-42d5-9c01-5ac1557ab7e2