MUNAÉ

Musée National de l'Éducation

  • Imprimer

A propos des arts martiaux et des jeux vidéos : socialisation, valeurs, idéologies

  • Du 10/01/2018 - Au 10/01/2018

Public cible :

Réservation :

Lieu de l'événement :


Les arts martiaux et les jeux vidéo ont en commun, aujourd'hui, de jouer un rôle important dans la socialisation des jeunes, et des moins jeunes. A ce titre, ils intéressent donc la communauté éducative, au sens large, car ces activités de loisir ne sont pas sans incidences sur les comportements et les modes de vie de nos contemporains.

Le loisir et le sport représentent les deux pôles d’une quête de parts de marché par les organisations, toutes disciplines confondues. Dans le domaine des arts martiaux, écoles et clubs s’affairent donc à convaincre une clientèle qu’ils détiennent la meilleure formule pour que chacun réalise ses objectifs personnels. Ces formules correspondent aux attentes et aux aspirations des publics dans la manière dont ils conçoivent les arts martiaux. On peut en catégoriser quatre : passéiste, moraliste, compensatoire et utilitaire. Elles entraînent ensuite une spécialisation des pratiques au sein des écoles et des clubs. Les logiques du loisir sportif peuvent se comprendre comme une structure socioéconomique. C’est-à-dire que la manière dont les gens sont en relation dans le monde des arts martiaux est en concordance avec une industrie culturelle du divertissement qui tend fortement à s’approprier les valeurs de la performance et de la modernité. De nos jours, l’imaginaire des arts martiaux est alimenté par des aspects hérités d’une « tradition », mais également par des éléments issus des scénarios des films et des jeux vidéo (qu’ils aliment en retour d’ailleurs). Ces pratiques sont en résonnance avec l’image produite du héros, vecteur des valeurs de performance (pouvoir sur sa vie). L’évolution du héros se traduit aussi par une supériorité morale révélée par ses capacités physico-mystiques. Les représentations, les idéologies constituées là, doivent faire l’objet d’une étude critique.

Concernant les jeux vidéo, les citoyens sont aujourd’hui confrontés à des approches dénonciatrices et fréquemment « mal informées » (méconnaissance des produits critiqués, du « gameplay » et de la façon dont les joueurs intègrent cette activité ludique dans leur mode de vie) à laquelle s’opposent des actions de lobbying d’industriels du loisir, bénéficiant aujourd’hui de forts relais dans le monde médiatique et même, parfois, dans les milieux scientifiques (à l’image de ce que l’on constate aussi dans le domaine de l’agro-alimentaire et de l’industrie pharmaceutique). L’arrivée dans le monde médiatique, et à l’université, d’une génération de joueurs de jeux vidéo en quelque sorte « militants » renforce les logiques évoquées là.  Si, d’après des études statistiques - dont la méthodologie peut au demeurant être interrogée - la pratique des jeux vidéo semble intégrée au mode de vie de nos contemporains de manière « raisonnable », chez certains publics (des jeunes et des jeunes adultes de sexe masculin notamment), on constate une pratique chronophage (sessions de jeu dépassant 8 heures par jour par exemple) et un lien peut être établi entre la pratique excessive des jeux vidéo et des phénomènes tels que l’échec scolaire ou encore l’agressivité en classe. Phénomènes remarqués au quotidien par des acteurs de l’éducation mais niés par des « spécialistes ». Tout comme dans le cas de l’imaginaire lié aux arts martiaux, il convient par ailleurs d’interroger le contenu des jeux vidéo les plus pratiqués, reposant souvent sur des valeurs compétitives, valorisant la progression individuelle de personnages « accumulant » des ressources, assurant fréquemment la promotion des prises de position géopolitiques des USA et/ou la logique de l’assassinat ciblé, etc.

Lors de la conférence, nous proposerons d’approfondir la réflexion sur ces thèmes.

Olivier Bernard et Laurent Trémel sont sociologues. Ils nous présenteront lors de cette conférence un état de leurs travaux récents, à paraître dans une publication dirigée par Olivier Bernard aux Presses de l'Université Laval (Québec).

 Centre de Ressources

Mercredi 10 janvier
à 15 h
Entrée libre et gratuite